« Sexe Primé » : entretien inédit avec Stella Tanagra, Partie 2

Suite de notre entretien avec Stella pour la sortie de son nouveau recueil… Stella auteur aussi prolifique dans ses nouvelles que ses interviews :-)… Et ne fuyant aucune question ! (Ceci dit, je ne lui ai pas encore demandé si elle était célibataire).

Que penses-tu des relations humaines que l’on développe en ville ? A la campagne ? La sensualité se développe-t-elle différemment selon la région, l’âge, la classe sociale ?

 Tous les facteurs sociétaux orientent notre sexualité, c’est un fait. Il y a plus de probabilités de rencontrer quelqu’un du même âge dans un univers familier qu’hors du cadre. Cela dit, il est possible depuis de nombreuses années de privilégier les rencontres faites sur le net. Dans ce cas, les portes sont ouvertes à des rencontres moins associées à notre environnement habituel bien que les personnes ont peut-être tendance à rechercher sur ces sites, des gens en miroir avec leur propre situation et statut. En tous cas, les sites de rencontres ouvrent les possibilités et donc laissent davantage de place au désir plutôt qu’à la reproduction du schéma social. Dans « Sexe Primé », je me concentre sur ces désirs inconditionnels qu’aucune norme ne parasite. Le désir est une pulsion animale et donc instinctive qui dépasse les notions d’âge, de sexe ou de classe. Il s’impose à nous. Lorsque je recherche à faire une rencontre libertine, c’est en tout cas ainsi que je fonctionne ; seul le désir parfois inexplicable, est maître du jeu.

 Le désir a-t-il pour toi une notion de « possession vorace », une volonté de posséder l’autre, se l’accaparer ?

 Le désir est un moteur puissant qui permet de se maintenir en vie. L’absence de désir, c’est la mort, à mon sens. Le désir peut y mener aussi puisqu’il implique du risque. Cependant il a le mérite de donner du sens à la vie. D’ailleurs on dit « mordre la vie à pleines dents », ce qui suppose que profiter de l’existence est un acte vorace ! A ce propos, les expressions : « Je te veux » ou « Prends-moi » lues au sens strictement littéral, démontrent que le désir s’apparente à la possession de l’autre. A partir de ce constat, j’ai développé dans « Sexe Primé » jusqu’où peut aller la pulsion amoureuse et/ou sexuelle. L’une des nouvelles les plus voraces est « Peau percée » dont voici un extrait :« Quatre hommes se sont avancés. ; trois autour de son visage et un entre ses cuisses. Celui-là a commencé à la doigter pour tâter le terrain, la queue aux aguets, à l’abord de sa fente. Les trois autres approchaient leur sexe à gauche, à droite et au-dessus de son visage. Leurs glands étaient prêts de se toucher pour atteindre la bouche grande ouverte de ma femme. »

 Quelles sont les limites morales, selon toi, des paraphilies et sexualités hors norme ?

 La limite est toujours la même : la liberté de l’un s’arrête là où commence celle de l’autre dans tous les domaines, la sexualité incluse. Mais évidemment dans la réalité, c’est plus complexe pour une raison simple : chacun n’est pas forcément en mesure de délimiter sa liberté d’action d’une part. D’autre part chacun n’est pas forcément assez armé psychologiquement pour s’opposer à quiconque voudrait abuser de lui. A mon sens, les personnalités perverses repèrent habilement les personnes vulnérables et se rencontrent alors celui qui abuse de ses libertés et celui qui ne parvient pas à protéger les siennes. Par exemple, dans la nouvelle « Un gentil garçon », je me suis appuyée sur l’observation que j’ai eu d’une collègue dont le comportement au travail était très manipulateur : « Vos limites sont les extrémités avec lesquelles il aime jouer, les tordre et les démettre en vous regardant vous débattre est d’une valeur inestimable à ses yeux. Il vous rendra coupable de ses propres maux dont il ne s’attribuera jamais la responsabilité. Vous serez celui vers qui tout converge. Vous porterez la faute à mesure qu’il se sera construit le statut de preux. Pantin dont chacune de vos articulations est menottée à sa main de fer ; son emprise est votre prison. »

Tout l’enjeu de la perversion est de faire croire à la victime qu’elle est libre de ses choix alors qu’elle est en fait sous emprise et exécute en réalité, les volontés du pervers. Entre « être libre » et « penser être libre », il y a donc un monde. Les personnes victimes de violences conjugales ne le savent que trop bien mais souvent trop tard. Généralement, ce n’est qu’à partir du moment où l’on est au pied du mur ou qu’une catastrophe se présage que la prise de conscience émerge et encore… C’est une prison aux barreaux invisibles que construisent, les pervers, autour de leurs victimes d’où l’incompréhension fréquente de l’entourage de celles-ci et la confusion des victimes qui ne voient pas toujours à temps, le piège se refermer sur elles. « Sexe Primé » parle de ces relations duelles où les personnages se construisent en vase clos sans un tiers pour arbitrer leurs turpitudes érotiques.

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