Celle qui aime se montrer…

2+Karina+dyptique

Chloé aime bien se sentir épiée par son voisin Julius (garçon de sa tranche d’âge), le soir, lorsqu’elle est dans sa chambre…

Entre Julius et moi, le petit théâtre en vis-à-vis continue. Voulant pimenter le tout, j’ajoute de la musique et le fais en dansant. Sons doux et langoureux, ou dynamiques et endiablés selon mon humeur. Se changer en musique, tous les enfants connaissent un peu ça, on le fait en mode « gamin » en sautillant partout pour se défouler et mieux dormir après ; là c’est totalement différent. Soir après soir, j’apprends et réinvente sans le savoir l’art du strip-tease. Je suis à l’âge où l’on pense innover, où l’on croit être une pionnière. Pour s’apercevoir ensuite que ce qu’on a « inventé » existe depuis des siècles. J’ignore jusqu’à l’existence des termes « strip-tease » ou « effeuillage ». Imaginer que certaines filles le font de façon professionnelle, j’en suis encore plus loin. Aujourd’hui, j’estime que toute fille qui se respecte doit être, notamment, une bonne strip-teaseuse. Toutes les petites filles bien éduquées devraient jouer à ça. Autrement plus tard, on se laisse aller à la facilité et on profite d’avoir un éphémère corps de rêve pour se croire la reine du monde et n’avoir aucun effort à fournir. On se transforme alors en bête étoile de mer, juste bonne à laisser passer le garçon, puis quelques années après en grosse baleine. (Si tu n’as pas saisi l’image, imagine une fille allongée en position d’étoile de mer).

Julius n’est pas là chaque soir, ce qui n’est pas de sa volonté. Parfois il est accaparé par ses parents : devoirs, tâches diverses ou je ne sais quoi. Il arrive en fait que Julius ait un peu de concurrence. Un petit gitan, certains soirs, rôde dans le coin, tout en bas. Il m’a repérée, et je crois qu’il a à peu près mon âge. Julius l’ignore, de là où il est, il ne peut pas le voir. Souvent, lorsque Julius n’est pas là, le spectacle se fait tout de même pour mon second admirateur. Ça m’arrange. Parfois je m’exécute pour tous les deux à la fois, chacun s’imaginant sans doute que c’est pour lui seul. Un jour, le petit gitan disparaît mystérieusement. Je le croisais de temps en temps dans la rue avec sa famille, maman m’interdisant évidemment de les approcher. Je me demande bien ce qu’il a pu devenir… j’espère qu’il ne lui est pas arrivé malheur. L’épisode m’a en tout cas prouvé cette uniformité du sexe opposé. Qu’ils vivent en château, en appartement ou dans la rue, leurs goûts et leurs désirs sont universels, et ce bien avant l’âge adulte.

Dans un débat télé, j’apprends que « culture de la rareté » est un terme publicitaire. Encore un truc que je pensais avoir inventé. Du coup, je n’aime plus trop l’expression. Si ça fait partie du langage marketing, j’aurais trop l’impression d’être une boite de conserve. Déjà que certains considèrent le corps tel un produit ! Malgré cela, l’expression correspond exactement à ce que je fais. Quant à Julius, même si c’est un garçon un peu spécial, son attitude reste assez normale. Il faut que je me fasse une raison, tous les garçons sont ainsi. Je le vois bien désormais. S’il déménage demain et qu’un autre garçon de dix ans prend sa chambre, le comportement du nouveau sera exactement le même. Je l’aime bien Julius, c’est un peu mon faire-valoir. C’est de bonne guerre, lui aussi m’a utilisée. Chacun est un peu le sujet d’expérience de l’autre. Moi qui pensais que démystifier la nudité pouvait rendre les rapports filles-garçons plus francs, désormais je doute. Démystifiez la nudité, elle se re-mystifiera tout seule. Mille bains avec lui n’auraient rien modifié. À moins que ce ne soit mon corps qui ait considérablement changé ces derniers temps ? Je n’en ai pas le sentiment.

D’accord, mes formes s’affinent et se dessinent : de là à en faire un tel fromage il y a un monde. L’idée de « conquérir » un spectacle rien que pour lui, voire de voler un moment d’intimité, là réside le feu de son désir. Quand c’est la fin de la représentation et que je suis enfin sous la couette, lumière éteinte, je repense à la situation et m’en tortille de ravissement. C’est mon image que je revois, moi dansante et me dessapant. Julius ne compte plus. Serais-je amoureuse de moi-même, excitée par ma propre personne ? Tata Marthe me dit souvent qu’il faut apprendre à s’aimer soi-même, je dois être en plein apprentissage. Quand Julius vient à la maison ou que je vais chez lui, car ça arrive encore, aucun mot n’est échangé à ce sujet. De peur, sans doute, de casser la magie. Il sait que je sais. Et il sait que je sais qu’il sait. Bref, on fait comme si de rien n’était. Mon seul regret est ce côté « faire-valoir » : nous sommes bons copains, sans qu’il y ait pour autant une complicité sans faille. Si nous nous étions réellement aimés, quel que soit le sens donné à ce mot, qu’est-ce que cela aurait été mieux…

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