Chloé séjourne chez tata Marthe. Ouverture de la piscine privée… La nièce compte en profiter pour… imposer quelques petites règles, propices à cette dimension tactile qu’elle chérit tant.
— Extrait de « En attendant d’être grande », la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —
Dernières vacances avant l’été. De retour chez Marthe, je demandai qu’on inaugure enfin cette satanée piscine. J’avais dû attendre plusieurs semaines après son installation, soit un peu tard pour un baptême. Il me fallait trouver un week-end où il y aurait beaucoup de familles présentes…
Le temps était frisquet, qu’importe. J’informai tous les enfants de son ouverture en me fendant d’un mensonge :
tout maillot serait prohibé,
ce type de structure ne permettant pas de « traiter les bactéries des tissus ». Comme on dit plus c’est gros plus ça passe, et cela passa.
Les copains-copines étaient-ils, au fond, ravis de cette contrainte ? Pas impossible. Tata avait autorisé la nudité, je l’avais rendue obligatoire : on se complétait. La seule qui ne fut pas surprise fut une petite japonaise, Ukyo. Chez elle tout était différent, même les toilettes avec leur mini-jet-d’eau pour remplacer le PQ (je te raconte pas comme on en a ri et toutes les questions qu’on lui a posées).
Elle saisit toutefois ce que j’avais derrière la tête… du moins la première étape. Et me dit à ce sujet :
« Dans mon pays on veut regarder les filles habillées, pas les filles toutes nues.
Toute nue c’est pas intéressant pour un garçon,
on se lave en famille depuis bébé ! Quand on nage ou qu’on se douche, l’eau fait les cheveux plats, même pas beaux. Une belle jupe avec les cheveux coiffés c’est là qu’on est attirantes ».
C’est l’obligation de maillot qui l’aurait étonnée ! En toute logique, elle fut recrutée pour être en première ligne. Officiellement, d’inauguration, il n’y en eut aucune. Marthe se contenta d’écrire « ouverture piscine » à la craie sur le tableau noir des nouvelles.
On y alla à quatre, Clarisse, Ukyo, moi, et une petite de six ou sept ans qui tint à nous accompagner. J’espérais la totalité des enfants, j’en obtins le quart… Il faut bien commencer quelque part.
La petite fut la première à l’eau. Elle, tout le monde s’en foutait, même les garçons mateurs. Clarisse était prête et en tenue, moi de même. Notre copine nippone hésitait, s’apercevant qu’ici ce n’était pas aussi naturel qu’au Japon. Il suffit de la traiter de froussarde pour qu’elle se décide.
Au premier coup d’œil, on crut que la baignade se déroulait dans l’indifférence générale. Les garçons étaient trop fiers pour en faire toute une histoire. Déjà en eux ce contrôle de soi qui interdit de trop faire le gamin… Les sixièmes et cinquièmes de mon collège se seraient battus pour occuper le meilleur poste d’observation.
Ils auraient crié, sauté sur place, sifflé, cherché des jumelles, un appareil photo.
L’atmosphère serait devenue au mieux grivoise, au pire agressive.
Mais ici nous étions chez les babas, ancêtres des bobos, des gens du « nouveau monde ». Il y avait une sorte de militantisme de façade à tenir, y compris chez les enfants. Tout ceci était aussi affaire de temps : à cet âge, on hésite entre une attitude gamine et mature.
Restait le simple plaisir de nager et s’éclabousser. Clarisse craignait que je sois déçue par le manque d’affluence, non en fait, on s’était bien marrées. Surtout, je savais qu’il serait dorénavant tout simple de reproduire cela quand on voudrait, tant qu’on voulait, à notre bon plaisir… et le mot était fort bien choisi.
Ce fut le cas dès le lendemain matin. Il ne restait que quelques jours avant que chacun regagne ses pénates, il fallait accélérer les choses ! Nous étions sur une semaine de « développement de soi », ne me demande pas ce que ça veut dire. Ou alors j’en avais une définition toute personnelle que je comptais appliquer au groupe de mon âge.
Séminaire officiel d’un côté, officieux de l’autre. Il y avait les habitués, d’autres venant depuis peu, certains découvrant les lieux. Nous étions une bonne petite bande, que j’aimais bien, très éphémère mais avec une belle complicité, pour laquelle je nourrissais un projet fou. Auquel je n’osais encore tout à fait croire.
On se connaissait depuis peu, ce qui nous permettait de faire comme si on se connaissait depuis des années. On se lâche davantage en compagnie d’inconnus qu’on ne reverra plus, logique. Ce nouveau plan débutait tout de suite, et allait me (nous) faire vivre… quelque chose de très, très spécial.
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