Entretien avec Zeppo 6/6

Sixième partie de l’entretien avec l’auteur Zeppo…

. Au-delà, fait-on réellement le choix de sa sexualité ? Peut-on choisir d’être hétéro, homo, d’avoir une faible ou une grosse libido, être fidèle ou infidèle, sage ou frivole ?

Je crois réellement qu’il s’agit de choix, oui. Pas forcément conscients, mais des choix. On ne naît pas homo, comme certain(e)s aiment à le dire. Mais ça ne veut pas dire qu’on naisse plus hétéro. On naît surtout sans aucune idée de ce que c’est. Puis on se rend compte que « moi », ce n’est pas tout ce que je vois. Il y a un « moi » et un « autre ». Et en fonction de mon histoire, de ma biologie, des sentiments qui naissent de ces liens créés entre l’extérieur et l’intérieur, on devient homo ou hétéro, on est attiré par les êtres du même sexe ou pas, voire les deux indifféremment. C’est d’ailleurs plus souvent le cas qu’on ne veut bien le croire ! Je pense qu’on ne peut pas définir exactement d’où sortent ces « choix » que l’on fait, plus ou moins tôt dans notre histoire. Du moins, on ne le peut pas facilement ni avec certitude. Mais de toute façon, peu importe, au fond. On n’a pas besoin d’expliquer, mais juste accepter que des gens, aussi proches de nous soient-ils, peuvent faire des choix que l’on ne comprend pas forcément. Et tant que ces choix n’ont pas d’impacts négatifs sur autrui, on n’a pas à juger, et encore moins à combattre.

Je suis toujours étonné de voir avec quelle virulence certain(e)s peuvent combattre l’homosexualité, mais restent de gentils toutous quand des hommes et des femmes s’octroient le pouvoir de faire de votre vie un véritable enfer, parce que des gens ont mis un bout de papier dans une urne… C’est quelque chose qui me dépasse vraiment, qu’on puisse tabasser quelqu’un pour quelque chose qui ne vous regarde pas, et plier l’échine devant quelqu’un qui vous écrase.

. Est-il utile qu’il y ait un(e) dominant(e) et un(e) dominé(e) dans le sexe ? Si oui, pourquoi ?

Aucunement. Enfin… de façon générale, il n’y a aucune utilité à cela. Si ce n’est pour les besoins de l’un, de l’autre, voire des deux, dans le meilleur des cas ! Mais c’est comme je disais : pas de norme en matière de sexe, il n’y a vraiment pas « besoin » de cela ! Si vous en ressentez le besoin, faites-vous dominer, ou trouvez un ou une soumise… Dans le cas contraire, ne vous y forcez pas, et ce n’est pas pour ça que vous serez un ou une « coincé(e) du cul ».

On peut bien sûr objecter à cela que l’acte sexuel en lui-même implique ce genre de relation, un minimum. Mais c’est totalement faux. Ce n’est pas parce que l’homme pénètre la femme qu’il est dominant, même s’il est plus actif que la femme. En faisant la planche, la femme impose son rythme à l’homme, non ?

On sait tous qu’un mec considéré comme un bon coup par l’une pourra être une déception pour une autre… et vice versa. Je crois que ce qu’il faut recherché, c’est la communion qu’implique un tel acte. Pas besoin que nos âmes entrent en résonance, non plus ! Mais la communication, encore : il faut être à l’écoute de l’autre, dans les deux sens. Et ce, même si c’est qu’un coup d’un soir, même pendant un gang bang. On imagine mal un gang bang où les mecs se poussent des épaules pour être le premier à défoncer la femme. Quelles que soient nos pratiques sexuelles, elles ne pourront être satisfaisantes que si les corps communiquent vraiment. Il n’y a vraiment aucune règle, aucune norme à avoir en matière de sexe… ni dans la société, ni même dans un couple.

. Après des années de vie sexuelle, comment continuer à se surprendre ?

En gardant les yeux ouverts. Nos contemporains sont bien plus surprenants qu’on ne se l’imagine, quand on les regarde bien… Pourquoi en serait-il autrement dans un vieux couple ? Et la surprise peut ne pas venir de la position ou de l’endurance. Le lieu, le moment, l’envie qu’on montre à son partenaire peut jouer de tout cela. C’est comme on écrit un livre érotique : une fois le(la) lecteur(trice) excitée, on peut l’emmener à peu près n’importe où. Il suffit juste de trouver la manière et de le faire avec respect, sans mentir… En fait, je crois que j’écris comme je fais l’amour, au fond !

À suivre…

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Entretien avec Zeppo 5/6

Cinquième partie de l’entretien avec l’auteur Zeppo…

. Hypersexualisation, prostitution au collège, prédateurs : exagération ou enfants en danger ? Comment les protéger ?

La communication. Ce n’est pas un discours de prof, ce ne sont pas des lois qui vont protéger, mais les parents. Il faut dire aux enfants, leur expliquer pourquoi on a peur de les laisser seuls le soir dans les rues. Il n’y a que comme ça qu’ils se protégeront eux-mêmes. Ça ne les empêchera pas de sortir, mais ils le feront en connaissance de cause. Dire à un enfant de 5 ans que certains adultes (même parmi nos connaissances) peuvent avoir des gestes déplacés, des mots inconvenants voire des intentions mauvaises, c’est une bonne chose. Il y a des mots simples, pour ça : « s’il veut toucher ton zizi, ou te faire toucher le sien, tu dois refuser fermement et aller trouver un autre adulte le plus vite possible sans réfléchir ». Ce n’est pas tuer leur innocence que de leur expliquer la réalité et nos enfants sont bien plus forts que nous : ils arrivent à s’endormir en étant persuadés qu’un monstre veille sous le lit !

. Si tu pouvais faire passer une loi nationale liée au sexe, quelle serait-elle ?

L’anarchie ! Un monde où les lois seraient logiques et donc n’auraient aucun besoin d’être inscrites dans le marbre, parce qu’intégrées en chacun de nous : tout ce que je fais a des conséquences, et je dois faire en sorte que ces conséquences aient le moins d’impact possible sur mon prochain. L’égalité, l’entraide, le respect… Il n’y a que comme ça qu’on peut atteindre la vraie liberté dont on nous rabâche les oreilles depuis notre enfance.

Tes valeurs et convictions…

. Pour toi, fidélité et exclusivité sexuelle ne doivent-elles faire qu’un ?

Non. Je suis un anarchiste : chacun fait ce qu’il veut tant que ça ne nuit pas aux autres. La période que nous vivons est propice aux coups d’essai, alors profitons-en. D’ici quelques années, il y a sûrement de nouvelles « normes » qui vont émerger, il faut essayer pour savoir…

. As-tu une opinion quant aux petits mouvements minoritaires orientés sur le polyamour ? Le matriarcat ?

Le matriarcat, c’est comme le patriarcat : domination non consentie… beurk !

Le polyamour, c’est plus complexe. Je suis persuadé que l’humanité peut aimer d’amour plusieurs personnes et même qu’on peut s’épanouir dans un ménage à plusieurs. Avec de la communication, peut-être encore plus qu’à deux. Par contre, il y a cette idée, dans le polyamour, que j’ai régulièrement croisée : j’accepte de ne pas te satisfaire à tous points de vue, donc je te laisse avoir des aventures avec d’autres. Et vice versa, bien entendu. On part donc du principe que le bonheur est de réussir « à tous points de vue », que le bonheur ne peut être complet que sans tâche. C’est mal connaître l’humanité. Je trouve qu’il y a là-dedans une espèce de fuite en avant vers le bonheur parfait, sans tâche… Et la perfection, c’est un peu pareil que le matriarcat, pour moi ! Mais ça n’est que mon avis, sans aucun jugement sur ceux et celles qui semblent vivre ça avec un enthousiasme incontestable !

Ce n’est pas tant la façon de vivre qui m’importe, que ce que ça représente, le discours qui est porté. Cette recherche de paradis sur Terre me semble la nouvelle utopie du moment. On ne peut pas créer un monde parfait, parce que pour chacun d’entre nous, le monde parfait était celui où nous étions le Tout, où le sein était bienveillant, toujours à nous répondre. Ne soyons pas aveugles : quand nous croisons quelqu’un qui n’a rien de nombriliste, c’est le fruit d’un travail acharné de plusieurs années, voire de plusieurs générations. C’est une construction, non un instinct. S’il existe un vrai paradis, ce ne sera jamais ici qu’on le trouvera, malheureusement. Mais peut-être le paradis est-il le Néant…

. Penses-tu qu’il pourrait y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?

Ahahah ! Admettons un instant que ce soit le cas. Un petit instant. Je reste persuadé qu’il ne s’agirait là que d’une expérience, comme on met quelques fourmis dans un bocal pour voir comment elles s’organisent. Dieu serait un savant fou, voire un petit gamin curieux !

Une vie après la mort ? Peu importe, au fond. Tant que nous sommes vivants, c’est ce qu’on va laisser ici derrière nous qui nous pousse à agir d’une façon ou d’une autre. Pour moi, croire qu’il y ait une vie après la mort, c’est se dédouaner de ce que nous faisons ici. Je ne me dédouane pas, moi. Je verrai bien le moment venu. Je préfère vivre en athée respectueux de mon prochain et me faire pardonner mon incrédulité le jour du Jugement Dernier, que d’écraser mon prochain au nom d’un Dieu hypothétique… Je pense qu’il est préférable de se tromper dans ce sens que dans l’autre. Donner sa vie à un Dieu pour se rendre compte qu’il n’existe pas, c’est balo !

La question d’une divinité est pourtant importante. Non pas dans le fait qu’elle existe ou pas, mais plutôt dans ce que nous mettons dedans. C’est exactement comme les monstres créés dans la littérature, au fond : ils ne font que refléter l’humanité, et non l’inverse ! Vous comprendrez donc que je ne pense pas que Dieu ait fait l’homme à son image, mais que l’homme a fait Dieu à son image… Et cette image évolue avec le temps, avec les mœurs…

. Qu’est-ce que pour toi l’égalité homme-femme ? Jusqu’où mener cette vision ?

La vache ! L’égalité homme-femme, c’est… l’égalité ? L’égalité, c’est de rester soi-même face à quelqu’un malgré ses différences. C’est-à-dire ne pas changer son comportement parce que j’ai une femme en face de moi… sauf si la séduction entre en ligne de compte, bien entendu. Je ne séduis pas un homme et une femme de la même manière. Tout simplement parce que je ne le fais pas pour les mêmes raisons ! Mais l’égalité ne peut se mener que jusqu’au bout, que ce soit pour des histoires de sexe, de couleur de peau, de lieu de naissance, d’œil qui dit merde à l’autre, de nombre de bras ou de jambes… Soit on est vraiment tous et toutes égaux et égales, soit on ne l’est pas, et c’est la loi du plus fort.

La sexualité et la séduction en général…

. Que faut-il à une femme pour être féminine ? A un homme pour être masculin ?

Une jupe pour l’une, et des muscles pour l’autre… et vice versa ! Des muscles pour l’une et une jupe pour l’autre ! On a tous et toutes notre « idéal » de la féminité et de la masculinité. Et puis je pourrais très bien répondre : « de longs cheveux blonds, une poitrine ni trop grosse ni trop petite, un cul d’enfer, et tout ça enrobé d’intelligence, du sens de la répartie, et un petit côté salope en intimité »… Je pourrais répondre ça, et demain tomber amoureux de tout à fait l’inverse !

. De fortes envies de sexe au quotidien, cela s’explique-t-il par des goûts personnels ou la biologie ?

Il semblerait qu’il y ait comme pour tout, un mélange des deux. L’idée selon laquelle les hommes ont un appétit sexuel plus grand que celui des femmes, est sûrement plus social que biologique. D’ailleurs, depuis que les femmes n’ont plus honte de leurs appétits, l’écart se réduit dans les statistiques !

À suivre…

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Entretien avec Zeppo 4/6

Quatrième partie de l’entretien avec l’auteur Zeppo…

Ta création dans son ensemble…

. Que ressens-tu par rapport à tes personnages ? Te ressemblent-ils, te sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

Je dois bien avouer que mes personnages féminins sont parfois inspirés de certaines personnes réelles ! Ou du moins, certains traits. C’est bien de la fiction que j’écris, et si telle ou telle personne s’est retrouvée dans un de ces personnages, ça n’a pour l’instant été que bien vécu par ladite personne ! Pour les personnages masculins, je ne vais pas dire qu’il n’y a rien de moi, ce serait mettre des œillères sur ce que c’est qu’écrire ! Mais ce n’est pas le but recherché. Les personnages servent l’histoire, et non l’inverse. Alors oui, ils peuvent parfois me ressembler ou m’être opposés complètement, suivant ce dont j’ai besoin !

. Aimerais-tu coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Joker ! 🙂

. Injectes-tu de l’amour dans tes histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

Ça me paraît assez difficile, en effet. Après, ce n’est pas forcément de l’amour « durable », si je puis dire. Certaines nouvelles ne sont que des portes ouvertes à l’amour. Je ne crois pas qu’on puisse n’écrire que des histoires de coup de foudre sans mentir au lecteur. Pour moi, l’amour est une construction, le coup de foudre n’est que de l’attirance très violente. Mais ce n’est pas encore de l’amour à proprement parler. On ne peut pas faire d’érotisme sans sentiments, c’est clair. Mais les sentiments sont bien souvent ambivalents… le syndrome de Stockholm en est un bel exemple !

. Ecris-tu en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien as-tu l’écriture plus intuitive ?

Clairement intuitive. Je me laisse porter par l’histoire. Je sais d’où je pars et où je veux arriver. Mais là où j’arrive, ce n’est pas forcément ce que j’avais prévu. J’essaye au maximum de me mettre dans la peau de mes personnages. Et s’il arrive quelque chose qui change le cours de l’histoire, je ne reviens pas en arrière afin de garder mon chemin. Je recalcule la trajectoire, simplement.

C’est bien sûr surtout le cas pour les nouvelles, ce que j’ai le plus écrit pour l’instant. Parce que les nouvelles, je les écris presque d’un jet. Certaines sont composées de petits chapitres. On devine alors en combien de fois j’ai écris cette nouvelle.

Je répondrai plus clairement après l’écriture du roman en cours… mais à tous les coups, ça va être assez semblable, parce que je me suis déjà laissé plein de liberté dans ce sens, quand j’ai construit le schéma du livre ! Si j’arrive à me surprendre moi-même, alors je devrais aussi réussir à surprendre les autres… C’est un peu ça, ma devise !

. Comment fais-tu pour mieux vendre, te faire connaître, fidéliser le lecteur ?

Heu… Je n’ai pas de technique pour ça. Je reste moi-même, simplement. Comme je disais, je n’écris pas avec l’idée que ça plaise forcément. Un de mes recueils (Contes Fantasti’X) en est sûrement un parfait exemple. L’érotisme a pour moi vocation a se retrouver partout. Les romans à l’eau de rose seraient sûrement plus intéressants si les auteurs se permettaient d’y mettre des scènes érotiques, parce que ça changerait leur vision « angélique » du personnage !

Je crois qu’en fait, ma technique pour vendre, c’est de ne pas essayer de vendre… Mais je dois avouer que c’est pas super efficace !

. Si ton œuvre totale pouvait se résumer en un message, quel serait-il ?

« lâche-toi » ? Je crois que ceux et celles qui m’ont lu sauraient mieux répondre que moi… mais chacun(e) aurait sa propre réponse, sûrement !

. Ecrire peut-il te provoquer une excitation sexuelle ? Et lire ? Rêver ? Imaginer ?

Tout. Les scènes érotiques que je garde sont lues parce qu’elles m’ont excité ! Lire me procure énormément de plaisir et quelques auteur(e)s me provoquent ça assez facilement ! Rêver et imaginer, je pense que tout le monde peut le faire… si on n’arrive pas soi-même à s’exciter, personne ne le pourra !

Sexe et société…

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

Le manque de communication, sans hésitation !

. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelque décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Je ne suis pas du genre à juger, et encore moins à juger un processus qui à mon sens n’est qu’en cours. Mais une chose est sûre : avant de trouver un juste milieu, les deux extrêmes seront aux manettes !

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

Je considère qu’il n’y a de misère sexuelle que celle qu’on s’impose. Ne pas réaliser tous ses fantasmes, ce n’est pas un échec. Je crois qu’il faut commencer par là. C’est d’ailleurs un peu le message de mon dernier recueil (Onanisme général). Le sexe n’est pas un but, mais un moyen. Combien de gens qui réalisent tous leurs fantasmes en sont plus heureux sur le long terme ? Il y a ce dont on rêve, ce que l’on peut faire, ce que l’on peut se permettre, et ce que l’on a réellement envie de faire. On jongle tout le temps avec tout ça. Et on peut être heureux avec peu… on peut même être heureux dans la chasteté, pourquoi pas ? Ce qu’il y a de bien avec le sexe, c’est que chacun voit midi à sa porte. Parler de « misère sexuelle », c’est dangereux, pour moi. Parce que ça implique une « norme ». Une norme à une activité « intime ». Comment on définit cette misère ? Si tu ne baises pas trois fois par semaine ? Par mois ? Par an ? Parce que tu te sens frustré, que tu aimerais baiser plus mais que tu ne peux pas ? Quelles en sont les raisons ? Psychologiques ? Sociétales ? Physiques ? Parler de misère sexuelle, c’est imposer une norme à quelque chose qui n’en a pas besoin pour exister…

. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

Ça l’a été pendant très longtemps. Je crois qu’aujourd’hui, ça s’inverse, doucement. Mais il est clair qu’avoir beaucoup d’argent, ça a toujours aidé à avoir du temps pour les choses plus « frivoles » comme le sexe ! Et c’est encore le cas aujourd’hui, mais ça va changer, j’en suis certain. Cela dit, si on parle de littérature, et donc de faire rêver les gens, on peut comprendre que ce cliché ait la vie dure, car bien souvent les pauvres rêvent en cachette de devenir riches et puissants… et si en plus, ça peut leur permettre un petit harem !

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

Ce ne sont en rien des cas isolés. Ni un triste phénomène de société. C’est un fait, avec toute la froideur qu’ont les faits. L’homme a écrasé et continue d’écraser la femme à travers le monde. Mais avec quelle force on les défend ? À coups de lois sur la parité ? Tout en continuant de considérer qu’un homme est plus « fiable » ? La parité, c’est un peu considérer que c’est un handicap d’être une femme. Il faut absolument sortir de ce schéma sans fin : ce n’est pas à l’homme de sauver la femme. C’est à la femme de se rebeller ! On peut considérer que le « dénonce ton porc » est allé trop loin, et c’est sûrement le cas. Mais bordel, ce que j’aimerais être une femme pour vivre ça de l’autre côté ! Ça n’en a peut-être pas l’air, mais c’est une révolution, ce truc. En cours, bien entendu. D’où le fait que pour le moment, les extrêmes s’expriment pleinement. Mais regardons au fond des choses ce qu’il y a : des femmes qui disent stop ! Et ça, ce ne sont pas des cas isolés non plus ! Je crois que beaucoup d’hommes sont en accord avec ce mouvement-là. Le seul problème, à mon sens, c’est que le sujet n’est plus que la femme, quelle place elle doit prendre, etc. Mais on oublie que malgré toute notre bonne volonté, nous avons été élevés par des parents en opposition presque totale avec le schéma naissant. Accompagner les hommes dans ce changement pour ne pas le laisser à la traîne et ne pas encourager la situation inverse (la femme qui dominerait l’homme), il me semble que ça devra à un moment être mis sur la table, après ce moment jouissif pour les femmes de voir enfin ces gros porcs mis devant leurs responsabilités…

. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

Jeu charmant et nécessaire. Parce que je suis persuadé que dans l’acte sexuel, on communique. Par les regards, par les coups de reins, par les étreintes. Nos corps expriment bien plus de choses que nos mots. La drague fait naître des sentiments… le sexe les confirme.

Quand on aura enfin compris que si on veut être aimé, il ne suffit pas de donner des gros coups de reins, on aura bien avancer, je pense ! D’ailleurs, demandez aux femmes : les coups de reins les plus puissants ne sont pas forcément ceux qui les font jouir le plus fort… Toutes les femmes ne sont pas masochistes, même si elles vivent avec des hommes !

Par contre, on ne peut pas nier que ça puisse faire du bien à tout le monde, une partie de jambes en l’air déchaînée où l’intellect n’a pas sa place, où la drague n’est pas nécessaire. Et c’est très excitant aussi. Mais les buts ne sont pas les mêmes, les circonstances non plus, et ce n’est vraiment pas à la portée de tout le monde !

À suivre…

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Entretien avec Zeppo 3/6

Troisième partie de l’entretien avec l’auteur Zeppo…

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

Tout à la fois. On peut écrire dans le but d’ouvrir les gens à une façon de penser, etc., c’est le lecteur, la lectrice qui choisit. En fait, c’est comme tous les livres : ça dépend beaucoup moins de l’auteur que du lecteur !

Ta vision personnelle de la littérature…

. Quels sont tes coups de cœur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

Oh la vache ! Je vais citer Des milliards de tapis de cheveux, de Andreas Eschbach. Parce que justement, c’est le livre qui m’a fait comprendre pour de bon que la fiction n’est pas que distraction. Mais il y en aurait tant d’autres… Et tant que je n’ai pas encore lu !

. Dans un polar ou un livre d’horreur, on peut prendre plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait pourtant jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

On a tous rêvé un jour ou l’autre de découper en petits morceaux toutes les pourritures qui nous rendent la vie moins rose ! Mais nous ne sommes heureusement pas tous psychopathes et nous ne faisons qu’en rêver pour pouvoir les supporter jour après jour !

Je crois que dans la littérature érotique, le processus du fantasme est encore plus présent. On peut être excité(e) à la lecture d’une scène qui est à la limite du viol (voire complètement un viol), mais on ne s’imaginerait jamais prendre du plaisir dans cette situation, que ce soit en tant qu’agresseur ou victime. Le processus d’identification au personnage, quand le corps s’en mêle, peut être impressionnant, à mon avis. Et on a tous en nous, ce petit côté morbide qui nous fait aimer les événements horribles. Dans la littérature, on y a le droit, alors on ne se prive pas. On peut toujours dire après : « ouais, mais c’est qu’un livre, ça veut rien dire… » sauf qu’on sait tous sans le dire que ça veut dire quelque chose !

. Qu’aimes-tu lire en général et pourquoi ?

De la littérature érotique, un peu. Mais ce qui me transporte le plus, c’est la science-fiction et la fantaisie… Justement parce qu’on arrive à parler de l’humanité que nous connaissons sans qu’elle ne soit nommée. Comme le faisait La Fontaine en son temps avec les animaux. Lorsque les personnages ne sont pas les humains qu’on connaît et qu’on côtoie tous les jours, ça permet plus de libertés quant aux réactions qu’ils ont, parfois bien surprenantes ! Mais maintenant que je pense avoir un peu trouvé ma voie dans la littérature érotique, je m’y intéresse de plus en plus sans avoir peur de tomber dans le plagiat ! Et il y a des choses vraiment intéressantes… Je vous conseille encore d’aller voir les podcasts de Charlie, vous y découvrirez de belles pépites qui prouvent que je suis loin d’être le premier à penser que ce type d’écriture est quelque chose de transversal : tous les sujets peuvent avoir une charge érotique qui amène le lecteur et la lectrice beaucoup plus loin dans le questionnement philosophique que sans cette charge.

Littérature érotique et société…

. A une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

Là, on touche à un sujet brûlant ! Pour moi, la réponse est simple : c’est aux parents de voir. La loi doit sûrement garder cet interdit aux mineurs, de façon à montrer qu’il y a un certain danger, que l’ado qui se met à lire sait qu’il ne lit pas un bouquin de la collection Polichinelle, par exemple. Mais les parents doivent accompagner ça, de la même façon que ce n’est pas à la loi ou aux professeurs d’accompagner les adolescents et adolescentes dans leur construction sexuelle, mais bien aux parents avant tout. Laissez-les devant un Predator à 10 ans et vous êtes partis pour quelques nuits sans sommeil ! Regardez-le avec lui en lui expliquant quelques rouages du scénario ou des effets spéciaux, et vos nuits seront plus paisibles ! Le sexe est partout et est pourtant de plus en plus tabou dans les rapports parents/enfants. C’est justement à l’heure où l’accès à l’érotisme et la pornographie est si simple et gratuit qu’il faut en parler, expliquer où est la barrière entre fiction et réalité, entre fantasme et vécu…

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Non, il n’y a aucune limite à mettre. Les tabous existent dans la société, et certains sont même punis par la loi, en cas de besoin. Un auteur, tout aussi tordu soit-il, doit pouvoir s’exprimer. Les lecteurs et lectrices choisiront. J’ai une totale confiance en l’être humain, et ça me perdra, un jour !

. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autre d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

En fait, la religion n’a pas toujours été « contre » le sexe. Par exemple, les puritains que l’on fustige aujourd’hui allaient jusqu’à inciter les couples mariés à le pratiquer régulièrement… et même punir la chasteté dans le mariage ! Mais aujourd’hui, c’est un fait : religion et sexe ne font pas bon ménage, si ce n’est pour la reproduction. Et en réponse, on a le sexe à outrance. Un extrême n’arrive jamais seul, on le sait bien ! Je pense que la littérature érotique permet d’apaiser tout ça, parce que l’érotisme est partout : à plusieurs ou seul(e), au lit ou dans une salle d’attente. L’érotisme est d’abord une tension entre personnes, qui va justement au-delà du simple sexe, même si cela passe par un acte sexuel. Je crois vraiment que l’érotisme, c’est un peu l’écologie dans la politique : il faut en avoir partout ! Non pas dans le but de sacraliser ou désacraliser le sexe, mais bien dans le but d’en faire un art de vivre. Hier, on disait : « dis-moi ce que tu portes et je te dirai qui tu es », aujourd’hui « dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es », demain sûrement « dis-moi comment tu fais l’amour et je te dirai qui tu es ». On vit une période intéressante, de grands changements profonds, mais qui ne passera pas par une révolution sanglante (je l’espère, du moins!). Ces changements n’en seront peut-être que plus pérennes. Et quand on parle d’érotisme, on parle avant tout de relations entre les gens… donc de la société.

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il ton écriture ?

Alors là… Une fois que j’en aurai parlé sur un divan, je saurai peut-être y répondre ! Mais il est certain, déjà, que c’est parce que le monde ne tourne pas rond que j’ai ce besoin d’écrire !

À suivre…

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Entretien avec Zeppo 2/6

Deuxième partie de l’entretien avec l’auteur Zeppo…

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

Je crois qu’il n’y a qu’une seule réponse à cette question : le plaisir de faire plaisir ! En fait, je suis un continuel militant. Tout ce que je fais dans la vie, j’y mets un sens. La littérature érotique a cela d’important pour moi : le corps et l’esprit sont touchés ensemble. C’est lorsque je m’en suis rendu compte que j’ai glissé vers cette littérature. Il n’y a que peu de temps que je m’intéresse à ce qui s’est fait avant. Et ça n’a fait que confirmer ce que j’avais remarqué : le livre le plus distrayant du monde peut être chargé de sens, si on veut bien ouvrir son esprit pour recevoir le message de l’auteur. Je sais que mes mots écrits ont fait jouir des gens… Et je crois que ce fait a autant changé ma vie que la leur…

Mais il serait difficile de répondre à cette question sans préciser que jeune adolescent, je me suis branlé de nombreuses fois à la lecture de Xaviera, de Xaviera Hollander. On revient toujours à nos premiers amours !

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète?)

Je suis un simple amateur ! Je n’ai aucune prétention quant à l’écriture. J’écris pour le plaisir et continuerai de le faire tant que le plaisir sera au rendez-vous. Mon activité principale, je ne peux pas vous la dévoiler sans vous tuer juste après !

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

Je ne crois pas qu’utiliser un pseudonyme soit forcément ne pas assumer ses écrits. J’utilise un pseudonyme pour être plus tranquille, certes, mais aussi et surtout parce que je ne vois pas ce que ça apporte au lecteur. Si j’écrivais autre chose que de la littérature érotique, j’utiliserais aussi un pseudonyme (peut-être est-ce d’ailleurs déjà le cas?). Les livres que je lis, je ne les lis pas parce que j’aime l’auteur ou l’autrice, je les lis parce que leur travail me plaît, alors que ce soit écrit San Antonio ou Frédéric Dard sur la couverture, peu m’importe.

J’ai remarqué qu’en tant qu’auteur de littérature érotique, ce qui marche le mieux, c’est de montrer qu’on vit ce qu’on écrit, laisser imaginer que la fiction pourrait peut-être être autobiographique. Et certains jouent bien le jeu, avec merveille. C’est même totalement vrai, pour certains et certaines. Mais jamais on ne demandera à un auteur de science-fiction de montrer qu’il est déjà allé dans l’espace pour en parler. J’écris de la fiction, et ma vie privée n’a rien à voir là-dedans. Sur les réseaux sociaux, il est facile de se faire happé et de ne plus mettre de barrières entre sa vie d’auteur et sa vie privée. Avec un pseudonyme, il est plus simple de ne pas en arriver là. Et l’imaginaire de ceux et celles qui lisent le livre n’en est que plus libre encore !

Certains hommes m’ont contacté sur Facebook, par exemple, en étant persuadés que j’étais une femme… J’avoue ne pas avoir toujours cassé leur rêve ! 🙂

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

Il y a encore quelques semaines, j’aurais répondu BD sans hésiter… Mais récemment, j’ai entendu un bout de mon premier roman (Comment je suis devenue une pro) lu par Charlie, dans un de ses podcasts les Lectures Érotiques de Charlie (LEC, sur le site https://charlie-liveshow.com/histoire-erotique-nouvelles-erotiques/). Et franchement, ça m’a retourné ! Alors peut-être une histoire audio, aussi… Surtout si elle qui lit !

La littérature érotique en général…

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Le style dépend de l’auteur. Quand on lit Les onze mille verges de Guillaume Appolinaire, on se prend un vocabulaire bien fleuri dans la tronche ! Et de ce que j’ai lu, les clichés sont présents, oui… Mais franchement, les clichés sont présents partout : tournez la tête vers une pub, et vous ne verrez que ça ! Allumez votre télé, votre radio, le monde tourne sur des clichés ! Pourquoi la littérature érotique échapperait à la règle ? Les plus grands best-sellers de littérature dite « générale » sont remplis de clichés… c’est un peu comme de reprocher au rap d’être rempli de politique… Si les clichés existent dans la littérature érotique, c’est parce que les gens adorent ça, simplement ! Mais réduire la littérature érotique à ça, c’est malheureusement surtout ne pas la connaître…

Et ce seraient des livres uniquement faits pour exciter ? Alors ça, j’aurais jamais cru le voir comme un reproche ! Bien sûr que l’érotisme est fait pour exciter ! Mais est-ce qu’on parle de l’excitation du corps, de lèvres qui s’humidifient, d’un membre viril qui durcit dans son jean’s ? Ou de tous les sens à la fois ? Exciter le corps et l’esprit : voilà ce qu’est l’érotisme, même lorsqu’il va sur les chemins de la pornographie. Exciter les sens, c’est ouvrir l’esprit. Il n’y a pas d’érotisme à des fins purement érotiques. La pornographie, peut-être, peut parfois avoir pour seul but de tendre le corps du lecteur ou de la lectrice… l’érotisme, il y a peu de chances !

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Oh ! On dirait que tu t’attendais à la réponse d’avant ! Comme je l’ai dit plus haut, les lectures érotiques nous mettent dans une espèce d’harmonie avec nous-mêmes, et avec notre monde. Et ça ouvre des portes, parfois. Ce n’est pas dit que ça arrive à chaque fois, forcément. Mais peut-être une fois sur mille… et c’est bingo, là ! Quand on commence à se demander, en lisant une histoire de BDSM, mettons, quand on commence à se mettre à la place du personnage, et se demander si on aimerait ça, ou simplement constater physiquement que malgré ce qu’on aurait cru, ça nous excite… Alors, l’érotisme a atteint son but : l’ouverture à l’Autre. Suis-je comme le personnage ou différent, pourquoi est-ce que lire m’émoustille mais que je ne m’imagine pas du tout à sa place ? Où est le fantasme pur, et de quoi serais-je capable dans la réalité ? Ce sont toutes les questions qu’on peut se poser en lisant de la littérature de ce genre. On en ressort souvent avec plus de questions que de réponses. Il m’est arrivé de ressentir de la honte à vouloir continuer de lire une histoire… c’est exactement ce sentiment qui m’a donné envie de m’y mettre !

Je crois que la littérature érotique n’est pas aussi anodine qu’on le pense : certes, vous en ressortez excité(e), voire même vous vous êtes caressé(e) et vous avez joui ; mais avant tout, vous vous êtes plongé(e) dans un monde qui n’est pas le vôtre (ou pas complètement), et vous l’avez fait vôtre ! Avec cette littérature, on ne peut pas tricher. On ne peut pas « aimer moyennement ». Soit ça ne nous touche pas et on ne ressent même pas l’excitation purement physique que la lecture est sensée nous procurer ; soit on est touché(e), et là il n’y a pas de marche arrière possible. Lorsque votre corps participe à la lecture, vous ne pouvez pas prendre le recul que vous prendrez dans toute autre lecture… Bien sûr, on ne se rend pas forcément compte de tout ça dès la fin de la lecture. Il m’a fallu des mois pour comprendre ça : c’est dans la littérature érotique que les mots prennent leur pleine dimension d’arme massive !

À suivre…

Pour retrouver Zeppo :

https://simplement.pro/u/Zeppo

https://www.lulu.com/shop/search.ep?keyWords=zeppo&type

https://zeppo.dumonde.ovh/

Entretien avec Zeppo 1/6

Voici la première partie d’une interview de l’auteur Zeppo, véritable entretien fleuve diffusée en pas moins de 6 parties !

Ta façon d’écrire et de vivre la littérature…

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

C’est toujours dans le réel que ça commence. Il suffit parfois d’un mot, d’un geste… et mon imagination part en vrille ! Mon imagination avec un besoin irrépressible de donner du plaisir à celui ou celle qui lit !

. Quelles sont tes techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

Je n’ai pas vraiment de technique ! Je ne vis pas de mon écriture, alors je n’écris que quand je suis inspiré (et que j’ai le temps). La page blanche ne me fait pas peur : si ça arrive, c’est que je ne suis pas prêt à écrire ça, alors je passe à autre chose, tout simplement. Parfois, rien à voir avec l’écriture, d’ailleurs… Je sais que le besoin d’avoir un crayon en main reviendra me titiller le corps entier !

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

La pression et la souffrance peuvent être synonymes de joie… C’est d’ailleurs un peu mon cas, dans l’écriture. Lorsque j’écris, c’est tout mon corps et mon esprit qui sont en tension. C’est même parfois douloureux, surtout aux poignets ! (sifflotte) Et ces moments de tension sont pour moi une joie indescriptible, aussi difficiles soient-ils à vivre, parfois ! J’en ressors souvent avec le corps dégoulinant de sueur, et un sourire qui illumine mon visage !

. Ecrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

À fond dans l’un comme dans l’autre ! Je ne vois pas d’autre façon d’écrire, pour moi. La relecture et la correction est une sacrée contrainte autrement moins jouissive. Mais en général, le résultat me plaît… Alors je me fais mal et me corrige, modifie, améliore… J’arrive même à demander l’avis de quelques personnes, maintenant. Et tant que le résultat me plaira, je continuerai d’écrire… Et toujours de cette façon !

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrive-t-il de te censurer ?

Je crois que l’auto-censure a ça de pernicieux qu’elle se fait à l’insu de notre plein gré ! Mais de façon consciente, non. Il va de soi que lorsqu’on écrit une histoire, on a un but, et qu’on doit s’interdire certaines choses pour l’atteindre. Mais je ne crois pas dans ce cas qu’on puisse parler d’auto-censure ! Non, je ne me refuse rien… On le fait assez au quotidien pour ne pas avoir envie de se mettre d’autres barrières dans l’écriture. Ce que j’aime, dans le fait d’être lu (qui est différent du processus d’écriture), c’est réussir à « bousculer » de façon positive. Quand un lecteur ou une lectrice te dit « Je n’aurais pas cru, mais je me suis identifié(e) à ce personnage… Pourtant, ce n’est pas moi »… Je crois que là, on a réussi quelque chose d’important !

. De quoi t’inspires-tu pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien ta vie, celles des autres, les médias ?

Comme je le disais, ça part toujours du réel, parfois d’un détail insignifiant, qui fait tilt dans mon cerveau et/ou dans mon corps, et je pars de ça… L’imaginaire fait le reste. Je n’ai pas trop la prétention de décrire le réel tel qu’il est. D’autres le font très bien. Même si les lieux, les personnages, peuvent sembler réels ou plausibles, mon but n’est pas de dire « c’est comme ça dans la vraie vie ». Mes personnages ont souvent des corps appétissants, des regards profonds, un physique qui attire et communique. Je suis bien conscient que ce n’est pas la réalité. Mais mon but est de faire rêver, car je suis persuadé que ce sont les rêveurs qui ont fait et feront encore avancer l’humanité dans le bon sens… Si on empêche les gens de rêver, on court droit dans le mur…

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

En fait, quand on exorcise un certain vécu, c’est toujours pour aller au-delà de soi, dépasser la situation dans laquelle ce vécu nous a mis. Mais non, j’écris pour mon plaisir, d’abord. Puis on m’a dit que mes mots touchaient jusqu’à exciter, parfois. Et s’il y a bien un moment où nous avons l’esprit ouvert, prêt à se dépasser, ce sont ces moments-là où, une main entre les cuisses qui va et vient, on laisse consciemment nos pulsions s’exprimer. Dans l’imaginaire, mais aussi dans le réel. Ce sont ces moments-là où va s’imaginer subrepticement avec une personne du même sexe que soi, sans avoir pourtant jamais été attiré(e) avant… ou bien où on va se mettre une gifle, juste pour voir si on apprécie ou pas. Les moments où on se lâche à ce point sont propices aux questionnements sur soi-même, mais aussi sur ce qui nous entoure. Je crois que c’est pour ça que j’écris : ouvrir l’esprit des gens, leur montrer que le plaisir est partout, en tout le monde, et qu’il n’y a pas à avoir peur de l’Autre, parce qu’il jouit comme nous !

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Aucune… à part 2-3 personnes ! Ahah ! Plus sérieusement, je sais surtout qu’il est très restreint, sûrement plus féminin que masculin. Je pense que les hommes préfèrent être excités par les mots d’une femme que d’un homme, malheureusement. Je ne fais pas de généralité, bien sûr… Il n’y a pas pire que les généralités pour se placer sur une voie remplie de peur et d’incompréhension. En fait, je n’ai pas eu beaucoup de retours des lecteurs(trice)s, si ce n’est les Services Presse que j’ai moi-même demandés. Donc non, je n’ai pas vraiment d’idée sur ce sujet-là… Et d’ailleurs, ça m’importe peu qui me lit… Par contre, j’aimerais beaucoup avoir plus de retours, connaître leurs ressentis, savoir s’ils ou elles m’ont compris, ou même simplement comment ils ou elles m’ont compris… Notre propos est toujours objet d’interprétation qu’il peut être intéressant de connaître !

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

J’ai utilisé un pseudo dans ce but, oui. L’imaginaire… sans lui, il n’y a pas d’érotisme dans la littérature. Sans nom et sans visage, je laisse la part belle à l’imaginaire de mon lecteur ou ma lectrice ! Peu de gens le savent, autour de moi… Et tant mieux, en quelque sorte. Ces écrits ne sont qu’une toute petite part de moi, ça me chagrinerait que des amis ne me voient plus que par ce biais-là…

Ton parcours, ton futur…

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Énorme angoisse… je pense que je me cache dans une cabane au fin fond d’une forêt canadienne pendant les 10 prochaines années ! Heureusement, il n’y a aucune chance que cela m’arrive un jour !

. Sur quoi travailles-tu actuellement ? Quelle sera ta prochaine sortie ?

En ce moment, j’ai peu de temps pour écrire, malheureusement ! J’ai commencé un roman, après 3 recueils de nouvelles. Une espèce de road-trip, parsemé de plein de choses que j’aime… à commencer par du sexe, mais pas que ! Je n’en dis pas plus… Ce serait dommage que je me spoile moi-même !

À suivre…

Pour retrouver Zeppo :

https://simplement.pro/u/Zeppo

https://www.lulu.com/shop/search.ep?keyWords=zeppo&type

https://zeppo.dumonde.ovh/

Entretien avec Lionel Parrini, partie 2

Suite et fin de notre entretien avec l’auteur Lionel Parrini

 

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

Les deux, encore une fois, ça dépend des livres. Ce qui est certain c’est que depuis que la littérature érotique foisonne de moins en moins de personnes se cachent pour en lire. Ça c’est un très bon signe mais est-ce que ça veut dire qu’on baise plus ? Lol , Ça en revanche…. Je laisse ça aux «  experts »:-)

 

Votre vision personnelle de la littérature…

. Quels sont vos coups de coeurs littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

Anne bert, Alina Reyes, Oscar wilde, Christian Gailly, Harold pinter, Herman hesse. Ces auteurs me touchent particulièrement.

. Dans un polar ou un livre d’horreur, on peut prendre plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait pourtant jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

Ah oui, bien sûr mais je ne connais pas la clé de ce mystère. Il y a certains fantasmes que je ne voudrais pour rien au monde réaliser ! ( rire)

. Qu’aimez-vous lire en général et pourquoi ?

Vraiment, je suis un curieux et j’aime diversifier mes lectures : théâtre, poésie, romans. Mais j’ai une préférence pour les textes où l’écriture est aussi un jeu pour le lecteur, un acteur à part entière, une matière vivante et pas juste un moyen de raconter une histoire. J’aime donc quand la langue a autant d’importance que l’histoire ( Chistian ostler / Jean Echenoz / Jean-Philippe Toussaint ).

 

Littérature érotique et société…

. A une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

Elles peuvent participer à l’éveil sexuel mais je pense que nos jeunes s’éveilleront autrement : avec snapchat par exemple !

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Je crois que la limite c’est la mauvaise foi, l’insincérité, la violence pour la violence. Écrire pour produire juste de l’effet, de la sensation, c’est vraiment d’une tristesse inouïe. Un auteur devrait prendre soin de son livre comme d’un enfant : ne pas en faire juste un produit, offrir un morceau de soi, d’intime, de vulnérabilité, de questions. Donner à voir une vision. Sinon comment peut-on être touché ?

. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autre d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

Elle est de fait militante pour une liberté de vivre une vie de plaisirs sans entrave avec consentement, respect, tolérance. C’est important de continuer à écrire sur le corps, le désir, le plaisir, et entre les cases : pour se battre contre toute dictature. Il n’y a pas de règles que des formules à inventer en fonction de chacun. Ayons l’audace de composer plutôt que d’imiter. Le plaisir mérite qu’on le dédiabolise encore et toujours. Et le plaisir peut-être simplement dans l’œil qui contemple une rivière.

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il votre écriture ?

Je n’ai pas toujours conscience de ce qui me bouleverse directement ou indirectement ( protection) mais je finis toujours par m’en rendre compte surtout en écrivant. Ce qui m’effraie le plus, c’est cette course à l’individualité, le culte des œillères. Je crois que ce qui m’influence c’est tous ceux qui se battent pour continuer à réalise leur(s) rêves(s) tout en intégrant dans leur travail une démarche pacifiste, désintéressé, à l’écart d’un système qui encourage à devenir un homme-produit. La marginalisation assumée, discrète, finalement délicate, me touche, me booste. De plus en plus de femmes et d’hommes se lancent dans une vie qui fait sens avec ce qu’ils sont et ça c’est une bonne nouvelle qui me donne de l’espoir.

 

Votre création dans son ensemble…

. Que ressentez-vous par rapport à vos personnages ? Vous ressemblent-ils, vous sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

Ils sont toujours des étrangers que j’apprends à connaître et deviennent des bougies pour moi, dans mon intériorité. Ça finit toujours par devenir des alliés.

. Aimeriez-vous coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Non, je n’oublie pas qu’ils sont fiction.

. Injectez-vous de l’amour dans vos histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

Je ne suis pas capable d’écrire sans amour.

. Ecrivez-vous en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien avez-vous l’écriture plus intuitive ?

L’intuition est ma boussole, je ne réponds pas à ce qui pourrait plaire mais à ce qui me questionne.

. Comment faites-vous pour mieux vendre, vous faire connaître, fidéliser le lecteur ?

Seulement le bouche à oreille et l’avantage du théâtre, les comédiens et les spectateurs le font pour vous.

. Si votre œuvre totale pouvait se résumer en un message, quel serait-il ?

Refusez toute étiquette vous concernant, la vie est mouvement, allez toujours là où vous êtes bien même si ça gêne la morale. Respectez simplement le consentement. L’être libre n’a pas ou trop d’étiquettes pour qu’on réussisse à le définir. Refusez toutes sortes d’emprises.

. Ecrire peut-il vous provoquer une excitation sexuelle ? Et lire ? Rêver ? Imaginer ?

Oui, bien sûr, et la liste de s’arrête pas à ces actions ! D’une façon plus générale, je dirai que tout ce qui nous permet de nous sentir bien crée la disponibilité en nous et donc le potentiel pour être ému, excité. Je crois aussi que nous devons cultiver la porosité : cet état où on s’autorise à laisser passer les émotions, les contradictions, les envies avec un regard curieux, amusé, bienveillant. Être éponge, c’est apprendre à mieux se comprendre et mieux comprendre les autres.

 

Merci beaucoup à Lionel d’avoir répondu à toutes ces épineuses questions… à présent, je vous invite à visiter son site sans tarder

Entretien avec Lionel Parrini

C’est à l’auteur Lionel Parrini, avec qui je partage quelques références littéraires, de répondre au questionnaire. Un entretien en deux parties dont voici la première…

 

Votre façon d’écrire et de vivre la littérature…

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Le désir d’explorer une question pour laquelle je n’ai pas de réponse. J’écris pour tenter de comprendre, explorer la problématique, sa complexité, et généralement, cela passe par la fiction et plus précisément l’écriture de pièces de théâtre. J’aime confronter les points de vue.

. Quelles sont vos techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

D’abord, se laisser emporter par la force et/ou la joie qui nous pousse à écrire. Suivre l’énergie de l’excitation. Ensuite prendre conscience de ce qu’on veut dire, identifier le sujet ou plus précisément la question essentielle qui est posée dans cette histoire en cours. Une fois la prise de conscience opérée, travailler la réécriture au service d’une structure qui fait sens avec le sujet.

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

L’excitation de l’idée initiale doit rester un tremplin. Que ce soit à partir d’une image, d’une phrase, d’un film, ou d’une question que l’on se pose et qui nous donne envie d’en savoir davantage, le plus important est de préserver cette excitation. Si on est sur le bon chemin, l’envie ( d’écrire) ne débande pas. Donc ce qui fonctionne le mieux, c’est lorsqu’on réussit à tenir l’excitation comme une boussole.

. Ecrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

Personnellement j’y arrive lorsque je fais ce que je viens de décrire dans la question précédente sur la technique.

. Avez-vous vos propres tabous en matière d’écriture ? Vous arrive-t-il de vous censurer ?

Je ne me pose jamais la question de la censure mais de la fidélité du traitement en fonction du sujet. Si le sujet l’exige et si cela me paraît justifié, je peux être trash. Inversement, je peux faire le choix volontaire d’une censure qui n’écarte pas forcément l’intensité. Exemple : la force des hors champs ou des non-dits.

. De quoi vous inspirez-vous pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien votre vie, celles des autres, les médias ?

Je suis en mode éponge 24H / 24H. Cette porosité volontaire me permet de m’ouvrir absolument à tout. Je suis d’une curiosité sans limite.

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

Les deux mais je dirais aussi qu’on écrit pour apprendre à mieux vivre et à mieux se connaître.

. Avez-vous une idée du visage de votre lectorat ?

Non, très varié, difficile de l’étiqueter.

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Cachez-vous cette activité littéraire à certains ?

Non, je ne cache rien, je ne veux pas de pseudonyme, j’aime la nudité. Ecrire s’est se mettre à nu alors pourquoi se cacher ?

 

Votre parcours, votre futur…

. Soudain, votre dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Joie et délivrance, je vais pouvoir enfin souffler ! Et m’acheter une petite cabane en pleine forêt au bord d’une rivière ( très important).

. Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Quelle sera votre prochaine sortie ?

Une comédie ( théâtre) pour une homme et une femme. Ça s’appelle l’étrange annonce. Et c’est une comédie joyeusement suicidaire qui fait chanter !

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui vous y a amené ?

Une commande d’écriture. J’ai la chance depuis quelques années de répondre à des demandes qu’on me fait personnellement. J’écris du théâtre, de la poésie, de l’érotisme et j’aime bien mélanger les genres du coup, ça ouvre des portes !!!

. Êtes-vous auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien êtes-vous plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : votre principale activité est-elle secrète?)

Je me considère comme auteur professionnel dans le sens où toutes mes activités artistiques passent par le carrefour de l’écriture mais je ne vis pas uniquement de mes droits d’auteurs. Mes droits d’auteurs me servent juste à remplir ma cave de vins. Mes autres activités sont donc la production de spectacles vivants, la mise en scène, et l’animation d’ateliers d’écriture. Je suis membre de la SACD depuis 1998, c’est elle qui gère l’exploitation des mes œuvres.

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

Comme je le disais précédemment, personnellement, et sans sombrer dans l’exhibitionnisme, il est important pour moi d’écrire à visage découvert mais je comprends aussi que certaines personnes ne peuvent pas se permettre cela pour des raisons professionnelles, familiales ou autres.

. Si vous pouviez étendre votre création favorite sur un autre support, que choisiriez-vous ? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

J’ai également une formation de scénariste donc, j’adorerai un jour travailler avec une production cinéma, on peut toujours rêver !!!!!!!!

 

La littérature érotique en général…

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Ça dépend des livres, des auteurs, un livre érotique peut être juste masturbatoire et parfois être aussi très politique. Il peut être aussi une invitation aux voyages et nous donne à réfléchir sur nous même. Dans l’érotisme finalement, il y a encore de nombreux sous-genres et c’est au lecteur à apprendre à se connaître et orienter ses choix. Par exemple pour moi, Anne bert, est une écrivaine de l’intime, une écrivaine tout court et c’est réducteur de dire que c’est une autrice érotique. J’aime quand l’étiquetage devient difficile.

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

La littérature érotique ouvre des champs que nous pouvons emprunter dans le plaisir, incognito, et permet ainsi de se découvrir des excitations insoupçonnées. ces prises de conscience nous éclairent sur nous-même : c’est ce que je trouve le plus excitant finalement. Donc oser lire de l’érotisme, c’est prendre des risques et c’est toujours bons pour l’homme de se mettre en danger.

 

Entretien à suivre dans la deuxième partie.

Pour visiter le site de Lionel, c’est par là !

Entretien avec Max Heratz, 4ème partie

Quatrième partie de l’entretien avec Max Heratz

. Hypersexualisation, prostitution au collège, prédateurs : exagération ou enfants en danger ? Comment les protéger ?

Les enfants, c’est sacré. Il faut castrer physiquement ceux qui en abusent. Je ne supporte pas qu’on mette un gosse dans le lit d’un prédateur. Nos enfants sont réellement en danger car il y a de plus en plus de cas qui voient le jour. Il faut être intraitable.

« On aurait aussi pu être des bonobos. Je pense que tout le monde peut craquer un jour pour aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. »

 

. Si tu pouvais faire passer une loi nationale liée au sexe, quelle serait-elle ?

La réouverture des maisons closes d’État, surveillées médicalement, fiscalement par l’État avec un corps policier formé spécifiquement aux missions de sécurité pour empêcher les réseaux de prostitution de pénétrer ces lieux qui ne seraient ouverts qu’aux professionnelles occasionnelles ou pas qui se déclarent en préfecture et qui ne pourraient exercer que sous certaines conditions. Bref, une prostitution propre pourrait-on me reprocher narquoisement. Peut-être mais moi j’y crois car éradiquer le plus vieux métier du monde, ça, je n’y croirai jamais.

. Pour toi, fidélité et exclusivité sexuelle ne doivent-elles faire qu’un ?

Ça, ce sont les valeurs qu’on nous inculque dans notre culture. On aurait aussi pu être des bonobos. Je pense que tout le monde peut craquer un jour pour aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. On se lave les fesses et la parenthèse est refermée.

. As-tu une opinion quant aux petits mouvements minoritaires orientés sur le polyamour ? Le matriarcat ?

Je pense que ces mouvements sont sur le bon chemin pour changer nos valeurs culturelles psychorigides comme l’exclusivité dont on vient de parler et qui font tant de mal dans la vie. Pourquoi assiste-t-on à 50% de divorces ? Tout simplement parce que nos valeurs ne sont plus adaptées, il faut les faire évoluer pour retrouver la stabilité.

« On ne peut pas avoir l’égalité absolue. Nous n’aurons jamais de règles, d’ovaire, d’utérus…etc. »

 

. Penses-tu qu’il pourrait y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?

J’en sais rien.

Des fois je me dis que quand j’aurai tiré ma révérence, j’irai rendre visite à l’intérimaire qu’on a placé dans mon fauteuil en attendant mon retour et lui botterai le cul.

Soyez modeste, appelez-moi Dieu !

. Qu’est-ce que pour toi l’égalité homme-femme ? Jusqu’où mener cette vision ?

On ne peut pas avoir l’égalité absolue. Nous n’aurons jamais de règles, d’ovaire, d’utérus…etc.

Mais à part ça, je pense que l’égalité est jouable dans l’échelle sociale, mais arrêtez d’en faire des caisses les filles, à force vous n’êtes plus crédibles.

. Que faut-il à une femme pour être féminine ? A un homme pour être masculin ?

Y a tellement de choses !

Pour les deux sexes, c’est une question d’hormones, ça se sent, ça se lit dans les yeux.

Ensuite, pour une femme : une jolie bouche bien dessinée, des ongles peints (en rouge de préférence, je sais je suis vieille France), une belle paire de seins mise en valeur avec des push-up, un beau cul moulé dans une jupe courte et enfin des talons hauts sont pour moi le top de la féminité.

Pour les hommes : du muscle, une barbe de 2 jours, une voix grave et suave et surtout un sexe aux dimensions honorables car, comme disait l’une de mes conquêtes : ce n’est pas la taille qui compte mais il y a quand même un minimum syndical !

« Un coït idéal signifie chez moi la prise des 3 orifices. Mais j’aime aussi attacher, menotter, cravacher, diriger, pour mener ma partenaire au plaisir. »

 

. De fortes envies de sexe au quotidien, cela s’explique-t-il par des goûts personnels ou la biologie ?

Quand c’est tous les jours, six à 10 fois par jours, là il faut consulter, c’es un problème de santé.

. Au-delà, fait-on réellement le choix de sa sexualité ? Peut-on choisir d’être hétéro, homo, d’avoir une faible ou une grosse libido, être fidèle ou infidèle, sage ou frivole ?

Je crois qu’on choisit de s’écouter…. ou pas.

. Est-il utile qu’il y ait un(e) dominant(e) et un(e) dominé(e) dans le sexe ? Si oui, pourquoi ?

C’est un choix de couple. On rencontre de tout. Moi j’aime dominer, mais j’ai rencontré des femmes qui avait le même profil. Pour coucher ensemble elles ont accepté de mettre leur poing dans leur poche et de se soumettre.

Mais il n’y a pas d’utilité particulière d’être dominant/dominé, c’est juste une question de profil, de choix.

. Après des années de vie sexuelle, comment continuer à se surprendre ?

C’est pas toujours facile. Il faut déjà que les 2 aient envie de surprendre et/ou de se faire surprendre. Beaucoup de couples négligent le sexe pour passer à quelque chose de plus platonique. C’est un choix.

. Quelle est ta sexualité au quotidien ? Vie sage, de couple, abstinente, libertine ?

Après de nombreuses années de libertinage, je vis en couple avec une femme qui n’est pas du tout libertine et qui n’aime pas ce milieu mais qui me correspond totalement dans mes besoins sexuels aussi démesurés soient-ils.

. Quelles sont tes exigences de séduction ?

La féminité et la culture. Je ne pourrais pas me lancer dans une phase de séduction avec une femme inculte.

. Es-tu du genre à réaliser tes fantasmes ?

Oui, et j’en ai réalisé énormément.

. Ton souvenir sexuel le plus beau et le plus intense ?

Le jour où j’ai fait basculer ma partenaire dans le subspace après l’avoir fouetté en plein figging.

. Ton souvenir sexuel le plus navrant et décevant ?

Avec une jeune femme, on voulait s’envoyer en l’air pour le fun. Y a jamais eu moyen ! On était plié de rire tellement la situation était cocasse. On avait l’impression d’être 2 ados maladroits qui découvrent le sexe et qui n’y parviennent pas.

On a recommencé quelques jours plus tard car elle voulait vraiment coucher avec moi : même résultat.

Ceci ne m’est arrivé qu’une seule fois et je n’arrive toujours pas à expliquer ce qu’il s’est passé.

. Quelle serait ta recette personnelle pour un coït idéal ?

Un coït idéal signifie chez moi la prise des 3 orifices. Mais j’aime aussi attacher, menotter, cravacher, diriger, pour mener ma partenaire au plaisir.

Ma recette est donc d’être bien outillé et de ne pas oublier le gel.

. Une personne qui te lit se met à fantasmer sur toi et à t’écrire des courriers torrides… fantasmes-tu en retour ? Prends-tu la mouche, en ris-tu ?

Jamais je ne rirai d’une personne qui m’écrit, ce serait peu la respecter. Quand je reçois ce type de missive, je suis flatté car mes mots, mon histoire a provoqué quelque chose chez cette personne.

Je me dis aussi qu’elle n’a pas de chance que je ne sois plus libertin sinon, va donc savoir de quoi serait capable un zèbre de mon espèce ?

. Quel est le délire sexuel le plus improbable que tu rêverais de réaliser ?

Baiser une fliquette en uniforme dans un commissariat.

Retrouvez ici les ouvrages de cet auteur

Entretien avec Max Heratz, 3ème partie

Troisième partie de l’entretien avec Max Heratz

« Les femmes ont subi et continuent de subir le diktat sexuel de quelques hommes. »

 

. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autres d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

Je crois que le libéralisme sexuel peut effrayer certaines personnes qui trouvent alors un refuge dans la religion. Mais je crois aussi, et l’actualité le montre, que beaucoup de pratiquants sont incultes. Ce sont des imbéciles dont les réseaux sociaux ont libéré leurs paroles et malheureusement ils trouvent leur audimat.

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il ton écriture ?

Le monde d’aujourd’hui part de travers. Les femmes ont subi et continuent de subir le diktat sexuel de quelques hommes. La réaction est violente : on régresse à cause de ces gens. Difficile d’aborder une femme dans la rue sans être soupçonné de harcèlement. Il y a des explications à tout cela alors, c’est vrai que mon écriture peut ne pas plaire car je suis de l’ancienne école, de celle qui aime dominer, fesser, fouetter, empoigner les cheveux, ordonner, etc. Et le monde d’aujourd’hui s’éloigne de ces pratiques que je revendique car justement, je suis anticonformiste.

. Que ressens-tu par rapport à tes personnages ? Te ressemblent-ils, te sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

Mes personnages existent pour la plupart, notamment dans le domaine de l’écriture érotique.

Pour les autres genres littéraires, ce sont des gueules que j’ai croisées dans la rue.

. Aimerais-tu coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Si ce n’est pas déjà fait, bien sûr que oui.

Mais en principe….

. Injectes-tu de l’amour dans tes histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

Il y a toujours une histoire d’amour dans mes bouquins.

« Bien sûr qu’écrire peut m’exciter ! Je peux même me masturber après avoir écrit une scène. »

 

. Ecris-tu en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien as-tu l’écriture plus intuitive ?

J’ai plutôt l’écriture intuitive. D’ailleurs combien de lectrices m’ont déjà dit qu’elles avaient envie de me baffer ? Pas mal, croyez-moi.

. Comment fais-tu pour mieux vendre, te faire connaître, fidéliser le lecteur ?

Je tourne dans les librairies 8 mois sur 12, 7 jours sur 7 quand c’est possible.

. Si ton œuvre totale pouvait se résumer en un message, quel serait-il ?

Dans le secret des alcôves, on peut toujours se laver les fesses pour redevenir la femme respectable qu’on était avant d’y entrer. (Wélia)

. Écrire peut-il te provoquer une excitation sexuelle ? Et lire ? Rêver ? Imaginer ?

Bien sûr qu’écrire peut m’exciter ! Je peux même me masturber après avoir écrit une scène. ET il en est de même pour la lecture.

Que j’écrive ou que je lise, j’imagine toujours les scènes et je peux même en rêver.

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

L’ennui. Toujours manger dans la même gamelle devient routinier.

. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelque décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Pour le pire. Nous sommes en train de vivre une formidable marche arrière où l’égalité hommes/femmes régresse. De plus en plus de femmes se cachent sous des tenues religieuses acceptant de n’être que des matrices reproductrices sans aucun droits.

En dehors de cela, les jeunes passent leur temps sur leur i-phone au détriment du sexe dont ils se désintéressent. Il faut dire que nous, leurs aînés, ne leur avons pas montré le bon exemple. En prônant la liberté sexuelle, puis avec l’arrivée d’internet, les rencontres extra conjugales ont explosé et les couples avec. L’image renvoyée est donc la négativité de cette libération qui a conduit à un nombre record de divorce dont les enfants de ces couples ont été pris dans les bourrasques de la réglementation du droit de garde. Je pense que cet épisode traumatique de leur vie agit négativement sur l’image qu’ils perçoivent du couple, des rencontres en général et de la sexualité en particulier.

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

Je crois qu’il faut d’abord apprendre à accepter qu’une partie de la population n’aime pas le sexe et qu’on leur foute la paix sans les juger.

Ensuite, il faut durcir et appliquer sans ménagement tout ce qui est harcèlement sur les femmes.

Enfin, il faut arrêter de se prévaloir en fonction de ses préférences sexuelles. Il est très tendance de parler de sa sexualité, surtout de son homosexualité. Aujourd’hui on est presque gêné d’être hétérosexuel. Bientôt, on avouera honteusement l’être.

En résumé, on n’a pas à savoir qui est homo, bi ou hétéro. Moi j’aimerais qu’on vire les gens de leur boulot quand ils en parlent publiquement, surtout quand ils sont connus du grand public.

« En cas de guerre on a toujours considéré la femme comme « prise de guerre »»

 

. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

C’est une vérité. En même temps c’est logique. Il y a une blague que j’aime bien et qui dit que si 50 Nuances de Grey se passait dans une caravane de Roms, ce serait un thriller. Je crois que ça résume bien les choses.

Il faut avouer que, quand vous voulez offrir une soirée, il faut avoir un budget minimum. Si vous allez en club et que vous radinez sur les bouteilles de champagne vous ne ferez guère de rencontre.

On ne demande pas d’être propriétaire d’un hélicoptère non plus mais une vie libertine ne se vit pas sans moyen. Un week-end dans des lieux prévus à cet effets se paie, comme le reste.

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

C’est un triste phénomène de société qui a toujours existé, c’est malheureusement dans les gènes de l’homme. Pourquoi ? Parce l’homme est un guerrier, un conquérant et la femme une citadelle à prendre. En cas de guerre on a toujours considéré la femme comme « prise de guerre ». Mariée de force, violée, mise en esclavage, vendue, elle a toujours été réduite au rang de marchandises. Cet état d’esprit est resté chez les gens qui vivent encore au Moyen Age, mais aussi dans les gènes de certains autres tel un héritage.

Je crois qu’en donnant plus de pouvoir aux femmes, tant politique que policier, législatif ou tout autre domaine décisionnaire, les choses pourraient évoluer dans le bon sens.

. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

C’est évidemment un jeu charmant ! Quand arrive le sexe, alors c’est la victoire !

À suivre…

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Max Heratz.

Entretien avec Max Heratz, 2ème partie

Deuxième partie de l’entretien avec Max Heratz

. Sur quoi travailles-tu actuellement ? Quelle sera ta prochaine sortie ?

Je travaille sur plusieurs projets. Le plus important est un projet très particulier. Il concerne la trilogie Je t’Aime Moi Non Plus. Beaucoup m’ont réclamé un 4e tome, mais j’ai dit Non. Alors, lisez bien, car là, c’est un scoop que je vous fais, voici ce que je leur réserve….

Je suis en train d’écrire 10 livres de poche simultanément (croyez-moi c’est du sport). Chaque livre représentera 1 personnage de la trilogie :

  • Qui était elle avant de rencontrer Max ?

  • Comment a-t-elle vécu sa relation avec Max (vu de son côté)

  • Qu’est-elle devenue ?

Un personnage a une histoire si riche qu’il a 3 livres rien que pour lui : il s’agit de Thalz. Dans le lot il y aura un livre spécialement sur Jonas qui est très aimé également.

Ces livres ne seront pas dans le commerce, ils ne seront disponibles que sur une liste d’inscription. Il y en aura 1 par mois en vente. Vous devrez commencer par le 1er pour accéder au 2e …etc jusqu’au dernier.

Si vous ne désirez pas acheter un des livres, le 6e par exemple, alors vous perdez votre place et la 1ere personne qui est sur liste d’attente prendra votre place en commençant au n°6.

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

J’écris depuis que je suis mouflet. A l’âge de 13 ans, sur mon cahier d’écolier à gros carreaux, j’ai écrit mon 1er roman : Du Rfifi chez les Flics. Tous les soirs, la famille était réunie autour de la table pour écouter la suite que je leur lisais à haute voix.

Mon avenir n’était-il pas tout tracé ?

« Dans les bons livres, on passe plus de temps à être ému plutôt qu’à se masturber parce que derrière un bon bouquin, il y a une bonne histoire »

 

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète ?)

Je suis auteur professionnel, je vis de ma plume, et, effectivement ce n’est pas simple. Si les gens ont le choix entre acheter un livre à la Fnac ou sur Amazon, ou l’acheter dans la boutique de l’éditeur au même prix, il faut absolument qu’ils achètent à la boutique de l’éditeur, sinon je perds 30% de mes droits. Déjà qu’ils ne sont pas épais !

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

C’est un choix personnel. Je pense qu’à un moment donné il faut se poser la question si notre nom est commercial ou pas. S’il ne l’est pas, il ne faut pas hésiter à prendre un pseudo.

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

  1. Cinéma

  2. Téléfilm

  3. Histoire audio (j’imagine la bande sonore des séances de fouettage ou de relations multiples ! mdr)

 

« J’ai rencontré un nombre incalculable de femmes qui m’ont rencontré juste pour essayer au moins une fois dans leur vie la sodomie »

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Non, le style n’est pas pauvre. Le problème c’est que tout le monde écrit et qu’il y a beaucoup de mauvais. Je rencontre même des gens qui ne lisent pas mais qui écrivent (alors là je ne vous dis même pas la catastrophe) et ils ont le toupet de se vexer quand ils ne vendent pas de livres alors qu’ils n’achètent même pas ceux des autres !

Pour résumer je dirais qu’il y a de bons livres avec un style plus riche que la moyenne, il suffit de le chercher et de les trouver.

2éme affirmation : d’être des livres uniquement faits pour exciter.

Il n’y a pas de mal d’être excité en lisant un bon porno. Maintenant, le gens qui n’aiment pas ce genre de lecture on ne leur demande pas de juger. Moi je trouve que dans les bons livres, on passe plus de temps à être ému plutôt qu’à se masturber parce que derrière un bon bouquin, il y a une bonne histoire.

« En littérature érotique je ne pourrais pas écrire quelque chose que je n’aimerais pas faire ou subir. »

 

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Déjà, elles peuvent faire découvrir des pratiques qu’on ignore. Peu connaissent le subspace ou la forniphilie par exemple. Beaucoup découvrent que leur fantasme peut se réaliser comme se faire prendre par plusieurs inconnus, etc. Donc ce genre de littérature peut ouvrir l’esprit et aider à franchir le pas. J’ai rencontré un nombre incalculable de femmes qui m’ont rencontré juste pour essayer au moins une fois dans leur vie la sodomie. Elles avaient peur que leurs maris s’y prennent mal. Toutes sont reparties enchantées. Là encore, la littérature érotique, pour beaucoup d’entre elles, a aidé à franchir un cap. Donc oui, la littérature érotique vous ouvre aux autres si je peux me permettre ce délicieux jeu de mots.

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

Comme je viens de l’expliquer, c’et naturellement un outil qui contribue au développement personnel.

. Quels sont tes coups de cœur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

  • Ma trilogie Je t’Aime Moi Non Plus (j’ai pleuré en l’écrivant)

  • Emmanuelle (le livre)

  • Entre ses mains (Marthe Blau)

  • En attendant Bonjangles (une perle)

  • Les jardins de l’ogre (Leila Slimani)

  • Le magasin des suicides (Teulé)

  • La bible selon Satan (P. Graham)

  • Pétronille (Amélie Nothomb)

Et bien plus encore.

. Dans un polar ou un livre d’horreur, on peut prendre plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait pourtant jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

Non, en littérature érotique je ne pourrais pas écrire quelque chose que je n’aimerais pas faire ou subir.

. Qu’aimes-tu lire en général et pourquoi ?

Je n’ai pas de goût arrêté : je lis de tout sauf l’héroïque fantasy, la science fiction,, les livres pour gamin (par exemple ceux où ils racontent leur 1ere fois)…etc.

. À une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

Je lisais des SAS à 14 ans. Jamais je n’ai eu envie de me branler dessus, moi c’était l’enquête qui m’intéressait. Je préférais me masturber sur les pages de Lui, d’Absolu ou autres magazines dans lesquels les filles avaient des poses pornographiques voire outrancières. J’ai toujours besoin de trucs forts pour m’exciter.

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Les mineurs. Je suis opposé aux scènes de pédophilie, c’est inadmissible. C’est le seul tabou que je mettrai.

À suivre…

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Max Heratz.

Entretien avec Max Heratz

Cette semaine, démarrons un nouvel entretien avec Max Heratz, qui a répondu avec brio au questionnaire érotico-littéraire de Plume Interdite.

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Il y a plusieurs choses qui peuvent donner l’idée et l’envie d’écrire une histoire :

  1. Un fait divers que je prendrai à adapter à ma sauce pour en faire autre chose

  2. Le titre d’une chanson

  3. La tête d’un quidam croisé dans la rue, un mec qui a une gueule de tueur donnera envie d’écrire un thriller.

  4. Les gens que je côtoie en les imaginant dans diverses situations

  5. Un livre peut me donner envie d’en écrire un autre. Par exemple j’ai lu la Bible, de cette lecture est né Vous n’irez pas tous au Paradis, un thriller glaçant redoublant de terreur.

. Quelles sont tes techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

Je crois qu’il faut jeter sur le papier ou l’écran ce qui nous passe par la tête, être brut de production. Si on a une scène dans la tête, sachant que cette dernière se retrouvera à la fin du livre, on l’écrit même si nous ne sommes qu’au début du manuscrit, on la met sous le coude, on verra plus tard. Ainsi, dans le livre Je t’Aime Moi Non Plus, la scène des anneaux qui a tant fait parler chez les fans se trouve dans le dernier quart du livre mais elle avait été écrite alors que je venais juste d’entamer la Partie 2 du livre. Bien entendu, ladite scène fut reprise et modifiée pour l’adapter plus correctement au reste de l’histoire.

En fait, un livre ça pourrait être un peu comme un film : écrire des scènes et les monter ensuite. En ce qui me concerne ceci est vrai pour certaines d’entre elles mais globalement le lire s’écrit au fil de l’eau.

Enfin, dernière chose, quand un manuscrit est terminé, il faut le lire, le relire, et le relire toujours plus pour le laisser se reposer dans un tiroir pendant quelques semaines, quelques mois. Quatre semaines ou six mois plus tard, ressortez le manuscrit du tiroir et relisez-le à nouveau. Vous risquez d’être horrifié par certains passages en vous disant « c’est de moi ça ? ». Et si par hasard vous ne trouvez rien à redire alors posez-vous l’ultime question : si ce manuscrit n’était pas de moi, serais-je prêt à acheter le livre ? Soyez honnête avec vous-même et vous serez venu au bout de votre roman.

« J’écris dans des genres très différents. Pour ce qui est érotique, c’est souvent vécu. Dans ce cas, oui, je reconnais que ça exorcise pas mal de choses »

 

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

J’écris mieux dans le silence, sans avoir de soucis qui me rongent. Donc, je ne pense pas que j’écrirais correctement sous la pression et dans la souffrance.

. Écrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

On ne peut pas passer outre ses contraintes, on les subit. Par contre, on est maître de ses loisirs. Ainsi, on peut d’un simple clic éteindre sa télévision et/ou mettre son téléphone en sourdine. Le juste milieu est vite choisi : je fais face à mes contraintes avant de me précipiter sur mon clavier pour écrire.

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrive-t-il de te censurer ?

Oui, il y a des choses que je ne peux pas écrire notamment tout ce qui touche la pédophilie, les viols d’enfants… etc. Je peux écrire des atrocités, mais pas ça.

. De quoi t’inspires-tu pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien ta vie, celles des autres, les médias ?

Je m’inspire toujours de la réalité que je vais déformer plus ou moins en y mettant des gens que j’ai croisé dans la rue parce qu’ils avaient « une gueule »

« C’est parfois compliqué d’écrire de l’érotisme et de recevoir des courriers des plus sulfureux provenant de femmes souvent très jolies. Ça énerve ma femme. »

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Écrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

J’écris dans des genres très différents. Pour ce qui est érotique, c’est souvent vécu. Dans ce cas, oui, je reconnais que ça exorcise pas mal de choses ce qui permet d’aller de l’avant.

Pour ce qui est du thriller, rien n’est autobiographique, je n’ai tué personne.

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Oui, comme je passe 8 mois sur 12 dans les librairies, je les croise et je parle beaucoup avec eux. Par exemple, dans la Trilogie Je T’Aime Moi Non Plus on rencontre toutes sorte de profils mais 40% sont des femmes travaillant en grande majorité dans le milieu médical (hôpital, clinique, pharmacie…etc). Ces femmes sont exceptionnelles, et je les aime.

Pour le thriller, je m’attendais à avoir beaucoup d’hommes, ce qui est le cas, mais quelle ne fut pas ma surprise de voir une proportion importante de femmes qui lisent ce genre de livres, et parfois même d’adolescentes ? Je n’ai pas pu évaluer en pourcentage ce qu’elles représentent ni de quel milieu socio professionnelle elles viennent, mais leur nombre est important.

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

Je ne cache pas mes activités littéraires. Ma famille sait que j’ai toujours eu une vie sulfureuse même si tous n’apprécient pas. Mais je suis le seul Maître de ma destinée. Ceci dit, c’est parfois compliqué d’écrire de l’érotisme et de recevoir des courriers des plus sulfureux provenant de femmes souvent très jolies. Ça énerve ma femme. Elle n’est pas jalouse, mais tous ces courriers lui sont plutôt envahissants. Alors je la prends dans mes bras, je la câline, et la tension baisse d’un cran.

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Indescriptible joie, y a même pas à hésiter. J’ai toujours été un peu mégalo alors vous pensez bien, un livre qui se vend en grand nombre ne peut que flatter mon ego !

À suivre…

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Max Heratz.

Entretien avec Gala Fur, 2ème partie

Seconde partie du questionnaire érotico-littéraire de Gala Fur…

 

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui vous y a amené ?

J’ai toujours écrit. Peut-être pour me battre avec les mots plutôt qu’avec les humains car j’ai un tempérament combatif. Mais c’est un combat solitaire. Devant l’écran de l’ordinateur ou la page blanche, on est son propre adversaire.

 

. Êtes-vous auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien êtes-vous plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : votre principale activité est-elle secrète?)

Je suis auteure professionnelle dans le sens que je consacre tous les jours quelques heures à l’écriture. Mais je ne suis pas l’auteure de succès équivalents à Cinquante Nuances de Grey, même si les ventes de mes livres satisfont mon éditeur La Musardine. Mon blog présente un éditorial mensuel et une petite galerie d’oeuvres d’art liées au fétichisme et au SM. L’adresse est www.galafur.com/blog.

 

. Si vous pouviez étendre votre création favorite sur un autre support, que choisiriez-vous ? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

J’ai réalisé des courts métrages et des documentaires. J’ai eu très tôt une vocation de journaliste et j’ai embrassé cette carrière jusqu’en 2008 sous mon patronyme d’origine. J’ai arrêté au moment où le contenu a commencé à perdre sa valeur marchande. Des jeunes gens fraîchement sortis d’écoles de journalisme étaient prêts à écrire gratuitement des articles. Aujourd’hui, les fake news sont légion. Avec l’avènement du Net, tout le monde se croit écrivain ou photographe.

 

« Il faut reconnaître que le lecteur, qu’il soit masculin ou féminin, est désormais friand de scènes chaudes ! »

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

C’est un genre, au même titre que le polar. Il y a de bons et de mauvais livres érotiques. Ceux qui comportent du sexe explicite, comme les romances qui émoustillent les femmes d’aujourd’hui et dont on trouve des rayons entiers de livres d’occasion sont rarement très bons mais dans le genre, les romans d’Esparbec sont formidablement bien écrits.

Son roman La Pharmacienne par exemple, qui a eu beaucoup de succès. Il faut reconnaître que le lecteur, qu’il soit masculin ou féminin, est désormais friand de scènes chaudes ! Il y a aussi des perles dont les livres, comme ceux d’Anne Bert ou Françoise Rey auxquels je pense, comportent peu de scènes de sexe explicite.

 

. Qu’aimez-vous lire en général et pourquoi ?

Des essais et des livres d’auteurs nés avant 1930, qu’ils soient sud-américains, européens ou américains. La littérature actuelle ne m’apporte à vrai dire pas grand chose et je n’ai pas épuisé la précédente. Parmi les auteurs actuels, je lis des romans de l’Anglais Will Self, et des écrivains français Tristan Garcia et Simon Liberati dont Hyper Justine m’a permis de m’identifier puisque le personnage central est une femme tyrannique déjà âgée entourée de jeunes filles qu’elle contrôle.

 

« Le mouvement Balance ton porc a fait un effet boeuf dans les milieux professionnels, tout comme comme le « politiquement correct » dans les années 1990 aux Etats-Unis »

 

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

L’ennui, la monotonie tuerait sans doute leur libido. Cette société réduite à un seul couple aurait-elle des animaux à sa disposition? Ce serait un divertissement sexuel possible, à intercaler avec l’abstinence totale, les jeux de rôles et la lecture à haute voix de livres érotiques.

 

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

Le mouvement Balance ton porc a fait un effet boeuf dans les milieux professionnels, tout comme comme le « politiquement correct » dans les années 1990 aux Etats-Unis. Depuis ces années-là aux Etats-Unis, un homme n’ose pas monter en tête-à-tête avec une femme dans un ascenseur de peur d’être accusé de harcèlement, mais le « grind » des frotteurs continuent dans les soirées et les bizutages des universités.

En France, je ne crois pas que le mouvement touche les hommes issus de l’immigration qui vivent chez eux en France comme s’ils étaient au bled et s’accrochent à des principes rétrogrades, des comportements ancestraux et ruraux comportant des accès d’autorité humiliants envers leurs filles et leur épouse. Ils se sentent diminués par l’évolution des femmes vers le travail et l’autonomie qu’il procure.

Ils ne voient pas de problème à ce que leur femme s’occupe des factures, des impôts, des courses, du ménage, de la cuisine en plus de travailler en ville, mais elle devrait peut-être porter le voile et leur apporter leurs pantoufles le soir pour leur donner l’impression qu’ils ont encore du pouvoir. Au moins la TV relaye-t-elle les échos de ce mouvement jusque dans les cités où personne ne peut l’ignorer. Le harcèlement ne se limite pas à des cas isolés. Les beurettes des banlieues se plaignent d’attouchements dans le métro et de harcèlement près de chez elle, et j’en connais qui partagent un Uber pour rentrer de leur travail dans Paris, soucieuses d’éviter de prendre la ligne 13 vers la Plaine Saint-Denis et de parcourir à pied la distance de la station à leur domicile.

 

Découvrez ici l’univers de Gala Fur…

Entretien avec Gala Fur

Cette semaine, voici la première partie des étonnantes et sulfureuses réponses de Gala Fur, artiste aux multiples facettes présente sur la scène érotique depuis plusieurs décennies.

 

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

L’étincelle est souvent une situation présente, personnelle ou pas, qui me touche et que je vais développer dans une direction ou une autre, un comportement, l’aventure que vit une personne que j’ai observé pendant quelques temps. C’est toujours à partir du réel que je tire les fils d’une histoire. En manière d’érotisme, j’écris à partir de mes fantasmes, qu’ils aient été réalisés ou non.

 

« Des jeunes femmes attirées par le SM lisent mes livres. Mes récits relatent des pratiques et des relations sadomasochistes du point de vue de la dominatrice »

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

Mes rencontres sur le plan érotique sont présentes dans mes livres. J’exorcise un vécu une fois que j’ai pris une certaine distance par rapport à une relation ou une situation, la fameuse mise à distance créatrice. Deux années doivent s’écouler avant que la charge émotionnelle s’atténue assez pour que je puisse écrire. Alors je suis capable de romancer, de jouer avec du réel. Dans le récit autobiographique, l’écriture agit comme un miroir en me renvoyant des défauts et des erreurs de comportement sans que j’éprouve le moindre regret à leur sujet. Dans mes livres, je n’arrange pas les choses en ma faveur, non plus en les rendant épiques : ils le sont suffisamment.

 

. Avez-vous une idée du visage de votre lectorat ?

Des jeunes femmes attirées par le SM lisent mes livres. Mes récits relatent des pratiques et des relations sadomasochistes du point de vue de la dominatrice. C’est un univers qui n’interpelle finalement que les personnes qui se sentent concernées par cette sexualité, au contraire de Cinquante Nuances de Grey qui est un mauvais pastiche destiné à un lectorat vanille, à des personnes qui ont une sexualité autre que la mienne. Mes lectrices sont en général des débutantes ou des femmes qui ont envie de développer leur pratique. Des manuels comme Osez les jeux de soumission et de domination, mais aussi des récits autobiographiques comme Séances leur donnent de l’inspiration, et ce, depuis les années 2000.

La génération qui a lu Séances à sa parution a aujourd’hui la quarantaine. Une nouvelle génération de filles de 20 à 30 ans me remercie de les libérer de certaines appréhensions. Chez les hommes, de rares dominateurs me lisent car ils préfèrent lire des récits dans lesquels les femmes sont soumises, à l’instar du lectorat vanille qui veut savoir ce que ressent une fille qui se livre à un homme, ou vibrer au diapason de ce qu’on lui inflige, comme les midinettes du 19ème siècle ou les lectrices des romans à l’eau de rose au début du siècle dernier, d’où la mode de la romance au contenu émoustillant pour des jeunes femmes d’aujourd’hui. Quelques hommes soumis me lisent et m’écrivent de longs mails par la suite. Ils me proposent parfois leurs services. J’ai de vrais échanges avec certains d’entre eux.

 

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Cachez-vous cette activité littéraire à certains ?

Il m’est impossible de révéler mes petites perversités à ma famille et à certains de mes proches. Je mène donc une double vie. C’est compliqué puisqu’il faut garder le contrôle en permanence. Le contrôle est la règle dans l’état qu’on appelle le topspace, l’univers mental dans lequel baigne un.e dominant.e dès qu’il s’engage dans une interaction. Mais au fond, se sentir à la fois Dr Jekyll et Mr Hyde, je trouve cela très excitant. Lorsque j’étais étudiante, j’ai écrit, dans le cadre de mes études d’Histoire du Cinéma, un mémoire sur le thème du double dans un tas de films dont Persona de Bergman, ce qui n’était pas anodin.

 

« Depuis quelques années, il y a en effet une recrudescence de soumises car elles n’ont plus honte de ne pas se montrer battantes et conquérantes et sortent en quelque sorte du placard »

 

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

C’est vraiment au cas par cas, selon les écrivains. Lorsqu’on écrit des textes qui tournent autour du SM, alors on prend un pseudonyme. Même des auteurs de romances ont choisi l’option du pseudonyme qui leur permet de garder l’incognito lorsqu’ils se rendent au guichet de leur agence bancaire ou croise la concierge de leur immeuble, et bien sûr auprès de leurs parents.

 

. Soudain, votre dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

L’angoisse ! L’éditeur et les lecteurs vont attendre la suite. Il faudrait que je me réfugie sur une île déserte, ou bien en Irlande comme Michel Houellebecq, sans téléphone portable.

 

« Nous sommes déjà soit dominant, soit soumis dans la cour de récréation de l’école »

 

. Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Quelle sera votre prochaine sortie ?

Un livre qui va s’intituler Soumises. Depuis quelques années, il y a en effet une recrudescence de soumises car elles n’ont plus honte de ne pas se montrer battantes et conquérantes et sortent en quelque sorte du placard. Celles que je décris dans les portraits émaillés d’aventures sexuelles et autres que je suis en train de rédiger recherchent une femme dominante mais elles ne sont pas toutes lesbiennes. Quelques-unes sont soumises à des hommes ou à des femmes indifféremment. Mais la soumission est dans leur nature. Elles y trouvent bonheur et stabilité, et ne réussissent pas à changer de rôles quand on le leur propose.

Dans le film My Wonder Women projeté récemment sur les écrans parisiens, le créateur de Wonder Woman enseigne la psychologie dans une université. Il donne une brève typologie des comportements. Nous sommes déjà soit dominant, soit soumis dans la cour de récréation de l’école. Dans sa vie privée, ce professeur d’université était bigame. L’une de ses compagnes était soumise et l’autre dominante. Ils jouaient et vivaient ensemble, tous les trois. C’était un trio heureux. Les soumis sont plus heureux que les dominants car ils se satisfont de ce qui se passe quoi qu’il arrive, comme la jeune masochiste du roman Histoire d’O. Dans d’autres registres, faire le dos rond dans l’adversité plutôt que ruer dans les brancards en voulant imposer sa loi ne génère pas le même stress.

 

À suivre…

 

En attendant, découvrez ici l’univers de Gala Fur…

Entretien avec Sara Agnès L., 2ème partie

Deuxième partie du questionnaire transmis à Sara Agnès L…

 

« Lit-on pour être excité ? OUI ! À quoi bon lire de l’érotique autrement ? Le corps a tellement été tabou (et l’est encore) qu’il me paraît capital d’y revenir »

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Il est vrai que, dans la hiérarchie de la littérature, la romance est tout en bas (surtout que c’est de la littérature pour filles, eurk !), alors l’érotique (ou la pornographie, selon la définition qu’on en donne) est forcément dans le même lot (un peu plus haut ou plus bas, j’ai un doute, vu que les hommes aiment bien et que, malheureusement, ils déterminent un peu cette hiérarchie). Mais aurait-on ce genre de discours pour le roman policier à qui l’ont fait des reproches similaires ? Que non ! Après tout, les hommes en lisent ! Bref, voilà un débat qu’on ne réglera pas ici.

Sinon, la littérature érotique a-t-elle un style pauvre et un vocabulaire répétitif ? Oui, pour certains. Comme pour tous les genres, certains le font mieux que d’autres, avec un style plus développé. La masse qui est née après le succès de Fifty Shades n’y est pas étrangère. On a beaucoup de romans plus ou moins triés sur le volet. Néanmoins, il ne faut pas oublier que, pour une masse de lecteurs, le style n’est pas ce qui importe (l’histoire prime avant tout).

Quant à la question : lit-on pour être excité ? OUI ! À quoi bon lire de l’érotique autrement ? Le corps a tellement été tabou (et l’est encore) qu’il me paraît capital d’y revenir. Le monde ne s’acquiert que par les sens, alors pourquoi renier ce qui forme notre tout ? Le plaisir s’apprend, se réfléchit, s’expérimente. Pas toujours en vrai, mais au moins dans un monde de fantasmes, qui est tout aussi important dans une certaine mesure. Ça permet à beaucoup de s’émanciper et de cesser de juger les autres sur des considérations ridicules.

 

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Personnellement, en écrire a beaucoup changé mon point de vue sur des tas de pratiques qui sont à des années lumières de ma personne. Le BDSM, notamment. Si c’est très loin de ma personnalité, je suis plus apte à comprendre ce qui soutient ce type de relation. désormais. Pareil pour le ménage ou le MM. Lire, ça instruit, et oui, ça ouvre aux autres, aux mondes et à la différence, surtout. À vouloir tout égaliser, nous perdons notre saveur et nos couleurs, et si la romance a pour tâche de faire rêver, l’érotique se doit de repousser certaines limites.

 

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

Les deux, cela dépend des livres. Certains nous font réfléchir et nous choquent, et je trouve que c’est sain. D’autres nous font passer un bon moment, et ça me suffit aussi. On ne peut pas demander au livre de faire tout le boulot à notre place. C’est paresseux !

 

« Le jour où la littérature aura une limite, on aura un problème de société assez triste »

 

. Quels sont tes coups de cœur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

En érotique, j’en ai peu, mais j’ai beaucoup aimé les nouvelles de Nin (oui, on ne peut pas nous sortir des classiques), et certains textes de Megan Hart, très sulfureux, dont son Alex Kennedy qui m’a fait sortir de mes gonds plus d’une fois (ce qui est une bonne chose, généralement). Plus léger, Beautiful Bastard, de Christina Lauren, mais le premier m’a suffi, je n’ai pas suivi la suite.

Sinon, je suis assez fan du style simple, mais renversant, de Kundera.

Dans les textes plus récents, j’ai beaucoup aimé French girl de Julie Derussy (elle a de la chance, je ne lis jamais les textes dont le titre est en anglais) et La domination des sens de Florence Cochet.

 

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Je ne pense pas qu’on puisse parler de limite. Le jour où la littérature aura une limite, on aura un problème de société assez triste, je crois. Cela dit, tout ne peut pas être emmené de la même façon. Le contexte, surtout en érotisme, est primordial. On peut dire que ça manque de littérature plus féministe (il y en a moins, c’est vrai), mais encore faut-il le faire d’une façon qui fonctionne. Après, chacun écrit bien ce qu’il veut. Au final, ce sont les lecteurs qui adhèrent ou pas (et là, c’est assez intéressant de voir ce qui fonctionne ou non – triste aussi, parfois).

 

À suivre…

 

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de Sara Agnès L..

Entretien avec Sara Agnès L.

Entretien frais et fleuri avec l’auteur Sara Agnès L…

 

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Pour ma part, c’est un sens, ou alors une scène en particulier qui apparaît dans ma tête, mais ça revient au sens : tout le texte n’existe que pour arriver à ce moment-là. Une fois que j’ai cette scène en tête, elle m’obsède et je brode tout autour jusqu’à ce que l’histoire apparaisse dans une certaine globalité.

 

« Quand je n’écris pas, il me manque quelque chose. Quand j’écris, il me manque autre chose. Il n’y a pas de juste milieu »

 

. Quelles sont tes techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

Généralement, c’est l’histoire qui me talonne pour sortir et non l’inverse. Elle me hante et m’empêche de dormir tant que je ne l’écris pas. Alors autant céder le plus vite possible !

 

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

Dans la joie. La vie est trop courte pour souffrir inutilement. Cela dit, j’accepte volontiers de souffrir avec mes personnages.

 

. Ecrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

Je me le demande encore. Quand je n’écris pas, il me manque quelque chose. Quand j’écris, il me manque autre chose. Il n’y a pas de juste milieu. Chapeau à ceux qui y arrivent.

 

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrives-t-il de te censurer ?

Non. Mes éditeurs ont ces œillères, pas moi. Et j’espère ne jamais les avoir non plus. En même temps, je ne fais jamais très dark (juste un peu, dans le souci de l’histoire).

 

. De quoi t’inspires-tu pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien ta vie, celles des autres, les médias ?

De l’humain et du ressenti, c’est déjà un magnifique territoire d’exploration. C’est un amalgame de plein de choses en fait.

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

Non. Pourquoi se cantonner à écrire des trucs réels quand on peut vivre des tas de vies imaginées ?

 

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Pas vraiment. J’ai plus de filles que de garçons (si j’en juge par ceux qui m’écrivent), mais pour le reste, cela m’importe peu. Ce sont des gens qui ont envie de lire et de s’évader, et c’est le plus important.

 

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

C’est assez simple, oui. J’ai un pseudo pour éviter les dérapages, mais dans ma vie de tous les jours, je parle assez ouvertement de mes écrits (car j’écris aussi sous mon nom). Dans ma tête, je ne suis qu’une seule personne (enfin, presque). Cela dit, je préfère garder ce côté pour les proches, pour préserver ceux qui n’ont pas choisi de me suivre dans cette aventure et qui sont mal à l’aise avec elle.

 

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Un mélange des deux, probablement.

 

. Sur quoi travailles-tu actuellement ? Quelle sera ta prochaine sortie ?

Les deux questions sont tellement à l’opposée, puisqu’une sortie prend un temps considérable avant de paraître ! Du côté de la publication, il y a L’Amour fou qui vient juste d’arriver chez AdA (au Québec). Le numérique, lui, sera disponible partout jusqu’à l’arrivée du roman par bateau, en Europe, soit le 10 septembre. Et il est tout joli !

Sinon, je travaille sur une suite d’un roman qui ne sortira probablement jamais (je l’ai dit, c’est l’histoire qui mène, pas moi). Pour l’instant, c’est tout, mais j’ai des textes dans les tiroirs qu’il faudrait que je sorte.

 

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

Choisit-on vraiment de mener cette vie ? Je ne sais pas. L’écriture est une drogue dont j’ai du mal à me passer. C’est probablement pourquoi je persiste à le faire. Sinon, je ferai autre chose !

 

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète?)

Je ne sais pas à quel moment on fait la distinction. Disons semi-pro, même si en art, je crois qu’on doit toujours redevenir un amateur à un certain moment, ne serait-ce que pour aller ailleurs dans ce terrain vague. Ma principale activité est en enseignement (et j’y suis à plein temps – et j’adore ça).

 

« Je ne suis pas sûre que l’érotisme se porte bien à l’écran. À choisir, je préférerais qu’on adapte mes autres romans. »

 

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

Ça, c’est une question intéressante. Je ne pense pas qu’il exige un pseudonyme, mais selon son milieu professionnel ou la bêtise des gens qui pensent que l’auteure est forcément la matière de ses romans, il vaut peut-être mieux en prendre un. Après, quand on publie sous deux noms, c’est deux fois plus de boulots à gérer, je ne le cache pas.

 

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

Sans hésiter, le cinéma, ou alors le format court (pas nécessairement série ou téléfilm), mais capsules web, par exemple, avec des flashs du romans. Je trouve que le roman, a lui seul, est un univers difficile à reproduire. Il faut forcément faire des sacrifices et je ne veux pas m’aventurer dans ce domaine. Mais je ne suis pas sûre que l’érotisme se porte bien à l’écran. À choisir, je préférerais qu’on adapte mes autres romans.

 

À suivre…

 

En attendant, découvrez ici Sara Agnès L…

Entretien avec Françoise Rey, 3ème partie

Troisième et dernière partie du questionnaire de Françoise Rey, décidément très enrichissant…

 

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

Je n’ai pas conscience de cette misère sexuelle. Maintenant, j’ai l’impression qu’on essaie de donner à tous une chance d’épanouissement, les handicapés, les vieillards, les homos, les trans, les bi, les gros, les moches, les cérébraux, les obsédés… On cherche juste, et c’est normal, les limites de la légalité.

 

« Une fille qu’on siffle dans la rue, à qui l’on dit « Charmante, mademoiselle ! », expliquez-moi pourquoi c’est du harcèlement »

 

. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

Pour moi, ni l’un ni l’autre. C’est une vérité, elle existe, mais le pouvoir du riche, son pouvoir sexuel, c’est ses ‘’victimes’’ qui le lui donnent, et si le puissant parvient à ses fins, ce n’est pas toujours du viol. Il faut arrêter avec ces jérémiades. Et savoir ce que l’on veut. Si on a une morale élastique à 20 ans, on peut le regretter plus tard, mais porter plainte est une preuve de mauvaise foi, et (ou) de bas intérêt.

 

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

J’ai déjà un peu répondu, non ? Une fille qu’on siffle dans la rue, à qui l’on dit « Charmante, mademoiselle ! », expliquez-moi pourquoi c’est du harcèlement. Le harcèlement, c’est une offense, une douleur, infligée répétitivement et par la même personne au fil des jours. L’inconnu qu’on croise et qui vous adresse un compliment, même balourd, ce n’est quand même pas intenable. S’il insiste pour avoir un numéro de téléphone, on s’en débarrasse avec un bobard et un sourire. Sa vanité est sauve, il n’a pas l’impression d’avoir été méprisé.

Pour les frotteurs du métro, c’est plus délicat. Il faut s’exercer à manipuler une aiguille à l’aveuglette. Mais ça peut devenir très drôle !

J’ai l’impression que les filles et les femmes n’ont pas assez de répondant. Elles se complaisent dans ce rôle de pauvres petites choses harcelées par d’infernales lubricités. Je me souviens d’une soirée où un gros bof avait fait un commentaire très trivial sur mon décolleté plongeant, en y avançant des mains qu’il croyait autorisées par mon exhibitionnisme. Je l’ai prévenu : « Je t’avertis, si tu te permets de me toucher, j’en aurai autant à ton service ! » Son sourire goguenard et son geste m’ont prouvé qu’il ne me croyait pas. Le mien lui a prouvé qu’il aurait dû. Je lui ai attrapé les bijoux de famille avec une emphase qui lui a arraché un cri effaré, mi-douleur, mi-indignation. « Houlà ! s’est-il exclamé en prenant un convive à témoin . Qu’est-ce que c’est que cette bonne femme ?

-La mienne ! » a répondu mon mari avec philosophie.

Du coup, c’est à lui que le goujat a présenté ses excuses. C’était là, pour moi, la vraie offense.

 

. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

Moi, j’aime bien. Séduction, drague, discussion, ce sont là les vrais préliminaires.

 

. Hypersexualisation, prostitution au collège, prédateurs : exagération ou enfants en danger ? Comment les protéger ?

Il faut beaucoup, beaucoup les avertir, beaucoup les écouter, les épier, les connaître, les deviner, et beaucoup les renseigner.

 

. Si vous pouviez faire passer une loi nationale liée au sexe, quelle serait-elle ?

L’abolition du serment de fidélité dans les règles du mariage.

 

. Pour vous, fidélité et exclusivité sexuelle ne doivent-elles faire qu’un ?

Bien sûr que non. La fidélité, ce n’est pas rester attaché. C’est toujours revenir.

 

« L’égalité, ce sera quand on jugera une personne sur ses capacités, physiques ou mentales, sur ses valeurs et non d’après son sexe »

 

. Avez-vous une opinion quant aux petits mouvements minoritaires orientés sur le polyamour ? Le matriarcat ?

Je suis pour toutes les formes de conquête de liberté sexuelle, et amoureuse.

 

. Pensez-vous qu’il pourrait y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?

Oui, j’en suis sûre. Je dirais comme Voltaire : « Le monde m’étonne et je ne puis songer

Que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. »

Et puis je vis seule dans une grande maison peuplée d’âmes, mon mari, mort il y a 4 ans, est toujours près de moi.

 

. Qu’est-ce que pour vous l’égalité homme-femme ? Jusqu’où mener cette vision ?

L’égalité n’est pas la similitude. On ne sera jamais pareils, hommes et femmes. Je ne le déplore pas. Sauf quand j’aurais besoin de force physique, de muscles. Mais je me dis qu’il y a des hommes gringalets. L’égalité, ce sera quand on jugera une personne sur ses capacités, physiques ou mentales, sur ses valeurs et non d’après son sexe. Tiens, je vous livre un exemple qui m’énerve : d’après les normes de santé, un homme aurait droit à 2 verres de vin par jour, et une femme un seul. C’est pas de la discrimination sexuelle, ça ?

 

. Que faut-il à une femme pour être féminine ? A un homme pour être masculin ?

Mais pourquoi partir du principe qu’une femme doit être féminine pour séduire ? Et un homme, masculin ?

 

. De fortes envies de sexe au quotidien, cela s’explique-t-il par des goûts personnels ou la biologie ?

La biologie, l’éducation, la culture, l’écoute de son être profond…

 

. Au-delà, fait-on réellement le choix de sa sexualité ? Peut-on choisir d’être hétéro, homo, d’avoir une faible ou une grosse libido, être fidèle ou infidèle, sage ou frivole ?

Je ne crois pas. Quand j’étais toute jeune ado, les premiers rêves érotiques que j’ai faits mettaient en scène des filles, et du coup, j’ai commencé ma vie amoureuse et sexuelle avec une femme.

Après, le poids du jugement social m’a fait rentrer dans le « droit chemin ». J’ai eu beaucoup d’aventures et de rencontres masculines, mais sensuellement parlant, rien n’a jamais été pareil en intensité, ni désir, ni plaisir. Je crois que je suis profondément lesbienne, une lesbienne contrariée.

 

« Je déteste les mauvaises haleines. Et les baisers profonds. Et les caresses buccales en général »

 

. Est-il utile qu’il y ait un(e) dominant(e) et un(e) dominé(e) dans le sexe ? Si oui, pourquoi ?

Oui, quand les deux se rencontrent. L’un et l’autre versant de la domination, l’actif et le passif, ont du charme , il faut trouver sa « moitié d’orange » comme disent les espagnols.

 

. Après des années de vie sexuelle, comment continuer à se surprendre ?

Je ne vois pas en quoi se surprendre est indispensable… C’est si bon de connaître l’autre par cœur !

 

. Quelle est votre sexualité au quotidien ? Vie sage, de couple, abstinente, libertine ?

A présent, plaisir solitaire à peu près hebdomadaire, pour voir si ça marche toujours.

 

. Quelles sont vos exigences de séduction ?

Je déteste les mauvaises haleines. Et les baisers profonds. Et les caresses buccales en général. Et j’adore les mots, les fous, les crus, les audacieux .

 

. Êtes-vous du genre à réaliser vos fantasmes ?

Surtout pas ! Les fantasmes ne sont pas faits pour être réalisés . C’est paradoxal !

 

Retrouvez ici l’univers de Françoise Rey.

Entretien avec Françoise Rey, 2ème partie

Deuxième partie du questionnaire envoyé à Françoise Rey...

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Pour ce qui est de la littérature érotique en général, je n’en sais rien, je n’en lis presque pas. Pour ce qui est de la mienne, j’ai la fierté de prétendre que ces 2 idées sont totalement injustifiées.

 

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Elles nous ouvrent surtout et d’abord à nous-mêmes. Je sais par des sexologues que je fais partie de leurs recommandations auprès de leurs patients.

 

. Quels sont vos coups de coeur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

Colette, Giono, Zola, l’immense Hugo. Et avant tout le reste, le magnifique Cyrano de Bergerac, de Rostand. Pour moi le chef d’œuvre absolu.

 

. Dans un polar ou un livre d’horreur, on peut prendre plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait pourtant jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

Moi, si je prends plaisir à une lecture érotique, c’est que le scénario me semble plausible et vivable. Sinon, pas de plaisir.

 

« Je n’aime pas la violence. Le sang, les coups, le « trash » comme on dit. Mais peut-il s’agir là de littérature érotique ? »

 

. Qu’aimez-vous lire en général et pourquoi ?

Je lis, comme j’écris, de moins en moins. J’ai du mal à me laisser embarquer, une sorte de déformation professionnelle me fait analyser chaque construction de phrase, regretter chaque répétition… C’est gênant.

 

. A une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

A 18 ans, on n’est pas tous mûrs de la même façon. Cette date limite est trop artificielle. Quoi qu’il en soit, La lecture, c’est bien pour les jeunes. Quand les textes sont bien écrits. Ce n’est pas le contenu qui peut pécher, mais le style, la construction, le vocabulaire.

 

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Les enfants. Il ne faut pas risquer de troubler le lecteur avec des histoires qui mettent en scène des gosses. Et puis moi, je n’aime pas la violence. Le sang, les coups, le « trash » comme on dit. Mais peut-il s’agir là de littérature érotique ?

 

. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autre d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

La société actuelle est avide de bien-être, de plaisirs soignés, elle est soucieuse des corps et de leur épanouissement : engouement pour la gastronomie, la thalasso, tout ce qui apaise, ou exalte, fait vibrer, stimule un appétit, une gourmandise, une connaissance des sens, les siens propres, ceux des autres, un art de les séduire… N’est-ce pas là la définition de la littérature érotique ?

 

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il votre écriture ?

Il ne l’influence pas. J’ai écrit il y a peu une nouvelle dont le héros était Macron. Voilà. Juste ça. Macro est-il à lui tout seul le monde d’aujourd’hui ?

 

. Que ressentez-vous par rapport à vos personnages ? Vous ressemblent-ils, vous sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

Je suis souvent très amoureuse de mes personnages. D’ailleurs, ils ont leur propre vie, évoluent librement sans trop me demander mon avis. Lorsque je pense à eux, à certains d’entre eux, j’ai vraiment l’impression de les avoir connus (au sens biblique du terme, entre autres)

 

. Aimeriez-vous coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Je viens de vous le dire : c’est généralement fait, du moins c’est le souvenir que j’en garde.

 

. Injectez-vous de l’amour dans vos histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

J’injecte beaucoup d’amour dans mes textes, mais on peut, bien sûr, écrire du sexe sans un gramme d’amour !

 

. Ecrivez-vous en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien avez-vous l’écriture plus intuitive ?

Mais écrire en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, c’est bien cela, une écriture intuitive !

 

« Je me rappelle une question d’un journaliste : « Vous vous caressez en écrivant ? » A quoi j’avais répondu : « Je ne peux pas, je suis droitière pour les 2 »

 

. Comment faites-vous pour mieux vendre, vous faire connaître, fidéliser le lecteur ?

Vendre et me faire connaître, ce n’est ni mon travail, ni ma responsabilité. C’est ceux de mes éditeurs, agents etc. Fidéliser, mon Dieu, j’essaie de ne pas démériter d’un livre à l’autre. De varier, de surprendre toujours, d’exciter. D’émouvoir. D’amuser. De faire que le lecteur ou la lectrice se reconnaisse un peu chaque fois dans les élans que je décris, les sentiments, les sensations, les doutes, les peurs, les plaisirs…

 

. Si votre œuvre totale pouvait se résumer en un message, quel serait-il ?

Il faut oser. Sans avoir peur de déplaire. Ceux qui vous aimaient continueront à vous aimer. Les autres, rien à perdre, on s’en fout !

 

. Ecrire peut-il vous provoquer une excitation sexuelle ? Et lire ? Rêver ? Imaginer ?

Je me rappelle une question d’un journaliste : « Vous vous caressez en écrivant ? » A quoi j’avais répondu : « Je ne peux pas, je suis droitière pour les 2 » C’était l’époque où j’écrivais encore au crayon. En fait, je suis rarement excitée quand j’écris. La lecture, oui, le rêve, les scénarios , les fantasmes, quoi ! Mais je vieillis. Tout s’use. Et attention, aucune mélancolie, tristesse, amertume là-dedans. J’aime bien vieillir, me regarder vieillir et noter les stades différents de cette énième métamorphose de ma personne.

 

« Je me rappelle une question d’un journaliste : « Vous vous caressez en écrivant ? » A quoi j’avais répondu : « Je ne peux pas, je suis droitière pour les 2 »

 

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

Pas la jalousie, toujours !

 

. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelque décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Les deux mon colonel ! Progrès du côté de la banalisation de la pornographie, qui ne m’a jamais paru être une mauvaise chose, ouverture du concept du couple à l’idée de l’amour pluriel, ça, à mon avis, c’est un pas en avant, encore trop timide. Quant au fameux harcèlement, on y met tout et n’importe quoi. Quand j’entends certains témoignages, je me dis que j’ai été harcelée mille fois dans ma vie, sans jamais en être plus affectée que ça, et que j’ai été moi aussi une harceleuse, et personne ne s’est jamais plaint !

 

À suivre…

 

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Françoise Rey...

Entretien avec Françoise Rey

Fine plume, écrivaine aguerrie s’il en est, Françoise Rey manie le verbe et s’est toujours exprimé avec franchise et sans tabou, comme ses nombreuses apparitions médiatiques en témoignent. Entretien fleuve…

 

« J’ai tout le roman pour résoudre le mystère. La genèse d’un livre pour moi s’apparente à une gestation, ça se fait un peu tout seul »

 

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Absolument tout et n’importe quoi. Souvent, j’ai seulement honoré une commande, avec une ou des contraintes imposées. Soit le titre, soit la longueur du texte, soit le thème. J’adore cet aspect « sujet de rédac », ça m’inspire. Après, je cherche dans mon casting perso, un visage, une rencontre, une anecdote, un début d’histoire à peine amorcé…et c’est parti !

 

. Quelles sont vos techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

Pas de technique. J’aime me surprendre moi-même. Parfois, le premier chapitre est une énigme. « Pourquoi l’héroïne est-elle seule dans ce train en robe de mariée ? » J’ai tout le roman pour résoudre le mystère. La genèse d’un livre pour moi s’apparente à une gestation, ça se fait un peu tout seul.

 

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

J’écris toujours par plaisir, ce n’est jamais une torture. Mais plus qu’écrire, j’aime avoir écrit. J’aime relire le lendemain ce que j’ai fait la veille.

 

. Ecrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

Au risque de me répéter, pour moi, la contrainte est une sorte de plaisir.

 

. Avez-vous vos propres tabous en matière d’écriture ? Vous arrive-t-il de vous censurer ?

Oui, quand j’ai envie de parler de personnes encore vivantes.

 

. De quoi vous inspirez-vous pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien votre vie, celles des autres, les médias ?

Tout.

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

Je dirais exorciser. C’est ce que j’ai fait par exemple avec La Gourgandine. Après, l’exorcisme nous entraîne parfois, oui, au-delà.

 

. Avez-vous une idée du visage de votre lectorat ?

Il a évolué au fil des années. Au début jeunes gens ébahis et avides d’audaces, jeunes et veilles femmes exaltées par mes libertés, et mecs cherchant le frisson salutaire à une libido en carafe. A présent j’ai des fidèles, ils ont vieilli comme moi. Un panel un peu intello, parce que je fignole quand même le style, et curieux de ma façon de me renouveler.

 

« A 35 ans, alors que je suis mariée et mère de famille, je tombe amoureuse d’un homme que j’ai envie de séduire d’une façon personnelle et violente, il n’est pas un grand lecteur, je lui propose des lettres torrides »

 

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Cachez-vous cette activité littéraire à certains ?

Je ne cache rien, je ne revendique rien. Au début, j’ai eu quelques craintes quant à cette double vie, mais tout s’est fait archi simplement, parce que j’ai décidé que ma littérature n’était qu’une infime partie de ma vie, et que j’ai toujours donné la priorité à mes enfants et à mon métier qui me passionnait. J’étais enseignante, et à ce niveau-là aussi le challenge était passionnant.

 

. Soudain, votre dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Euphorie absolue.

 

. Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Quelle sera votre prochaine sortie ?

Je ne travaille plus guère. La prochaine sortie est un livre sur ma région de vie, « Sensuel Beaujolais », une lecture intime et personnelle de photos de paysages. C’est pour Noël, et c’est assez loin de ce que j’ai pu faire depuis 30 ans.

 

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui vous y a amené ?

Plusieurs grandes étapes. Je vais essayer de vous la faire courte :

-Dans les années 60 je suis une petite fille à l’éducation assez puritaine : curiosités et élans sexuels tabous, fréquentation des garçons interdite.

-A 15 ans, je découvre Georges Bataille, les 11000 verges de Guillaume Apollinaire, et je ressens un truc inoui, une effervescence de tout mon être. J’envie l’audace et le pouvoir de ces auteurs d’émouvoir le lecteur, sans même me dire qu’un jour, moi aussi, peut-être… Pourtant j’adore écrire, et il paraît que je n’y suis pas mauvaise. Mais j’oublie très vite l’éblouissement de mes découvertes, je l’enfouis même.

-A 35 ans, alors que je suis mariée et mère de famille, je tombe amoureuse d’un homme que j’ai envie de séduire d’une façon personnelle et violente, il n’est pas un grand lecteur, je lui propose des lettres torrides. Il accepte, très intéressé. Je me viole littéralement pour écrire la première lettre, qui deviendra le premier chapitre de la Femme de papier. Résultat fructueux au-delà de mes espérances.

-Quelque temps après, je révèle ma liaison à mon mari, qui doute de l’authenticité du scoop. A titre de preuve, je lui balance la liasse de toutes les lettres écrites pour mon amant (j’avais continué mon entreprise de séduction, mon lecteur ne se lassait pas, ni moi de mon pouvoir). Mon mari lit le tout, me le rend avec ce commentaire : « C’est de la merde, tu montrerais ça à un éditeur, il te rirait au nez ! » C’est là que tout a vraiment commencé.

-Encore quelque temps après, le livre La Femme de papier paraît. Gros succès. Certains me disent : « Quel dommage, avec votre talent, d’écrire ce genre de choses ! » Je pense : « Les cons ! » Et je n’écris plus que « ce genre de choses » pendant quelque 30 ans.

 

. Êtes-vous auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien êtes-vous plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : votre principale activité est-elle secrète?)

Mon métier, c’était professeur de français. Je suis à la retraite depuis 1999. On m’a souvent demandé si je pourrais vivre de ma plume, à quoi je répondais : l’enseignement est mon gagne-pain, l’écriture mon gagne-brioche.

 

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

Pour ma part, je m’étais juré d’assumer totalement. Pourtant mon nom de plume n’est pas celui sous lequel on me connaissait au collège, même si tout le monde savait…On me disait : « Vous avez donc pris un pseudonyme ?  »  Non, j’avais récupéré mon vrai nom, celui de ma naissance, car celui que je portais était, lui, un pseudonyme, c’était le nom de mon mari, dont on m’a étiquetée dès mon mariage sans rien me demander.

 

. Si vous pouviez étendre votre création favorite sur un autre support, que choisiriez-vous ? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

Ciné, télé, séries…

 

À suivre…

 

En attendant, découvrez ici les ouvrages de  Françoise Rey

Entretien avec Héloïse Lesage

Aujourd’hui, le questionnaire est destiné à la pétillante Héloïse Lesage… dont les réponses sont fort intéressantes mais très courtes 🙂

 

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Ça peut être plusieurs choses ! J’aime écouter les histoires de coeur autour de moi, déjà ça, ça m’inspire pas mal… Ensuite ça peut être une chanson, une odeur, un décor.

 

« Un jour en tombant sur un « Osez 20 histoires » trouvé dans la bibliothèque d’un ami, j’ai lu l’encadré qui incitait le lecteur à lui aussi écrire »

 

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

Je crois bien que j’ai du mal à avoir envie d’écrire quand je suis dans « la joie et l’apaisement », car dans ces moments-là je fais des choses très terre-à-terre comme repeindre mon appart, faire de la couture, préparer des tartes aux pommes pour les enfants… C’est aussi le moment où je lis d’ailleurs. J’ingurgite. Et je recrache plutôt dans ces moments de « souffrance », je sens que mon cerveau a plus de choses à exprimer.

 

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrives-t-il de te censurer ?

J’ai bien sûr des tabous, que je ne cherche pas à écrire d’ailleurs, les trucs borderline (la pédophilie par exemple).

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

En ce qui me concerne, j’aime plutôt l’idée de procuration.

 

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Si on les prend tous, ça doit faire un vieux Picasso dégueulasse.

 

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

Pas toujours simple, non ! Je dirais que 70 % de mes proches savent ce que je fais. Les 30 % restant ne sont pas au courant (les collègues par exemple).

 

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Il faudrait déjà que j’arrive à sortir un roman, ça fait un premier « si ». Et « si » il se vendait à 10 millions d’exemplaires je vivrais avec un gros syndrome de l’imposteur.

 

« Je rêverais d’écrire un scénario avec du cul dedans et le vendre à Netflix, qu’enfin ils aient une section cul. »

 

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

J’ai toujours adoré écrire. Quand j’étais ado j’ai écrit une petite pièce de théâtre, des petits sketches. Des poèmes et des chansons tristes dans ma période gothique. Puis j’ai arrêté pour des choses cartésiennes (trouver un boulot, payer l’appart, tomber enceinte…). Un jour en tombant sur un « Osez 20 histoires » trouvé dans la bibliothèque d’un ami, j’ai lu l’encadré qui incitait le lecteur à lui aussi écrire. C’est le moment où je m’y suis remise.

 

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète?)

Je suis amatrice. Mon gagne-pain ? Je vous laisse deviner : caissière au Monop’ ? mère au foyer ? secrétaire médicale ? Institutrice? Banquière ?

 

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

Chacun voit midi à sa porte. Je préfère me masquer avec Héloïse Lesage, rapport aux réponses plus haut.

 

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

UNE SÉRIE NETFLIX !! Je rêverais d’écrire un scénario avec du cul dedans et le vendre à Netflix, qu’enfin ils aient une section cul.

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Pour le n°1, oui je peux comprendre, ça m’est déjà arrivé de pouffer de rire en lisant de l’érotisme. Les histoires très clichées à la limite ce n’est pas ça le problème : quand c’est bien écrit, on ne s’en rend même pas compte. J’ai envie de comparer ça à une pratique anale mais j’ai peur qu’on me traîte d’obsédée.
Pour le n°2 je ne comprends pas : on achète un livre de cul pour être excité, non ? On ne va pas reprocher à un livre de recettes de cuisine de nous faire saliver ?

 

. Quels sont tes coups de coeur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

Esparbec, pour le porno. « J’irai cracher sur vos tombes » de Boris Vian a été ma première claque littéraire. Beaucoup plus tard j’ai été bouleversée par « L’écume des jours » du même auteur. « Vernon Subutex » de Despentes, comme beaucoup. Bref, rien de très original.

 

. Qu’aimes-tu lire en général et pourquoi ?

Je n’ai pas de « en général » en fait. Je ne suis juste pas super fan de SF ou de polar. Je suis très BD, Pénélope Bagieu, Riad Sattouf, Boulet… Et sinon le guide du routard Tokyo édition 2018 est très bien.

 

. A une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

Il faut laisser ça aux plus de 18 ans ! Après si ça traîne sous le lit du grand frère et que, ah tiens il est pas là je vais aller faire un tour de sa chambre : han mais qu’est-ce que c’est que ça ?! C’est ce qui m’est arrivé je devais avoir 10 ans. Je ne comprenais pas pourquoi ça chauffait dans ma culotte. Bon et voilà, aujourd’hui je ne pense pas être une détraquée sexuelle.
Bite bite bite bite bite bite bite bite bite bite bite bite bite suce bite bite couilles bite bite bite bite.

 

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Tout est question de sensibilité de chacun. Pour certains c’est le sexe sans consentement, d’autres c’est le sexe dans une même famille. Il faut savoir ne pas aller trop loin, mais en même temps ne pas se mouiller c’est pas très excitant. Le tout est de trouver le juste milieu.

 

« Je suis très sensible aux histoires d’amour, et comme j’aime pouvoir me projeter / vivre par procuration, je préfère mettre de l’amour dans mes histoires »

 

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il ton écriture ?

Ta création dans son ensemble…

 

. Que ressens-tu par rapport à tes personnages ? Te ressemblent-ils, te sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

On retrouve des parcelles de beaucoup de mes connaissances dans mes personnage, moi incluse.

 

. Aimerais-tu coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Bien sûr, pas toi ?

 

. Injectes-tu de l’amour dans tes histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

Alors oui. Je suis très sensible aux histoires d’amour, et comme j’aime pouvoir me projeter / vivre par procuration, je préfère mettre de l’amour dans mes histoires. Mais j’ai déjà mis du mépris aussi, et le mépris c’est bon.

 

. Ecris-tu en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien as-tu l’écriture plus intuitive ?

Je me fais plaisir avant tout.

 

. Comment fais-tu pour mieux vendre, te faire connaître, fidéliser le lecteur ?

Je n’ai pas assez de recul pour répondre, j’ai mis un peu plus d’un an avant de me faire un compte sur Facebook où je fais des petits teasings de parutions des Osez 20 histoires.

 

. Ecrire peut-il te provoquer une excitation sexuelle ? Et lire ? Rêver ? Imaginer ?

Ecrire m’excite, lire aussi (enfin pas les Schtroumpfs hein).

 

. Les histoires que tu as écrit pour la collection « Osez… » étaient-elles déjà prêtes avant où les as-tu écrites à l’occasion de l’appel à projet ?

Je n’ai écrit que pour La Musardine donc tout ce que j’ai envoyé était inédit.

 

. Tu sembles te mettre en scène toi-même… à moins ce ne soit de mini-récrits auto-biographiques ?

HA HA TU VEUX SAVOIR HEIN !

 

. Tu écris dans un langage très moderne, actuel. Est-ce un choix ou cela s’est-il imposé tout seul ?

Oh non je n’ai rien « choisi », c’est tout spontané.

 

. Tes nouvelles pour « Osez… », les classerais-tu en écrit érotique ou pornographique ?

Porno.

Entretien avec Cyr, 4ème partie

Quatrième et dernier partie de l’entretien avec  le poète Cyr

 

« Malgré la libération des moeurs, la sexualité reste un domaine où la frustration et l’angoisse s’expriment régulièrement »

 

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

 » Lire des livres érotiques, les faire connaître, les écrire, c’est préparer le monde de demain et frayer la voie à la vraie révolution. » Boris Vian [« Utilité d’une littérature érotique » : Conférence du 14 juin 1948 au Club Saint-James, Paris]

Malgré la libération des moeurs, la sexualité reste un domaine où la frustration et l’angoisse s’expriment régulièrement. Ma poésie érotique a pour démarche d’en donner une autre vision, centrée sur l’échange et le jeu (de rôle, des corps, des mots…), et de montrer tout le positif qu’il peut y avoir à exprimer dans ce domaine, y compris dans ses dimensions perverses (c’est-à-dire qui ne sont pas dans la « norme »).
La sexualité, l’érotisme, j’en fais un remède, un médicament, un rempart contre l’aliénation de la vie quotidienne (travail, responsabilités, tâches ménagères…), un pont jeté vers l’autre qui s’affranchi de ses obstacles.
Citons René Crevel dans « Mon corps et moi » (1925) : « La volonté d’agir exercée contre un simple sexe, le côté pile ou face d’un individu, tout entier vêtu ou dévêtu, visible ou figuré, une masse, un peuple, ne m’a jamais paru naître que du besoin d’évasion. »
Citons aussi une de mes lectrices : « J’aimerai vivre ce que vous écrivez ! »

 

« Se contraindre à ne pas penser à des choses interdites ou refuser que d’autres l’imaginent, notamment en matière de sexualité, c’est risquer de générer d’autant plus de frustration et donc de violence »

 

. Qu’aimes-tu lire en général et pourquoi ?

J’ai déjà cité Anaïs Nïn, je citerai volontiers d’autres femmes : Françoise Rey et son roman « La femme de papier », Catherine Millet « La vie sexuelle de Catherine M ».
En poésie, j’aime beaucoup les auteurs satyriques du moyen âge qui sont truculents, tant sur la langue que le contenu, et ceux de la période surréaliste (Paul Eluard en particulier). Sinon, un ouvrage particulier, à mi-chemin du roman et de la poésie : « La mécanique des femmes » de Louis Calaferte.
Dans d’autres domaines, je citerai Karl Marx « Les luttes de classe en France (1848-1850) » et un article de Lacan « De la plus-value au plus-de-jouir » (1968). Hors le contenu, d’un point de vue littéraire Marx a le talent du reporteur et polémiste, tandis que Lacan a celui des formules poétiques et provocatrices.

 

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

L’imagination est un plaisir qu’il faut s’autoriser, sans censure. Pour ce qui est des actes, c’est autre chose, des limites peuvent s’imposer. D’ailleurs c’est bien parce qu’il y a des limites au passage à l’acte que notre désir de s’affranchir des limites cherche à s’exprimer dans l’imaginaire. Il faut bien que nos perversions ou nos angoisses puissent s’exprimer d’une manière ou d’une autre ! Se contraindre à ne pas penser à des choses interdites ou refuser que d’autres l’imaginent, notamment en matière de sexualité, c’est risquer de générer d’autant plus de frustration et donc de violence… qui s’échapperont soit par un autre bord : intolérance aux différences, à l’étranger… soit finalement par un passage à l’acte: viol…

 

. Quelles sont tes lectures favorites ?

J’aime beaucoup les formats courts : nouvelles, poèmes – axées sur la détente, l’évasion : de l’érotisme beaucoup et aussi de la SF, de l’humour.
Pour les gros formats, j’ai une appétence pour le politique (au sens large, à la fois philosophique et concret : comment vivre ensemble dans la cité) – et donc tout ce qui touche à la compréhension de l’homme, du fait social et de notre relation au monde (sociologie, psychanalyse, sciences…).

Je navigue ainsi entre Imaginaire et Réel… dans le Symbolique (écrire c’est produire des signes). Pour les connaisseurs, c’est une illustration de la triade RSI (Réel – Symbolique – Imaginaire) développée par Lacan, et qui permet de comprendre les différentes facettes de notre rapport à l’autre, aux autres, à l’Autre avec un grand A, comme Amour et haine.

 

« Je me suis mis à écrire ce que je ne trouvais pas à lire ou très peu dans la littérature contemporaine. Car effectivement la poésie érotique se fait rare aujourd’hui »

 

D’où vient cette influence de la langue anglaise, sur ces textes pourtant français ?

J’utilise aussi de l’espagnol et de l’arabe. Les mots d’origine arabe sont d’ailleurs nombreux dans la langue française.
Depuis 1492 nous n’avons cessé de développer les échanges avec les autres continents et l’anglais s’est imposé comme langue internationale. J’écoute beaucoup de musique et j’aime comprendre les paroles même en anglais, je parle aussi anglais quand je voyage à l’étranger. C’est une langue que j’ai toujours utilisée. On la retrouve d’ailleurs de plus en plus dans notre propre langue aujourd’hui.

Gainsbourg a été parmi les premiers à introduire autant d’anglais dans ses chansons françaises, il y a aussi cette influence. Verlaine avant lui s’est servi de la langue anglaise dans ses textes. Le mélange des langues apporte des sonorités nouvelles que j’apprécie. Le mélange des différentes cultures est par ailleurs une richesse, en ce sens je suis un internationaliste : ni nationalisme de repli sur soi, ni mondialisme qui acculture.

 

. Pour lire beaucoup de poésie érotique il faut surtout se plonger dans des temps anciens… Pourquoi selon toi la poésie érotique est-elle si rare de nos jours ?

Je suis un lecteur exigeant, j’aime être surpris. Je me suis mis à écrire ce que je ne trouvais pas à lire ou très peu dans la littérature contemporaine. Car effectivement la poésie érotique se fait rare aujourd’hui, il n’y a comme on dit qu’une « niche » d’auteurs/lecteurs (je suis assez casanier finalement, même si je préfère les chats aux chiens).

Cet état de fait est lié à la standardisation médiatique et aux diffuseurs frileux qui n’ont pas habitué les gens à lire une diversité de genres. Pour l’instant, « l’araignée Capital digère son bien-être » (Bernard Lavilliers – album « Les poètes »), mais elle sera peut-être intéressée à venir pomper du fric dans cette niche lorsqu’elle manquera de débouchés ?

En tout cas, je tente de renouveler le genre dans mon coin. S’il est vrai qu’une habitude de lecture est nécessaire pour apprécier toute la saveur des anciens, je reste toutefois trans-genre, si je puis dire, car mon écriture s’enracine aussi dans les classiques (le sonnet ça sonne !). Il y a toujours beaucoup à apprendre de ceux qui nous ont précédés, que ce soit pour raconter des histoires ou tirer les leçons de l’Histoire.

 

Retrouvez Cyr sur son site : http://www.poesie-erotique.net/

Entretien avec Cyr, 3ème partie

Troisième partie de l’entretien avec  le poète Cyr

« Le jour de mes 12 ans, j’ai eu comme cadeau d’anniversaire une encyclopédie sur la sexualité censée m’expliquer, notamment, comme j’avais été conçu (et pas que l’histoire bêtement scientifique et hasardeuse de la rencontre du spermatozoïde avec l’ovule) »

. Sur quoi travailles-tu actuellement ? Quelle sera ta prochaine sortie ?

Ma production actuelle est la continuité de mon travail de mise en recueil du millier de poèmes pour A. que j’ai écrit fiévreusement entre 2014 et 2015. 3 recueils ont déjà vu le jour depuis (1 par an) sur une dizaine de prévus, je n’en donne pour l’instant à lire que des extraits que je mets à jour progressivement sur mon site http://www.poesie-erotique.net/index.php/desirs/poemes-pour-a. J’ai fait quelques envois de recueils complets à des éditeurs, mais je me concentre surtout sur le travail d’écriture (dont un roman commencé depuis peu), le contexte n’étant pas favorable pour l’édition. J’ai un autre projet en parallèle à mener à court-moyen terme : remettre mon site au goût du jour (j’y proposerai peut-être des version électroniques gratuites des recueils terminés). Sinon pour la suite, j’ai mes poèmes de jeunesse et ceux écrits depuis l’inauguration de mon site Internet en 2004 dont je voudrais produire une sélection retravaillée en recueils.

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir choisi, mais bien d’avoir été mené dans cette voie de l’écriture et plus particulièrement de la poésie érotique, par un contexte particulier : des parents instituteurs (lecture et écriture au programme) et qui avec 1968 on franchit un pas générationnel sur la question du sexe (le sujet n’était plus tabou, il devenait lui aussi au programme). Ainsi, le jour de mes 12 ans, j’ai eu comme cadeau d’anniversaire une encyclopédie sur la sexualité censée m’expliquer, notamment, comme j’avais été conçu (et pas que l’histoire bêtement scientifique et hasardeuse de la rencontre du spermatozoïde avec l’ovule). Les 5 volumes de cette encyclopédie se déclinaient selon un niveau de lecture allant de l’enfance à l’âge adulte. J’ai passé mon temps à en effeuiller les pages de-ci–de-là, sans tenir compte de la progression par âge…

Vers 15 ans, Baudelaire m’a chatouillé les oreilles à la lecture des « Fleurs du mal » et en particulier les pièces interdites. Mais c’est une autre découverte dans la bibliothèque familiale qui fut l’ouvrage déclencheur : les nouvelles d’Anaïs Nin réunies sous le titre « Vénus érotica ». J’ai notamment été subjugué par la façon poétique dont elle pouvait aborder des thèmes provocateurs (violence, inceste…), j’ai dévoré plusieurs fois ce livre, ainsi que tâché quelques pages… C’est aussi l’époque à laquelle j’ai prêté plus attentivement l’oreille aux paroles chantées par Serge Gainsbourg sur le disque vinyle que mes parents passait depuis 1979. En âge de mieux comprendre ce qui arrivait à Lola Rastaquouère et Marilou, j’explorai plus loin son univers qui acheva de me convaincre que si je n’avais pas appris à jouer et chanter, je pouvais certainement m’amuser à écrire de l’érotisme en poésie.

« La création n’ayant pas de limites, tout est possible à mélanger, expérimenter »

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète?)

Qui peut aujourd’hui être pro, ne vivre que de cette activité ? Je me considère comme amateur et je ne trouve le temps disponible pour écrire et composer mes recueils que pendant les congés payés (merci au monde ouvrier de 1936). Les personnes qui se proclament auteurs simplement parce qu’ils sont « édités » sur une plate-forme en ligne (le plus souvent tenue directement par un diffuseur ou un imprimeur, et non par un véritable éditeur) se mettent le doigt dans l’oeil.

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

Chacun est libre de faire comme il veut, c’est la littérature qu’on doit « juger », pas l’auteur. « Cyr » vient de mon prénom, les 3 premières lettres, sachant que j’ai hésité au début avec un anagramme : « Lyric ».
« Cyr » est un bon choix je trouve comme pseudo pour le genre que j’écris et pour m’y mettre en scène (et non me cacher). Par ailleurs mon patronyme n’a rien d’érotique, sinon un éventuel lien avec le sommeil… je laisse le mystère… car même si j’écris à partir de mes propres expériences, « Cyr » est un personnage en tant que tel. Le pseudo est aussi une relation intéressante avec le lecteur, il peut plus facilement s’identifier, se mettre dans ma peau ou celle de mes partenaires de jeu 😉

« Je trouve aussi que la littérature érotique peut être souvent répétitive et ennuyeuse »

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu ? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

La création n’ayant pas de limites, tout est possible à mélanger, expérimenter… Je déclinerai volontiers un ouvrage illustré en BD car j’apprécie beaucoup cet univers artistique. L’audio j’y songe aussi, j’ai fait de la radio amateur et ma voix passait bien. Enfin, un de mes poèmes sert de support audio à un court métrage expérimental diffusé l’an denier dans divers festivals de cinéma : http://www.poesie-erotique.net/index.php/desirs/balades-erotiques-et-pornographiques/15-texte/poesie/1000-orgie. La vidéo, une archive familiale en Super 8, montre une équipe de rameurs basques qui s’entraînent en pleine mer, la caméra danse avec les vagues, les bras musclés, les torses luisants sous l’effort et le soleil… Mon texte est dicté, rythmé en fond sonore, le résultat est surréaliste et m’a enthousiasmé.

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

1 Je trouve aussi que la littérature érotique peut être souvent répétitive et ennuyeuse. Il y a aussi des choses de qualité bien sûr, mais elles ne sont pas toujours mise en valeur sur le « marché », restant confiné aux petits éditeur indépendants. Ce sont les choix des diffuseurs qui justifient malheureusement cette réalité. Il y a une tendance médiatique à la standardisation, s’accompagnant de buzz éphémères censés réveiller notre appétit de consommer, qui n’épargne pas le domaine de la littérature érotique.

2 Pas uniquement, mais exciter est quand même l’objectif quand on parle d’érotisme. D’autre part la littérature a sans doute pour fonction d’exciter au moins l’esprit du lecteur.

À suivre…

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Entretien avec Cyr, 2ème partie

Deuxième partie de l’entretien avec  le poète Cyr

« La censure est un non-sens en « Etat de Droit » du fait que la littérature est un processus de création de l’esprit, qui même s’il s’inspire de la réalité, produit une fiction »

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Déjà il faudrait que je puisse être édité, ce qui est un vrai problème. La poésie érotique est un genre à part qui ne plait pas aux diffuseurs, le public n’a pas été habitué à ce qu’on lui en propose (sinon des trucs souvent barbants à l’école) et donc c’est un pari risqué d’un point de vue financier (le seul hélas qui gouverne notre monde dans bien des domaines). La poésie est associée aux formulations « ampoulées » ou incompréhensibles. Mon écriture essaye pourtant de renouveler le genre, dans un langage et des sonorités actuelles.

Le format court, instantané, correspond bien aussi à l’époque SMS. Et, même si j’ai un lectorat qui accueille avec enthousiasme mes écrits, y compris les comités de lecture des maisons d’édition, cela ne suffit pas pour convaincre l’éditeur lui-même qui reste soumis aux choix des diffuseurs. Il faudrait faire le « buzz » ou devenir « à la mode » pour espérer lever cet obstacle.

Le succès n’est de toute façon pas ce qui me motive. Produire quelques exemplaires d’objets – livres me comblerait déjà. Je l’envisage pour mes vieux jours, par mes propres moyens, si je n’ai rien d’édité d’ici là. Ni joie ni angoisse donc, l’indifférence aux chiffres plutôt, voir même une certaine aversion. Peut-être n’ai-je pas lu « 50 nuances de machin » aussi pour cette raison…

« Le thème érotique est de toute façon suffisamment universel pour que chacun s’y retrouve, en écho à son vécu ou ses désirs (conscients / inconscients) »

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrives-t-il de te censurer ?

Si j’opère des choix dans les textes que je donne à lire ou pas, ce sont des choix esthétiques, d’écriture, mais pas sur le contenu lui-même.
La censure est un non-sens en « Etat de Droit » du fait que la littérature est un processus de création de l’esprit, qui même s’il s’inspire de la réalité, produit une fiction. Je citerai Agnès Tricoire, avocate spécialiste en propriété intellectuelle et son « Petit Traité de la liberté de création » : « L’art est ce qu’il est, et non ce qu’il dit ou que nous croyons qu’il dit. Il ne faut pas confondre la fiction, même lorsqu’elle se veut « représentation du réel », avec le réel. »
La confusion étant possible, alors, si le contenu peut heurter en soi, en particulier quant à une éthique que je défends par ailleurs (non-violence, égalité homme/femme, respect de l’autre), je fais le choix d’avertir le lecteur plutôt que de me censurer. Cf. http://www.poesie-erotique.net/index.php/desirs/poemes-pour-a/15-texte/poesie/182-aux-lecteurs-trices L’autocensure est un non-sens pour qui sait distinguer le domaine intime et la vie quotidienne dans sa relation à un autre.

De mes propres expériences avant tout, de ma vision poétique de l’espace, du corps… de mon rapport à l’autre.
L’imaginaire a une part active dans tout cela. Peut-on avoir une expérience des choses qui ne soit fondée que sur la raison et ne fasse pas participer l’imagination, l’émotion, les sensations… ? Il est sans doute vrai que si j’écrivais un ouvrage politique, je répondrais autrement, encore que toute façon de voir le monde (même la science) participe à l’écriture d’un mythe.

« Au travers de l’animation de mon site poesie-erotique.net de 2004 à 2014, j’ai eu de nombreuses occasions de me frotter à mon lectorat »

. De quoi t’inspires-tu pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien ta vie, celles des autres, les médias ?

Mes poèmes sont autobiographiques pour la grande majorité, mais comme dit précédemment, le processus d’écriture transforme de toute façon le réel. Mes autres textes s’appuient soit sur mes fantasmes, soit sur ceux des autres (dans les échanges épistolaires, duos d’écriture plus particulièrement). Le thème érotique est de toute façon suffisamment universel pour que chacun s’y retrouve, en écho à son vécu ou ses désirs (conscients / inconscients).
Je ne vois pas de contradiction entre l’exorcisme et l’au-delà, mais un même mouvement : sortir de pour aller vers.

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Oui, et pas que du visage…
Au travers de l’animation de mon site poesie-erotique.net de 2004 à 2014, j’ai eu de nombreuses occasions de me frotter à mon lectorat : des femmes pour beaucoup et, parmi les hommes, essentiellement mes pairs (auteurs). Des duos (et même un trio) d’écritures sont nés de ces contacts. Certains uniquement épistolaires, d’autres accompagnés de photos érotiques personnelles où chacun se dévoile pour illustrer l’échange écrit, ainsi que quelque uns inspirés directement de rencontres charnelles (ce qui nous amène à la question suivante…).

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

Lorsque j’ai été en situation familiale classique, je n’ai jamais caché à mon entourage que j’écrivais de l’érotisme et que je gérais un site internet. Ma compagne d’alors ne s’est pas intéressée plus que ça à mes écrits. Le problème est d’abord venu du temps que je pouvais y consacrer et que donc je ne lui consacrais pas. Lorsque les duos d’écritures ont aussi été l’occasion d’échanges de photos, elle a émis le souhait que ces illustrations soient des créations artistiques et non des échanges purement anatomiques. Je m’y suis autant que possible conformé, et un projet de photo-poèmes est même né ( http://www.poesie-erotique.net/index.php/157-sensualite-1 )

Mais quand je suis passé à travers l’écran pour caresser certaines plumes amatrices, nous avons intelligemment fini par décider de nous séparer.

Quelque temps après j’ai fait une rencontre qui s’est avérée exceptionnelle et qui a débouché sur la somme des « Poèmes pour A ». Un A. non pour rendre cette muse anonyme, comme j’avais pu le faire auparavant pour une autre dont le prénom, différent, commençait par cette même lettre. Mais pour la symboliser d’une lettre qui débute aussi l’alphabet et tant de mots doux à l’oreille : amour, âme, aventure, amusement… Une femme avec qui je continue aujourd’hui d’explorer l’érotisme en toute liberté, simplicité et complicité.

À suivre…

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Entretien avec Cyr

Enfin, la série d’entretiens avec des auteurs d’écrits érotiques reprend ! Pour tout dire, je n’ai plus le temps de concevoir des interviews entièrement personnalisées. J’ai donc proposé à différents écrivains et blogueurs des questionnaires préparés d’avance, deux en fait, l’un plus orienté sur la sexualité en général, l’autre davantage sur la littérature. Plusieurs ont accepté, l’un des premiers fut le poète Cyr

 

« Tout ce qui peut exciter mon imagination et/ou ma libido. Il y a une quête d’immortalité sous-jacente, pour retenir ce qui échappe et le prolonger, pour le transmettre. »

 

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Pour ce qui est de « se raconter des histoires », c’est une sorte d’évasion naturelle dans un monde parallèle. Nombreuses sont les histoires que je me raconte à moi-même, je parle aussi des poèmes pour m’endormir, rien de tout cela n’est écrit, mais nourrit sans doute de futures créations.

Pour ce qui est de raconter ces histoires, de passer à l’acte d’écriture, c’est le désir « d’inscrire dans le marbre » un vécu particulier, l’intensité d’une expérience ou d’un fantasme, d’un rêve… – tout ce qui peut exciter mon imagination et/ou ma libido. Il y a une quête d’immortalité sous-jacente, pour retenir ce qui échappe et le prolonger, pour le transmettre.
C’est l’Histoire qui crée l’histoire… le désir y circule, entre soi et avec les autres, sans doute est-ce lui le moteur.

 

. Quelles sont tes techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

 

J’ai commencé un roman il y a quelques mois, c’est nouveau pour moi et je n’en viendrai à bout que dans un long temps je pense, j’ai besoin de laisser infuser entre les chapitres, même si j’ai la trame pour avancer et conclure. Je ne suis pas non plus un fan ou grand lecteur de romans, je préfère les formats courts : nouvelles, contes, poèmes… ou, pour les ouvrages plus longs, des œuvres philosophiques et politiques. Je n’aime pas la répétition sinon dans la réflexion, j’aime la surprise en littérature.

Pour l’écriture en poésie, l’essentiel de ma production littéraire, ma technique est donc d’écrire sur le vif, en quelques minutes, puis de relire le texte tout de suite et, si besoin, le retoucher : déroulé ou images pas clairs, phrasé mal rythmé… Le poème rejoint une pile ou une page de carnet et je passe à un autre. J’écris ainsi pendant quelques mois (2 ans maxi), jusqu’à amasser une ou plusieurs centaines de poèmes. Je fais une pause dans l’écriture et je trie, je fais des choix, quant à la qualité du texte (retenu / à retoucher / non retenu) et quant au contenu (des thématiques émergent).

Je les rassemble en différents recueils dont je vois se dessiner les courbes au fur et à mesure et dont je fixe progressivement le cadre, selon quelques idées prédéfinies (thématique, début et fin de l’histoire globale). Mes recueils peuvent être lus comme un roman, du premier au dernier poème, et l’on peut glaner des textes de ci de là qui gardent leur sens propre, indépendamment de la progression de l’ensemble de l’ouvrage. Les textes originaux subissent des transformations pour s’intégrer les uns après les autres, en veillant à conserver leur cachet initial. Mon souci d’éviter les répétitions me permet d’affiner le vocabulaire, les expressions, les images… Le travail final est de correction orthographique et mise en page ; que l’oeuvre soit « bonne à tirer » selon l’expression éditoriale dont le sens érotique peut ici être souligné.

 

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

 

Autant j’ai besoin de temps et de calme pour composer mes recueils, autant un poème peut être griffonné dans n’importe quel contexte. Quoi qu’il en soit, l’amusement reste mon guide : je prends plaisir à écrire ou je n’écris pas. La souffrance m’impose des réflexions que je partage parfois, mais pas sous forme de poésie. En effet, je n’apprécie pas la poésie dépressive qui, malheureusement pour moi, se retrouve souvent en nombre dans les catalogues d’éditeurs qui font l’effort de proposer plus de poésie que d’autres.

 

« A mon sens, la poésie doit être sonore et/ou rythmée pour ne pas être ennuyeuse, la lecture doit couler en l’esprit comme une musique pour embarquer le lecteur et ne pas le lâcher. »

 

. Ecrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

 

La poésie s’est progressivement éloignée des contraintes (nombre de pieds, de vers, structures diverses, rimes…) pour devenir libre. Du coup chacun écrit de la poésie un peu comme il veut. C’est tant mieux. On reste libre également de se donner des contraintes, des exigences. Pour moi, cela stimule la création. Tout comme une lecture trop « facile » m’ennuiera, je ne prends pas plaisir à simplement aligner des phrases. J’ai quasi-exclusivement privilégié la rime dans mes textes, pour ses sonorités.

J’ai aussi réalisé un recueil en vers réguliers, mais ce n’est pas le cas de tous mes textes : la musicalité et le rythme viennent aussi du choix des mots. Mon objectif est de présenter une poésie qui chante en bouche ou qui surprenne et amuse le lecteur, qui excite ses neurones ou d’autres zones érogènes… Cela demande une exigence envers le résultat de lecture de ce que l’on produit, d’en devenir satisfait ; et c’est donc un plaisir que de s’y contraindre.

 

On ressent un certain rythme dans tes rimes… Peut-on y voir une influence slam ? Ou chanson française ?

 

Sans doute il y a l’influence de Gainsbourg et du Rap-Ragga de la scène française, sinon celle ancestrale des percussions, tam-tam hypnotiques qui résonnent au cœur de l’humanité. Le Slam non, c’est un mouvement qui a émergé quand j’avais déjà commencé à écrire de cette façon.
A mon sens, la poésie doit être sonore et/ou rythmée pour ne pas être ennuyeuse, la lecture doit couler en l’esprit comme une musique pour embarquer le lecteur et ne pas le lâcher.

 

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

 

Ça dépend du livre. Pour un développement personnel, l’outil doit être bien conçu pour être efficace. Il peut être un déclencheur accidentel aussi, selon l’histoire de chacun, les résonances qu’il y trouve. Je vise avant tout l’amusement, l’évasion dans mes écrits.
Mon recueil « ABC De l’Eros » toutefois s’inscrit dans une démarche « pédagogique » : j’y montre une approche progressive qui mélange le doux et le dur, et qui selon mon expérience, m’a porté au ravissement orgasmique tout autant que mes partenaires. Après il n’y a pas de recette universelle, sinon que chaque situation, chaque personne nécessite une approche particulière.

 

À suivre…

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Entretien avec Eric Orlov – Partie 2

Seconde partie de notre riche échange avec Eric Orlov !

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

La soumission à une autorité représentée tour à tour par chacun des membres du couple. Le fait que, par « peur de perdre » chacun soit conduit à des pratiques échappant à son propre système de valeur.

Par ailleurs, des échanges « biaisés », exempts d’authenticité et plutôt basés sur des « techniques de communication »

Enfin, une obsession de la performance, en dehors d’une humanité affectée joyeusement.

. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelque décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Plutôt pour le meilleur. Progressivement, et même s’il reste du chemin à faire, les femmes s’émancipent et deviennent les actrices opérantes et désirantes de leurs propres corps et de leurs pratiques.
Deux inquiétudes toutefois : l’envahissement de la pornographie peut provoquer une renonciation à sa propre identité, à ses propres désirs et limites chez les plus jeunes.
Par ailleurs, la rapidité et la multitude qu’offre les sites de rencontre peut parfois fausser (chez certain.e.s) la recherche d’une relation avant tout affective.

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

Le monde est entré en quelques décennies dans une logique de compétition, de marchandisation. Il faut être beau, riche, intelligent, branché, etc… La publicité, les blockbuster sont responsables de renvoyer une image dégradée à qui ne remplit pas la « bonne grille de critères ». Mais également, cela impose à certains une forme d’obligation au désir et à son accomplissement puisque les normes portées par les médias semblent affirmer que « tout le monde baise tout le temps ».

. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

Affreuse réalité. Mais il n’y a pas là de généralité à tenir : beaucoup échappent à ces sirènes.

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

Triste réalité. J’ai vécu plusieurs fois des relations avec de TRES jolies femmes (2 mannequins, 2 actrices, et d’autres). Leur vie est un enfer quotidien puisqu’il leur est presque impossible de vivre des rapports sociaux non sexualisés. Par ailleurs, on ne parle pas du machisme rampant en entreprise. Gare à la pauvre femme qui porte haut sa poitrine ou à celle qui aime porter des robes. Là encore, elle aura du mal à établir des rapports qui ne sont pas sexualisés.

. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

Ca dépend de ce qu’on attend du sexe. Par exemple, pour moi, il est moins important de baiser que de se plaire, j’ai intimement besoin d’une véritable relation humaine, prémisse à mon désir de « passer à l’acte ». Et même quand le couple est « bien établi ». J’ai besoin de renouveler une forme de complicité, mâtinée de tendresse, de dialogue, d’écoute.

. Hypersexualisation, prostitution au collège, prédateurs : exagération ou enfants en danger ? Comment les protéger ?

Je ne peux pas répondre à cela, je connais mal le problème. Mais en ce qui concerne l’accès aux médias, je pense qu’il serait temps que nous possédions chacun une identité numérique en propre, infalsifiable et personnelle, déterminant les droits d’accès à tel ou tel contenu.

. Si tu pouvais faire passer une loi nationale liée au sexe, quelle serait-elle ?

Il en est quelques-unes :

L’établissement d’une identité numérique qui détermine l’accès ou non à certains contenus.
L’établissement qu’un rapport entre un adulte et une personne de moins de 15 ans est « de fait » non consentie.
L’interdiction pure et simple de certains contenus qui pour moi s’apparentent d’avantage à la torture qu’à la sexualité

La sexualité est absolument intime et doit rester libre pour chacun. On ne devrait jamais être amenés à avoir une pratique qu’on ne souhaite pas pleinement (que ce soit sous la pression médiatique, ou par l’emploi d’une forme de force, de pouvoir ou de violence)

. Pour toi, fidélité et exclusivité sexuelle ne doivent-elles faire qu’un ?

A priori oui. Et en cas « d’accident de parcours », on aura l’élégance de ne pas en parler à son/sa partenaire. La blessure d’avoir été « trompé » et la peur de « perdre l’autre » peuvent être des douleurs incommensurables.

. Penses-tu qu’il pourrait y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?

J’aime l’idée qu’il existe une instance supérieure au vivant. Est-ce une divinité ? Pas forcément. Mais cette volonté de croire de ma part me permet d’éprouver parfois l’humilité.

. Qu’est-ce que pour toi l’égalité homme-femme ? Jusqu’où mener cette vision ?

Il n’y a pas et il n’y aura jamais d’égalité, ne serait-ce que pour des raisons purement physiologiques. Le mot adéquat est : parité. C’est-à-dire une stricte égalité de droits et de traitements.

 

La sexualité et la séduction en général…

. Que faut-il à une femme pour être féminine ? A un homme pour être masculin ?

J’aime les femmes indépendants, conséquentes, intègres et en conscience. J’aime les femmes qui aiment rire et jouir. J’aime les femmes qui restent en mouvement leur vie entière, toujours capable de réforme et de remise en cause d’elles-mêmes et de la marche du monde.

. Fait-on réellement le choix de sa sexualité ? Peut-on choisir d’être hétéro, homo, d’avoir une faible ou une grosse libido, être fidèle ou infidèle, sage ou frivole ?

En ce qui concerne la détermination d’un genre ou d’un autre, il ne me semble pas que l’on puisse choisir. Pour la « quantité »de libido non plus. Quant à la fidélité, oui, on peut sans conteste trouver ses vérités et même les orienter.

. Est-il utile qu’il y ait un(e) dominant(e) et un(e) dominé(e) dans le sexe ? Si oui, pourquoi ?

Pas pour moi. J’aime les rapports basés sur une stricte égalité de pouvoir, même si le jeu peut parfois laisser libre cours à l’exercice de petits pouvoirs.

. Après des années de vie sexuelle, comment continuer à se surprendre ?

Tout est dans la tête ! Rions, réfléchissons, courons le monde et l’on se plaira longtemps !

 

Ta sexualité…

. Quelle est ta sexualité au quotidien ? Vie sage, de couple, abstinente, libertine ?

J’ai en ce moment une relation amoureuse avec une femme qui habite loin. On ne se voit pas souvent. J’ai également, et épisodiquement des relations avec 3 ex (pas en même temps )

. Quelles sont tes exigences de séduction ?

Je n’en ai aucune. Je me méfie de plus en plus de la séduction (qui vient du latin « conduire ») Je me pose la question du pouvoir qui se tient derrière la séduction. Et puis j’ai trop bénéficié d’un « bon jeu », pas trop moche, pas trop mal foutu, pas trop con. Des fois, je me sens coupable du « délit de belle gueule », ça me dégoûte un peu.

. Es-tu du genre à réaliser tes fantasmes ?

J’ai extrêmement peu de fantasmes. Tout de même celui du plan à trois avec deux filles. Je l’ai réalisé à trois reprises, c’est trop rare 

. Ton souvenir sexuel le plus beau et le plus intense ?

Une nuit en Lozère avec mon amoureuse, un énorme orage, la fusion absolue des corps et des âmes.

. Ton souvenir sexuel le plus navrant et décevant ?

Une fille que je venais de ramener chez moi pour la première fois qui commence à me sucer sur le canapé, jusqu’à ce que je me rende compte qu’elle faisait cela « parce qu’il le faut », alors qu’elle n’aimait pas.

. Quelle serait ta recette personnelle pour un coït idéal ?

Sortir de soi et de son propre désir, écouter l’autre entièrement. Savoir l’autre, le comprendre, s’oublier un peu.

. Une personne qui te lit se met à fantasmer sur toi et à t’écrire des courriers torrides… fantasmes-tu en retour ? Prends-tu la mouche, en ris-tu ?

Cela m’arrive fréquemment. J’ai pour conviction que ce qui est fait n’a rien à voir avec qui le fait. « Je « ne m’intéresse pas, je reste tourné vers ce qui est fait, ce qui est à faire. Je m’applique à démonter cette illusion quand elle se présente.

. Quel est le délire sexuel le plus improbable que tu rêverais de réaliser ?

Vivre un amour fou, et à vie.

Son Linkedin : https://fr.linkedin.com/in/eric-orlov-0bb86295

Son livre : https://livre.fnac.com/a11539688/Eric-Orlov-Engrenage

Une chronique de son travail : https://kroniques.com/2018/03/13/engrenage-eric-orlov/

Entretien avec Eric Orlov – Partie 1

Les entretiens d’auteurs sont de retour ! Je les avais cessés avec regret par manque de temps. La solution trouvée : envoyer deux questionnaires, préparés d’avance, à tous les écrivains ou blogueurs qui le souhaitent, et sont dans le thème de Plume Interdite bien entendu. Bien des échanges sont donc à venir… Parfois certaines questions seront personnalisées, mais la plupart du temps les questions seront les mêmes. C’était la seule possibilité pour poursuivre cette série d’interviews dont j’ai eu d’excellents retours.

Pour inaugurer cette nouvelle salve de discussions enrichissantes, j’ai le plaisir de diffuser les réponses d’Eric Orlov, ou Eric Céloin sur Facebook. https://www.facebook.com/eric.cestmoi.1 .  Eric nous fait l’honneur de répondre aux deux questionnaires : l’un sur la littérature et sa plume, l’autre sur l’érotisme en général. Première partie ci-dessous…

 

Ta façon d’écrire et de vivre la littérature…

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Les raisons pour lesquelles on est amené à faire l’amour. Pour moi, le véritable érotisme tient bien moins dans le passage à l’action que pendant ce moment durant lequel l’on bascule, l’on désire.
Je trouve que cela est bien trop manquant dans la littérature, et pire encore, dans le cinéma.

. Quelles sont tes techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

J’écris tous les jours. La régularité, le travail, le fait de ne pas abandonner face à la difficulté.

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

J’avoue que les affects tristes m’ont donnés plus souvent « des ailes » par le passé. J’apprends aussi à écrire maintenant pendant la joie, mais c’est moins évident.

. Ecrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

En faisant, en allant au bout du projet, en le corrigeant pour en faire un « objet parfait » au moins à ses propres yeux.

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrives-t-il de te censurer ?

Je n’ai aucun tabou, je ne me censure pas. Pourtant, il est énormément de pratiques qui me déplaisent, de fait, je ne les écris pas.

. De quoi t’inspires-tu pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien ta vie, celles des autres, les médias ?

De tout ça oui, j’essaie de faire feu de tous bois.

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

Les deux en ce qui me concerne.

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Oui, très majoritairement des femmes, de 25 à 60 ans.

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

Non, plus maintenant. J’assume. Même si bien entendu je ne fais pas lire mes textes à ma fille de 14 ans.

 

Ton parcours, ton futur…

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Les deux ! Fatigue à l’avance d’avoir à démonter le mythe de l’écrivain, du talent, de celui qui a fait. Mais aussi joie du partage, de toucher, d’émouvoir.

. Sur quoi travailles-tu actuellement ? Quelle sera ta prochaine sortie ?

Un roman assez dur sur la condition sociale de certains, sur le culte de la performance, sur notre aveuglement coupable.

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

Je suis passionné par le thème de l’entreprise et de ses rapports sociaux intrinsèques. Passionné par le torrent de mensonges qu’on y profère, par la servitude volontaire.

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète?)

Semi-pro, même si j’ai déjà publié trois fois dans de grosses maisons.

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

C’est à chacun d’en décider  Cela peut revêtir un sens politique de déclarer sa vraie identité, mais cela ne doit pas être une obligation.

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

Cinéma ! Le plus complet des arts.

 

La littérature érotique en général…

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Totalement et quasiment systématiquement justifiés. C’est affligeant.

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Elles le pourraient si elles se donnaient la peine d’une véritable réflexion philosophique sur ce que sont les êtres.

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

Ecrire m’a ouvert un peu à l’acceptation de l’autre, à l’acceptation de qui il est.

Ta vision personnelle de la littérature…

. Quels sont tes coups de coeur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

Une journée d’Ivan Denissovitch. Le désert des tartares. Ulysse. Tout Sarraute, Tout Duras, Tout Sagan. Et en incroyablement érotique : les liaisons dangereuses.

. Dans un polar ou un livre d’horreur, on peut prendre plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait pourtant jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

Pas en ce qui me concerne, je m’identifie trop. De fait, je déteste le genre « horreur »

. Qu’aimes-tu lire en général et pourquoi ?

Je ne lis quasiment plus rien depuis quelques années, afin de trouver ma propre musique.

 

Littérature érotique et société…

. A une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

Non. S.A.S c’est tout mignon, et c’est cool d’être éveillé à cela quand on est ado 

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Une limite d’âge. A partir d’un certain âge, chacun a le droit d’accéder à ce qui lui plaît.

. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autre d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

Elle pourrait avoir un rôle politique, sociétal, lever le voile sur certains obscurantismes. C’est bien trop rarement le cas.

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il ton écriture ?

Sa brutalité, son absurdité, son obsession pour la vitesse m’interrogent chaque jour.

 

Ta création dans son ensemble…

. Que ressens-tu par rapport à tes personnages ? Te ressemblent-ils, te sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

Les femmes que j’écris sont extrêmement libres (au sens philosophique du terme, elles se »connaissent ») Souvent les hommes sont inaboutis, un peu immatures. Quand je glisse entre les lignes un personnage qui pourrait me ressembler, il est doux, jamais pressé, et impérieusement mû par la joie de faire jouir sa / ses partenaires.

. Aimerais-tu coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Carrément  Les femmes que j’écris sont assez idéales 

. Injectes-tu de l’amour dans tes histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

Tout le temps ou presque, à vrai dire c’est la jonction du sentiment amoureux et du sexe qui m’intéresse, et me fait bander.

. Ecris-tu en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien as-tu l’écriture plus intuitive ?

Non, je suis totalement et volontairement « personnel ». On me le renvoie d’ailleurs très souvent.

. Comment fais-tu pour mieux vendre, te faire connaître, fidéliser le lecteur ?

J’écris très régulièrement des textes distribués gratuitement sur la toile depuis 2002.

. Si ton œuvre totale pouvait se résumer en un message, quel serait-il ?

Soyez doux avec vous-même, doux avec les autres.

Son Linkedin : https://fr.linkedin.com/in/eric-orlov-0bb86295

Son livre : https://livre.fnac.com/a11539688/Eric-Orlov-Engrenage

Une chronique de son travail : https://kroniques.com/2018/03/13/engrenage-eric-orlov/

Entretien avec Flore Cherry

Jeune, jolie et pétillante, Flore est une figure singulière dans le paysage de l’érotisme littéraire. Atelier d’écriture, organisation de salon, bloging… Une vigueur vraiment impressionnante, qui se ressent dans ses actions comme dans ses propos…

J’ai été étonné et ravi du succès du salon de la littérature érotique 2016 à Paris. Avec un peu de recul, quel est ton retour et à quoi songes-tu pour l’année prochaine ?

J’ai adoré organiser ce premier salon, un vrai défi pour moi ! J’avais l’habitude d’organiser des événements mensuels pour 40 ou 50 personnes, là, j’ai du faire un vrai saut dans l’inconnu.
Cette première édition s’est très bien déroulée, et j’ai pu développer une vraie méthodologie pour donner vie, avec plus d’ambition, au deuxième salon de la littérature érotique qui aura lieu fin novembre 2017 !
Je balance toutes les informations au compte-goutte sur mes réseaux sociaux, n’hésitez pas à me suivre !
 
Lors de ce salon, différents mini concours d’écriture étaient organisés tout au long de la journée : les participations ont été nombreuses et de qualité. Le nombre d’auteurs érotiques en herbe serait-il en augmentation ? Comment l’expliques-tu ?

A travers la littérature érotique, j’essaie d’inciter les gens à s’exprimer sur un sujet qui semble parfois délicat à aborder en famille ou entre amis : le sexe créatif, alternatif, ludique. Beaucoup de personnes se prennent au jeu, et dans le lot, certains ont une vraie plume. Ce qui est très agréable, mais ce qui ne révèle pas pour autant une « tendance » de nouveaux écrivains de littérature érotique.

En tant qu’organisatrice d’ateliers d’écritures érotiques, tu es habituée, je pense, à découvrir de nombreux styles, très variés. Comment lire de l’érotisme sans se lasser ? La surprise est-elle toujours au rendez-vous ?

Pour être honnête, il est vrai que j’ai parfois l’impression que les écrits se ressemblent, que les transgressifs ne le sont plus vraiment, et que ce qui semble excitant pour certains m’apparait comme trivial ; ce qui est dommage et ce que je ne ressentais certainement pas avant ! Et par la même occasion, je deviens très admirative devant la description d’une pensée originale, face à une idée innovante ou un jeu de mot inédit. Je ne dirais pas que je « me lasse » mais que mon écoute est devenue plus exigeante.

Tes activités littéraires sont-elles un loisir ou ton activité principale ?

Mon activité principale (mon job en CDI à temps plein, quoi), c’est le développement de la partie digitale du magazine UNION, un magazine qui regroupe de nombreux témoignages coquins et dans lequel j’écris souvent. Je ne cesse jamais vraiment d’écrire donc, mais mes ateliers d’écriture érotique restent mon « petit plaisir » du mercredi soir !

Tu sembles particulièrement épanouie dans tes activités littéraires, mais aussi de journaliste/blogueuse/youtubeuse/organisatrice. Est-il compliqué d’assumer tout cela, ou n’as-tu jamais rencontré de difficultés particulières ? (vis-à-vis de l’entourage, des relations…).

Je crois que j’ai une famille et des amis géniaux qui comprennent parfaitement ce que je fais. Je n’ai jamais réellement subi de « slutshaming », ce qui serait plus le cas, j’imagine, si j’exhibais ma propre sexualité et que je gagnais de l’argent avec (comme les actrices X ou les camgirls, et qui devraient pouvoir librement l’assumer, au demeurant). A travers toutes ces activités, je me contente de réfléchir, d’écrire et de questionner les gens sur un sujet. Ça pourrait être de la politique ou l’environnement, ça ne changerait pas grand chose à ma journée de travail !
Ce qui a été un peu difficile, c’est de devenir un « paratonnerre » à la misère sexuelle – souvent masculine. Rien de dramatique, mais cela demande des nerfs d’acier, et une ouverture d’esprit obligatoire.
 
Octavie Delvaux m’a dit qu’une femme assumant pleinement sa sexualité faisait peur aux hommes. Qu’en penses-tu ?
Je pense qu’un homme qui assume pleinement sa sexualité peut aussi faire très peur. Vous n’imaginez pas toutes les sortes de paraphilies qui courent à notre époque.

(Blague à part : Je pense que ce que veux simplement dire Octavie Delvaux c’est que certains hommes ont peur des femmes, tout court. Mais pour ceux qui n’en ont pas peur, je pense que voir une femme se caresser librement devant eux ne les dérange pas trop, trop…)

Y’a-t-il un type de personnes particulier venant à tes ateliers, ou bien y’a-t-il de tout ?
– Je vais aller plus loin dans la question : la lecture érotique et la littérature érotique est-elle surtout pour les bobos blancs parisiens, ou séduit-elle tout type d’âge (légal) et de population ? –
La majorité de mes participants ont plutôt plus de 35 ans, sont plutôt blancs, et sont souvent dotés d’un niveau culturel élevé (il faut aimer la littérature, tout de même). Ceci étant dit, je m’attache énormément à la mixité de provenance de mes participants, et je n’hésite pas à convaincre des jeunes gens de 20 ans d’y venir, voire même des personnes qui ne sont pas à l’aise avec l’écriture. L’idée est plus de passer une agréable soirée en parlant de sexualité (et de TOUTES les sexualités) que de donner un « cours » d’écriture très scolaire et de s’ennuyer dans un cercle fermé de personnes qui se ressemblent.
 
Sur la page Youtube de Femme Actuelle (à laquelle tu participes en tant que Youtubeuse), les sujets sexo arrivent en tête des vidéos les plus visionnées ( https://www.youtube.com/user/femmeactuelle/videos?view=0&flow=grid&sort=p ). Tes propres épisodes font bien plus de vues que les vidéos généralistes de la chaîne. Pourquoi ces sujets accaparent-ils toujours autant, même à notre ère de surinformation ?
 
Parce que Youtube laisse le choix à son auditoire de mater un tuto « do it yourself » sur le nailing art et un truc qui s’appelle « fellation ». Et que la fellation me semble être une activité qui procure beaucoup plus de bien-être que de se peindre les ongles en rose.
Maintenant je ne suis pas fétichiste des ongles.
Mais quand même.
 
Quelles sont selon toi nos plus grandes méconnaissances sexuelles ?
 
La bite n’est pas un muscle. La prostate n’est pas le nom d’un cancer. La femme n’est pas bisexuelle par définition.
Ceci dit, je pense que nous sommes encore aux balbutiements des découvertes sexuelles (comme le clitoris, redécouvert il n’y a que quelques décennies, par exemple) et que nous plongeons encore actuellement dans une grande ère de méconnaissance sexuelle.
On ne sait toujours pas s’il y a un ou deux (ou des) orgasme(s) féminin(s). Quand même…
 

Ton approche de la sexualité semble être plutôt joyeuse, légère, apaisée et pourtant enjouée. Est–ce que cela reflète la société actuelle, tout du moins en partie ?

Je communique en effet de façon joyeuse sur la sexualité, non pas par mimétisme de la société, mais pour être écoutée.

J’ai l’impression que l’on a plus tendance à s’intéresser à quelqu’un de joyeux et de léger sur ce sujet, qu’à quelqu’un qui va moraliser (comme un religieux), rendre anxiogène (comme certains médecins) ou être en colère (comme certaines associations) sur le sujet. Mais toutes les formes de communication se valent, je ne dirais pas que le sexe est « par essence » joyeux – certaines personnes vivent un lourd traumatisme par rapport à leur sexualité, et je le comprends.
 
 
Lis-tu beaucoup de littérature érotique, ou n’est-ce qu’un style apprécié parmi d’autres ?
 
C’est un style apprécié parmi d’autres, voire même un style qui me rappelle un peu trop « le taff » pour que je puisse réellement l’apprécier tranquillement avant de me coucher.
(Ok, c’est pas vrai, je ne lis pas avant de me coucher.)
 
Quelle est l’utilité d’un écrit polisson ? Se préparer, fantasmer, se caresser… ou bien juste rêvasser ?
 
Un écrit polisson n’est pas « excitant » en tant que tel, c’est plus amusant, léger, drôle.
Ça sert à se rencontrer, à échanger sur la sexualité, à trouver des belles idées, à assumer sa lecture, à être ouvert à l’autre… Et ce qui viennent « pour s’exciter » risquent d’être déçus !
 
 
Ecrire de l’érotisme peut-il libérer ? Être une sorte de thérapie (de groupe ?) ?
 
Oui, je pense que certains voient d’ailleurs dans mes événements un espace pour parler d’un sujet qu’ils ont du mal à aborder ailleurs. En revanche, personne n’est ici pour venir « faire sa thérapie » de façon explicite – bien qu’en parler, même sur un ton léger, ça libère !
 
Un lieu et une date pour ton prochain atelier ?
 
Le mercredi 26 novembre avec Eva Delambre, une des plus belles plumes sur la soumission féminine.
Rendez-vous sur le site de Flore : http://popyourcherry.fr/

« Sexe Primé » : entretien inédit avec Stella Tanagra, Partie 2

Suite de notre entretien avec Stella pour la sortie de son nouveau recueil… Stella auteur aussi prolifique dans ses nouvelles que ses interviews :-)… Et ne fuyant aucune question ! (Ceci dit, je ne lui ai pas encore demandé si elle était célibataire).

Que penses-tu des relations humaines que l’on développe en ville ? A la campagne ? La sensualité se développe-t-elle différemment selon la région, l’âge, la classe sociale ?

 Tous les facteurs sociétaux orientent notre sexualité, c’est un fait. Il y a plus de probabilités de rencontrer quelqu’un du même âge dans un univers familier qu’hors du cadre. Cela dit, il est possible depuis de nombreuses années de privilégier les rencontres faites sur le net. Dans ce cas, les portes sont ouvertes à des rencontres moins associées à notre environnement habituel bien que les personnes ont peut-être tendance à rechercher sur ces sites, des gens en miroir avec leur propre situation et statut. En tous cas, les sites de rencontres ouvrent les possibilités et donc laissent davantage de place au désir plutôt qu’à la reproduction du schéma social. Dans « Sexe Primé », je me concentre sur ces désirs inconditionnels qu’aucune norme ne parasite. Le désir est une pulsion animale et donc instinctive qui dépasse les notions d’âge, de sexe ou de classe. Il s’impose à nous. Lorsque je recherche à faire une rencontre libertine, c’est en tout cas ainsi que je fonctionne ; seul le désir parfois inexplicable, est maître du jeu.

 Le désir a-t-il pour toi une notion de « possession vorace », une volonté de posséder l’autre, se l’accaparer ?

 Le désir est un moteur puissant qui permet de se maintenir en vie. L’absence de désir, c’est la mort, à mon sens. Le désir peut y mener aussi puisqu’il implique du risque. Cependant il a le mérite de donner du sens à la vie. D’ailleurs on dit « mordre la vie à pleines dents », ce qui suppose que profiter de l’existence est un acte vorace ! A ce propos, les expressions : « Je te veux » ou « Prends-moi » lues au sens strictement littéral, démontrent que le désir s’apparente à la possession de l’autre. A partir de ce constat, j’ai développé dans « Sexe Primé » jusqu’où peut aller la pulsion amoureuse et/ou sexuelle. L’une des nouvelles les plus voraces est « Peau percée » dont voici un extrait :« Quatre hommes se sont avancés. ; trois autour de son visage et un entre ses cuisses. Celui-là a commencé à la doigter pour tâter le terrain, la queue aux aguets, à l’abord de sa fente. Les trois autres approchaient leur sexe à gauche, à droite et au-dessus de son visage. Leurs glands étaient prêts de se toucher pour atteindre la bouche grande ouverte de ma femme. »

 Quelles sont les limites morales, selon toi, des paraphilies et sexualités hors norme ?

 La limite est toujours la même : la liberté de l’un s’arrête là où commence celle de l’autre dans tous les domaines, la sexualité incluse. Mais évidemment dans la réalité, c’est plus complexe pour une raison simple : chacun n’est pas forcément en mesure de délimiter sa liberté d’action d’une part. D’autre part chacun n’est pas forcément assez armé psychologiquement pour s’opposer à quiconque voudrait abuser de lui. A mon sens, les personnalités perverses repèrent habilement les personnes vulnérables et se rencontrent alors celui qui abuse de ses libertés et celui qui ne parvient pas à protéger les siennes. Par exemple, dans la nouvelle « Un gentil garçon », je me suis appuyée sur l’observation que j’ai eu d’une collègue dont le comportement au travail était très manipulateur : « Vos limites sont les extrémités avec lesquelles il aime jouer, les tordre et les démettre en vous regardant vous débattre est d’une valeur inestimable à ses yeux. Il vous rendra coupable de ses propres maux dont il ne s’attribuera jamais la responsabilité. Vous serez celui vers qui tout converge. Vous porterez la faute à mesure qu’il se sera construit le statut de preux. Pantin dont chacune de vos articulations est menottée à sa main de fer ; son emprise est votre prison. »

Tout l’enjeu de la perversion est de faire croire à la victime qu’elle est libre de ses choix alors qu’elle est en fait sous emprise et exécute en réalité, les volontés du pervers. Entre « être libre » et « penser être libre », il y a donc un monde. Les personnes victimes de violences conjugales ne le savent que trop bien mais souvent trop tard. Généralement, ce n’est qu’à partir du moment où l’on est au pied du mur ou qu’une catastrophe se présage que la prise de conscience émerge et encore… C’est une prison aux barreaux invisibles que construisent, les pervers, autour de leurs victimes d’où l’incompréhension fréquente de l’entourage de celles-ci et la confusion des victimes qui ne voient pas toujours à temps, le piège se refermer sur elles. « Sexe Primé » parle de ces relations duelles où les personnages se construisent en vase clos sans un tiers pour arbitrer leurs turpitudes érotiques.

Découvrez ici les ouvrages de Stella

Entretien avec l’auteur Déodat de Montclos

Déodat de Montclos signe un ouvrage particulier, dont on sent que certaines parties m’ont laissé un brin confus, d’où, à la lecture des réponses, une relative incompréhension de ma part quant à certaines pages de son livre. Mais… ces entretiens sont précisément faits pour cela : éclaircir les choses, faire connaissance. Car Déodat défend très bien sa plume et tient un discours très intéressant à découvrir…

Le titre de votre ouvrage est ambigu : « Histoire véridique ». Est-elle véridique ?

Le titre vous paraît ambigu ? (sourire) J’en vois mal la raison. Pour moi, le romancier a tous les droits, mais il en est un, parmi eux, qui est aussi la première de ses obligations : faire avaler des couleuvres à son lecteur. Tous les moyens sont bons pour y parvenir. Que vaudrait un roman qui n’ait pas l’air « vrai » ? Le lecteur n’y croirait pas. Pensez au Mentir-vrai d’Aragon, à Vérité et Poésie de Goethe, etc. À quoi tient notre passion pour Anna Karénine ? Voilà une femme plus vivante, plus « vraie » pour son lecteur qu’aucune de celles qu’il rencontrera jamais.

Le commencement du roman laisse croire à une histoire se déroulant dans l’ancien temps, peut-être à la période des rois ou de la renaissance. Puis, on s’aperçoit qu’elle est contemporaine. Est-ce voulu ?

L’ancien temps ? (nouveau sourire) Vous remarquerez que ma narratrice évoque ce fameux groupe punk anglais, les Sex Pistols, dès la seconde page de sa confession. Que je sache, il s’agit d’un marqueur propre au XXème siècle, non ? Ce groupe nous ramène aux années 70, ce qui n’est tout de même pas l’antiquité. Pardonnez-moi de ne pas voir vraiment pourquoi on peut penser à « la période des rois ou à la Renaissance ». Ce qui pourrait dérouter, le cas échéant, c’est l’écriture de mon héroïne, la lucidité sans complaisance, finalement assez cruelle, dont témoigne le regard qu’elle porte sur son milieu (aristocratique) et la perception qu’elle y a d’elle-même dès son incipit. Mais ce n’est pas surprenant, à mon sens, si l’on songe à ce qu’elle révélera dans la suite, savoir qu’elle étudie la littérature comparée à la Sorbonne. L’intelligence et la culture ne sont quand même pas devenues des valeurs surannées, si ?

Cette héroïne passant de fille de bonne famille à fille des rues, est-ce pour expliquer une sorte de mise en abyme et de perdition, ou bien plutôt une forme d’évolution personnelle ?

Ce roman ne veut rien expliquer. Mademoiselle C. de C. est seulement une fille intelligente et jolie, et, dès le départ, si elle ne se fait aucune illusion sur son milieu, elle ne s’en fait pas davantage sur elle-même, ce qui lui ouvre le champ de tous les possibles. De fait, elle s’ennuie et l’ennui, qui n’est pas un destin bien enviable, rend disponible quiconque s’y consume. Que nous raconte cette confession, en définitive, sinon une éducation sentimentale, au sens flaubertien ? C’est l’histoire d’une découverte : la découverte de soi, c’est-à-dire aussi bien l’esprit que le corps.

Peut-on y voir une critique du rôle parental ? Les parents de l’héroïne ont-ils au fond un rôle plutôt responsables… ou irresponsables ?

Pas du tout. Il n’y a dans ces pages aucune critique consciente de qui que ce soit, non plus le moindre postulat en faveur de telle ou telle éthique, sinon celle, sans doute, de l’ouverture à soi, à la liberté. La découverte de soi ne peut s’opérer, pour Mademoiselle C. de C., sans recherche d’une liberté qu’elle n’a jamais connue, sans sa volonté de rompre avec son milieu. L’histoire du destin particulier de Mademoiselle C. de C. ne regarde que Mademoiselle C. de C. et l’inconnu que le hasard va placer sur sa route comme un deus ex machina. Ce roman, dans mon esprit, n’a rien d’édifiant, rien de moral. Il ne délivre aucune leçon, sinon celle, peut-être, qui renvoie à Malraux : « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ». Faulkner disait déjà en son temps que le roman n’avait rien à faire avec la morale. J’ajouterai : encore moins le roman érotique.

La première relation, très brutale et spontanée vécue par l’héroïne est-elle un « coup de foudre sexuel », ou bien cela aurait-il pu se produire avec un peu n’importe quel homme ?

« Un coup de foudre sexuel » ? Oui, si vous voulez. Mais il ne s’y introduit aucune brutalité, si même, dans le début, elle le perçoit ainsi. Du reste, elle ne tardera pas à se moquer d’elle-même après en avoir rendu compte à son amie et amante. La question de savoir s’il en aurait été ainsi avec n’importe quel partenaire n’est pas posée. Mademoiselle C. de C. ne se la pose pas. Très vite elle comprend qu’elle a rencontré son destin en celui que la providence lui a envoyé, si je puis dire, le jour de ses 18 ans.

Y’a-t-il une influence de Sade dans cet ouvrage ? Que pensez-vous de cet auteur ? (Certains, comme Michel Onfray, en ont souligné l’aspect apparemment fort criminel…).

Vous évoquez trois points. D’abord, une influence de Sade. Non, je ne crois pas. Vous savez, le jeu des influences… Pour ma part, je préfère ne pas y penser. Mais j’aime cet écrivain beaucoup plus important que ne se l’imaginent des censeurs toujours sur la brèche. C’était un vrai révolutionnaire. Songez que si ses écrits lui ont valu, après la Bastille, l’enfermement à l’asile de Charenton à la fin de sa vie, ils lui ont permis de sauver sa tête à la Révolution et d’œuvrer aux côtés des sans-culottes, et donc au profit de la Révolution.Et puis, Les infortunes de la vertu, c’est pas mal, non ? Sans parler du reste ! La philosophie dans le boudoir, Les 120 journées de Sodome, etc. Il n’empêche, mes modèles seraient plutôt à rechercher du côté de Sacher-Masoch (La Vénus à la fourrure), de Pierre Louÿs (Trois filles de leur mère), de Boyer d’Argens (Thérèse philosophe) ou encore de Pauline Réage (Histoire d’O) que j’ai eu la chance de rencontrer à la NRF dont elle a été la secrétaire de rédaction, sous son nom d’état civil, Dominique Aury, au côté de Jean Paulhan qui en était à l’époque l’administrateur. Les romans érotiques de Mandiargues me touchent aussi dans une certaine mesure, celle de leur style d’une profonde poésie qui renvoie à la meilleure littérature française, je pense à Georges Bataille. Quant à l’analyse d’Onfray portant sur l’œuvre de Sade, c’est là un procès en sorcellerie qui ne m’intéresse pas. A-t-on jamais imputé aux Démons, ce chef-d’œuvre de Dostoïevski, les massacres commis plus tard par les Bolcheviques ? À propos, j’aime assez l’idée que les écrivains et les artistes se révèlent parfois d’étonnants visionnaires. Freud (que n’aime pas non plus Onfray, si je ne me trompe) l’avait déjà observé, en particulier, justement, avec Dostoïevski, qui est peut-être le vrai inventeur de la psychanalyse un siècle avant le Viennois (je pense au Journal de Raskolnikov et à cette œuvre moins connue, Les Carnets du Sous-sol, également traduite sous le titre Mémoires écrits dans un sous-terrain dans lesquels l’auteur se livre, comme à son insu, à de vertigineuses explorations du psychisme de ses personnages). Nul ne saurait prétendre que Dostoïevski se fait dans ses romans l’avocat des causes défendues par Stavroguine, par exemple. Qui songerait, d’autre part, à y voir une quelconque apologie ? L’artiste ne saurait être tenu pour responsable des travers humains qu’il décrit.

Vous semblez particulièrement attiré par les rapports de domination-soumission. Pour quelle raison ?

Je ne suis attiré que par des sujets propres à intéresser le lecteur. N’oubliez pas qu’avec le roman érotique, nous sommes dans un genre bien balisé, avec des codes qu’il me paraît difficile d’enfreindre si on veut éveiller et entretenir l’intérêt.

La grande majorité des récits sexuels orientés « domination » restituent le schéma « l’homme dominant la femme ». L’inverse est-il plus délicat ? Si oui, pourquoi ?

L’inverse du rapport de domination homme-femme serait-il plus délicat, pour reprendre votre adjectif ? Vous parlez du rapport de domination femme-homme, je suppose. Je ne comprends pas bien votre question. Ce mot : délicat… Je pense que l’inverse peut être tout aussi excitant pour les adeptes de ces pratiques. Les hommes et les femmes ne sont souvent distingués que par des valeurs morales, des coutumes, des considérations économiques, tous ces clichés historiques dont on a fait pièce, Dieu merci. Dans les faits, mon avis est qu’ils sont juste assez semblables en même temps que juste assez différents pour être à même d’affronter ensemble les exigences de leurs désirs respectifs et que les rapports de domination et de soumission, par exemple, sont parfaitement réversibles. La domination n’est pas le fait exclusif des hommes, comme la soumission celui des femmes. Voyez les sites de rencontres amoureuses qui fleurissent sur le Net, le succès des « dominas » auprès des hommes en recherche de sensations qu’ils ne trouvent pas forcément dans leur couple, je dirais, légal (sourire)… Tout cela constitue pourtant encore un sujet tabou, dans notre société, comme l’amour et le mariage entre personnes de même sexe, quoique, au moins au plan juridique, les choses aient grandement évolué à cet égard ces dernières années, au grand dam de la bourgeoisie catholique. Souvenez-vous de ces manifestations gigantesques qu’elles ont provoquées partout en France.

L’histoire aura-t-elle une suite ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Non. Il n’y aura pas de suite, bien qu’il soit toujours poignant (pour moi, en tout cas) de laisser derrière soi un personnage avec lequel on a vécu en étroite intimité pendant plusieurs mois. J’ai toujours grand-peine à terminer un roman, à abandonner tous ces gens côtoyés chaque jour et que je finissais par connaître mieux que mes plus proches voisins. Mais j’ai laissé Mademoiselle C. de C. là où s’accomplit désormais son destin. Je ne peux plus rien pour elle. Pour ainsi dire, la suite ne me regarde plus.

Quels sont vos projets en cours et à venir ?

Permettez-moi de n’en rien dire (soupir). Mais… j’ai des choses en train. Comment vivre autrement ? Impensable.

Découvrez la fiche auteur de Déodat sur le site de l’éditeur Dominique Leroy : http://www.dominiqueleroy.fr/auteur/290/Deodat%20de%20Montclos

Sortie de « Sexe Primé » : entretien inédit avec Stella Tanagra

Stella est de retour ! Toujours aussi poète et amatrice de jeux de mots (poète dans l’écriture, et jeux de mots à minima pour les titres), la voici avec un nouveau recueil de nouvelles. Un recueil en un sens… surprenant comparé au premier. Un écrivain comme moi explorateur de sujets hors normes et de belle imagination ne pouvait que s’y retrouver.

Ce nouveau recueil de nouvelles semble moins porté sur l’excitation (physique ou spirituelle) que sur la singularité de chaque expérience décrite. Est-ce le cas ? Si oui, pourquoi cette orientation ?

 J’écris sans me soucier d’une orientation spécifique à donner à mon travail. Je me laisse guider par l’inspiration du moment pour qu’elle s’exprime librement. Il faut croire que le moment était plus propice aux émotions fortes et aux relations hors normes pour « Sexe Primé » ! C’est une question de contexte ; j’avais sans doute quelque chose à exorciser du côté du rapport dominant / dominé…

Il s’agit aussi d’aller au-delà de descriptions sexuelles classiques. La littérature érotique est variée et profuse ; il me tient à cœur de m’en démarquer en proposant des histoires qui sortent du lot tant dans le style d’écriture que les thèmes abordés.

Naturellement, je me suis portée sur les paraphilies qui regroupent les pratiques sexuelles border line et me suis aussi intéressée à des passages à l’acte encore plus pervers voire criminels. Plutôt que de citer des exemples, voici un passage de la nouvelle « Scène de crime » :

 « Je ne suis pas peu fier que ma prosodie ait fait de ce simulacre un piège irréversible. Pendant un moment nous nous regardons dans les yeux, pour tenter de comprendre le fond de nos pensées réciproques. J’essaie d’y lire si elle distingue où je veux en venir ou si elle manque trop cruellement de second degré pour y parvenir. À l’écoute attentive de son souffle saccadé qui fuit de ses narines, je conçois qu’elle sache enfin qui je suis vraiment. Ses yeux écarquillés me supplient sans un mot de ne pas lui faire de mal tandis que mes mains se referment sur ses poignets osseux. Amant ultime, passionné par ses courbes adorables, je vais l’aimer jusqu’au bout et sans aucune once de pitié. »

Les paraphilies intriguent, mais surtout choquent et répugnent. Quel est ton ressenti par rapport à ces déviances ?

J’aime recycler la mocheté en beauté ! A partir d’une histoire abominable, on peut réaliser un joli texte avec de l’émotion, de l’érotisme et du suspense. Je tiens notamment à construire des chutes qui tombent comme des couperets sur les lecteurs.

C’est aussi une forme de renouveau de pouvoir coucher ses démons, sur le papier, pour que des vicissitudes, l’on ne retienne que la beauté du drame. Par exemple, dans la nouvelle « ces messieurs me disent », je me suis basée sur ma plus irrationnelle et répugnante phobie mais je n’en dirai pas plus pour garder la chute intacte…

Quant à choquer, effectivement, c’est toujours un registre qui m’excite ! Je pars du principe qu’une œuvre doit bouleverser ou du moins toucher pour être réussie. Que ça plaise ou déplaise, peu importe, tant que ça ne laisse pas indifférent. Cela implique que je ne me positionne pas dans une provocation gratuite mais plutôt dans le souhait de faire émerger des réflexions sur la condition humaine au travers de mes récits. Par exemple la nouvelle « Ecran total » aborde la solitude et la frustration dans un contexte de misère sexuelle dont nous avions d’ailleurs parlé lors de la précédente interview. Au-delà des scènes de sexe, il s’agit donc de questionner les lecteurs sur la condition de l’Homme.

On retrouve, selon moi, certains passages qui font songer à la fin du « Parfum » de Süskind. Peut-on réellement faire du mal à l’autre par amour, voire le détruire, le tuer ?

Je dirais qu’il faut différencier la passion de l’amour. Il serait simpliste de dire que par amour, on peut blesser l’autre. L’amour, par essence, ne peut pas être nocif. C’est ce qu’en fait celui qui le ressent ou pense le ressentir, comment il le détourne consciemment ou non, débordé par des pulsions violentes envers l’autre, qui peut être destructeur. La passion est irrationnelle. Elle ne se conforme pas aux règles d’un vivre ensemble équilibré. La passion s’exprime avec ferveur, déraison, violence voire fureur qui peuvent aussi bien mener au meilleur qu’au pire. Dans tous les relations extrêmes telle que la passion, résident du danger d’où l’ambivalence des personnes qui divaguent de l’amour à la haine. La passion amoureuse est le dénominateur commun des personnages de « Sexe Primé ». Elle les entraine à enfreindre les lois afin de fusionner avec l’autre, d’une manière, au mieux, pathologique et au pire, psychotique…

Comment s’est déroulé le travail pour cette nouvelle couverture, qui est une photo de toi ?

C’est parti pour le making-of, dirait-on ! La photo a été prise dans ma chambre après que le lit et le tapis aient été retirés. Omega, comme à l’accoutumé en est l’auteur et moi, le modèle. La petite robe m’a été offerte par Néoplaisir. Le test est d’ailleurs disponible dans la rubrique « mes tests coquins » de mon blog et le téléphone est une relique de mon grand-père. Nous l’avons utilisé pour symboliser la notion d’expression puisque le questionnement principal de « Sexe Primé » est le suivant : à quel prix le sexe prime-t-il ? Nous avons opté pour une pose mystérieuse laissant le champ libre aux lecteurs, d’interpréter l’état d’esprit du personnage aux prises avec son interlocuteur.

La suite de cet entretien sous peu…

En attendant, découvrez ici les ouvrages de Stella