Sandrine la petite naturiste

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Extrait d’une conversation entre Chloé et Sandrine, une copine de vacances pratiquant le naturisme depuis sa plus tendre enfance…

– À force de faire du nat’, j’ai compris un truc. Du temps où les maillots existaient pas, le voyeurisme et l’exhibitionnisme existaient pas non plus.
– Parce que y’a eu un temps où personne avait de maillot ?
– Ça remonte à pas si longtemps ! Quelques centaines d’années à tout casser. C’est avec l’invention du maillot qu’on a inventé tous les fantasmes qui vont avec.
– En même temps les fantasmes ont du bon, non ?
– À ce point-là, j’en sais rien. Si on pouvait tous se balader nus, il n’y aurait pas autant de pervers, de violeurs, de pédophiles, de harceleurs.
– Moins de frustrés ?
– Encore que la nudité libre suffirait pas. Il faudrait aussi de l’amour libre, entre grands je veux dire. Et si la première fois qu’on rencontre un garçon, au lieu de se dire salut ou bonjour, au lieu de se faire la bise et se demander comment ça va ou je sais pas quoi, on faisait plutôt l’amour ?
– Tu voudrais qu’une fille couche avec tous les garçons qu’elle croise ?
– Pourquoi pas ?
– Tu prends les histoires à l’envers. Un garçon attiré par une fille souhaite coucher avec elle. La séduire peu à peu pour arriver à ses fins.
– Oui, justement.
– Donc pour un garçon la coucherie marque la fin de la relation, puisqu’il est « arrivé à ses fins » comme on dit. Alors que pour nous ça en marquerait plutôt le début. On peut pas passer nos vies à jamais se comprendre entre garçons et filles. Coucher avec tous ceux qu’on rencontre, n’aurait aucun sens. Ça gâcherait toute la magie.
– Tu mystifies bien trop le sexe.
– C’est toi qui le banalise. De toute façon, toi qui parle d’amour libre, c’est pas déjà libre ? Les grands, contrairement à nous, ont pas le droit de faire l’amour tant qu’ils veulent, avec qui ils veulent ?
– En principe seulement. En réalité, les beaux et les baratineurs sont les rois. Et les belles sont les reines, sans même avoir besoin de baratin. Les autres sont des sujets, ou des manants. Sauf les moches qui sont riches, ou qui savent vraiment comment s’y prendre. Prends le poète, le dissident, le marginal, le timide… ceux-là ont très peu de place. Ils sont mis à l’écart, on les ignore.
– T’oublies les babas. Eux, ils sont quand même vachement libres.
– La plupart des bab’ vont vite faire leur temps. Tu verras !
– Tu veux dire qu’un beau monde serait un monde où une magnifique jeune fille aurait envie de faire l’amour avec un gros et moche juste pour un petit sourire ?
– Oui ! Grosso modo, c’est ce que je veux dire.
– Ben, vas-y, te gênes pas, regarde tous les gros moches autour de nous.
Rires.
– Chloé, tu trouves mon idée idiote ?
– Non, c’est pas si bête.
– On serait dans un monde où y’aurait plus de frustration. Si le timide pouvait aborder n’importe quelle fille sans risque de se faire jeter violemment, t’imagines ? Ou mieux encore, s’il pouvait se faire aborder par la jeune fille ?
– T’es une vraie baba toi.
– Me semble pas que j’ai jamais été baba. D’ailleurs, on en compte aucun dans la famille.
– T’es peut-être une baba en devenir.
– Suis pas sûre.
– Ce que tu dis ressemble à ce que disent les communautés autogérées.
– Je me demande si elles arrivent vraiment à mettre leurs utopies en pratique. Pour moi, ça doit être un état d’esprit, pas besoin de vivre dans une grotte avec des chèvres en fumant des joints.
Nouveaux rires. Sandrine me fait grosse impression. Je sais pas trop quoi dire d’aussi intelligent. Je me sens pas à niveau.
– Sandrine, tu serais capable d’être comme ça toi, quand tu seras grande ? Coucher dans l’heure avec celui qui t’aura souri sans oser t’aborder, par exemple ?
– Pourquoi pas ?
– Même s’il est moche ?
– Je me rattraperai sur la douceur de sa voix ou la tendresse de ses gestes. Ou juste sur ses yeux hallucinés quand il me fera l’amour.
– C’est beau ce que tu racontes.
– Le sexe ne devrait plus être un défi. Les défis c’est pour les animaux, avec les mâles qui se battent pour avoir la femelle. C’est pas juste ! Ici, le garçon bête peut avoir la fille, du moment qu’il est malin. Et le garçon bon et intelligent reste sur le carreau.
– Comment t’as fait pour conclure à tout ça.
– Je suis observatrice ! Suffit de regarder les gens, la famille, les cousines, les amis des parents…

Mince alors. Moi qui me croyais observatrice, qui pensais l’être cent fois plus que n’importe qui, mon amour propre en prend un sacré coup. Sandrine me désarçonne et ébranle mes certitudes.
De ce jour, jusqu’à l’âge adulte, je resterai partagée sur le sujet. Encore aujourd’hui, tout dépend de la période. Une période « fidèle », la question ne se pose pas. Une période « minette », je demande et redemande du défi, tant de mon côté que de celui des hommes. Une période « nympho », c’est un peu le contraire. Là oui, je ne peux croiser un homme me regardant, sans me demander quel effet me ferait son pénis en moi, quel que soit le lieu convoité. En allant fréquemment vérifier. Un peu comme on teste un plat d’un restaurant inconnu, l’apparence du lieu ayant éveillé la curiosité. Ça n’engage à rien, d’ailleurs on peut tout dévorer et ne rien laisser dans l’assiette, ou bien renvoyer le plat en cuisines. En plus, c’est gratuit ! Ceci dit, ayant un minimum de politesse et d’éducation je fais tout de même généralement honneur à celui à qui je plais, ne serait-ce que pour ne pas le frustrer. Mais revenons-en aux conversations avec Sandrine.

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