Brûler les étapes pour plus de plaisir

Dans ce petit lieu de vie, l’atmosphère devient de plus en plus chaude. Garçons qui regardent, se frottent, filles qui ne s’en défont guerre… Chloé a bien l’intention de mettre tout cela à profit.

— Extrait de « En attendant d’être grande »,  la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —

  

« Je me sens toute drôle, après les mecs qui se sont frottés puis celui-là qui m’a espionnée…

J’ai l’impression d’avoir vécu mon premier coup ! ».

 

Ukyo était sincère, touchante… et se confiait à moi avec une déconcertante aisance. Je la comprenais, on se ressemblait tant. Le jour où elle aurait un pénis en elle, Ukyo sentirait la différence. On dit les japonais très sages, surtout les japonaises. Soit Ukyo était une japonaise délurée, soit elle était comme ses compatriotes mais… s’était adaptée au style français.

Je la savais toute humide quand les garçons bandaient contre elle. Une fille peut toutefois mouiller aussi pour d’improbables raisons. Un beau poème, un chuchotement, un regard, un soleil couchant peut suffire, même sans garçon… Eux, c’était plutôt les scènes de guerre. Un peu cliché ? Qu’y puis-je, c’est la vérité.

 

Le pire est plus tard, lorsque l’amant vous glisse un doigt au petit matin,

persuadé que vous voulez un nouveau coup juste parce que son majeur ressort tout poisseux. Laisse-moi enfin, j’ai rêvé de licornes, c’est tout !

 

Nous rentrâmes pour le repas commun (revêtues, tout de même), Ukyo me tenant le bras, titubante. Elle avait eu le plein d’émotions pour la journée. Pas moi. Elle pouvait, on pouvait, tous et toutes, aller beaucoup plus loin. Ukyo, si tu savais ce que je nous prépare, oh ma chérie j’espère que tu n’es pas cardiaque !

 

Pendant le repas, j’étais songeuse… Ce serait pour cette nuit, et le préambule se déroulerait dans la salle commune. Le moment « M » pour que nos relations soient à leur paroxysme. Le départ de certains copains-copines, dont Ukyo, était pour demain… nous n’aurions pas d’autre chance.

Même si les choses évoluaient à un bon rythme, ça restait trop lent au vu du facteur temps. En plein été, nous aurions procédé par petites touches.

La totalité des garçons aurait rejoint nos baignades nues deux ou trois jours plus tard.

Puis, la nudité se serait étendue à l’espace bronzette.

Nous nous serions observés, tous, un peu de loin, d’un peu plus près. Les filles auraient pris des poses de bronzette, les garçons auraient marché devant elles en forçant leur abdos. Le territoire naturiste se serait ensuite développé mètre par mètre, jusqu’à englober toute la propriété.

Un petit pas en leur compagnie hors de la piscine en tenue de peau, puis un peu plus loin, et encore un peu… Etang, balade entre les arbres, jeu du chat et de la souris, nous les filles dans le rôle des souris… Le vrai jeu officiel, et puis son extension officieuse… Puis on serait passés à des échanges plus tactiles, plus osés. Par-ci par-là il y aurait eu quelques bisous, puis un peu plus, puis encore un peu plus…

Il fallait brûler les étapes. Jouer, tant qu’à jouer, le tout pour le tout.

Soit pleine réussite, soit fiasco total : pas de place pour l’entre-deux.

Même sans ce problème de temporalité, je ne voulais pas non plus vivre un déroulement similaire à notre bande des Trois Chèvres. Il me fallait du neuf, de l’inédit. Risqué, mais pas d’autre choix. Encore que, risqué… ma foi non en fait, rien à perdre puisque rien n’était fait. Rien à perdre puisque si je ne faisais rien, bientôt il n’y aurait plus rien à faire. Le « risque » que ça ne marche pas était sans importance, en tout cas sans conséquences.

 

— Autre extrait… Chloé échange avec le baby-sitter de sa copine Clarisse —

 

J’avoue, Laurent était cool, gentil, pas prise de tête. Un étudiant sportif qui n’avait même pas l’air de reluquer la grande, encore moins la petite. Un jour chez elle, alors qu’il était présent, ma Clarissou était à la salle de bain, devant le lavabo… Moi avec lui. L’occasion idéale pour un petit interrogatoire en règle. Il faisait la vaisselle, je l’aidais.

 

— Hem… elle te drague ma copine, non ?

— Plus ou moins. Ça me fait bien marrer. Je fais celui qui remarque rien. Elle va se lasser ! Une fille c’est une allumette, ça s’enflamme et ça s’éteint. Si on connaît pas le phénomène on a l’impression que ça va brûler un siècle. Et puis… tu clignes des yeux et c’est fini, y a plus qu’un peu de fumée.

— Si vite que ça ?

— Je connais aucun phénomène plus rapide. Chez les petites comme chez les grandes. T’as pas assisté à mes débuts ici… Là, elle est déjà beaucoup moins accro qu’à mon arrivée. Encore un peu et elle le sera plus du tout !

 

Il était détendu à un niveau presque gênant.

Si Clarisse était tombée sur un pervers, Dieu sait ce qui serait arrivé.

Laurent n’en avait pas conscience on dirait.

 

— Elle passe encore souvent à poil devant toi ?

— Ça arrive encore sauf que ça devient naturel. Maintenant c’est plus une tentative de séduction je dirais, plutôt une marque de confiance. Elle me voit un peu comme quelqu’un de la famille. Elle est à l’aise avec moi, c’est tout.

— Tant mieux alors. Dis, tu sautes sa mère ?

 

Je me demande comment j’ai eu un tel cran. Laurent avait un petit côté Estelle, le genre de personne à qui on peut tout dire sans crainte.

 

— Très drôle que tu dises ça… franchement, je crois que j’aurais pu ! Mais… tu sais à ma fac y a de la minette, mais alors je te dis pas. Ça répond à ta question je pense.

— Je crois que Clarisse aimerait bien.

— Que je saute sa mère !?

— Elle me dit que sa maman en a marre que son deuxième oreiller serve jamais.

— Et Clarisse aimerait un papa de remplacement. J’aurai pas ce rôle, c’est sûr !

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