Le questionnaire du site passé par la plume de l’auteure Violetta Liddell. Troisième partie…
. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autres d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?
Un certain retour à l’obscurantisme religieux, certes, mais aussi à une certaine forme de terrorisme idéologique… Notre société devient fragmentée et sectaire à cause d’une poignée de militants qui montent les communautés les unes contre les autres, tout en plombant leurs propres causes ou croyances car ils décrédibilisent les luttes de ces communautés.
Très étrangement, un certain retour au puritanisme se fait aussi sentir, par le biais de la cancel culture ; nous assistons à une nouvelle forme de censure qui est très dommageable pour les œuvres de fiction.
En tant qu’auteur érotique, je pense qu’il faut continuer à se battre pour la liberté d’expression. Nous ne sommes jamais à l’abri d’une régression sociale.
. Quelle technique personnelle pour mieux vendre, se faire connaître ?
Faire des salons et des marchés de créateurs, communiquer sur les réseaux sociaux, répondre à des interviews, solliciter les médias (blogs, journaux, radio…), démarcher les petites librairies, assister à des événements socio-culturels.

. Faut-il écrire selon le souhait du lectorat ? Ou bien selon ses propres envies ?
Si l’auteur se plie aux caprices de la mode ou aux exigences du lectorat, il perdra son identité… ainsi que sa capacité à surprendre, émerveiller, éduquer.
L’idéal est de trouver le bon compromis entre écrire selon les attentes de son lectorat et écrire selon ses propres envies, convictions et valeurs !
. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelques décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?
Pour le meilleur car :
– la dénonciation du harcèlement et des abus permet d’endiguer la pédophilie rampante des années 60 à 90
– l’avènement des familles recomposées permet parfois de belles rencontres entre parents et enfants de milieux différents
Pour le pire car :
– les sites de rencontre amplifient le phénomène de « consommation relationnelle », et cela a quelque chose de déshumanisant
– la banalisation de la pornographie augmente le risque d’addiction à celle-ci, ainsi que les violences dans les relations sexuelles et les relations de couple
– l’image du sexe et de l’amour devient de plus en plus floue pour les jeunes générations. Entre le culte de la performance au lit, la phobie de l’engagement qui entraîne la préférence pour l’abstinence/le sexe virtuel/les relations à distance, les violences émotionnelles (gaslighting, ghosting, chantage, humiliation, dénigrement, narcissisme…) et physiques (coups, blessures, pratiques sexuelles sans consentement…), la relation au sexe et à l’amour devient de plus en plus chaotique
Bientôt un mouvement « amour bio, local et de saison », qui retourne aux vraies valeurs en prônant l’harmonie, la transparence, la stabilité et la sérénité ?

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés-pour-compte ?
La misère sexuelle et affective rencontre souvent la misère économique, soit avec le phénomène des « brouteurs » sur Internet, soit avec les agences matrimoniales qui présentent des jeunes filles de l’Est à des hommes marginaux, soit avec le phénomène des ladyboys en Thaïlande, soit avec les mariages blancs en général.
La misère sexuelle et affective en Europe a plusieurs origines, notamment l’émancipation des femmes, l’âgisme (un homme ou une femme de plus de 50 ans est considéré.e comme « périmé.e » sur le marché de l’amour), le concept d’amour romantique, le manque de cohésion familiale (familles recomposées, éclatées, absentes).
Dans les pays orientaux, le concept d’amour romantique est très peu présent, du fait de la fracture sociale beaucoup plus nette entre les riches et les pauvres, mais les familles sont très soudées, pour le meilleur comme pour le pire. A part recréer du lien social dans les pays occidentaux et éduquer les seniors sur les dangers des rencontres en ligne, il n’y a pas grand-chose d’autre que nous puissions faire… Le reste est une question de sociologie et de géopolitique.
. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels : vérité dérangeante ou affreux cliché ?
Demandez à un pervers narcissique, il sera ravi de vous répondre (ou pas) ! Plus sérieusement, oui, c’est une vérité dérangeante. Les métiers qui reposent sur l’argent, l’autorité ou l’influence (PDGs de multinationales, hommes politiques, avocats, médecins, juges, policiers, journalistes, stars du showbiz, professeurs, banquiers…) sont des nids à pervers, même si on peut aussi en trouver dans les couches les plus modestes de la population (artisans, ouvriers). Force est de constater que trop d’argent ou trop de pouvoir entre les mains d’un seul individu peut le rendre dangereux…
. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?
Tout dépend de l’intention et du contexte ! Baratinage pour obtenir un plan c*l non consensuel, un mariage blanc ou un enfant = hypocrisie à proscrire, voire abus de confiance au sens de la loi. Séduction légère, transparente et complice entre amis, dans le respect du partenaire = jeu charmant 😉
. Pourrait-il y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?
Oui, j’en suis persuadée ! Même si je n’ai pas d’idée précise sur la forme de la divinité en question, je pense que nos âmes font partie d’un cycle complexe qui nourrit l’écosystème de l’univers.
. Différences hommes-femmes… Biologie ancestrale ou construction sociale ?… Ou peut-être un peu des deux ?
Un peu des deux ! Le sexe féminin et le sexe masculin sont des notions de biologie. L’identité de genre est une construction sociale. La dysphorie de genre et le trouble dissociatif de l’identité sont des notions de psychiatrie… Mais je ne digresse pas plus au risque de me faire potentiellement lyncher 😉

. Qu’est-ce qui pourrait rendre notre rapport à l’autre plus sain ?
L’écoute active, l’empathie, la bienveillance, l’ouverture d’esprit, l’introspection, la remise en question, la solidarité, la curiosité et la compréhension. L’honnêteté envers nous-même et nos besoins, nos désirs, nos émotions, nos sentiments. L’honnêteté envers l’autre. Le compromis entre le respect de nous-même et le respect de l’autre. Avoir l’esprit d’équipe et savoir relever les défis ensemble. Savoir être adaptable sans renier sa personnalité. Ne pas rester auto-centré, cloisonné par ses traumas et bloqué par ses peurs. Ne pas se complaire dans ses difficultés.
. Quelle sexualité au quotidien ? Vie sage, de couple, abstinente, libertine ?
A l’heure actuelle, vie de couple très riche en nouvelles expériences. Sexualité très ouverte, respectueuse et décomplexée 😉
. Faut-il réaliser ses fantasmes ?
A mon avis, tout dépend du rapport que l’on entretient avec les fantasmes en question. Quelles sont leurs origines, quels sont les sentiments et les intentions qui les nourrissent ? Les réaliser sous influence, ou dans des moments de perte de contact avec la réalité, n’est généralement pas une très bonne idée… Je dirais qu’il faut bien connaître ses fantasmes et son partenaire avant de les réaliser.
Merci à l’auteure pour ses réponses. Pour en savoir plus sur son travail, visitez sa page Babelio.
