Pénétrée, dans son petit monde… sans rien voir d’autre

En séjour chez tata Marthe, Chloé, accompagnées de deux copines, est en planque. Observant une scène fascinante, dénudée, pleine de soupirs et de gémissements…

— Extrait de « En attendant d’être grande »,  la vie d’une femme libérée nous racontant son passé, de sa naissance à son âge adulte —

 

C’était le soir. Elodie, Clarisse et moi, planquées au fond de la buanderie, regardions Estelle avec un garçon. Allongés, elle sur lui. Cet endroit du sous-sol était assez grand et obscur pour qu’on puisse observer sans être vues.

De toute façon, ils étaient

tant dans leur monde qu’ils ne remarquaient et n’entendaient rien d’autre… que l’un et l’autre.

Somptueuse Estelle ! La pièce avait plusieurs fenêtres donnant sur l’extérieur (reliefs de la campagne oblige), les rayons de lune tombant pile sur le couple d’un soir. Je ne sais plus qui était le partenaire. C’était la première fois qu’on l’espionnait d’aussi près. Jusqu’alors, ça n’avait été qu’au travers des fentes du plancher de bois. Elodie semblait perplexe.

 

— Qu’est-ce qui t’arrive ? Lui chuchotai-je très bas.

— Mais quand est-ce qu’ils commencent à la fin ?

— Ils ont déjà commencé. Non ?

— Je veux parler du sérieux.

— On a le temps ! Enfin, ils ont le temps.

— Quand même, ils en font un cinéma.

— Prends-en de la graine pour quand tu seras avec un mec. Celui-ci est un gentleman. Tu te rends compte de tout ce qu’il lui fait avant de passer au « sérieux », comme tu dis ?

— Papa et maman font ça tellement plus simplement…

 

J’adorais ces messes basses, si basses qu’une bouche devait se coller à une oreille, comme une caresse, presque un baiser.

Elodie semblait froissée. Pour la rassurer, je lui dis que mes parents devaient sans doute être pires que les siens. Elle en sourit.

Puis, le coït débuta et on se tut. On voyait jusqu’aux détails de cette vulve déformée par une verge brillante dont on distinguait les nervures. Au fond, même les gros plans anatomiques étaient beaux. Tout devient beau lorsque l’excitation est là. Lorsqu’Estelle se retira un instant pour embrasser le garçon tout le long des jambes (et rien d’autre), j’imprégnai tout, de la forme des testicules à celui du gland, magnifique plante tant attirante qu’effrayante.

Le regard du jeune homme, sa voix, son visage ou même le reste de son corps, je n’en gardai ensuite pas le moindre souvenir. Je suppose qu’il avait un si beau sexe que le reste faisait pâle figure… même sa figure. Ou plutôt, j’étais si émue d’avoir pleine vue sur cela que je focalisais.

Une copine avait dit, un jour, à Sandrine et moi qu’on pouvait faire des vacances naturistes depuis la naissance et avoir vu des milliers de bites, au repos ça ne compte pas. Elle avait raison ! D’autant que l’apparence était plus grosse et juteuse que toute érection matinale.

Je sais… un peu triste de ne se rappeler d’un homme que par son engin. Encore que ce n’était pas « mon » homme, c’était donc moins grave.

 

Estelle retourna sur lui, reprit son adorable mouvement du bassin, et j’aurais voulu respirer aussi fort qu’elle.

 

Je me demandais si tout cela n’était pas « trop » instructif. Si ça ne nous apprenait pas tout à l’avance, au point qu’un jour il n’y aurait plus place pour la surprise et la découverte. Il faut dire que pour être technique, Estelle l’était drôlement. Chevauchant le mâle, ils étaient tous deux plus ou moins assis sur la moquette, lui bras tendus vers l’arrière, paumes au sol, de sorte qu’elle menait la barque.

Le bassin féminin était magique : à chaque fois qu’elle revenait, c’était par un mouvement souple, angélique, avec cette impression qu’il n’était jamais tout à fait le même que le précédent. Illusion ou réalité ? Baisant comme une reine, telle une magicienne elle changeait en roi tous les petits copains ayant la chance de la pénétrer.

L’ondulation partait des épaules, puis parcourait l’échine jusqu’au derrière. Tout participait, remuait, jusqu’aux doigts de pieds ! C’est fou,

Estelle faisait l’amour entière, de tout son être.

Ce n’était pas juste son joli petit cul qui faisait l’amour. Mais aussi ses cheveux, ses yeux, son cœur, ses mollets, tout.

Une fois lentement et profond, puis plus vite, puis de petits coups très rapides et moins profonds, puis très lentement et trèèès profond, puis en exécutant des cercles sans s’enfoncer plus loin que le gland, puis revenant pleine vitesse jusqu’à taper un pubis contre l’autre… La belle offrait surprise après surprise. J’espère que l’élu d’une nuit avait conscience de sa chance !

 

Aucune capote dans l’affaire, à l’époque ça couchait nature, ce qui n’était pas une bonne influence pour nous je l’avoue. Ces bouts de caoutchouc c’est tout juste si on en connaissait l’existence, alors qu’aujourd’hui c’est plus ou moins le premier truc qu’on apprend.

 

Nous étions dans le vif du sujet, face à une « étude de cas » (si j’ose dire) cent pour cent concrète. En somme, nous étions partagées entre se laisser aller et étudier avec minutie. Toute poésie mise à part, tout cela était fort instructif. Et tant pis si ça l’était « trop ».

Certes, le jour où nous serions en semblable situation, ce serait triste de tout calculer. J’aimerais lire les pensées de ma cousine. Laissait-elle son intuition la guider ?

Se contentait-elle d’obéir au désir ?

Ou bien réfléchissait-elle à tout instant, anticipant la meilleure manière de mener le plaisir de chacun ?

Non, elle ne pensait pas c’était évident. Yeux mi-clos, bouche ouverte et tremblante, air halluciné… la belle était en état second. Shootée, sous hypnose mon Estelle. Lorsque l’heure est magique, on oublie tout. Comme j’avais moi-même tout oublié lors de mes aventures sexuelles passées, si modestes soient-elles en comparaison.

Nous n’avions pas à nous en faire, le sexe est trop fort pour qu’on le raisonne, sauf après coup. Un peu comme l’expérience liée à Dieu je dirais. Seule Elodie était novice en cet espionnage, pourtant toutes trois étions bouche ouverte, souffle coupé, yeux écarquillés : l’habitude ne blase pas.

Affalées dans un grand pouf commun (« trois pouffes dans un pouf », dixit Clarisse), nous partagions un sachet de pop-corn mou, comme au cinoche, en fermant bien le clapet le temps de croquer pour ne rien faire craquer.

A l’intérieur de la cavité buccale, le pop-corn était enduit de salive pour être ramolli, puis fendu très lentement par les dents de derrière, et découpé jusqu’à n’être qu’une pâte gluante prête à descendre dans l’estomac.

J’ignore pourquoi, cette petite gaminerie ajoutait à la sensualité.

J’ignore aussi pourquoi on s’évertuait à ajouter du risque au risque !

 

Je n’osais faire comme aux Trois Chèvres, à savoir me dévêtir pour me caresser : j’aurais adoré, qui plus est auprès d’Elodie. Trop de gestes complexes pourraient nous faire repérer. Et là je le savais, Estelle se mettrait vraiment en colère. Si nous pouvions voir, c’était grâce à ma préparation : nous étions arrivées les premières, installées dans le noir. Je savais qu’ils viendraient, je savais où ils se placeraient.

Sens logique, intuition féminine… Ça valait le coup d’attendre. Pratique d’avoir du sang commun, on prévoit mieux ce que l’autre va faire. Parfois… pas toujours.

Ce soir, toutes les dimensions étaient réunies : sonore, visuelle, même les odeurs… que j’avais appris à reconnaître et apprécier.

Je trouvais tout beau dans le sexe, y compris ce qu’on estimait peu appétissant.

Tout à l’heure, lorsque la course s’achèverait, un doux parfum acre et légèrement pimenté parviendrait à mes narines.

Plus rien n’échappait à mon nez, pas même ce parfum de fauve se dégageant du mâle en rut. Mes séjours répétés chez mère nature avaient développé mon odorat, je savais donc vivre chaque partie de l’amour, à ceci près que je le vivais par procuration.

De l’amour ? Oui. Comme elle l’avait dit, chaque garçon qu’elle honorait, qui l’honorait, elle l’aimait. Ça se sentait, se ressentait. Même si elle ne l’aimait plus forcément le lendemain. J’en étais certaine : deuxième vraie fois que je la voyais faire l’amour, et toujours ce même regard d’amoureuse. Au point que sans la connaître, tu ne pouvais déceler si elle était avec un coup d’un soir ou son fiancé.

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