Entretien avec Aya Ravena – 1-2

Nouvel entretien d’auteur ! En ce jour, c’est Aya Ravena qui s’y colle…

 

1. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Pour moi, l’étincelle naît souvent d’une émotion. Une colère, une honte, un amour silencieux. Parfois c’est une image très simple : une femme qui attend à une fenêtre, un enfant qui ment, une main qui tremble. L’histoire commence quand je sens une question me brûler. Quand je veux comprendre ce qui se cache derrière un geste ou un silence. C’est rarement spectaculaire. C’est intime.

2. Quelles sont les techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman et en venir à bout ?

J’ai appris à ne pas attendre l’inspiration parfaite. J’écris même quand c’est imparfait. Je me fixe des petits objectifs : une page, une scène, un dialogue. Je ne relis pas trop tôt, pour ne pas me décourager. Et surtout, je reste fidèle aux personnages. Quand je doute, je me demande : que ferait-elle, elle, maintenant ? Cela m’aide à avancer. Écrire un livre, c’est accepter la fatigue, mais continuer malgré elle.

3. Écrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu ?

Les contraintes ne sont pas des ennemies. Elles donnent une forme à l’élan. Un cadre d’heures, un nombre de pages, une structure. Mais à l’intérieur de ce cadre, je me laisse respirer. Si une phrase veut dévier, je la suis. Le plaisir vient de cette tension : discipline et liberté. Comme une danse. Il faut des pas précis, mais aussi le corps qui s’abandonne.

 

 

4. Quelles sources d’inspiration pour écrire? Simplement l’imaginaire, ou bien la vie personnelle, celles des autres, les médias?

Pour moi, l’inspiration ne vient jamais d’un seul endroit. Elle est multiple, vivante, mouvante.

Je m’inspire de mon vécu, bien sûr. De mes émotions, de mes blessures, de mes joies discrètes. Ce que j’ai traversé donne une vérité aux personnages. Mais je ne m’arrête pas là. J’ai aussi besoin d’évasion, de mondes plus vastes que le réel.

Je puise énormément dans les univers de la pop culture. Les grandes fresques comme Le Seigneur des Anneaux m’ont appris le souffle épique et la profondeur des mondes imaginaires. Des films comme Matrix m’inspirent par leurs questions philosophiques et leur esthétique. Et des univers plus sombres et gigantesques comme Warhammer 40,000 nourrissent mon goût pour les conflits démesurés et les mythologies complexes.

Je crois que tout peut devenir matière à écrire : les jeux vidéo, les films, les sous-univers inventés par d’autres. L’imaginaire des autres alimente le mien. J’y prends des atmosphères, des tensions, des idées, puis je les transforme. Au fond, écrire, c’est tisser ensemble le réel et le fantastique pour créer quelque chose de personnel.

 

 

 

 

5 On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi?

 

Je crois que tout roman porte, d’une manière ou d’une autre, une part autobiographique. Même lorsque je m’éloigne de moi, je laisse dans mes personnages des fragments de mes émotions, de mes peurs ou de mes espoirs. On n’écrit jamais totalement hors de soi. Notre regard, notre sensibilité, notre mémoire façonnent chaque histoire.

Écrire peut-être une manière d’exorciser un vécu. Mettre des mots sur une blessure, une solitude ou un souvenir permet de les apprivoiser. L’écriture offre un espace de transformation : ce qui était douloureux devient matière poétique, et parfois apaisement.

Mais j’écris aussi pour aller au-delà de moi. Pour explorer d’autres vies, d’autres mondes, d’autres vérités. L’imaginaire me permet de m’affranchir du réel et d’élargir mon horizon. Au fond, écrire est un double mouvement : plonger en soi pour mieux s’en éloigner, et revenir transformée.

 

6 . Une idée du visage du lectorat? Est-il simple d’établir une communication avec ses lecteurs ?
 
Je pense avoir un lectorat mixte, composé d’hommes et de femmes, unis par un même goût pour les histoires d’amour entre femmes. Ce qui me touche, c’est de voir que ces récits dépassent les frontières de genre. Certains lecteurs y trouvent une représentation, d’autres une émotion sincère ou une curiosité bienveillante. Cela me rappelle que la littérature parle avant tout au cœur.

Quant à la communication avec mes lecteurs, elle n’est pas toujours simple, mais elle est précieuse. Les échanges se font souvent par messages, commentaires ou rencontres littéraires. Parfois, un seul mot de lecteur suffit à donner du sens à mon travail. Il peut être difficile de se dévoiler, mais ces dialogues créent un lien intime et sincère. Écrire, au fond, c’est tendre la main ; et lorsqu’un lecteur la saisit, la rencontre devient réelle.

 

7  Comment accorder la vie d’auteur érotique avec une vie plus classique (de famille, de bureau…) ? Faut-il ou non cacher cette activité littéraire ?
 
Accorder une vie d’autrice érotique avec une vie plus classique n’est jamais tout à fait simple. Il faut composer avec les regards, les jugements parfois, et trouver un équilibre entre l’intime et le quotidien. Entre la famille, le travail de bureau et l’écriture, je mène une double vie qui demande discrétion, mais aussi confiance en soi.

Pour ma part, cette conciliation m’est plus naturelle. Étant bisexuelle, avec surtout des relations avec des femmes, mes écrits résonnent profondément avec mon identité. Ils ne sont pas une façade, mais une extension sincère de ce que je suis. Cette cohérence me permet d’assumer publiquement mon travail littéraire, sans me sentir en décalage avec ma vie personnelle.

Faut-il cacher cette activité ? Je ne crois pas qu’il existe une réponse unique. Certaines autrices choisissent un pseudonyme pour se protéger, et c’est légitime. Mais, lorsque cela est possible, assumer ses écrits est libérateur. Pour moi, écrire de l’érotisme, c’est revendiquer une parole, une sensibilité et une liberté. C’est vivre pleinement, sans séparer la femme, l’autrice et la personne du quotidien.


 
8 Des projets actuels en cours ? Littéraires, ou autres ?
 
En ce moment, je suis plongée dans l’écriture d’un nouveau roman. Toujours dans l’érotisme, mais avec une dimension beaucoup plus fantastique. J’ai envie d’ouvrir davantage les frontières du réel, tout en gardant un ancrage concret, presque quotidien.

L’histoire se déroule dans un cadre réaliste, mais peu à peu, quelque chose bascule. Le fantastique s’infiltre, transforme les corps, les émotions, les relations. Et au cœur de tout ça, il y a toujours des histoires entre femmes, ce lien, cette tension, cette douceur aussi, qui me tiennent profondément à cœur.

 

9 Les thèmes «sulfureux» sont-ils ton domaine de prédilection ?

Non, les thèmes « sulfureux » ne sont pas spécialement mon domaine de prédilection.

Disons que je ne les recherche pas particulièrement, mais je ne les fuis pas non plus. Pour moi, ce qui compte avant tout, c’est que le sujet serve l’histoire et qu’il ait quelque chose d’intéressant à explorer.

Dans mon prochain livre, j’ai envie de m’attaquer à un thème qui n’a quasiment jamais été traité en littérature : une relation à la fois amoureuse et sexuelle entre une mère et sa fille. C’est un terrain extrêmement chargé, presque vierge en dehors de certains cercles très underground, et c’est justement ça qui m’attire. J’aime l’idée de plonger dans cette zone grise où les rôles traditionnels (maternité, filiation, amour, désir) se brouillent complètement.

J’ai aussi un faible pour les rapports de domination et de soumission, mais ce n’est pas le cœur du projet. C’est plutôt un ingrédient supplémentaire qui peut venir enrichir la dynamique entre les deux personnages, sans que ce soit l’unique moteur du récit.

 

10 . Auteur professionnel, semi-pro, amateur ? Si amateur : l’activité principale est-elle secrète ? Si pro : est-il difficile de vivre de sa plume, de nos jours ?

Pour l’instant, je me considère comme une autrice amateure. L’écriture occupe une place essentielle dans ma vie, mais elle n’est pas encore mon activité principale. Elle s’inscrit à côté d’un quotidien plus classique, entre travail et obligations personnelles. Cependant, mon rêve serait de vivre de ma plume. Ce serait une immense satisfaction de pouvoir me consacrer pleinement à mes histoires.

Aujourd’hui, vivre de l’écriture est un défi, quel que soit le genre. Mais cela l’est encore davantage dans la littérature érotique, souvent marginalisée ou moins reconnue par les circuits traditionnels. Il faut de la persévérance, de la patience, et une grande confiance en son travail.

Malgré les difficultés, je continue d’écrire avec passion. Chaque texte est une étape, chaque lecteur une victoire. Et peut-être qu’un jour, cette vocation deviendra un métier à part entière.

 

Partie 2 à venir… N’hésitez pas à découvrir l’univers littéraire d’Aya.

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