Suite du questionnaire d’Elodie, une auteure tout particulièrement liée à ses lectrices et lecteurs…

- Les thèmes « sulfureux » sont-ils ton domaine de prédilection ?
Être sulfureuse dépend où chaque lect·eur·rice situe sa limite entre l’érotique et l’interdit, la frontière où le plaisir se met à piquer et tue l’amour. Certaines de mes pratiques sont pour moi des évidences : je suis bisexuelle et le gode-ceinture a toujours été présent dans ma relation avec les femmes, j’ai besoin que ma complice le fasse glisser en moi ou en elle avec une fermeté voluptueuse qui nous unit. Je sais que cela heurte certain·e·s, les choque comme un tabou trop cru, mais pourquoi le taire ?
Je partage cette extase sans voile avec un homme aussi – le voir s’arquer sous mes coups de reins, équipé de mon gode ceinture, sa queue palpitante dans mes mains tandis que je le pénètre. C’est une symphonie de pouvoir et de reddition qui me fait jouir rien qu’à l’évoquer.
À l’inverse, mes propres limites m’ont parfois brûlée : j’étais outrée, viscéralement, d’apprendre que certains hommes volent mes petites culottes, ces bouts de dentelle encore tièdes de ma chaleur intime. Quelle audace perverse ! Mais une fois que j’ai sondé leurs raisons, j’ai découvert que leur plaisir était pur, sincère, presque enfantin à humer mon odeur, à se caresser avec le tissu imprégné de mes sécrétions.
J’ai compris ce fétichisme discret, cette dévotion olfactive à mon essence féminine. Ainsi, le sulfureux n’est pas une frontière figée, mais une danse fluide où nous repoussons nos propres barrières, pourvu que la communication saine nous permette de comprendre l’autre avec empathie.
- Pourquoi avoir choisi cette voie ? Quel a été le déclencheur ?
Les déclencheurs furent ma timidité maladive et une pudeur abyssale héritée de ma religion, de mon éducation provinciale. Ces freins invisibles m’empêchaient toute démarche de séduction. J’étais dans une bulle d’ingénue lolita coincée, où mes yeux trahissaient mes envies alors que mon corps se figeait. Publier est devenue ma thérapie charnelle, une libération, à travers ces pages, de la Petite Salope – avec majuscule – que je cache au fond de moi.
Mais au-delà de cet exorcisme personnel, j’aime infuser confiance dans la beauté de la sexualité, cet épanouissement qui fait du bien. Je hais la frustration des tabous et j’adore rassurer, guider, en partageant mes expériences avec une tendresse didactique. Chaque texte est un tutoriel sensuel pour que mes lect·eur·rice·s osent explorer leurs propres plaisirs, se libèrent dans l’extase que je leur murmure page après page.
- Auteur professionnel, semi-pro ou amateur ? Si vous êtes amateur, votre activité principale est-elle secrète ? Si vous êtes professionnel : est-il difficile de vivre de sa plume de nos jours ?
Je suis une autrice amatrice. Depuis quatre ans que je publie, cela ne m’a rapporté que l’équivalent d’un mois de salaire. L’argent ne fait pas jouir mon cœur, c’est la passion qui m’enflamme, ce frisson exhibitionniste de partager mes tranches de vie, mes confessions charnelles où je m’offre nue ; la transmission de mon vécu, ma foi brûlante en l’amour de l’autre.

J’apprécie plus que tout les petites attentions et cadeaux de mon lectorat – ces fleurs, cette lingerie fine, ces séances de spa, ces sorties culturelles – qui titillent l’esprit avant de raviver le corps, ces voyages où je m’abandonne à des plaisirs exotiques. Chaque geste généreux me rappelle que mes mots font bander, mouiller, vibrer et je me sens flattée.
- En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?
Publier son vécu permet de rester dans le concret des situations d’une vie sexuelle sans contrainte, comme mes parents l’ont probablement vécu dans leurs années disco pré-sida.
Je souhaite que mes confessions charnelles, que je livre sans voile, invitent à une réflexion profonde, une ouverture sensuelle au monde et aux autres.
Dans mes livres, je me dévoile en tant que fille de ma génération et je fais passer des messages sur l’égalité et la complémentarité des sexes, l’utilisation sensuelle des préservatifs, ma culture écologiste pour sauver notre planète, du naturisme sain loin de la baie des cochons, de la philosophie tantrique avec ses massages et sa relaxation, le respect des végétariens et autres végan, mais aussi des animaux, car je ne suis ni une chienne ou une cochonne.
Je parle aussi des bienfaits du sport, car c’est nue sous mes vêtements techniques que je cours tous les matins pour m’émerveiller du lever du soleil, nue aussi que je pratique le dimanche mon pilates, qi gong ou yoga, espérant que le voile de mes fenêtres puisse offrir ces séances à mes voisin·e·s.
Mais ce que je prône plus que tout est l’écoute sans tabous des désirs entre partenaires. Il y aurait moins de divorces ou de séparations si les pratiques sexuelles désirées étaient bien expliquées. Il faut savoir dans un couple trouver ces mots qui ouvrent l’esprit, dissolvent les barrières, nous connectent à l’autre dans une communion charnelle et humaine, où le plaisir sans tabou devient jeu et complicité de couple.
- Le livre érotique : simple amusement ou outil de développement personnel ?
Pour moi, écrire un livre érotique n’est absolument pas un simple divertissement : c’est un outil de développement personnel à part entière, au même titre que la pratique régulière de ma religion chrétienne et de mes prières.
Quand j’écris, je ne cherche pas seulement à exciter, mais plus largement à éveiller les sens, à ouvrir des portes aux émotions dans le corps et dans la tête.
Je le vis presque comme un rituel : amener un lecteur jusqu’à l’éjaculation, le vider au point qu’il ne puisse plus bander, c’est une forme de victoire intime, comme si je l’avais accompagné jusqu’au bout de son désir, là où il peut enfin lâcher prise.
C’est la même chose avec une lectrice qui enchaîne les orgasmes en me lisant, ou un couple qui finit par faire l’amour après avoir refermé mon livre.
Je les imagine, repus, apaisés, s’endormant serrés l’un contre l’autre, ou seul·e, mais le corps détendu, le cerveau vidé de ses tensions.
Dans ces moments-là, je me dis que mes mots ont fait bien plus que distraire : ils ont permis à quelqu’un de se reconnecter à son plaisir, de se découvrir, de s’autoriser. Je ressens ces moments comme la reconnaissance de ce don de moi.
- On accuse la littérature érotique d’avoir un style pauvre, un vocabulaire répétitif et des histoires clichées, et d’être uniquement conçue pour exciter. Accusations injustifiées ? Justifiées ?
Je ne « contrôle » pas mon style comme on surveille une copie de concours : j’écris avec mes émotions, avec ce qui remue mon ventre, ma gorge et mes neurones. Je laisse sortir le texte comme je le ressens, puis je le confie à un homme tendre : un grammairien érudit, pointilleux, qui relit mes textes avant publication.
Quand je reçois ses corrections, je les prends comme de petites fessées coquines : chaque faute soulignée est une trace rouge sur ma peau de bonne élève, chaque remarque me fait rougir… et sourire. Je me surprends régulièrement à me caresser en découvrant mes erreurs « coupables », mises à nu par cet homme savant et bienveillant. J’avoue aussi orgasmer sur mes photos remplies de son sperme qu’il m’envoie parfois.
Respecter mon lectorat, pour moi, c’est aussi leur offrir un français propre, fluide, soigné. Je reste cette fille « première de la classe » qui aime rendre une copie impeccable et obtenir de bonnes notes du corps enseignant… sauf qu’ici, la classe est remplie de lect·eur·rice·s excité·e·s, et mes copies sont des scènes de sexe et de vie.
Alors oui, il y a des livres érotiques bâclés, comme dans tous les genres. Mais il y en a aussi qui travaillent la langue, la musique des phrases, la précision du mot juste. Et moi, je prends un vrai plaisir à être à la fois Petite Salope dans le fond… et irréprochable dans la forme.
En savoir beaucoup plus sur Elodie de Paris ? Lisez-la sur son espace Atramenta, et suivez son actualité littéraire sur son FaceBook.

