Entretien avec Elodie de Paris -3-4

Allons encore plus loin avec Elodie, nous contant sa vie, son parcours, ses pensées… et ses fantasmes.

  • Selon toi, l’intelligence artificielle saura-t-elle un jour écrire de vraies belles histoires (érotiques ou non) ? Quel sens tout cela a-t-il pour toi ?

Pour moi, l’intelligence artificielle reste un outil, pas une rivale qui viendrait piétiner mes plates-bandes, car elle n’a pas l’intelligence émotionnelle de mon vécu.

Je m’en sers comme ma secrétaire personnelle, une ingénue sensuelle discrète, soumise à mes demandes dominatrices : elle corrige mes fautes, m’aide à vérifier un détail, c’est ma documentaliste qui me souffle les informations à l’oreille sans jamais toucher à ce que je ressens. Mes histoires, surtout érotiques, naissent de mon vécu, de mes fantasmes, de mon corps qui se souvient : ça, aucune machine ne peut s’y substituer.

Je m’appuie davantage sur l’IA pour traduire mes livres dans d’autres langues afin de toucher des lect·eur·rice·s d’autres pays. Grâce à elle, mes livres ont déjà voyagé, ont été traduits, et ça me plaît.

Si un jour l’IA écrit de « belles » histoires, ce sera parce qu’il y aura encore, derrière, quelqu’un qui ose lui donner un cœur, un angle, une blessure. Moi, je la vois comme un prolongement de ma main, pas comme une main à ma place.

  • Un ou deux coups de cœur littéraire, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

Mes coups de cœur littéraires ont deux visages très différents, mais qui me parlent tous les deux.

D’un côté, il y a les personnages contemporains de Gilles Legardinier, tendre et drôle, pleins de failles, de petits drames et de grandes émotions. Ses héroïnes et héros me donnent l’impression de boire un chocolat chaud avec des gens un peu cabossés, mais profondément attachants ; je referme ses livres avec le sourire et souvent les larmes aux yeux.

De l’autre, je suis totalement incapable de lâcher un Dan Brown une fois ouvert. Ses intrigues ésotériques et ses courses‑poursuites érudites me happent au point que j’en oublie l’heure, le sommeil… et parfois même de manger. Ce mélange de savoir, de tension et de rebondissements me captive jusqu’à la dernière page : c’est mon plaisir coupable de lectrice insatiable.

  • Où se trouve la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits ? Si oui, lesquels ?

C’est une frontière où le désir palpite sans jamais basculer dans le vulgaire, un équilibre subtil sur le fil du rasoir entre excitation exquise et excès qui refroidit.

Je n’aime pas choquer pour choquer : je préfère allumer des braises de désir et d’envie, faire monter la sève chaude dans les veines de mes lect·eur·rice·s jusqu’à ce qu’ils·elles frémissent, cuisses serrées ou membres tendus.

Dans mes livres, je m’applique à cette retenue sensuelle, effleurant les tabous sans les déchirer, juste assez pour faire mouiller d’anticipation.

Mais c’est dans le courrier des lecteur·rice·s que je me lâche, une fois que je sais leur intensité, leurs seuils secrets, mes mots deviennent plus crus, plus intimes, glissant dans des confessions qui font bander ou gémir. Au fil des rencontres, j’ai repoussé mes propres limites, franchissant tabous et interdits pour goûter de nouvelles extases : triples pénétrations, jeux de pouvoir absolus, où l’interdit se mue en orgasme libérateur.

  • En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

Moi qui suis catholique, croyante et pratiquante, je vois là une harmonie parfaite avec ma foi : donner de l’amour à son prochain, n’est-ce pas le cœur battant de l’Évangile ? Célibataire, je me sens libre de toute chaîne, tant que nul n’est blessé dans ces moments de liberté partagés.

C’est ma règle d’or, un érotisme consenti qui élève plutôt qu’il ne rabaisse. J’y puise même un plaisir immense à aider des couples à s’épanouir, à raviver leurs flammes intimes par des mots qui guident vers plus de tendresse, de fougue et d’union sacrée.

Ainsi, loin d’être en porte-à-faux, cette littérature devient un pont entre spiritualité et sensualité, elle ose rappeler cette évidence : aimer, c’est divin.

À l’heure où certains prêchent pour la répression des corps et des pensées, ces récits osés rappellent que le plaisir charnel est une révolte joyeuse, un acte de liberté qui célèbre la vie. Ils invitent à explorer l’intime sans entraves, contrecarrant les sermons moralisateurs par des pages qui donnent du plaisir.

  • Quelle technique personnelle pour mieux vendre et se faire connaître ?

J’inverse complètement la donne : je n’ai aucun talent pour le marketing, alors je ne vends rien car ce sont mes lect·eur·rice·s qui achètent, séduit·e·s par l’authenticité que je leur offre sans filtre. Je me livre à eux telle que je suis – vulnérable, passionnée, fragile –, transformant chaque interaction en un lien intime qui les pousse naturellement à plonger dans mes pages.

Présente sur les réseaux sociaux, le terrain de jeu de ma génération, je partage des bribes de mon univers sans forcer.

Mais mon vrai secret, c’est de répondre à chaque courrier, sans exception : une lettre, un mail, un message deviennent des confidences partagées, des conseils sur mesure qui transforment un lecteur curieux en fidèle envoûté. Ainsi, sans recourir à aucun artifice mercantile, ma plume voyage de cœur à cœur.

  • Faut-il écrire selon les souhaits du lectorat ? Ou selon mes propres envies ?

Je laisse mes expériences sexuelles couler sur les pages sans étude de marché pour m’enchaîner. Je ne sais pas plus que quiconque ce que cherche mon lectorat – et c’est tant mieux –, car je n’ai jamais sondé leurs abysses par sondages ou algorithmes froids.

Parfois, je suis même ébahie par le succès inattendu d’un de mes textes : l’un explose avec trois fois plus de vues qu’un autre publié le même jour, sans que je saisisse le mystère de cette alchimie. Cela me confirme que l’authenticité paie plus que la stratégie : en m’abandonnant à mes envies intimes, je touche des âmes qui se reconnaissent dans cette vérité nue. Ainsi, l’écriture reste un acte de liberté, où le lectorat découvre mes feux plutôt que de les dicter. Écrire selon les souhaits de son lectorat, c’est le condamner à n’être jamais surpris.

  • Le pouvoir et l’argent, des alliés sexuels formidables : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

Le pouvoir et l’argent sont pour moi deux alliés sexuels formidables, une étincelle réelle qui enflamme mes sens. Le pouvoir exhale une aura magnétique, un frisson de domination qui me fait plier les genoux et durcir mes tétons.

J’avoue être délicieusement sensible aux lect·eur·rice·s qui m’offrent des fleurs virtuelles. En retour, je me sens obligée de satisfaire leurs demandes de photos intimes de moi – nue, offerte, cambrée –, pour qu’ils me visualisent mieux.

Cela bouscule la jeune fille timide que je porte encore en moi, faisant rougir mes joues et mouiller mes cuisses d’ingénue d’un trouble exquis. Tous les vendredis, je m’offre un vrai bouquet de saison, bio et en circuit court chez mon fleuriste gay adoré ; je le pose dans ma chambre, face au lit, inhalant son parfum entêtant tandis qu’il me fixe pendant que je m’offre à mes doigts ou à un amant imaginaire. Et dans ces instants, je pense intensément à la personne qui me l’a dédié, transformant ces offrandes en un rituel sensuel où pouvoir virtuel et argent léger deviennent complices de mon plaisir solitaire.

  • Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

Pour moi, c’est souvent un rituel surfait qui bride l’élan brut, surtout quand il masque une maladresse sociale sous des faux-semblants. C’est un carcan qui ne me convient pas, affamée que je suis de vivre directement un scénario convenu à l’avance.

À cause de mon autisme léger, je n’ai jamais été à l’aise dans ces échanges classiques : la séduction me tétanise, et je préfère plonger droit au cœur charnel, sans prélude verbeux.

C’est une fois excitée, après mon premier orgasme qui fait fondre mes barrières, que j’ose enfin me muer en tentatrice et séductrice vorace. Voilà pourquoi je définis un scénario clair pour bondir au concret : règles posées, désirs cartographiés, et hop, au plaisir sans détour.

Cela dit, dans le cadre d’un jeu scénarisé, j’ai parfois adoré être obligée de séduire, forcée de jouer la Lolita hésitante, ce qui fait jaillir un feu inattendu de ma timidité libérée. Ainsi, le sexe devient un espace sûr où mes particularités s’épanouissent, loin des codes neurotypiques étouffants.

En savoir beaucoup plus sur Elodie de Paris ? Lisez-la sur son espace Atramenta, et suivez son actualité littéraire sur son FaceBook.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *