Entretien avec l’auteure Clarissa Rivière

Vous semblez faire relativement peu secret de votre identité… Vous apparaissez sous le masque mais celui-ci est léger. Craignez-vous que l’on puisse vous reconnaître ? Cela vous pose-t-il souci ?

 

J’écris sous un pseudo, je pense que mon identité est bien protégée au contraire (encore qu’un petit malin a mené une enquête poussée et a trouvé mon vrai nom grâce à une faille de mon blog, réparée depuis 😉 )

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Ma notoriété n’est pas si grande, les chances qu’une connaissance croise ma photo masquée sur le net sont quasi nulles à mon avis. C’est vrai que mes masques sont légers, je les vis plus comme un accessoire érotique, comme un symbole de l’anonymat, que comme un réel camouflage. Au début, je me « décapitais » carrément, mais j’en ai eu assez ;-), cela ne me paraissait pas de très bon augure !

Si jamais quelqu’un me reconnaissait, cela m’amuserait je pense, j’imagine déjà sa tête ! D’une manière générale, j’essaie de ne pas trop me préoccuper de ce que pensent les autres – j’ai assez souffert comme ça à l’adolescence-  Mes proches sont au courant de mes coupables activités, ils me lisent même à l’occasion, donc, pas de problème.

Vos photos personnelles révèlent une auteure franchement sexy et attirante, je suis certain que vous le savez et en jouez avec malice… 🙂 Jolie figure et joli corps sont-ils des avantages dans une vie d’auteure ? Dans la vie personnelle ?

 

Oh, merci pour les compliments ! Je vais rougir 😉 En même temps, ils m’embarrassent terriblement et me rendent confuse, car c’est très narcissique de jouer ainsi avec son image… En plus dans la vraie vie, je suis plutôt du genre souris à lunettes cherchant à se cacher dans un coin ! On s’est beaucoup amusé l’an dernier avec des défis photos lancés par Cassandra Maraval, auteure érotique aussi. On était toute un groupe d’amis à la suivre, et « coller » aux thèmes qu’elle nous proposait.

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J’ai des amis photographes qui ont pris de jolies photos de moi, alors que la plupart du temps, je me trouve affreuse sur les photos, alors c’est vrai, j’ai pris plaisir à les partager, mais elles ne me ressemblent pas tout à fait, ils me réussissent à me transformer en une autre personne d’un coup de baguette magique…

Je change aussi ma photo de profil à l’occasion de la parution d’un nouveau texte, cela fait partie des outils de promotion 😉 j’ai remarqué qu’une photo était plus souvent « vue » qu’un long article 😉 et en plus j’aime beaucoup me costumer… Par exemple, à l’occasion de la sortie d’Au frisson des jupons, co écrit avec Julie Derussy, j’ai mis une photo de profil évoquant le 19è. Bientôt, une nouvelle bdsm va paraître, Liens d’amitié, je vais tenter de trouver une photo assortie…

Comme auteur, je ne pense pas que cela soit un avantage. Si je me fie à mon expérience de lectrice, je choisis mes livres grâce au « bouche à oreille », au titre, à la photo couverture, ou encore en lisant la 4ème couverture, mais pas en voyant la tête de l’auteur !

Dans la vraie vie, je ne vous apprendrai rien je pense, ce peut être un avantage par contre, pour les filles comme pour les garçons, surtout si l’on veut devenir modèle, acteur 😉

Avez-vous été avant tout lectrice de livres érotiques ou sensuels, ou bien avez-vous directement débuté dans l’écriture sans « apport » particulier de lecture ?

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A l’adolescence, je lisais tout ce qui me passait entre les mains, des romans policiers, de science-fiction, des romances, des classiques… et des livres érotiques aussi. D’abord suite à une fouille en règle de la bibliothèque parentale, avant de les choisir toute seule dans les librairies. Je me souviens encore comme je tremblais au moment de passer à la caisse, je veillais toujours à cacher ces livres au milieu d’autres, plus sérieux. J’ai commencé par Histoire d’O, de Pauline Réage, les nouvelles d’Anaïs Nin et de Régine Desforges… Je me suis mise à écrire bien plus tard.

Pensez-vous que l’on ose davantage lire des récits érotiques qu’auparavant ? Pourquoi ? Les eBooks seraient-ils, par exemple, une sorte de solution de discrétion ?

 

            Il y a toujours eu des livres érotiques et des amateurs du genre. La différence principale c’est qu’aujourd’hui, ce n’est plus une activité « honteuse » que l’on garde secrète. Les livres se montrent, les lecteurs s’expriment. La sexualité n’est plus autant cachée qu’avant, ainsi des magasins de sextoys se sont lancés, la parole est libérée sur tous les médias, et la littérature suit le mouvement général, nous baignons dans une ambiance érotique que j’adore !

Oui, c’est très discret de lire sur une liseuse : pas de couverture embarrassante, de titre affiché en gros… Cependant, je préfère lire des récits érotiques dans mon salon, ou dans mon lit, car ils provoquent parfois des sensations qu’il serait frustrant d’éprouver dans un lieu public 😉

Avez-vous des tabous littéraires ? Sur quels sujets (s’il y en a) refuseriez-vous d’écrire ?

 

Oui, j’ai des tabous, un surtout, à propos du consentement. Je ne pourrais pas écrire des histoires de sexe dans lesquelles mes personnages ne soient pas consentants. J’ai commis une petite exception cependant, avec mon histoire Rase campagne dans Osez 20 histoires de faits divers sexuels, où je raconte un viol, qui finalement tourne plutôt bien… le viol, pourtant, c’est un vrai tabou. Parfois, mes héroïnes ne sont pas franchement partantes au départ, mais se laissent aller, s’abandonnent… j’aime les récits d’initiation. L’initiation sera d’ailleurs au cœur de ma prochaine nouvelle Liens d’amitié : comment une jeune fille bascule peu à peu sous la coupe d’un maître.

J’ai d’autres tabous aussi : tout ce qui concerne les enfants, ils n’ont rien à faire dans des récits érotiques. Parfois, je voudrais quand même mettre en scène des jeunes de 16 ans, pour évoquer l’éveil de la sexualité, ce ne sont plus des enfants ! Surtout quand l’histoire se déroule autrefois. Mais je n’ai pas osé descendre en dessous de la majorité.

La zoophilie, aussi, car il me semble que l’animal n’est jamais consentant lui ;-). Mais parfois, j’ai pu l’évoquer, comme ça, comme une provocation .

Enfin, je n’aime pas le sadisme, la torture, tous les sévices qui vont « trop loin », ou qui sont trop humiliants, même si j’explore les pratiques bdsm.

Vous vous inspirez de votre quotidien pour débuter nombre de vos histoires… Dans vos écrits polissons, quelle est la frontière entre fantasme et réalité ? Où commence et où finit la fiction ?

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            Oui, je m’inspire beaucoup d’anecdotes qui m’arrivent réellement. Certaines nouvelles sont même vraies à 100%, mais je ne vous dirais pas lesquelles ! Plusieurs de mes nouvelles se déroulent dans le cercle familial, sujet sulfureux s’il en est. (Mais je n’ai pas de tabous sur la famille 😉 ) Je pense à Beau-père dans le recueils Tabous, ou à Une semaine de vacances, dans Osez 20 histoires de coups de foudre sexuels.  Mes personnages sont tous inspirés d’un cousin, d’un neveu, qui existe, et qui m’ont donné des idées d’histoires. Le repas de famille est une source inépuisable de récits. J’ai tenté de me freiner un peu, car un jour, ChocolatCannelle a remarqué dans un article de son blog qu’ils revenaient souvent !

Ensuite, mon imagination s’emballe, et je m’éloigne tout à fait de la réalité. Et bien sûr, certaines nouvelles sont complètement inventées.

Les récits évoquant un « maître » et une « soumise » ou bien une « maîtresse » et un « soumis » sont devenus légions. En tant qu’auteure, vous ne semblez pas faire exception à la règle 🙂 D’où vient cette « mode », selon vous (pour peu qu’il s’agisse d’une mode) ? Pourquoi diable est-on attiré à ce point par cet univers ?

Cela ne me semble pas si nouveau que ça, la littérature SM existe depuis longtemps : Sade, Pauline Réage… pour ne citer qu’eux. Ce qui change c’est que désormais avec le désormais célèbres 50 nuances de Grey qu’on ne présente plus, le SM est passé dans la littérature « populaire », lisible par tous. Mais il s’agit d’un SM édulcoré, teinté de romance reprenant tous les codes : l’homme est riche et beau, la jeune étudiante fauchée et naïve etc… Quand succès il y a, que ce soit en fantastique (Harry Potter par exemple), ou en érotisme, il inspire aussitôt de nombreux auteurs qui écrivent leur propre version.

Le SM est banalisé et pimente les jeux de tous les couples à présent. Qui n’a pas ses menottes bordées de fourrure rose à la maison ? Je suis très heureuse de ce mouvement, il se traduit aussi dans les soirées, où j’ai souvent l’occasion de regarder de belles démonstrations de shibari.

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Quant à notre attraction pour ce thème, il m’est difficile de vous répondre en général. Il faudrait interroger un psychologue ou un spécialiste des archétypes et des mythes. En ce qui me concerne, plusieurs choses me fascinent : l’abnégation des soumis/es pour leurs maîtres/ses, leur don de soi total, leur envie de se dépasser, d’absolu, par amour et vénération, je trouve cela magnifique. Ensuite, il y a un côté « mise en scène » qui me plaît beaucoup aussi, l’esthétisme gothique, quasi religieux, qui entoure certaines « cérémonies » : chandeliers, caves voutées, mystère, masques…

Vous appréciez grandement la vie parisienne et ses sorties, notamment des sorties libertines… Allez-vous y puiser matière et inspiration pour vos écrits en cours et à venir ?

 

Oui, c’est vrai, j’aime beaucoup sortir ! J’ai de la chance, on me propose plein de soirées plus alléchantes les unes que les autres, je peux rarement aller à toutes malheureusement, à mon grand regret ! Il faut connaître son « terrain » afin d’en parler avec plus de crédibilité, vous ne trouvez pas ?  Et oui, cela me donne des idées aussi, ces soirées me servent de décor à l’occasion. Je pense par exemple au bal masqué auquel j’ai participé au Château de Versailles, et que j’ai repris dans ma nouvelle Cavalier, dans le recueil Etreintes masquées

Par ailleurs, je suis une blogueuse aussi, j’aime bien jouer au reporter, découvrir de nouvelles sorties, des films, des expos… et en parler sur mon blog : http://gouters.canalblog.com/

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