Dans cette communauté autogérée, très nudiste-baba-new-age, Chloé a repéré un nouveau rendez-vous coquin à observer…
— Extrait de « En attendant d’être grande », la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —
Ce matin, je suis allée seule à la grange. Hier, Clarisse et moi avions surpris quelques mots entre Estelle et un garçon. Nous savions qu’ils avaient rendez-vous ici aujourd’hui. N’étions-nous pas en overdose ? Si, presque. Mais… Jusqu’au bout. On ne voulait rien louper, enfin, rien de ce qu’il était possible de voir.
Ça nous ferait du bien… Ce qu’il nous fallait c’était de nouvelles images, plus apaisantes. Les garçons s’étaient tant déchaînés ces derniers jours, les voilà amorphes. Contrecoup… A présent, il flottait dans le groupe ado une atmosphère de douceur, de plénitude.
Ma cousine était d’ailleurs toute miel, ce je-ne-sais-quoi de léger dans le pas, de plus guilleret que d’habitude, montrant un désir de baise tendre. Je montai, me mis sur le tas de paille, fourrai mon nez dans les draps empilés. Peu d’odeurs, et pas si agréables, car vieillottes.
Imperceptible parfum de sperme frais, plaisant…
quelques senteurs plus anciennes, moins plaisantes.
Tant qu’à faire, autant leur préparer le terrain. Chaque couple avait pour habitude de prendre le drap tout en dessous pour le mettre tout au-dessus, afin de ne pas accumuler les taches. Puis de temps à autre, l’un allait tout laver. Après avoir changé l’ordre des draps, je me dévêtis et m’allongeai sur le tout, cuisses ouvertes, m’imaginant avec un garçon, me remémorant les nombreux duos passés.
Je roulai d’un bout à l’autre, me mis à quatre pattes, à genoux, sur le ventre, le dos… remuant le popotin d’arrière en avant. Ce fut un très beau moment. Que n’y avais-je songé plus tôt ? On y ressentait quantité d’énergies sexuelles. C’est pour cela qu’on priait si bien dans les églises : les milliers de repentis laissaient des ondes méditatives. Les ondes de cette grange ne l’étaient pas : elles étaient grinçantes, gémissantes et orgasmiques.
Une heure plus tard, Clarisse et moi étions à l’étage du dessus, dans notre planque historique. Estelle vint largement en avance, s’installa, en robe,
comme déjà en extase, comme pour savourer ce qui approchait,
écoutant les oiseaux, visage bercé de doux rayons de soleil. Estelle, tu es une splendeur !
mSébastien la rejoignit et fut accueilli par un petit rire de joie. Ils se chuchotèrent quelques mots, juste pour le plaisir car il n’y avait personne pour les écouter (enfin d’habitude), ce petit rien suffit à les émoustiller. Ils firent l’amour en toute simplicité, se câlinant longuement, se caressant les cheveux, s’embrassant avec passion.
Comme toujours, à travers le bois vermoulu, on percevait des morceaux de la scène, on devinait, on recollait les pièces du puzzle. Tout compte fait c’était le jeu, c’était le charme. Je ne crois pas qu’il remarqua son tatouage à la plante du pied… mais je ne crois pas qu’elle lui en tint rigueur. Aux Trois Chèvres, Estelle était différente qu’en « extérieur ».
Après échanges discrets avec deux ou trois ados, je crus comprendre qu’il y avait de courtes périodes de ce type dans l’année, et que le reste du temps tout était plus normal. Le groupe ado se comportait comme un seul être, les décisions se prenaient sans concertation.
Quant aux rapports sensuels entre enfants, nous restions une minorité… Certes, si j’ai tout dit je n’ai pas tout vu. On me raconta que là encore, cela dépendait des étés.
Parfois un peu plus chaud, parfois bien plus chaste.
A savoir que ce dernier terme restait relatif. Par chance, nous étions tombées sur un putain de bon cru. A moins que nous en soyons en bonne partie responsables ?
A l’époque, rien de plus subversif que des ados qui baisent. Non pas que ça ne se faisait qu’ici : c’était LE temps du subversif. Quant aux actes autres que le coït vaginal, on les liait beaucoup à la pornographie et la prostitution. En un sens, je regrette un peu que tout soit désormais si banalisé.
Que nous reste-t-il de singulier ? La sodomie à la rigueur.
Si dans vingt ans la pratique s’est répandue autant que la pipe,
plus rien ne sera hors norme. Aujourd’hui, c’est aux professionnelles que les jeunes filles font concurrence. On leur a déjà piqué leurs sacs, leurs fringues, leur maquillage.
Les putes gardent pour avantage d’être accessibles sans la moindre approche de séduction. Le jour où cette ultime frontière est franchie, le plus vieux métier du monde n’aura plus aucun avenir. Faut-il l’espérer, le redouter ? Sur ce point, les pros ont de beaux jours devant elles : moins il y a de tabous, plus la misère sexuelle et la solitude explosent.
La sélection n’a jamais été aussi cruelle ! Parfois j’aimerais reprendre la théorie de Sandrine et inviter tous les mâles tristes et seuls de la terre sous ma couette. A défaut, il m’arrive d’en laisser l’un ou l’autre m’attraper, à l’occasion. Certaines sont mon extrême opposé et se donnent par intérêt. Ça peut ouvrir des portes, surtout lorsqu’on est maline et qu’on sait coucher avec celui ou celle qu’il faut… même s’il est trop facile de prétendre qu’unetelle s’en est tapée des kilomètres pour se hisser au sommet.
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