Deux épisodes. Où l’on découvre notamment que religion et sexe peuvent être intimement liés…
— Extrait de « Dialogues Interdits », ma saga de petites histoires sulfureuses ne comportant que des dialogues sans la moindre narration… —
Logique
— J’arrive pas à comprendre qu’on puisse être comme toi, ET catholique pratiquante ET libertine. L’une ou l’autre d’accord. Ou bien avoir été d’abord l’une à une période de sa vie, puis l’autre.
— Dans quel ordre ? D’abord libertine puis pratiquante, ou…
— Heu… les deux sens sont possibles je dirais. Les termes sont drôles ! « Pratiquante », « deux sens »… Toi tu pratiques, et dans tous les sens.
— Je pratique aussi la prière, la messe, j’enseigne le caté… C’est juste. Eh, je suis pas encore mariée ! C’est pas pareil.
— Ce sont tout de même des péchés. Non ?
— Le curé le dit.
— Tu vas à confesse ?
— Chaque semaine depuis toute petite.
— Et tu dis tout ? Vraiment tout ?
— J’ai jamais su mentir ! Puis Dieu voit tout, sait tout. Si je bobardais l’un de ses représentants j’aggraverais mon cas !
— Putain ça doit pas être triste.
— Pendant longtemps à confesse je m’ennuyais. Lui aussi je crois. Je savais pas quoi raconter,
j’avais presque envie de m’inventer de mauvaises actions ! Voire de commettre des péchés exprès.
Incompréhensible, j’étais censée être comme les autres, une pauvre pécheresse, et j’avais le sentiment de même pas avoir de mauvaises pensées. J’en culpabilisais !
— La religion installe de ces paradoxes…
— Et puis tout s’est arrangé. Grâce au sexe !
Mes premiers songes érotiques, délires masturbatoires, jeux sexuels puis premières relations…
Puis j’ai plus arrêté. Dans tous les sens, comme tu dis. Confesse n’était plus du tout ennuyeux… pour personne.
— Et chaque dimanche tu demandes l’absolution pour recommencer dès le lendemain ? Est-ce qu’au bout d’un moment le curé n’est pas censé considérer la repentance comme non sincère ?
— Le concept est que le pardon divin est inépuisable. C’est la base ! Pardon tu demandes, pardon tu obtiens. J’adore cette religion ! En semaine à genoux pour pomper, le dimanche à genoux pour prier.
— Voilà bien toute la perversité du truc. On vous marie avec le Christ, on crée un rapport charnel avec lui en vous faisant manger son corps et boire son sang, on vous apprend à demander pardon à genoux quasiment au berceau… Comment ça pouvait pas partir en couilles ?
Madeleine de Proust
— Oui effectivement, l’idée de la madeleine de Proust c’est qu’il y a des souvenirs enfouis dont on n’a plus conscience. Qui se cachent au fond de toi, en ton subconscient. Par exemple… bah une madeleine, comme dans son histoire.
— Je vois. Du genre, j’ai tout oublié de l’atmosphère des week-ends que je passais chez mamie. Soudain je goûte une madeleine, exactement la même recette que celle de mamie, et je me souviens de tout. Sa voix, les odeurs, l’ambiance…
— Exactement.
— Oui je connais. Sauf que ça a surtout des chances de fonctionner si la mamie achetait des madeleines industrielles. Autrement, peu de chances de retrouver la même recette.
— Moi j’ai eu une madeleine de Proust sexuelle.
— Genre tu couches avec le partenaire de ta première fois… et tu ressens de nouveau les émotions du déflorage ?
— Je parle de quelque chose de moins direct… et de plus gênant. Cette nuit d’il y a un an, où j’ai fait des folies avec deux copains en même temps. Dans la même pièce et le même lit. Des sportifs ! On prétend que faire du sexe toute la nuit n’est qu’une légende, qu’en vrai un coup performant dépasse rarement les trente minutes. Bah moi j’ai eu le sentiment…
— De faire l’amour toute la nuit ?
— Pas juste l’amour : tout ce qu’il est humainement possible de faire. Enfin je crois.
— Tes souvenirs ont l’air flous.
— Ça fait partie de la magie du truc ! Et puis on était un peu bourrés. Pas assez pour être limités dans les actes. Assez pour pas bien se rappeler de tout, se réveiller avec l’impression d’avoir été au paradis, d’avoir rêvé. Sans toutes ces preuves sur mon corps et dans la pièce…
— Toutes ces preuves…
— Visuelles, olfactives… Ressentis corporels. Courbatures, sensation d’apaisement. Tes trois orifices qui te chuchotent qu’ils ont été de véritables boulevards.
— Et cette fameuse madeleine s’est manifestée par ?
— Ces derniers jours, par un cidre doux. Avec la famille lors d’une soirée galettes.
En arrière-goût la boisson me fait ressentir l’effet de chaque gorgée de sperme venant d’un partenaire de cette nuit, mon préféré.
— Ouch !
— Et soudain tout me revient. Les gémissements, les cris, les orgasmes. Les positions, les situations… Moi à quatre pattes me faisant tringler avec une bite en bouche, moi à genoux avec… DEUX bites en bouche à la fois, puis gobant et léchant des couilles, avalant la moitié du sperme et me badigeonnant le corps avec le reste, prise en cuillère, en andromaque… Mon corps devient chaud comme la braise, chaud comme la baise. Mes poils se hérissent. Ma bouche s’ouvre comme pour sucer de nouveau, je deviens comme essoufflée, assoiffée, mes yeux s’exorbitent et mes pupilles se dilatent ! Comme en état pré… ou post-orgasmique.
— Et les tétons ?
— Pointant à m’en transpercer le t-shirt, et aucun soutien-gorge. Dans mon malheur j’ai du bol, un jour de robe sans culotte la mouille aurait coulé le long de mes jambes ! Même là j’ai eu peur que ça traverse le tissu ! Qui était trempé… Y a des jours où on se félicite de porter un jean épais plutôt qu’un fin pantalon de toile.
— L’excitation est restée incognito ?
— J’ai prétexté une migraine pour aller m’allonger sur le canapé. Et réclamer une couverture, pour pas qu’on voie mon bassin envoyer de petites secousses malgré moi. J’aurais tout donné pour être seule, pouvoir me déshabiller et me masturber à m’en briser les doigts en me retournant dans tous les sens. On a cru à un malaise passager.
— Tu t’es lâchée ensuite, le soir même ?
— Non, l’instant était passé. Cidre digéré depuis longtemps.
— Depuis il te suffit d’en reboire pour jouir ?
— J’ai oublié de noter la marque. Papa se souvient plus de ce qu’il a pris. J’en suis à mon dixième cidre testé ! Je finirai bien par remettre la main dessus. Le seul point qui restera gênant, c’est de revivre tout cela grâce à mon paternel.
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