S’exhiber en vain

En vacances dans cette communauté, Chloé voudrait bien jouer les exhibitionnistes… Que l’on regarde un peu son corps en évolution. Mais comment faire dans un lieu où la nudité est banalisée ?

— Extrait de « En attendant d’être grande »,  la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —


En désespoir de cause, je tentai une « nudité devinée » plutôt que dévoilée, m’abritant sous le seul pommeau situé derrière une cloison de pierres

afin que l’on ne perçoive mon corps que par bouts.

Et fis de nouveau chou blanc : tout le monde s’en foutait mais à un point !

Même les trois garçons de mon âge ne se préoccupaient que de leur propre corps, et pour des raisons pratiques encore bien, en sifflotant ou discutant. Clarisse avait achevé sa douche que je n’en étais pas à la moitié de la mienne. Elle et d’autres petits s’étaient éloignés de quelques mètres afin de rester debout face au soleil, laissant les rayons les sécher, la plupart venus sans serviette.

Certains repartaient en tenue de peau, n’ayant aucun vêtement de rechange. Du reste, nous n’en avions pas non plus. Clarisse m’agaçait à rester sous les rayons. Sa candeur, sa liberté m’agaçait… Peste, sotte que j’étais.

Particularité supplémentaire, la plupart des enfants avaient des douches chez eux ! Bien souvent ils préféraient la prendre ensemble, voilà tout. Les espaces collectifs, prévus pour les non-résidents tels que nous, étaient, en définitive, un peu utilisés par tout le monde.

— Eh Clarisse ! T’es sèche maintenant. On va devoir remettre nos robes cradottes, on a oublié de passer par le van avant.

Je jetai un regard en arrière, à l’endroit où nos habits avaient été posés : ils n’y étaient plus. Le grand Sébastien passa en disant machinalement : « J’ai ramassé ce qui traînait et j’ai tout mis au sale ».
Merde alors, de quel droit ? La grande Stéphanie nous dit que ce n’était pas grave, qu’avec le soleil on pouvait y aller ainsi, qu’on ne risquerait pas d’attraper froid. A mon air gêné, elle fouilla dans un sac personnel et en sortit deux t-shirts extra-larges.

— Tenez, je vous les prête !

Les petits, secs depuis longtemps, restaient à jouer sans projet de se changer.

Clarisse les contemplait, envieuse, ayant préféré faire comme eux. Me voyant avec le t-shirt, elle fit de même à regret. Nous arrivant à mi-cuisse, opaques et peu moulants, c’était parfait. Clarisse, laisse-moi le temps… On fit un bisou à Stéphanie pour la remercier, qui répondit non sans fierté que si on était reconnaissantes pour un petit truc comme ça, ici on n’avait pas fini.

Au repas, on retrouva Estelle qui en était au digestif. On mangea d’un tel entrain que nos assiettes furent terminées avant toutes les autres, et qu’on en redemanda. Stéphanie, qui apparemment nous aimait bien, mangea entre nous deux. On était très flattées qu’une aînée (de trois ou quatre ans !) s’intéresse à nous. L’attrait parisien, encore ? Clarisse lui posa quelques questions sur la communauté.

Stéphanie expliqua que l’espace des Trois Chèvres était ouvert depuis un peu plus d’une décennie. Longtemps, son existence n’était connue que de petits groupes d’initiés. Au départ, trois couples achetèrent le terrain pour une bouchée de pain, laissant libres trois chèvres sauvages vivant sur les lieux, d’où le nom.

Aujourd’hui, on dit qu’on les croise encore parfois sur les montagnes d’en face. Chez les enfants, ces chèvres étaient devenues des légendes. Ce n’était sans doute plus les mêmes, elles étaient sans doute plus de trois. On continuait à dire que c’était les trois chèvres du début, pour entretenir l’histoire.

Et puis peu à peu, les habitations se sont multipliées. Mélanie est une des bienfaitrices du lieu, généreuse donatrice ayant aidé à la construction de nombreuses bâtisses. Pour tout le reste, Stéphanie nous dit qu’on n’avait pas besoin de guide, qu’on découvrirait par nous-mêmes.

Aussi fit-on une infidélité à nos nouveaux copains-copines en s’éclipsant avant le dessert. Clarisse et moi avions besoin de nous retrouver, même si ce n’était pour rien de spécial. Avoir de petits temps pour nous deux nous était indispensable, et au cours du séjour nous n’allions cesser d’alterner moments en groupe et retrouvailles en duo.

Surtout, nous étions très excitées de visiter l’espace des Trois Chèvres en ses moindres recoins,

sans petits pour nous coller, sans grands pour nous expliquer.

Si on ne pouvait pas vraiment se perdre, il était ici très facile de s’égarer. La nature étant reine, il n’y avait aucun ordre établi, ou alors un ordre qui nous échappait. Tous les éléments s’étaient donnés rendez-vous. La zone des roches, bien sûr, dont on avait fait connaissance un peu plus tôt à nos dépends.

Un torrent qui passait en contrebas, brassant une eau aussi froide que vigoureuse. Ça et là des arbres de toutes sortes, et une vraie forêt profonde à l’extrémité du terrain. Des buissons, plantes sauvages, plantations contrôlées. Des arbres formant de mini-bois de-ci, de-là, offrant d’innombrables cachettes et débouchant sur de superbes vues.

Mieux valait ne pas mettre non plus les pieds n’importe où, car en certains lieux c’était à pic. Un peu partout, de petites dunes et reliefs, autour du terrain de véritables collines. On croisa même une grotte humide, toute en stalactites et stalagmites. Le sol était tantôt terreux, sableux, parfois un lit de cailloux et de galets.

Des animaux évoluaient librement : une vache, des brebis, des chiens, des chats. Aucun chien ne chassait de chat, aucun n’avait de corde ni d’enclos. J’étais heureuse de constater que pas un célibataire ne vive ici de parentalité illusoire en étant gaga d’un clébard ou d’un matou, comme en ville.

Côté bâtisses, on comptait…
…Bien sûr le grand Home collectif avec espace intérieur et extérieur.
…Le bloc sanitaire avec ses toilettes, douches et lavabos.
…Des tentes, yourtes, maisons de bois, de pierre, de paille. « Les maisons des trois petits cochons », dit Clarisse.
…Une belle grange pleine de foin.
On aperçut même deux cabanes dans les arbres !
Tout en haut, piscine chauffée, sauna, jeux pour tous : tennis de table, balançoires, toboggan, échiquier géant. Et enfin un espace camping pour ceux de passage. En allant bien au bout on vit que la palissade entourait presque tout, sauf quelques zones trop difficiles d’accès.

La communauté était ouverte sur le monde tout en cherchant à s’en protéger.

A condition d’avoir de bonnes jambes, c’était un lieu à taille humaine. Il devait y avoir une bonne centaine d’habitants au moins, deux-cents peut-être. Personne ne connaissait le chiffre exact, d’autant qu’il y avait toujours des invités pour quelques jours.

L’art était omniprésent. Tout était décoré, peint, collé, cousu. Certaines palissades couvertes de dessins à la craie, des murs de pierre formant des fresques de peinture, des vêtements multicolores faits main. Tout le monde n’avait pas un grand talent pour cela… plus d’une fois on crut que telle caravane ou telle table avait été décorée par un enfant alors que c’était par un quadra.

Clarisse trouvait tout beau, même les plus affreuses créations. Nous avions de plus en plus chaud, elle mourait d’envie d’ôter son t-shirt, n’attendant qu’un signe de moi… C’était encore trop tôt.

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