Un acte sexuel se prépare, la petite Chloé le sent, le sait, le devine… et tient à ne pas rater cela.
— Extrait de « En attendant d’être grande », la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —
A table, un détail me détacha de toutes ces pensées : la copine d’Estelle venait de lancer à son allemand
un putain de regard de braise (avec ou sans « r ») qui en disait long.
Les plats avaient été trop fades à leur goût, la belle avait envie de sucrer tout cela (là encore, avec ou sans « r »). En principe ce n’était pas pour moi une mission prioritaire.
Nul doute que ce serait au lieu que notre gentille Eve m’avait montré, et tout de suite. Je me passai de dessert… celui-ci m’attendait un peu plus loin, qui vaudrait tous les éclairs au café du monde. Pendant qu’on débarrassait la table, eux remettraient le couvert. Une fois de plus mon œil d’aigle avait fait mouche.
M’éclipser, courir, me poster. Ils ne prirent même pas la peine d’arriver l’un après l’autre tant ils étaient pressés. J’eus la chance d’assister à tout, d’assez près, sans aucun détail épargné ou peu s’en faut. Dans leur monde, comme Estelle avec son copain. Lui n’avait que descendu son futal à mi-jambe.
Tout juste avait-il laissé les mains de sa belle passer sous son t-shirt.
Allongé, la jolie fille le chevauchant, elle entièrement nue…
sans son aide. Ma parole, les femmes prenaient le pouvoir ! Un peu trop même, vu l’extrême placidité du garçon. Sans rire : mains derrière la tête, feux fermés, grand sourire.
Il ne profitait même pas du spectacle visuel ! Remarque, ce n’est jamais qu’une autre façon de prendre son pied. Une façon scandaleuse selon moi, mais que lui reprocher : elle était d’accord. Chez lui, pas le plus petit muscle tendu, hormis le seul indispensable. Pas le moindre geste pour elle, ni le plus minuscule mouvement, ni parole, ni regard.
De cette race de macho estimant que toute femme est faite pour donner du plaisir à l’homme,
il se contentait de ressentir, au mieux daignant quelques rares coups d’œil sur ce corps magnifique. Crétin qu’il était ! Il aurait dû la retourner dans tous les sens, lui dévorer la poitrine, la lécher de partout, je sais pas moi. Au minimum gémir et la complimenter, s’il ne pouvait agir.
Ce petit con ne connaissait pas sa chance et de fait n’en profitait pas, ou bien trop peu par rapport à tout ce qu’il aurait pu avoir.
De mon expérience personnelle (d’observatrice j’entends), un garçon chevauché était généralement bouche bée, gros yeux de grenouille exorbités, sans cligner des yeux, fasciné par la situation, caressant tout ce que sa longueur de bras lui permettait.
Le type avait alors l’air bête, ou drôle, au moins était-il un tant soit peu actif, au moins avait-il de la considération pour sa partenaire. Le plus audacieux pliait les jambes et soulevait sa princesse à la force du bassin, mains masculines sur hanches féminines pour aller encore plus loin,
efforts souvent récompensés par des cris de plaisir.
Nous en étions loin, si loin… Et elle n’était vraiment… mais alors, vraiment, vraiment pas difficile. Sur une plage à prendre le soleil, l’attitude du garçon aurait été la même de bout en bout. Et le pire, ou le mieux c’est selon, est qu’elle était parfaitement à l’aise avec ça.
Dans son propre délire, dans sa propre bulle, elle poursuivait ses mouvements en respirant fort, gémissante, douce, sensuelle, sans aucune intention de l’éduquer. Un sanglier baisant avec une elfe. Un diablotin avec un ange. La graisse face à la grâce !
D’où lui venait une telle passion à celle-là ? Tombée en arrêt sur son physique ? Amoureuse suite au visionnage d’un film romantique ? Un pétard dans le pif ?
Une alchimie hormones + soleil + seul garçon dispo ?
J’étais partagée. D’un côté c’était un véritable outrage, de l’autre, vraiment, elle avait l’air heureuse. Ô mon veinard, toi qui te penses roi du monde, à la rentrée tu tomberas de haut. Tu verras que tu avais tout faux, tu n’as dépucelé personne, c’est elle qui t’a dépucelé.
On ne t’a pas jeté un sort te donnant un charme fou, tu es juste tombé sur une adolescente en pleine crise de désir n’ayant rien d’autre à se mettre dans le minou. La même magie n’opérera pas avec les autres filles et tu te répéteras « pourquoi mais pourquoi ? ».
Dieu que je suis méchante. Enfin, méchante… réaliste, surtout. Je pense pour de bon que c’est ce qui lui arriverait.
Incroyable mais vrai, je n’attendis pas la fin. Pour une première, c’en était une. D’instinct, je sentais que dès qu’elle se mettrait à accélérer un peu il finirait sa course. Ce n’est pas pour rien qu’elle restait lente et constante, elle le sentait.
— Autre extrait. Une semaine plus tard, au lendemain d’une nuit de câlins de groupe avec Chloé, Clarisse et une bande de copains-copines… —
— Tu reprogrammerais un truc pareil à l’avenir ?
— Pas tout pareil. Ne jamais refaire ce qu’on a déjà fait, c’est ma devise.
— Un truc dans la même veine ?
— Oh que si. La foule d’idées que ça m’a donnée pour la prochaine fois.
— Tu t’es sacrément laissée faire, cette nuit…
— J’ai pas organisé tout ça pour être frigide le moment venu, enfin !
— Je t’aurais pas cru si soumise. Dès qu’un garçon te faisait signe tu allais le voir, et tu te mettais comme il voulait, il y en a même qui t’ont agrippé la tignasse pour te diriger là où ils avaient envie. Même si ils sont restés, heu… raisonnables.
— Les garçons me faisaient signe de venir ?
— Et tu rappliquais comme un petit chien.
— Je me souviens pas. Et je faisais ce qu’ils voulaient ?
— Oui. Ils te faisaient sucer leurs tétons, embrasser leur bouche,
t’allongeaient sur le ventre pour te caresser le cul, sur le dos pour te peloter les seins…
— Vraiment j’en reviens pas qu’ils aient pas songé à me faire faire… autre chose. C’est ça le plus fou à la limite : plus encore ce qu’on n’a pas fait que ce qu’on a fait ! Mais, « soumise »… Hem ! Tu te souviens de Fatou, la jolie blackette des Trois Chèvres sautée par toute la tribu ? Tantôt à quatre pattes, tantôt à genoux. Soumise, hein… ou bien tout le contraire. Elle décidait qui, elle décidait où, quand, comment. Hier soir, j’ai décidé de tout. J’ai tout manigancé à l’avance, je vous ai amenés exactement là où je voulais, et pour faire ce que je voulais. Comme un berger qui mène son troupeau, et ce que je faisais, vous le faisiez aussi. Souviens-toi bien… souviens-toi mieux. Tout s’est passé comme prévu à un point quasi révoltant.
— T’aurais voulu quoi ?
— Rien de précis, juste un peu d’imprévu !
— Si on s’était fait choper t’en aurais eu de l’imprévu…
Je ne répondis pas. Clarisse restait naïve, en tout cas plus que moi. Depuis un temps déjà, je soupçonnais le monde adulte de savoir à peu près tout en faisant semblant de rien.
— Ce que j’aurais voulu au fond, reprit mon amie, c’est que ce soit plus… moins… préparé.
— T’as pas eu à préparer grand-chose.
— Je sais, c’est toi le cerveau de l’opération. Mais…
Cette soirée faisait de moi une dominatrice, pas une soumise :
je ne laisserai pas Clarisse me retirer cette victoire. Nouveau silence. Puis, elle finit par éclater de rire. J’ignore ce qu’il signifiait, il eut en tout cas pour effet d’effacer ce début de petit froid.
— D’accord ! Tu dois avoir raison. D’ailleurs, Ukyo s’est confiée à moi avant de partir. Avant, elle voyait le sexe comme moche.
— Ah ? Pourquoi ?
— Je crois que ses parents à poil sont moches. Et puis, sa grande sœur dort dans sa chambre et se caresse. Ukyo l’entend presque chaque soir, et elle dit que c’est comme si elle souffrait. Elle m’a dit que grâce à cette nuit, elle sait maintenant que le sexe c’est que du bonheur. Et elle n’a plus peur du tout de grandir. Grâce à toi !
Ouf ! Clarisse restait bonne joueuse. Estelle nous rejoint. Une fois de plus, elle savait. Ça tombe bien, on n’avait pas envie de lui faire de cachotteries. Je tins même à lui raconter tout en détail… Enfin, ce dont je me souvenais.
Au moins pour qu’elle comprenne que ça n’avait pas été une réunion dépucelages.
— Toi pas de doute, t’as retenu mes leçons bouddhistes… tu sais t’emparer de l’instant présent.
— Encore que c’était pas si spontané puisque j’avais tout calculé.
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