Fatou, elle, va rester. Elle aime trop le lieu. Pourtant, entre ses propres convictions religieuses et l’atmosphère très libérée de l’endroit, la contradiction est permanente…
— Extrait de « En attendant d’être grande », la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —
Dans la soirée, j’appris que trois jeunettes d’un mouvement évangélique venaient d’être accueillies. Voilà justement qui épurerait ! Si j’osais, je leur demanderais d’exorciser les lieux où le pervers avait agi, ou au moins prierai avec elles (ça, elles ne pourraient pas me le refuser).
Elles parcouraient la France pour rejoindre un séminaire chrétien devant se dérouler au sud, à la fin du mois. Vadrouillant de communautés en auberges religieuses depuis près de deux semaines, elles s’étaient mises en tête que les Trois Chèvres étaient à tendance chrétienne
(alors qu’il s’y déroulait des choses peu catholiques).
On ne sait trop d’où l’info leur venait… Quelqu’un aurait-il voulu leur faire une farce ?
Toutes fraîches, trois sourires éclatants, dents très blanches mises en valeur par leur peau noire. Une grosse bouille un brin pulpeuse, une grande perche aux formes étourdissantes et une petite maigrichonne un peu timide. Néanmoins, trois forces de la nature (quelle vadrouille ! Quels sacs énormes !) débordantes d’énergie.
Les seules noires des Trois Chèvres… A se demander si pour certains petits ce n’était pas la première fois qu’ils en rencontraient. Juré ! Il va sans dire que dès l’instant où elles entrèrent, les filles furent adoptées, assaillies, câlinées et assommées de questions par tous les enfants.
Vers les dix-neuf vingt ans, elles auraient pu aller vers les adultes… mais c’est tout naturellement qu’elles se dirigèrent vers le groupe ado. Un peu au regret des plus jeunes, nous entre autres : il était normal qu’elles ne rêvent pas de pouponner.
La soirée se déroula au mieux… les plus petits se permirent de squatter le groupe ado pour profiter de la nouvelle attraction. Désormais c’étaient elles les « stars », Clarisse et moi faisions partie du décor. Je le savais ! Et comprenais. Les trois se montrèrent souriantes, rigolotes et rigolardes.
Elles n’acceptèrent ni fumette ni une goutte d’alcool, qu’elles remplacèrent par une vraie joie de vivre. Elles ne nous prirent même pas la tête avec le seigneur, ce qui donnait envie d’y croire. Elles s’illustrèrent aussi par une assurance à toute épreuve, ne haussant pas une fois le ton
face aux mille provocations, tu penses bien, que les ados leur servirent.
Blagues de cul, vannes sur la religion, allusions sexuelles… et, heu… rien d’autre en fait, cul et religion. Elles répondaient sur tout, ne fuyaient aucune question, riaient des traits d’esprit, ne jugèrent pas. Estelle tiqua un tout petit peu, me disant à l’oreille que les évangélisatrices étaient de sacrées futées.
Dès le lendemain cependant, elles s’aperçurent des particularités du lieu… Alors qu’elles avaient prévu de rester un peu, deux préférèrent partir, pour « aider à la préparation du séminaire ». Les pétards,
la drague ouverte et la nudité, malgré toute leur bienveillance, semblaient trop pour elles.
Je crois que c’est voir un de nos copains en semi-érection devant l’une qui les refroidit. Alors quoi, où était l’évangélisation là-dedans ! C’était leur job, non ? A quoi bon convaincre des chrétiens ? Le Christ a dit de partir à la rescousse de la brebis égarée, je le sais preuve à l’appui.
Ben voilà, les brebis égarées c’est nous, à commencer par ce mouflet. Seule Fatou comprit le sens de la bible et resta. Ou c’est juste qu’elle était trop charmée par le site. Certains babas anars redoutèrent qu’elles ne cherchent à évangéliser tout le monde, leurs doutes furent vite dissipés avant qu’ils n’aient le temps d’en débattre.
Et pourtant Dieu sait s’ils aimaient débattre sur tout et rien, surtout sur ce qui ne sert à rien. Fatou avait la bonne méthode : aucun prosélytisme… autre que nous montrer sa bonne humeur et sa joie de vivre. Maline Fatou ! Car si nous la trouvions si géniale c’est que sa religion ne devait pas être si sotte.
On lui fit tout visiter, les garçons ados en guise de guides… et de cour. Non, plutôt de basse-cour encore une fois, une poule, dix coqs. Chacun rêvant de se transformer en renard pour bouffer les autres coqs et se farcir la poule. Les vannes se poursuivirent, moins courantes que la veille, régulières toutefois : le beau corps huilé et sexy du Christ, ses miracles incertains, les crimes de l’église, les prêtres et la masturbation…
Non, pas les curés pédophiles, à l’époque ce scandale n’avait pas encore éclaté.
Fatou ne prenait rien pour elle, se défendait avec son éternelle sourire, jamais la dernière pour les débats enflammés. Oui, c’était déjà une façon d’évangéliser un peu… Elle n’avait rien à se reprocher, c’est nous qui la relancions sans cesse sur le sujet !
A elle seule, Fatou était cent fois plus « star » que nous deux à notre arrivée. Et ça perdurait ! Chacun, chacune, moi la première sans doute, tentait d’attirer son attention, de se valoriser auprès d’elle. Et on sentait que les adolescents mouraient d’envie de nous chasser à coups de pied au cul.
Fatou était vierge à n’en point douter, et je ne parierais même pas sur un flirt. Pourtant
aussi épanouie que si elle avait vu passer des dizaines de bites.
Voyant qu’on avait le droit implicite de se comporter comme un enfant, elle se le permit. Les petits l’adoraient et tentaient sans arrêt de l’arracher au groupe ado. Et Fatou, malgré elle (vraiment malgré elle ?), chamboula pour quelques jours la vie aux Trois Chèvres.
Après hésitations, notre nouvelle accepta de se dévêtir comme les autres. Elle ne voulait pas imposer son mode de vie habituel, tenait à s’assimiler. Et voulait également montrer que les évangélistes n’étaient pas stricts et coincés comme on voulait le croire.
Pour tout dire, je pense que pour la première fois de sa jeune existence, Fatou se rendait compte de l’effet produit sur les mecs. Il y a de ces arrière-trains qui sont ainsi, qu’un garçon ne peut observer sans avoir envie d’y croquer, et plus si affinités.
Ce bout de femme était une noire au corps parfait, tout le meilleur de ce que l’Afrique sait créer. Son cul était incroyable. Tous les mecs y posèrent leur dévolu, même les filles eurent du mal à en détacher le regard.
On aurait dit que Dieu n’avait inventé les fesses que pour elle,
et avait mis tout son génie à l’œuvre pour les lui sculpter.
Ni trop grosses ni trop petites, parfaitement rondes et moulées, davantage placées en arrière qu’une blanche, posées sur deux longues jambes toutes fines supportant des hanches appétissantes et des seins superbement ressortis et assortis.
Cul et seins étaient si fermes que même lorsqu’elle jouait et sautillait, tout restait en place sans ballotter. Une fois qu’elle prenait une décision, elle l’assumait : de fait, Fatou n’avait plus aucun problème à se dévêtir aux douches, au torrent, à la piscine et même ailleurs. Ceux de deux à six ans n’arrêtaient pas de la toucher, par jeu.
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