Inavouables confidences

La veille, Chloé a vécu un moment exceptionnel. Il faut absolument qu’elle se confie à sa grande cousine Estelle… en compagnie de sa copine Clarisse

— Extrait de « En attendant d’être grande »,  la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —


Mon dieu, c’est pourtant vrai… c’était fait. Je n’étais plus vierge. Définitivement. Je commençais soudain à en prendre conscience. Si maman savait elle en serait foudroyée sur-le-champ. Je resongeai à ce dicton… plus on en sait, moins on en sait. Nous brûlions surtout d’interroger Estelle.

Clarisse se demanda si elle accepterait. Je la rassurai, pas une fois ma cousine n’avait refusé d’aborder un sujet. Ce matin-là, on l’accompagna tirer de l’eau au puits. Ça faisait un bail qu’on n’avait pas marché en lui tenant la main. Je lui dis qu’on aimerait en savoir plus sur les câlins filles-garçons. Eh oui, même après toutes ces expériences, nous en revenions toujours à cette question enfantine.

— Ah d’accord ! J’aurais dû me douter que c’était pas désintéressé ce coup de main ! S’écria-t-elle.

Et elle éclata de son joli rire. Quand Estelle vous fait une remontrance, elle vous pardonne à la seconde même : encore plus rapide que le Christ, même pas besoin d’éprouver de regrets.

— C’est pratique ici pour ceux qui veulent coucher,

dit Clarisse à peine innocente. On peut se balader tout nu, du coup on s’encombre pas de déshabillage.
— Eh, le déshabillage fait partie de l’agrément ! Si j’ai envie de câliner un garçon juste en sortant de la douche, je préfère me rhabiller d’abord puis qu’il se rhabille aussi avant qu’on aille se trouver un petit nid d’amour. D’ailleurs après y a des liquides à essuyer, et si le garçon est sans rien des fois il est obligé d’attendre je sais pas combien de temps avant de repartir.
— C’est un inconvénient qu’on n’a pas. C’est pour ça qu’on doit travailler l’attitude. Un garçon c’est simple : le sexe se dresse, tout est clair, tout est dit. Nous faut être plus attentif pour percevoir le poil se hérisser et les tétons pointer.
— T’as en partie raison Clo. Encore qu’un mec peut frétiller dans son bocal sans bander, ou bander sans envie de sexe.
— Tu crois ?
— Je ne crois pas, je sais. C’est toute la différence entre vous et moi.

Elle rit de nouveau. C’était vrai ! Mais un peu moins qu’au début de l’été. Faire nos naïves était la solution pour la faire parler.

— Malgré tout vous en savez beaucoup plus maintenant, non ?

On rougit. Que voulait-elle dire ?

— Oui, ici c’est instructif, dit Clarisse. Mais… oui, après avoir tout vu, entendu, fait… heu je veux dire… Enfin, je crois qu’on a un peu le sentiment de pas être plus avancées.
— Bien sûr ! Parce que les expériences sensuelles ou sexuelles ce n’est pas « avancer » dans la vie. Ce sont juste… des expériences, et voilà tout.

Les nanas sont souvent comme ça avant leur première bite.

Elles se disent que le jour où, tout changera. Et puis le lendemain matin, après l’avoir fait, elles se réveillent pareilles.

Je n’étais pas tout à fait d’accord mais ne pouvait le dire. J’aurais été forcée de m’expliquer.

— Qu’est-ce que tu penses des filles de passage ?
— Aux Trois Chèvres, Clo ? Nombre de nanas sont des hippies d’opérette. Elles se font passer pour des rebelles alors qu’elles sont filles de cadres. L’herbe, le van couleurs arc-en-ciel, l’essence, tout payé par des parents du grand capital. Notre extraterrestre estivale était très différente et s’appelait Fatou.
— Ces minettes ont souvent ici des relations d’un soir, non ?
— Non ! Ici on préfère le matin ou l’après-midi.

Rire de nous trois.

— Y a beaucoup de couples discrets je dirais, dit Clarisse. Une fille qui est avec un garçon sans le montrer.
— Dans cette communauté on considère pas forcément « être » avec quelqu’un. On a des amis c’est tout, avec qui on peut, pourquoi pas, faire l’amour.
— Aucune romance ?

— Relation d’un jour peut devenir relation de mille et une nuits.

Après, ici c’est pas trop l’ambiance. L’amour est comme la femme, comme l’homme : volage. On peut être éperdument amoureuse sur le moment, ne plus l’être ensuite, l’être de nouveau un peu plus tard. Tous les garçons que j’ai connus, qui m’ont connue, je les ai aimés.
— Même quand c’est sauvage et que ça dure cinq minutes ?
— Oui. Je prends ce qu’il y a à prendre.
— Tu leur fais tourner la tête, non ? Demandai-je.
— Pas compliqué. Un corps mis en valeur, quelques petits talents… Ils sont bien plus terre à terre que tu crois.
— Tu trouves ça beau ou moche ?
— Une amourette sauvage peut être belle. Regarder passer les nuages main dans la main peut être moche. Si les cœurs sont purs, le moment est pur. S’il y a manipulation ou tricherie, tout devient impur. Retenez-le, ça vous empêchera de vous faire avoir. Enfin, de trop vous faire avoir.
— On se fera pas avoir !
— Si, tout le monde se fait avoir un jour ou l’autre. C’est pas un drame, c’est comme ça qu’on apprend.

Ma Clarissou, n’ayant vécu que le beau, n’avait encore que des étoiles dans les yeux. Nos petits flirts, la nuit avec Charlie, la partie de caresses à trois. J’avais vécu cela, mais également une part de laideur… Trahison de Julius, dingueries de Tom… Simple petit écart d’expérience… qui s’effacerait.

Tôt ou tard, elle aussi vivrait le laid et se souviendrait des paroles d’Estelle. J’aurais souhaité, tout comme mon amie, ne comprendre qu’à moitié. Oui, on se fait toutes avoir. Oui, c’est ainsi qu’on apprend ! Ce serait sans doute de nouveau le cas à l’avenir. Mal nécessaire profite toujours.

L’eau était tirée depuis longtemps. Nous restions, songeuses, écoutant le vent dans les arbres,

comme en attente d’un garçon qui viendrait nous faire l’amour dans la paille.

A s’aider et s’entraider, à s’aimer et s’entre-aimer, cette communauté poursuivait le projet fou de rebâtir le clan, que la préhistoire ancra en nos gênes. Dans le monde extérieur, le réseau d’amis, d’amants, de collègues, ne sont que tentatives supplémentaires. Les réunions de familles, de petits restes.

Nous aussi, enfants, poursuivions le même rêve avec nos petits groupes. Les adultes, eux, se réunissent dans des clubs sportifs, d’échecs ou ateliers divers. Seulement… l’amitié est fragile, les rapports souvent intéressés. Chez les grands le sexe passe vite, l’affection devient routinière.

Chez les enfants le jeu perdure.
La franchise d’Estelle restait innocente et bienveillante. Malheureux celui ou celle qui n’a jamais eu d’Estelle dans sa famille. Si tu crains que son discours incite à la débauche, détrompe-toi : notre truc était d’agir à l’instinct ou l’intuition, d’agir d’abord pour réfléchir ensuite.

Comme Garance dans les Enfants du Paradis : « quand j’ai envie de dire oui, je ne sais pas dire non ». Agir sans réfléchir était mauvais pour la violence et bon pour l’amour. Me vois-tu comme une perverse ? Mais qui du lecteur, de la lectrice ou de l’auteure mériterait le plus l’appellation ?

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