Chloé a un nouveau beau-père… venu vivre chez maman avec son fils. Mais notre narratrice est surtout séduite par le moins jeune.
— Extrait de « En attendant d’être grande », la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —
Entre Carl et moi,
la séduction était asexuelle d’un côté (le sien), forcément plus ambiguë de l’autre.
A onze ans, on a beau être attirée par ceux de son âge, on est toujours un peu adultophile. Pathologie bien moins dangereuse que son opposé, contrariante néanmoins : face à un adulte, une enfant a beaucoup de mal à briller.
Surtout face à un grand tel que lui : qu’est-ce que je ramais ! Je me sentais ridicule, petite fourmi aux pattes de lémurien. Heureusement, Carl me renvoyait une image toujours positive de ma personne, soignant mes complexes.
Il me voyait telle que j’étais, une enfant et rien de plus, dans toute sa candeur et sa maladresse. Pas idiote non plus, je savais Carl baratineur avec la gent féminine de sept à soixante-dix-sept ans. Il me magnifiait, non pas que je le méritais, surtout c’était son job, son style.
Signe révélateur s’il en est, le vieux dictionnaire fut dépoussiéré et remis à une place atteignable par mon petit mètre quarante. Je m’en servais parfois toute seule, ou bien Carl l’ouvrait lorsqu’il n’avait pas de réponse à une de mes questions.
Pas une fois il ne me dit qu’il n’avait pas le temps ou que je l’embêtais, et pourtant Dieu sait si je l’ai embêté. Je me demande s’il ne trouvait pas en ma personne ce qu’il recherchait en vain chez son fils. Maman était ravie que je m’intéresse à l’histoire, la géo, l’univers, moi que les cours barbaient tant d’habitude.
Lorsque j’étais dans la semaine papa et que la semaine maman approchait, je n’avais plus que son conjoint à l’esprit. Ma passion envers lui avait cependant ses limites. Aucune histoire à la Lolita, pas même à sens unique.
Non, je n’étais pas amoureuse de Carl. Ni prête à faire du sexe avec lui s’il m’avait désirée.
Et si je ressentais une attirance évidente envers lui (très peu ambiguë en fait), je n’avais aucun fantasme précis. D’ailleurs, pas une caresse nocturne ne fut exécutée en pensant à lui. Curieux quand j’y songe. C’est presque illogique… Non ? Je n’étais ni jalouse de maman, ni en colère contre Carl.
D’ailleurs, s’il était là c’était grâce à maman, j’étais reconnaissante… Me demandant juste ce qu’il pouvait bien lui trouver. Maman je l’aimais, non pas qu’elle eut quoi que ce soit de particulier, juste parce que j’étais sa fille. Mais lui ! Lui, rien ne l’y obligeait. Mon intuition me dit que leur idylle ne durerait pas.
Carl était un homme charmant ayant eu un enfant trop tôt avec on ne sait qui, il s’enflammait trop vite. Sans me vanter, par bonheur ou par malheur, mes intuitions se vérifient souvent.
Léopold : point noir sur tableau blanc. Oh Seigneur avec lui ce n’était pas de la tarte. Les échanges étaient distants, les discussions rares. Chacun avait tenté de faire partager son univers à l’autre. On aura essayé. Plusieurs semaines durant, je ne saisis pas s’il était triste ou non de ce nouveau lieu de vie.
Son visage marquait une telle placidité du soir au matin, on ne pouvait y distinguer la moindre émotion ! Même devant ses jeux vidéo son air n’était pas plus vif, c’en était presque alarmant. A force de fréquenter une machine, la machine déteint sur vous.
Après tout ce n’était ni un mal ni un bien, la cohabitation me convenait telle quelle.
Seulement…
— Autre extrait. Léopold, depuis quelques jours, observe de plus en plus Chloé —
Une autre particularité de Léopold est qu’il voyait tout comme un spectacle. Lorsque je passais, c’est comme s’il était devant la télé. Peut-être se croyait-il devant un film de Canal et attendait la séquence entre la jeune fille et les deux plombiers venus réparer la tuyauterie ?
A force d’être devant un écran, Léopold avait oublié qu’on pouvait avoir, dans la vraie vie, une interaction avec ce qu’on voyait. Il n’essayait même pas de me draguer ! Je ne sais pas moi, c’eut été la moindre des courtoisies non ? Oh seigneur ce qu’il m’agaçait.
Pas la plus petite tentative de séduction, jamais, alors que nous n’étions même pas beau-frère et belle-sœur. Je jure que je l’aurais éconduit avec beaucoup de courtoisie. A moins qu’il soit lucide, sachant qu’il n’avait aucune chance, ni aucune qualité à mettre en avant.
Eh oui, là est le drame de plein de mecs de tout âge, de treize à soixante ans. Ils sont dans leur minuscule petit univers masculin, pauvre et autocentré,
et puis un jour ils ont envie de séduire une fille.
Et là s’aperçoivent qu’ils n’ont rien à dire ni à partager. Alors, pour calmer leur frustration, ils en sifflent certaines et en payent d’autres…
J’aurais presque souhaité que ses mains soient baladeuses, qu’il tente et se ramasse une mandale, qu’on s’engueule, que maman et Carl interviennent, qu’au moins il se passe quelque chose ! Agir n’était pas dans son logiciel. Tu me diras, je ne sais pas ce que je veux… J’admets le paradoxe.
Malgré mon absence d’objectif sexuel envers Carl (Carl ! Voilà un vrai sujet), il me fallait reconnaître que pour la première fois de ma courte vie, j’étais réellement attirée par un adulte. Un « vieux », comme j’aimais dire. Aussi développai-je des rapports complices avec lui.
Cet homme resta un souvenir surréaliste, car
ce fut l’homme qui me fit connaître, bien malgré lui et comme je vais te le conter, mes tout premiers émois purement physiques.
Pas de panique ! Carl était un homme bien, pas pervers pour un sou ni amateur de petites filles. Il faut comprendre qu’à mon âge, les émois peuvent être provoqués par des circonstances anodines. L’enfance est l’âge béni où un rien peut créer l’extase.
L’âge où prendre une main vous met sens dessus dessous, où être câlinée chastement peut vous retourner la tête, où un tout petit bisou effleurant le bout des lèvres hante vos nuits.
Des années plus tard c’est là que ça se gâte, que ça devient trivial et qu’il faut au minimum une bonne grosse bite, en tout cas pour la plupart des filles.
Dès que Carl me sortait un peu, je restais collée à lui presque exagérément. Mes copines ne tenaient plus la main de leurs parents, je tenais celle de Carl. Câlin le soir pour que je dorme bien, une histoire avant, bisou le matin. Plus quelques câlins hold-up, happés de-ci de-là.
Je n’osai lui demander de me doucher ou me mettre en pyjama : si je poussais trop, le poisson s’éloignerait de l’hameçon, et mieux valait un Carl mesuré qu’un Carl braqué. Et puis à cet âge, non vraiment ce n’était plus crédible, toutes les bonnes choses ont une fin comme on dit.
Une seule et unique fois, dans un bain moussant cachant tout, je pris le risque de quémander un shampoing… « allez… exceptionnellement hein ! », répondit-il. Il le fit mais tint parole, ça ne recommença pas.
Mes petites provocations consistant à passer devant lui court vêtue (quand le fils était absent) le laissaient impassible.
Puis, maman me fit comprendre, par ses regards dont elle avait le secret, que ce n’était pas la fille qui aurait priorité sur le beau mâle… Chasse gardée !
La fille en question dut freiner ses ardeurs… mais il ne pouvait pas y avoir que des interdits. Après tout, c’est elle qui avait exigé un accueil honorable, je ne faisais que mon devoir d’hôte. Elle se doutait que je faisais mine d’avoir trouvé un nouveau père pour faire ma tactile, je parvenais moins à tromper mon petit monde avec mes airs de fillette insouciante.
Il me fallait ma dose, j’étais une droguée de Carl. Il y avait en lui un je-ne-sais-quoi de magnétique, le moindre contact me transportait. Et puis il me faisait rire. Les filles dans mon genre craquent encore plus pour celui qui les fait rire. Faut dire j’avais le rire facile… c’était peut-être davantage moi le bon public que lui le génie du trait d’esprit. Je le magnifiais, donc ne le voyais pas tel qu’il était en vrai.
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