Entretien avec Aya Ravena – 2-2

Seconde partie de l’entretien avec l’auteure Aya Ravena.

 

11 On accuse la littérature érotique… d’avoir un style pauvre, un vocabulaire répétitif et des histoires clichés… et d’être uniquement conçue pour exciter. Accusations injustifiées ? Justifiées ?

 

Je pense que les accusations sont à moitié justifiées. Oui, beaucoup de littérature érotique a un style pauvre, un vocabulaire répétitif et des intrigues clichés, souvent parce qu’elle est conçue avant tout pour exciter.

Mais le vrai frein, c’est le tabou qui entoure le genre. Parce que c’est considéré comme « honteux », il reste marginal, avec moins d’exigence et moins d’ambition. Du coup, il a du mal à se développer.

Pour moi, ce n’est pas une fatalité. On peut très bien écrire de vraies histoires, avec de vrais univers et de la profondeur, tout en intégrant une sexualité explicite. L’érotisme peut enrichir le récit au lieu de le limiter. C’est en tout cas ce que j’essaie de faire.

 

12. Dans un polar ou un livre d’horreur, on prend plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

Oui, je crois que le mécanisme est très proche. Comme dans un polar ou un roman d’horreur, la littérature érotique permet d’explorer des désirs, des fantasmes et des situations que l’on ne souhaiterait pas forcément vivre dans la réalité. Elle offre un espace sûr, intime, où l’imaginaire peut se déployer librement, sans conséquences.

Ce plaisir vient justement de cette distance entre la fiction et la vie réelle. À travers les mots, on peut transgresser les limites, questionner les interdits, goûter à l’inconnu. L’écriture et la lecture deviennent alors un terrain d’expérimentation émotionnelle et sensorielle. On s’abandonne à ce qui intrigue, trouble ou fascine, tout en restant protégé par le cadre de la fiction.

Le mystère réside peut-être dans ce pouvoir de transformation. Ce qui pourrait être inquiétant ou impossible dans la réalité devient, sous la plume, matière à rêver, à ressentir et à comprendre. La littérature érotique, comme le polar ou l’horreur, nous permet d’explorer les zones cachées de nous-mêmes, celles que l’on n’ose pas toujours nommer, mais qui participent à la richesse de l’imaginaire humain.

 

13 Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

La littérature érotique, comme toute forme d’expression artistique, repose sur une liberté essentielle. Elle explore les désirs, les fantasmes et les zones sensibles de l’intime. Cependant, cette liberté ne peut exister sans limites. Les tabous et les interdits ne sont pas seulement des contraintes : ils constituent un cadre éthique et juridique indispensable.

Pour moi, la limite est claire. Tout ce qui touche à la pédophilie doit être strictement exclu. La protection des mineurs est absolue, et la littérature ne doit jamais franchir cette frontière


14 . Quelle technique personnelle pour mieux vendre, se faire connaître ?

Je dois avouer que je ne suis pas très douée pour me vendre. La promotion me semble souvent plus difficile que l’écriture elle-même. Pourtant, je sais qu’aujourd’hui, se faire connaître passe aussi par une présence en ligne et une certaine visibilité.

Peut-être que créer des vidéos sur YouTube ou TikTok serait une bonne idée. Parler de mes livres, partager des extraits, évoquer mon processus d’écriture… Cela permettrait de créer un lien direct et authentique avec les lecteurs.

Au fond, je crois que la meilleure technique reste la sincérité. Être soi-même, parler avec passion de son univers, et laisser le bouche-à-oreille faire son chemin. Écrire est un acte intime, mais le partager peut devenir une belle rencontre.

 

15 Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

La misère sexuelle est une réalité souvent silencieuse, mais profondément humaine. Elle touche toutes les couches de la population, sans distinction d’âge, de genre ou de milieu social. Derrière ce manque se cachent parfois la solitude, le manque de confiance en soi, les normes sociales pesantes, ou encore des difficultés relationnelles.

Pour ma part, j’éprouve une grande compassion pour les hommes et les femmes confrontés à cette solitude intime. Je crois que cette souffrance est bien réelle et qu’elle mérite d’être reconnue sans jugement. Beaucoup de personnes ne sont pas épanouies, non par choix, mais par circonstances, par peur ou par isolement.

J’espère sincèrement que mes livres peuvent les accompagner. Non pas pour combler ce manque, mais pour offrir un refuge, une échappée, un espace de rêve et de sensualité. À travers l’écriture, ils peuvent explorer des fantasmes, ressentir des émotions, et vivre, le temps d’une lecture, une part de leur sexualité. Si mes histoires parviennent à apaiser, à inspirer ou simplement à réconforter, alors elles auront trouvé leur raison d’être.

Au fond, la littérature érotique peut être un geste de compassion : une main tendue vers celles et ceux qui se sentent seuls, une invitation à l’imaginaire, à la douceur et à la possibilité du désir.


16 Pourrait-il y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?

Je ne sais pas. Et, au fond, je crois que personne ne sait vraiment.

La question d’une divinité qui aurait créé l’univers me fascine autant qu’elle me dépasse. Parfois, quand je pense à l’immensité du monde, à la beauté étrange de certaines coïncidences, j’ai envie d’y croire. D’imaginer qu’il y a une intention, une conscience, quelque chose de plus grand que nous.

Quant à la vie après la mort… j’espère que oui. Sincèrement. L’idée qu’il n’y ait que le néant est difficile à accepter. J’aimerais penser qu’il reste quelque chose : une énergie, une âme, une continuité. Pas forcément un paradis au sens religieux, mais une forme de prolongement.

 

17 . Quelle sexualité au quotidien ? Vie sage, de couple, abstinente, libertine ?

Je suis bisexuel, mais clairement plus lesbien dans ma pratique actuelle. Depuis quelque temps, je n’ai quasiment plus de relations sexuelles avec des hommes. Je suis beaucoup plus attiré par les femmes, et c’est avec elles que je m’épanouis le plus.

Au quotidien, je dirais que je suis plutôt libertine lesbienne. J’aime beaucoup trop les femmes – leur corps, leur peau, leur façon de faire l’amour – pour me contenter d’une seule. Je n’ai pas envie de monogamie sexuelle en ce moment. J’aime la variété, la découverte, l’intensité de nouvelles connexions, et surtout cette complicité particulière qui peut naître entre femmes.

Ça ne veut pas dire que je suis contre l’idée d’une relation de couple un jour, mais pour l’instant, je préfère vivre ma sexualité de manière plus libre, sans exclusivité. C’est une forme de libertinage centré sur les femmes qui me correspond vraiment bien en ce moment.

18 Faut-il réaliser ses fantasmes ?

Oui, je pense qu’il faut réaliser ses fantasmes, au moins une fois dans sa vie. Sinon, on finit par regretter de ne pas avoir osé.

Même si la réalité est différente de ce qu’on avait imaginé, le regret de ne pas avoir essayé est souvent plus lourd. Bien sûr, ça doit rester dans le consentement et la sécurité, mais quand c’est possible… je dis : fonce.

 

 

19 Un souvenir sexuel particulier à nous partager ? (Formidablement intense, ou au contraire incroyablement décevant)

Le plus marquant reste ma première fois avec une femme.

J’étais encore étudiante, assez jeune, et j’avais un énorme crush sur une doctorante qui donnait aussi des cours. C’était une belle jeune femme, très intelligente, avec une présence qui m’intimidait et m’attirait à la fois.

Pour la séduire, j’ai fait quelque chose d’un peu culotté : je me suis mis à porter des crop tops en cours, laissant mon ventre et mon nombril complètement nus. Je me souviens très bien du moment où j’ai remarqué qu’elle regardait. Ses yeux s’attardaient sur ma peau, et ça a créé une tension immédiate. À partir de là, un vrai jeu de séduction s’est installé entre nous : regards prolongés, sourires complices, petites remarques… jusqu’à ce qu’on finisse par craquer.

Quand on est devenus amantes, ça a été très intense. La découverte de son corps, sa façon de me toucher, cette alchimie particulière entre deux femmes… tout était nouveau, excitant et incroyablement sensuel. On est restés ensemble quelques mois et cette période reste pour moi un souvenir formidablement intense, à la fois tendre et brûlant.

C’est vraiment ce souvenir qui m’a fait comprendre à quel point j’aimais le corps et le désir des femmes.

 

Merci à Aya de s’être prêté au jeu. Pensez à découvrir son univers littéraire !

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