Entretien avec l’auteur Arthur Vernon, partie 2

Suite de mon entretien avec l’auteur Arthur Vernon…

Tu parles du bonheur d’une façon quasi mathématique et mécanique. Peut-on à ce point quantifier, voire « calculer » une notion si abstraite et impalpable ?

Dans « La Vie, l’Amour, le Sexe », j’explique surtout que le bonheur est relatif. Je distingue les notions de bonheur « objectif » (perçu par la société) et bonheur « ressenti », qui est la vraie jauge du bonheur pour chaque individu. Les calculs hédonistes permettent de faire des choix pour favoriser le bonheur ressenti – tout l’objectif du livre est de donner des pistes pour faire les choix qui favoriseront notre bonheur.

« La vie est dure », bien sûr. Les épreuves et souffrances sont nombreuses. Pourtant, au regard de certains, ce dicton est aujourd’hui assez ringard. Ne trouve-t-on pas des gens vraiment zen et heureux dans chaque couche de la société, ne vivant globalement pas d’épreuves fort douloureuses et étant au contraire heureuses de chaque nouveau jour qui se lève ?

Je ne place pas mon propos dans l’air du temps, je me fiche de ce qui est ringard ou pas. J’explique scientifiquement que l’homme est un avatar de l’univers qui évolue donc dans un milieu qui lui est hostile. C’est un simple constat factuel, ce n’est ni l’avis personnel d’un type aigri et encore moins une philosophie de vie. Il ne faut pas se mentir pour prendre les bonnes décisions. C’est sur la base de ce constat que je peux faire des choix qui favoriseront mon bonheur. Cela ne m’empêche absolument pas de rejoindre ceux qui sont « zen » et « heureux de chaque nouveau jour qui se lève », ce qui constitue un état d’esprit.

Comme tu l’expliques de façon assez pertinente (comme l’explique également Frédéric Delavier dans ses vidéos sur Youtube), nous sommes bien plus dirigés par nos gènes que nous ne l’imaginons. Cependant, la nature de l’humain n’est-elle pas également de savoir transcender, du moins en partie, sa condition animale ?

Mon point de vue est que l’objectif est de rechercher le bonheur. Ceux qui s’ennuient des plaisirs de la vie trouveront peut-être plus de bonheur dans la transcendance et tant mieux pour eux. Réciproquement, je pense absurde d’imposer la transcendance pour tous. Elle doit relever d’un choix personnel. En ce qui me concerne, je pense qu’il y a suffisamment de plaisirs dans la vie (notamment de nature sexuelle) pour éviter les efforts artificiels liés à la transcendance.

Pour pallier à la crise du couple, certains recommandent une sexualité totalement libre, et pourquoi pas : des ménages à plusieurs / multi-parentalité / pouvoir être amoureux de plusieurs personnes à la fois (polyamour), etc. Qu’en penses-tu ?

Je suis totalement pour le fait que chacun réfléchisse sur la meilleure façon qui lui correspond de vivre sa sexualité et sa vie affective et amoureuse. Toutes les options peuvent être envisagées. Le plus important est d’en discuter avec son ou ses partenaires. L’exclusivité sexuelle est une aberration biologique – il est certes possible d’y trouver son bonheur, mais au prix d’un travail de l’esprit inaccessible à la plupart, et surtout, pas nécessaire.

Dans tes livres, tu parles entre autres de la misère sexuelle. Notre époque d’aujourd’hui, si elle reste relativement libérée sexuellement, n’est-elle pas particulièrement sans pitié pour les moches ? Les obèses ? Les introvertis ? Les pauvres ? (etc.) Précisons en donnant un exemple : que doit faire une obèse, veuve quinquagénaire, surendettée, au visage ingrat, pour espérer être sexuellement épanouie ?

D’abord, la misère sexuelle est principalement masculine. Beaucoup de femmes « moches » pourront avoir des relations sexuelles satisfaisantes – elles auront peut-être plus de difficultés sur le plan affectif et amoureux. Ensuite, le physique est vraiment loin d’être l’unique attrait, y compris en matière de sexualité. Et en dernier ressort, je suis pour la prostitution. On parle pudiquement « d’assistance sexuelle » pour les handicapés, ce qui est très stigmatisant pour tous ceux qui sont en misère sexuelle sans être handicapés. Si la société était vraiment libre sexuellement, il n’y aurait pas cette réglementation aberrante sur la sexualité, qui interdit indirectement à chacun d’utiliser son corps comme bon lui semble.

Comment vis-tu ta propre sexualité ? Ta relation à l’autre, à l’amour ? …Tu ne considères tout de même pas tes relations uniquement comme un processus chimique et biologique !… Si ?

Je me considère comme un amas moléculaire comme tout le monde. Savoir comment je fonctionne m’est d’une immense aide dans mes choix de vie. J’essaie d’avoir une sexualité ouverte et épanouie, idem pour mes relations aux autres. Ma principale limite, je la trouve dans mon environnement qui reste très influencé par les règles morales fixées par la société. C’est justement la raison pour laquelle j’essaie de repousser ces règles morales avec des livres, pièces de théâtre et films.

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