Chloé échange avec sa copine Clarisse et la grande cousine Estelle. Au menu bien entendu : évolution, corps et séduction.
— Extrait de « En attendant d’être grande », la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —
Justement, je pensais que raconter tout cela à Estelle la ferait éclater de rire. Elle accueillit mes paroles par une moue blasée.
— C’que t’es gamine quand même…
— Ça peut pas être des gamineries, ils avaient tous envie de se ruer sur moi !
— Je pense pas qu’ils avaient en tête de te sauter.
Ni de faire quoi que ce soit avec toi. Ils en sont pas encore là ils sont… attirés, c’est tout. Sans savoir ce que ça signifie exactement. T’en aurais emmené un dans un coin isolé en l’invitant à te retirer ta combinaison, il aurait pas su quoi faire, et aurait été plus tétanisé qu’autre chose.
— Mince !
— Quoi.
— J’aurais dû essayer !
— Oh Chloé ! Arrête de toujours chercher les ennuis.
— Mais si c’était sans risque !
— On ne sait jamais. Et puis, si maman passe et te voit… Et puis imagine ta réputation après coup. C’est pas ça qui te fera gagner le respect et l’admiration des mecs ! Là t’utilises juste ton pouvoir sur leurs hormones, rien de plus. N’importe qui pourrait le faire.
— …Je pensais te faire rire et t’épater.
— Tu me fais souvent rire. Là, non. Tu m’épates, parfois. Là, pas !
— Y a un truc emmerdant avec tata, on sait jamais quand elle va bien prendre un truc ou se fâcher. Un peu comme toi en fait.
— Raison de plus pour rester prudente. Enfin, ce genre de conseil te rentre par une oreille et ressort par l’autre.
— Oui, j’adore ce qui entre et ressort.
— Idiote !
— J’écoute tes conseils plus souvent que tu le penses. Même si je les applique pas toujours.
Elodie, qui venait de plus en plus souvent, avait autant que moi l’âme d’une joueuse. C’était fou, en une poignée de jours, passer de petite fille naïve à adolescente aguerrie ! D’une façon ou d’une autre, la voici concurrente…
D’autant que j’estimais son corps mieux fichue que le mien.
Les garçons de passage ne s’y trompaient pas ! Sans costume moulant pour me démarquer, j’étais en dessous. Lorsqu’on en parla, la copine se montra incrédule.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Tout ça c’est dans ta tête. Dès qu’un garçon me remarque tu focalises dessus, voilà tout. Seriez-vous jalouse, très chère ?
— Je crois bien.
— Clarisse m’a dit que t’étais souvent envieuse des autres jolies filles.
— Toujours non. Souvent oui. T’as un si beau corps, impossible de pas en avoir envie. Heu je veux dire, pour un mec.
— Donc c’est pas tant de moi que t’es jalouse… que de mon cul.
Clarisse s’immisça dans la conversation.
— Te sens pas rabaissée ! Elle est pas jalouse que de ton cul. Elle l’est aussi de tes seins.
Et bien entendu, elle éclata de rire. Rejointe par Elodie.
— D’après ma cousine Estelle, entre onze et vingt-cinq ans les filles se comparent entre elles que par le corps.
— Pourquoi, parce qu’on est trop connes pour se comparer l’esprit ?
— Peut-être…
— Si on remarque toujours que mon corps et jamais mon esprit, quand même ! Ça vous pose pas problème vous ? Dit Elodie.
— Oh moi je prends la vie comme elle vient, lui répondit Clarisse… je prends ce qui arrive.
Ça, c’était bien du Clarisse tout craché. J’aurais aimé avoir une telle philosophie.
Elodie attendait à présent ma réponse.
— Pour ma part j’adore qu’on me mate.
Au point que souvent, le reste est pas si important. Je suis pas non plus que superficielle, quand on me mate pas je réfléchis, je lis, je discute…
— Bref tu retrouves ton cerveau ! Lança Clarisse.
— Et sans blague, faut que je fasse gaffe à pas le perdre ! Les filles tout le temps matées gardent plus que l’apparence. Faut pas tomber dans le piège…
(…)
Marthe commençait à râler, ça faisait une heure que nous étions dans la salle de bain à nous regarder dans la glace en discutant. Oui, les longues conversations de filles se déroulent souvent en cet endroit. Estelle vint nous rhabiller et nous emmener à table. On lui résuma notre échange.
— Vous pensez que la beauté est innée on dirait. Idée reçue ! Parce que les mecs entre douze et seize ans sont des pénis sur pattes et que vous êtes belles sans rien faire.
Dans quelques années faudra bosser pour garder votre finesse et vos formes,
vous verrez. Et surtout faudra s’occuper de tout le reste. Le charme, les manières, la voix, le propos… Je connais des filles pas super avantagées qui prennent tant soin de leur corps et de leur esprit que les mecs sont à leurs pieds.
— Encore plus qu’avec toi ?
— Je t’assure, comparée à d’autres je suis rien.
— Au niveau du nombre d’amants ?
— Je parlais d’attirance, pas d’actes. On se fait pas concurrence du côté des actes.
— Pourquoi ?
— Parce que coucher y a rien de plus simple pour une fille. Même une moche ! Un mec, mille mecs, à chacune de choisir. J’ai plusieurs copines qui attirent énormément et couchent jamais, même certaines qu’ont jamais couché.
— Tu veux dire qu’elles font tout pour attirer les mecs… sans leur céder ?
— Mystérieux n’est-ce pas ?
— Donc faut pas prendre soin de soi à partir de quarante ans mais dès l’adolescence. Dès… dès maintenant plus ou moins.
— D’ailleurs vous-mêmes faites déjà gaffe. Non ? Fringues, alimentation, entretien des cheveux… Bravo vous êtes de vraies filles, vous le faites presque sans vous en rendre compte. Ça fait partie de notre boulot. Un mec peut se permettre de sortir de chez lui en short, tout débraillé et pas coiffé, nous non. Et une fois que l’acné entre en scène et que les hormones font grossir à chaque excès…
— Ça a pas l’air si drôle de grandir, dit Elodie.
— Je pourrais vous parler encore bien plus des aspects positifs. Ils compensent largement le reste, très très largement.
— Comme la baise ! S’écria Clarisse en riant.
— Et pas seulement ! D’ailleurs en ce moment je me préfère célibataire. Vous verrez, dans quelques années vous regretterez presque de pas avoir grandi plus vite. Avant l’âge adulte on a l’avantage d’avoir des expériences sans factures ou loyer à payer. Soyez pas pressées non plus, chaque âge est beau à vivre.
Concernant son fameux célibat, tout était relatif. Ces temps-ci, j’en constatais les limites…
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