Entretien avec l’auteur Anael Verdier 3-3

Le questionnaire passé par la plume de l’auteur Anael Verdier. Troisième partie…

. Quelle technique personnelle pour mieux vendre, se faire connaître ?

Oser parler de ses livres. Pendant longtemps je n’osais pas dire que j’écrivais. C’est idiot. J’avais peur qu’on me pose des questions ou qu’on me demande de justifier. Encore plus en écrivant du cul. Avec le temps, je me suis habitué.

Corollaire : apprendre à parler de ses livres de façon à aguicher son interlocuteur, ce qui est un art à part entière que je ne maîtrise pas toujours.

. Faut-il écrire selon le souhait du lectorat ? Ou bien selon ses propres envies ?

Les deux, bien sûr !

L’un ne va pas sans l’autre. C’est comme demander : « faut-il coucher selon ses propres envies ou prendre en compte celles de son partenaire ? »

Écrire, c’est provoquer une rencontre entre mon univers et ton imaginaire, ma sensibilité et la tienne.

Il ne s’agit pas se plier tout entier à un cahier des charges supposé, qu’il vienne d’une analyse de marché poussée ou d’une intuition de ce que veulent les lecteurs, mais de développer une sensibilité à l’expérience que l’on propose au lecteur.

J’aborde l’écriture comme je fais un cadeau : en imaginant celui ou celle qui va le recevoir, en me figurant son plaisir, en glissant des détails pour le faire sourire.

. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelque décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Je trouve bizarre ton énumération. Dans ce que tu listes, il y a des choses qui me paraissent saines comme la libération des corps et des cœurs en éclatant les codes désuets du couple hérité du XIXe.

D’autres qui sont à la frontière entre le meilleur et le pire : Oui, dénoncer les harcèlements c’est bien, mais quand cette évolution se heurte au refus croissant de toute expérience inconfortable, on arrive à des situations ubuesques où l’Autre devient malsain par défaut. Où le jeu n’existe plus, où la rencontre devient une source de crispation.

D’autres enfin, sous couvert de libération des mœurs, cachent de graves problèmes sociaux : la banalisation de la pornographie c’est aussi la banalisation du viol, de la violence faite aux femmes, d’une insensibilisation des corps, d’attentes et d’injonctions néfastes…

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

Je ne suis pas apte à répondre à la question, je pense qu’il y a des gens dont c’est le métier qui sont mieux outillés que moi sur ce sujet. Politiquement, je dirais que la société hyper productiviste et consumériste éreinte l’humain et le coupe de sa sensualité. Je vais aligner des lieux communs, pardon, mais quand on ramène le sexe à une marchandise, qu’on le charge d’injonctions et de modèles de performance absurdes, faut pas s’étonner que les gens se sentent débordés par le truc et s’en détournent.

Ajoute à ça l’épuisement de nos sensibilités causé par le bombardement constant des machines à dopamine que sont les réseaux, et tu retires sa place à la montée du désir. Dans une vie sans creux ni espace pour rêvasser, développer son imaginaire de l’autre, le désir se trouve réduit à une équation mécanique (« 3 minutes de porno = satisfaction »).

J’ai prévenu que je n’avais rien d’intéressant à apporter au débat. D’un point de vue militant du cul joyeux et décomplexé et créatif, je dirais : virons les réseaux, éteignons nos smartphones (t’as vu cette mode des laisses à portables ? Les cordons, là, je trouve ça terrible), passons du temps à nous ennuyer, et l’envie de l’autre renaîtra. Et avec elle la curiosité de la rencontre, la soif de sa peau, l’envie de ses lèvres. Le reste suivra.

 

. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels  : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

Ça dépend de quel sexe on parle.

Le pouvoir et l’argent ouvrent la porte à un commerce sexuel qui pose d’énormes problèmes politiques et humains.

En dehors de ce contexte, je ne pense pas que l’absence de pouvoir ou d’argent empêchent d’avoir une vie sexuelle épanouie.

. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe  : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

Ah mais non, c’est trop charmant ! C’est même là que tout se passe. Pour moi, la moitié de mon plaisir sexuel vient de là. De ce temps consacré à jouer avec la tension, à l’alimenter ensemble, à se tourner autour et se provoquer. À condition de vivre la séduction comme un moment à part entière et une fin en soi, pas comme un moyen d’arriver à une fin. La séduction n’est pas « réussie » si elle mène au sexe et « échouée » si elle n’aboutit pas au lit.

Pourrait-il y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?

Ça pourrait.

Il se pourrait aussi que la vie après la mort se matérialise par le souvenir que l’on laisse derrière soi.

Et que la divinité soit un symbole de forces mécaniques tellement énormes que tenter de les concevoir fait exploser notre cerveau, alors on s’invente des métaphores qui les rendent concevables.

Va savoir.

Différences hommes-femmes… Biologie ancestrale ou construction sociale ? …Ou peut-être un peu des deux ?

Je suis super en conflit avec cette question. Ma réponse varie en fonction du moment et de mon humeur, mais j’ai tendance à penser qu’il y a plus de différences entre les individus indépendamment de leurs genres qu’entre « les hommes » et « les femmes » comme catégories.

Que les différences biologiques sont anecdotiques et que les différences sociales (je ne parle pas du double standard dégueulasse qui est un vrai sujet politique, on s’entend) sont recyclées pour faire vendre des magazines féminins et des livres de développement persos. Je crois que c’est facile de faire des groupes : « ce genre », « cette religion », « cette ethnie » et de tracer de grandes lignes autour en disant : « tous les [xyz] sont comme ça ».

Je crois que c’est une grosse connerie et que quand on creuse, quand on s’intéresse un peu à l’histoire de la personne qu’on a en face de nous, il n’y a que des histoires singulières. Toute autre affirmation est à mon avis une énorme paresse autant qu’une manifestation de notre volonté maladive de contrôle. Les catégories nous rassurent. Elles nous coupent aussi de l’imprévisibilité de l’humain.

 

Qu’est-ce qui pourrait rendre notre rapport à l’autre plus sain ?

Mieux communiquer. Se dire les choses (et les recevoir) sans jugement ni attente. Dire le désir, son absence, la peur, le doute, l’envie, la jalousie, l’envie de possession, de liberté. Dire « je t’aime » et « tu me manques » et « je tiens à toi »aussi facilement que « je t’ai oublié·e ». Dire pour exorciser. Que l’autre ne devienne pas un espace de projection de nos névroses.

C’est dans cette parole vulnérable mais sincère, qui n’exige ni réponse ni réciprocité que la vraie rencontre peut se faire. Difficile. Ça réveille nos traumas et demande d’accepter l’inconfort de nos fragilités, mais dans mon expérience, c’est dans cette difficulté-là que sont nées mes relations les plus justes.

Quelle sexualité au quotidien ? Vie sage, de couple, abstinente, libertine ?

Je dirai seulement plurielle et tantrique.

Faut-il réaliser ses fantasmes ?

Ça dépend. Autant dire le désir peut ouvrir de charmants espaces de rencontres, autant certains fantasmes ne sont là que pour alimenter le désir.

Un souvenir sexuel particulier à nous partager ? (Formidablement intense, ou au contraire incroyablement décevant)

Ce n’est pas un souvenir, mais un partage militant. Apprendre à dissocier  chez l’homme plaisir, orgasme et éjaculation, puis libérer l’étreinte sexuelle des automatismes de la pénétration et de l’éjaculation, sont deux des choses les plus gratifiantes et extraordinaires que j’ai faites pour ma sexualité.

 

Merci à l’auteur pour ses réponses. Pour en savoir plus sur son travail, visitez son site.

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