Entretien avec Max Heratz, 3ème partie

Troisième partie de l’entretien avec Max Heratz

« Les femmes ont subi et continuent de subir le diktat sexuel de quelques hommes. »

 

. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autres d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

Je crois que le libéralisme sexuel peut effrayer certaines personnes qui trouvent alors un refuge dans la religion. Mais je crois aussi, et l’actualité le montre, que beaucoup de pratiquants sont incultes. Ce sont des imbéciles dont les réseaux sociaux ont libéré leurs paroles et malheureusement ils trouvent leur audimat.

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il ton écriture ?

Le monde d’aujourd’hui part de travers. Les femmes ont subi et continuent de subir le diktat sexuel de quelques hommes. La réaction est violente : on régresse à cause de ces gens. Difficile d’aborder une femme dans la rue sans être soupçonné de harcèlement. Il y a des explications à tout cela alors, c’est vrai que mon écriture peut ne pas plaire car je suis de l’ancienne école, de celle qui aime dominer, fesser, fouetter, empoigner les cheveux, ordonner, etc. Et le monde d’aujourd’hui s’éloigne de ces pratiques que je revendique car justement, je suis anticonformiste.

. Que ressens-tu par rapport à tes personnages ? Te ressemblent-ils, te sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

Mes personnages existent pour la plupart, notamment dans le domaine de l’écriture érotique.

Pour les autres genres littéraires, ce sont des gueules que j’ai croisées dans la rue.

. Aimerais-tu coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Si ce n’est pas déjà fait, bien sûr que oui.

Mais en principe….

. Injectes-tu de l’amour dans tes histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

Il y a toujours une histoire d’amour dans mes bouquins.

« Bien sûr qu’écrire peut m’exciter ! Je peux même me masturber après avoir écrit une scène. »

 

. Ecris-tu en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien as-tu l’écriture plus intuitive ?

J’ai plutôt l’écriture intuitive. D’ailleurs combien de lectrices m’ont déjà dit qu’elles avaient envie de me baffer ? Pas mal, croyez-moi.

. Comment fais-tu pour mieux vendre, te faire connaître, fidéliser le lecteur ?

Je tourne dans les librairies 8 mois sur 12, 7 jours sur 7 quand c’est possible.

. Si ton œuvre totale pouvait se résumer en un message, quel serait-il ?

Dans le secret des alcôves, on peut toujours se laver les fesses pour redevenir la femme respectable qu’on était avant d’y entrer. (Wélia)

. Écrire peut-il te provoquer une excitation sexuelle ? Et lire ? Rêver ? Imaginer ?

Bien sûr qu’écrire peut m’exciter ! Je peux même me masturber après avoir écrit une scène. ET il en est de même pour la lecture.

Que j’écrive ou que je lise, j’imagine toujours les scènes et je peux même en rêver.

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

L’ennui. Toujours manger dans la même gamelle devient routinier.

. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelque décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Pour le pire. Nous sommes en train de vivre une formidable marche arrière où l’égalité hommes/femmes régresse. De plus en plus de femmes se cachent sous des tenues religieuses acceptant de n’être que des matrices reproductrices sans aucun droits.

En dehors de cela, les jeunes passent leur temps sur leur i-phone au détriment du sexe dont ils se désintéressent. Il faut dire que nous, leurs aînés, ne leur avons pas montré le bon exemple. En prônant la liberté sexuelle, puis avec l’arrivée d’internet, les rencontres extra conjugales ont explosé et les couples avec. L’image renvoyée est donc la négativité de cette libération qui a conduit à un nombre record de divorce dont les enfants de ces couples ont été pris dans les bourrasques de la réglementation du droit de garde. Je pense que cet épisode traumatique de leur vie agit négativement sur l’image qu’ils perçoivent du couple, des rencontres en général et de la sexualité en particulier.

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

Je crois qu’il faut d’abord apprendre à accepter qu’une partie de la population n’aime pas le sexe et qu’on leur foute la paix sans les juger.

Ensuite, il faut durcir et appliquer sans ménagement tout ce qui est harcèlement sur les femmes.

Enfin, il faut arrêter de se prévaloir en fonction de ses préférences sexuelles. Il est très tendance de parler de sa sexualité, surtout de son homosexualité. Aujourd’hui on est presque gêné d’être hétérosexuel. Bientôt, on avouera honteusement l’être.

En résumé, on n’a pas à savoir qui est homo, bi ou hétéro. Moi j’aimerais qu’on vire les gens de leur boulot quand ils en parlent publiquement, surtout quand ils sont connus du grand public.

« En cas de guerre on a toujours considéré la femme comme « prise de guerre »»

 

. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

C’est une vérité. En même temps c’est logique. Il y a une blague que j’aime bien et qui dit que si 50 Nuances de Grey se passait dans une caravane de Roms, ce serait un thriller. Je crois que ça résume bien les choses.

Il faut avouer que, quand vous voulez offrir une soirée, il faut avoir un budget minimum. Si vous allez en club et que vous radinez sur les bouteilles de champagne vous ne ferez guère de rencontre.

On ne demande pas d’être propriétaire d’un hélicoptère non plus mais une vie libertine ne se vit pas sans moyen. Un week-end dans des lieux prévus à cet effets se paie, comme le reste.

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

C’est un triste phénomène de société qui a toujours existé, c’est malheureusement dans les gènes de l’homme. Pourquoi ? Parce l’homme est un guerrier, un conquérant et la femme une citadelle à prendre. En cas de guerre on a toujours considéré la femme comme « prise de guerre ». Mariée de force, violée, mise en esclavage, vendue, elle a toujours été réduite au rang de marchandises. Cet état d’esprit est resté chez les gens qui vivent encore au Moyen Age, mais aussi dans les gènes de certains autres tel un héritage.

Je crois qu’en donnant plus de pouvoir aux femmes, tant politique que policier, législatif ou tout autre domaine décisionnaire, les choses pourraient évoluer dans le bon sens.

. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

C’est évidemment un jeu charmant ! Quand arrive le sexe, alors c’est la victoire !

À suivre…

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Max Heratz.

Entretien avec Max Heratz, 2ème partie

Deuxième partie de l’entretien avec Max Heratz

. Sur quoi travailles-tu actuellement ? Quelle sera ta prochaine sortie ?

Je travaille sur plusieurs projets. Le plus important est un projet très particulier. Il concerne la trilogie Je t’Aime Moi Non Plus. Beaucoup m’ont réclamé un 4e tome, mais j’ai dit Non. Alors, lisez bien, car là, c’est un scoop que je vous fais, voici ce que je leur réserve….

Je suis en train d’écrire 10 livres de poche simultanément (croyez-moi c’est du sport). Chaque livre représentera 1 personnage de la trilogie :

  • Qui était elle avant de rencontrer Max ?

  • Comment a-t-elle vécu sa relation avec Max (vu de son côté)

  • Qu’est-elle devenue ?

Un personnage a une histoire si riche qu’il a 3 livres rien que pour lui : il s’agit de Thalz. Dans le lot il y aura un livre spécialement sur Jonas qui est très aimé également.

Ces livres ne seront pas dans le commerce, ils ne seront disponibles que sur une liste d’inscription. Il y en aura 1 par mois en vente. Vous devrez commencer par le 1er pour accéder au 2e …etc jusqu’au dernier.

Si vous ne désirez pas acheter un des livres, le 6e par exemple, alors vous perdez votre place et la 1ere personne qui est sur liste d’attente prendra votre place en commençant au n°6.

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

J’écris depuis que je suis mouflet. A l’âge de 13 ans, sur mon cahier d’écolier à gros carreaux, j’ai écrit mon 1er roman : Du Rfifi chez les Flics. Tous les soirs, la famille était réunie autour de la table pour écouter la suite que je leur lisais à haute voix.

Mon avenir n’était-il pas tout tracé ?

« Dans les bons livres, on passe plus de temps à être ému plutôt qu’à se masturber parce que derrière un bon bouquin, il y a une bonne histoire »

 

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète ?)

Je suis auteur professionnel, je vis de ma plume, et, effectivement ce n’est pas simple. Si les gens ont le choix entre acheter un livre à la Fnac ou sur Amazon, ou l’acheter dans la boutique de l’éditeur au même prix, il faut absolument qu’ils achètent à la boutique de l’éditeur, sinon je perds 30% de mes droits. Déjà qu’ils ne sont pas épais !

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

C’est un choix personnel. Je pense qu’à un moment donné il faut se poser la question si notre nom est commercial ou pas. S’il ne l’est pas, il ne faut pas hésiter à prendre un pseudo.

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

  1. Cinéma

  2. Téléfilm

  3. Histoire audio (j’imagine la bande sonore des séances de fouettage ou de relations multiples ! mdr)

 

« J’ai rencontré un nombre incalculable de femmes qui m’ont rencontré juste pour essayer au moins une fois dans leur vie la sodomie »

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Non, le style n’est pas pauvre. Le problème c’est que tout le monde écrit et qu’il y a beaucoup de mauvais. Je rencontre même des gens qui ne lisent pas mais qui écrivent (alors là je ne vous dis même pas la catastrophe) et ils ont le toupet de se vexer quand ils ne vendent pas de livres alors qu’ils n’achètent même pas ceux des autres !

Pour résumer je dirais qu’il y a de bons livres avec un style plus riche que la moyenne, il suffit de le chercher et de les trouver.

2éme affirmation : d’être des livres uniquement faits pour exciter.

Il n’y a pas de mal d’être excité en lisant un bon porno. Maintenant, le gens qui n’aiment pas ce genre de lecture on ne leur demande pas de juger. Moi je trouve que dans les bons livres, on passe plus de temps à être ému plutôt qu’à se masturber parce que derrière un bon bouquin, il y a une bonne histoire.

« En littérature érotique je ne pourrais pas écrire quelque chose que je n’aimerais pas faire ou subir. »

 

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Déjà, elles peuvent faire découvrir des pratiques qu’on ignore. Peu connaissent le subspace ou la forniphilie par exemple. Beaucoup découvrent que leur fantasme peut se réaliser comme se faire prendre par plusieurs inconnus, etc. Donc ce genre de littérature peut ouvrir l’esprit et aider à franchir le pas. J’ai rencontré un nombre incalculable de femmes qui m’ont rencontré juste pour essayer au moins une fois dans leur vie la sodomie. Elles avaient peur que leurs maris s’y prennent mal. Toutes sont reparties enchantées. Là encore, la littérature érotique, pour beaucoup d’entre elles, a aidé à franchir un cap. Donc oui, la littérature érotique vous ouvre aux autres si je peux me permettre ce délicieux jeu de mots.

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

Comme je viens de l’expliquer, c’et naturellement un outil qui contribue au développement personnel.

. Quels sont tes coups de cœur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

  • Ma trilogie Je t’Aime Moi Non Plus (j’ai pleuré en l’écrivant)

  • Emmanuelle (le livre)

  • Entre ses mains (Marthe Blau)

  • En attendant Bonjangles (une perle)

  • Les jardins de l’ogre (Leila Slimani)

  • Le magasin des suicides (Teulé)

  • La bible selon Satan (P. Graham)

  • Pétronille (Amélie Nothomb)

Et bien plus encore.

. Dans un polar ou un livre d’horreur, on peut prendre plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait pourtant jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

Non, en littérature érotique je ne pourrais pas écrire quelque chose que je n’aimerais pas faire ou subir.

. Qu’aimes-tu lire en général et pourquoi ?

Je n’ai pas de goût arrêté : je lis de tout sauf l’héroïque fantasy, la science fiction,, les livres pour gamin (par exemple ceux où ils racontent leur 1ere fois)…etc.

. À une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

Je lisais des SAS à 14 ans. Jamais je n’ai eu envie de me branler dessus, moi c’était l’enquête qui m’intéressait. Je préférais me masturber sur les pages de Lui, d’Absolu ou autres magazines dans lesquels les filles avaient des poses pornographiques voire outrancières. J’ai toujours besoin de trucs forts pour m’exciter.

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Les mineurs. Je suis opposé aux scènes de pédophilie, c’est inadmissible. C’est le seul tabou que je mettrai.

À suivre…

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Max Heratz.

Entretien avec Max Heratz

Cette semaine, démarrons un nouvel entretien avec Max Heratz, qui a répondu avec brio au questionnaire érotico-littéraire de Plume Interdite.

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Il y a plusieurs choses qui peuvent donner l’idée et l’envie d’écrire une histoire :

  1. Un fait divers que je prendrai à adapter à ma sauce pour en faire autre chose

  2. Le titre d’une chanson

  3. La tête d’un quidam croisé dans la rue, un mec qui a une gueule de tueur donnera envie d’écrire un thriller.

  4. Les gens que je côtoie en les imaginant dans diverses situations

  5. Un livre peut me donner envie d’en écrire un autre. Par exemple j’ai lu la Bible, de cette lecture est né Vous n’irez pas tous au Paradis, un thriller glaçant redoublant de terreur.

. Quelles sont tes techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

Je crois qu’il faut jeter sur le papier ou l’écran ce qui nous passe par la tête, être brut de production. Si on a une scène dans la tête, sachant que cette dernière se retrouvera à la fin du livre, on l’écrit même si nous ne sommes qu’au début du manuscrit, on la met sous le coude, on verra plus tard. Ainsi, dans le livre Je t’Aime Moi Non Plus, la scène des anneaux qui a tant fait parler chez les fans se trouve dans le dernier quart du livre mais elle avait été écrite alors que je venais juste d’entamer la Partie 2 du livre. Bien entendu, ladite scène fut reprise et modifiée pour l’adapter plus correctement au reste de l’histoire.

En fait, un livre ça pourrait être un peu comme un film : écrire des scènes et les monter ensuite. En ce qui me concerne ceci est vrai pour certaines d’entre elles mais globalement le lire s’écrit au fil de l’eau.

Enfin, dernière chose, quand un manuscrit est terminé, il faut le lire, le relire, et le relire toujours plus pour le laisser se reposer dans un tiroir pendant quelques semaines, quelques mois. Quatre semaines ou six mois plus tard, ressortez le manuscrit du tiroir et relisez-le à nouveau. Vous risquez d’être horrifié par certains passages en vous disant « c’est de moi ça ? ». Et si par hasard vous ne trouvez rien à redire alors posez-vous l’ultime question : si ce manuscrit n’était pas de moi, serais-je prêt à acheter le livre ? Soyez honnête avec vous-même et vous serez venu au bout de votre roman.

« J’écris dans des genres très différents. Pour ce qui est érotique, c’est souvent vécu. Dans ce cas, oui, je reconnais que ça exorcise pas mal de choses »

 

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

J’écris mieux dans le silence, sans avoir de soucis qui me rongent. Donc, je ne pense pas que j’écrirais correctement sous la pression et dans la souffrance.

. Écrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

On ne peut pas passer outre ses contraintes, on les subit. Par contre, on est maître de ses loisirs. Ainsi, on peut d’un simple clic éteindre sa télévision et/ou mettre son téléphone en sourdine. Le juste milieu est vite choisi : je fais face à mes contraintes avant de me précipiter sur mon clavier pour écrire.

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrive-t-il de te censurer ?

Oui, il y a des choses que je ne peux pas écrire notamment tout ce qui touche la pédophilie, les viols d’enfants… etc. Je peux écrire des atrocités, mais pas ça.

. De quoi t’inspires-tu pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien ta vie, celles des autres, les médias ?

Je m’inspire toujours de la réalité que je vais déformer plus ou moins en y mettant des gens que j’ai croisé dans la rue parce qu’ils avaient « une gueule »

« C’est parfois compliqué d’écrire de l’érotisme et de recevoir des courriers des plus sulfureux provenant de femmes souvent très jolies. Ça énerve ma femme. »

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Écrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

J’écris dans des genres très différents. Pour ce qui est érotique, c’est souvent vécu. Dans ce cas, oui, je reconnais que ça exorcise pas mal de choses ce qui permet d’aller de l’avant.

Pour ce qui est du thriller, rien n’est autobiographique, je n’ai tué personne.

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Oui, comme je passe 8 mois sur 12 dans les librairies, je les croise et je parle beaucoup avec eux. Par exemple, dans la Trilogie Je T’Aime Moi Non Plus on rencontre toutes sorte de profils mais 40% sont des femmes travaillant en grande majorité dans le milieu médical (hôpital, clinique, pharmacie…etc). Ces femmes sont exceptionnelles, et je les aime.

Pour le thriller, je m’attendais à avoir beaucoup d’hommes, ce qui est le cas, mais quelle ne fut pas ma surprise de voir une proportion importante de femmes qui lisent ce genre de livres, et parfois même d’adolescentes ? Je n’ai pas pu évaluer en pourcentage ce qu’elles représentent ni de quel milieu socio professionnelle elles viennent, mais leur nombre est important.

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

Je ne cache pas mes activités littéraires. Ma famille sait que j’ai toujours eu une vie sulfureuse même si tous n’apprécient pas. Mais je suis le seul Maître de ma destinée. Ceci dit, c’est parfois compliqué d’écrire de l’érotisme et de recevoir des courriers des plus sulfureux provenant de femmes souvent très jolies. Ça énerve ma femme. Elle n’est pas jalouse, mais tous ces courriers lui sont plutôt envahissants. Alors je la prends dans mes bras, je la câline, et la tension baisse d’un cran.

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Indescriptible joie, y a même pas à hésiter. J’ai toujours été un peu mégalo alors vous pensez bien, un livre qui se vend en grand nombre ne peut que flatter mon ego !

À suivre…

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Max Heratz.

Entretien avec Gala Fur, 2ème partie

Seconde partie du questionnaire érotico-littéraire de Gala Fur…

 

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui vous y a amené ?

J’ai toujours écrit. Peut-être pour me battre avec les mots plutôt qu’avec les humains car j’ai un tempérament combatif. Mais c’est un combat solitaire. Devant l’écran de l’ordinateur ou la page blanche, on est son propre adversaire.

 

. Êtes-vous auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien êtes-vous plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : votre principale activité est-elle secrète?)

Je suis auteure professionnelle dans le sens que je consacre tous les jours quelques heures à l’écriture. Mais je ne suis pas l’auteure de succès équivalents à Cinquante Nuances de Grey, même si les ventes de mes livres satisfont mon éditeur La Musardine. Mon blog présente un éditorial mensuel et une petite galerie d’oeuvres d’art liées au fétichisme et au SM. L’adresse est www.galafur.com/blog.

 

. Si vous pouviez étendre votre création favorite sur un autre support, que choisiriez-vous ? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

J’ai réalisé des courts métrages et des documentaires. J’ai eu très tôt une vocation de journaliste et j’ai embrassé cette carrière jusqu’en 2008 sous mon patronyme d’origine. J’ai arrêté au moment où le contenu a commencé à perdre sa valeur marchande. Des jeunes gens fraîchement sortis d’écoles de journalisme étaient prêts à écrire gratuitement des articles. Aujourd’hui, les fake news sont légion. Avec l’avènement du Net, tout le monde se croit écrivain ou photographe.

 

« Il faut reconnaître que le lecteur, qu’il soit masculin ou féminin, est désormais friand de scènes chaudes ! »

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

C’est un genre, au même titre que le polar. Il y a de bons et de mauvais livres érotiques. Ceux qui comportent du sexe explicite, comme les romances qui émoustillent les femmes d’aujourd’hui et dont on trouve des rayons entiers de livres d’occasion sont rarement très bons mais dans le genre, les romans d’Esparbec sont formidablement bien écrits.

Son roman La Pharmacienne par exemple, qui a eu beaucoup de succès. Il faut reconnaître que le lecteur, qu’il soit masculin ou féminin, est désormais friand de scènes chaudes ! Il y a aussi des perles dont les livres, comme ceux d’Anne Bert ou Françoise Rey auxquels je pense, comportent peu de scènes de sexe explicite.

 

. Qu’aimez-vous lire en général et pourquoi ?

Des essais et des livres d’auteurs nés avant 1930, qu’ils soient sud-américains, européens ou américains. La littérature actuelle ne m’apporte à vrai dire pas grand chose et je n’ai pas épuisé la précédente. Parmi les auteurs actuels, je lis des romans de l’Anglais Will Self, et des écrivains français Tristan Garcia et Simon Liberati dont Hyper Justine m’a permis de m’identifier puisque le personnage central est une femme tyrannique déjà âgée entourée de jeunes filles qu’elle contrôle.

 

« Le mouvement Balance ton porc a fait un effet boeuf dans les milieux professionnels, tout comme comme le « politiquement correct » dans les années 1990 aux Etats-Unis »

 

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

L’ennui, la monotonie tuerait sans doute leur libido. Cette société réduite à un seul couple aurait-elle des animaux à sa disposition? Ce serait un divertissement sexuel possible, à intercaler avec l’abstinence totale, les jeux de rôles et la lecture à haute voix de livres érotiques.

 

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

Le mouvement Balance ton porc a fait un effet boeuf dans les milieux professionnels, tout comme comme le « politiquement correct » dans les années 1990 aux Etats-Unis. Depuis ces années-là aux Etats-Unis, un homme n’ose pas monter en tête-à-tête avec une femme dans un ascenseur de peur d’être accusé de harcèlement, mais le « grind » des frotteurs continuent dans les soirées et les bizutages des universités.

En France, je ne crois pas que le mouvement touche les hommes issus de l’immigration qui vivent chez eux en France comme s’ils étaient au bled et s’accrochent à des principes rétrogrades, des comportements ancestraux et ruraux comportant des accès d’autorité humiliants envers leurs filles et leur épouse. Ils se sentent diminués par l’évolution des femmes vers le travail et l’autonomie qu’il procure.

Ils ne voient pas de problème à ce que leur femme s’occupe des factures, des impôts, des courses, du ménage, de la cuisine en plus de travailler en ville, mais elle devrait peut-être porter le voile et leur apporter leurs pantoufles le soir pour leur donner l’impression qu’ils ont encore du pouvoir. Au moins la TV relaye-t-elle les échos de ce mouvement jusque dans les cités où personne ne peut l’ignorer. Le harcèlement ne se limite pas à des cas isolés. Les beurettes des banlieues se plaignent d’attouchements dans le métro et de harcèlement près de chez elle, et j’en connais qui partagent un Uber pour rentrer de leur travail dans Paris, soucieuses d’éviter de prendre la ligne 13 vers la Plaine Saint-Denis et de parcourir à pied la distance de la station à leur domicile.

 

Découvrez ici l’univers de Gala Fur…

Entretien avec Gala Fur

Cette semaine, voici la première partie des étonnantes et sulfureuses réponses de Gala Fur, artiste aux multiples facettes présente sur la scène érotique depuis plusieurs décennies.

 

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

L’étincelle est souvent une situation présente, personnelle ou pas, qui me touche et que je vais développer dans une direction ou une autre, un comportement, l’aventure que vit une personne que j’ai observé pendant quelques temps. C’est toujours à partir du réel que je tire les fils d’une histoire. En manière d’érotisme, j’écris à partir de mes fantasmes, qu’ils aient été réalisés ou non.

 

« Des jeunes femmes attirées par le SM lisent mes livres. Mes récits relatent des pratiques et des relations sadomasochistes du point de vue de la dominatrice »

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

Mes rencontres sur le plan érotique sont présentes dans mes livres. J’exorcise un vécu une fois que j’ai pris une certaine distance par rapport à une relation ou une situation, la fameuse mise à distance créatrice. Deux années doivent s’écouler avant que la charge émotionnelle s’atténue assez pour que je puisse écrire. Alors je suis capable de romancer, de jouer avec du réel. Dans le récit autobiographique, l’écriture agit comme un miroir en me renvoyant des défauts et des erreurs de comportement sans que j’éprouve le moindre regret à leur sujet. Dans mes livres, je n’arrange pas les choses en ma faveur, non plus en les rendant épiques : ils le sont suffisamment.

 

. Avez-vous une idée du visage de votre lectorat ?

Des jeunes femmes attirées par le SM lisent mes livres. Mes récits relatent des pratiques et des relations sadomasochistes du point de vue de la dominatrice. C’est un univers qui n’interpelle finalement que les personnes qui se sentent concernées par cette sexualité, au contraire de Cinquante Nuances de Grey qui est un mauvais pastiche destiné à un lectorat vanille, à des personnes qui ont une sexualité autre que la mienne. Mes lectrices sont en général des débutantes ou des femmes qui ont envie de développer leur pratique. Des manuels comme Osez les jeux de soumission et de domination, mais aussi des récits autobiographiques comme Séances leur donnent de l’inspiration, et ce, depuis les années 2000.

La génération qui a lu Séances à sa parution a aujourd’hui la quarantaine. Une nouvelle génération de filles de 20 à 30 ans me remercie de les libérer de certaines appréhensions. Chez les hommes, de rares dominateurs me lisent car ils préfèrent lire des récits dans lesquels les femmes sont soumises, à l’instar du lectorat vanille qui veut savoir ce que ressent une fille qui se livre à un homme, ou vibrer au diapason de ce qu’on lui inflige, comme les midinettes du 19ème siècle ou les lectrices des romans à l’eau de rose au début du siècle dernier, d’où la mode de la romance au contenu émoustillant pour des jeunes femmes d’aujourd’hui. Quelques hommes soumis me lisent et m’écrivent de longs mails par la suite. Ils me proposent parfois leurs services. J’ai de vrais échanges avec certains d’entre eux.

 

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Cachez-vous cette activité littéraire à certains ?

Il m’est impossible de révéler mes petites perversités à ma famille et à certains de mes proches. Je mène donc une double vie. C’est compliqué puisqu’il faut garder le contrôle en permanence. Le contrôle est la règle dans l’état qu’on appelle le topspace, l’univers mental dans lequel baigne un.e dominant.e dès qu’il s’engage dans une interaction. Mais au fond, se sentir à la fois Dr Jekyll et Mr Hyde, je trouve cela très excitant. Lorsque j’étais étudiante, j’ai écrit, dans le cadre de mes études d’Histoire du Cinéma, un mémoire sur le thème du double dans un tas de films dont Persona de Bergman, ce qui n’était pas anodin.

 

« Depuis quelques années, il y a en effet une recrudescence de soumises car elles n’ont plus honte de ne pas se montrer battantes et conquérantes et sortent en quelque sorte du placard »

 

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

C’est vraiment au cas par cas, selon les écrivains. Lorsqu’on écrit des textes qui tournent autour du SM, alors on prend un pseudonyme. Même des auteurs de romances ont choisi l’option du pseudonyme qui leur permet de garder l’incognito lorsqu’ils se rendent au guichet de leur agence bancaire ou croise la concierge de leur immeuble, et bien sûr auprès de leurs parents.

 

. Soudain, votre dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

L’angoisse ! L’éditeur et les lecteurs vont attendre la suite. Il faudrait que je me réfugie sur une île déserte, ou bien en Irlande comme Michel Houellebecq, sans téléphone portable.

 

« Nous sommes déjà soit dominant, soit soumis dans la cour de récréation de l’école »

 

. Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Quelle sera votre prochaine sortie ?

Un livre qui va s’intituler Soumises. Depuis quelques années, il y a en effet une recrudescence de soumises car elles n’ont plus honte de ne pas se montrer battantes et conquérantes et sortent en quelque sorte du placard. Celles que je décris dans les portraits émaillés d’aventures sexuelles et autres que je suis en train de rédiger recherchent une femme dominante mais elles ne sont pas toutes lesbiennes. Quelques-unes sont soumises à des hommes ou à des femmes indifféremment. Mais la soumission est dans leur nature. Elles y trouvent bonheur et stabilité, et ne réussissent pas à changer de rôles quand on le leur propose.

Dans le film My Wonder Women projeté récemment sur les écrans parisiens, le créateur de Wonder Woman enseigne la psychologie dans une université. Il donne une brève typologie des comportements. Nous sommes déjà soit dominant, soit soumis dans la cour de récréation de l’école. Dans sa vie privée, ce professeur d’université était bigame. L’une de ses compagnes était soumise et l’autre dominante. Ils jouaient et vivaient ensemble, tous les trois. C’était un trio heureux. Les soumis sont plus heureux que les dominants car ils se satisfont de ce qui se passe quoi qu’il arrive, comme la jeune masochiste du roman Histoire d’O. Dans d’autres registres, faire le dos rond dans l’adversité plutôt que ruer dans les brancards en voulant imposer sa loi ne génère pas le même stress.

 

À suivre…

 

En attendant, découvrez ici l’univers de Gala Fur…

Entretien avec Sara Agnès L., 2ème partie

Deuxième partie du questionnaire transmis à Sara Agnès L…

 

« Lit-on pour être excité ? OUI ! À quoi bon lire de l’érotique autrement ? Le corps a tellement été tabou (et l’est encore) qu’il me paraît capital d’y revenir »

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Il est vrai que, dans la hiérarchie de la littérature, la romance est tout en bas (surtout que c’est de la littérature pour filles, eurk !), alors l’érotique (ou la pornographie, selon la définition qu’on en donne) est forcément dans le même lot (un peu plus haut ou plus bas, j’ai un doute, vu que les hommes aiment bien et que, malheureusement, ils déterminent un peu cette hiérarchie). Mais aurait-on ce genre de discours pour le roman policier à qui l’ont fait des reproches similaires ? Que non ! Après tout, les hommes en lisent ! Bref, voilà un débat qu’on ne réglera pas ici.

Sinon, la littérature érotique a-t-elle un style pauvre et un vocabulaire répétitif ? Oui, pour certains. Comme pour tous les genres, certains le font mieux que d’autres, avec un style plus développé. La masse qui est née après le succès de Fifty Shades n’y est pas étrangère. On a beaucoup de romans plus ou moins triés sur le volet. Néanmoins, il ne faut pas oublier que, pour une masse de lecteurs, le style n’est pas ce qui importe (l’histoire prime avant tout).

Quant à la question : lit-on pour être excité ? OUI ! À quoi bon lire de l’érotique autrement ? Le corps a tellement été tabou (et l’est encore) qu’il me paraît capital d’y revenir. Le monde ne s’acquiert que par les sens, alors pourquoi renier ce qui forme notre tout ? Le plaisir s’apprend, se réfléchit, s’expérimente. Pas toujours en vrai, mais au moins dans un monde de fantasmes, qui est tout aussi important dans une certaine mesure. Ça permet à beaucoup de s’émanciper et de cesser de juger les autres sur des considérations ridicules.

 

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Personnellement, en écrire a beaucoup changé mon point de vue sur des tas de pratiques qui sont à des années lumières de ma personne. Le BDSM, notamment. Si c’est très loin de ma personnalité, je suis plus apte à comprendre ce qui soutient ce type de relation. désormais. Pareil pour le ménage ou le MM. Lire, ça instruit, et oui, ça ouvre aux autres, aux mondes et à la différence, surtout. À vouloir tout égaliser, nous perdons notre saveur et nos couleurs, et si la romance a pour tâche de faire rêver, l’érotique se doit de repousser certaines limites.

 

. Livre érotique : simple amusement ou bien outil de développement personnel ? Pourquoi ?

Les deux, cela dépend des livres. Certains nous font réfléchir et nous choquent, et je trouve que c’est sain. D’autres nous font passer un bon moment, et ça me suffit aussi. On ne peut pas demander au livre de faire tout le boulot à notre place. C’est paresseux !

 

« Le jour où la littérature aura une limite, on aura un problème de société assez triste »

 

. Quels sont tes coups de cœur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

En érotique, j’en ai peu, mais j’ai beaucoup aimé les nouvelles de Nin (oui, on ne peut pas nous sortir des classiques), et certains textes de Megan Hart, très sulfureux, dont son Alex Kennedy qui m’a fait sortir de mes gonds plus d’une fois (ce qui est une bonne chose, généralement). Plus léger, Beautiful Bastard, de Christina Lauren, mais le premier m’a suffi, je n’ai pas suivi la suite.

Sinon, je suis assez fan du style simple, mais renversant, de Kundera.

Dans les textes plus récents, j’ai beaucoup aimé French girl de Julie Derussy (elle a de la chance, je ne lis jamais les textes dont le titre est en anglais) et La domination des sens de Florence Cochet.

 

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Je ne pense pas qu’on puisse parler de limite. Le jour où la littérature aura une limite, on aura un problème de société assez triste, je crois. Cela dit, tout ne peut pas être emmené de la même façon. Le contexte, surtout en érotisme, est primordial. On peut dire que ça manque de littérature plus féministe (il y en a moins, c’est vrai), mais encore faut-il le faire d’une façon qui fonctionne. Après, chacun écrit bien ce qu’il veut. Au final, ce sont les lecteurs qui adhèrent ou pas (et là, c’est assez intéressant de voir ce qui fonctionne ou non – triste aussi, parfois).

 

À suivre…

 

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de Sara Agnès L..

Entretien avec Sara Agnès L.

Entretien frais et fleuri avec l’auteur Sara Agnès L…

 

. Qu’est-ce qui crée l’étincelle d’une histoire ? Qu’est-ce qui la déclenche ?

Pour ma part, c’est un sens, ou alors une scène en particulier qui apparaît dans ma tête, mais ça revient au sens : tout le texte n’existe que pour arriver à ce moment-là. Une fois que j’ai cette scène en tête, elle m’obsède et je brode tout autour jusqu’à ce que l’histoire apparaisse dans une certaine globalité.

 

« Quand je n’écris pas, il me manque quelque chose. Quand j’écris, il me manque autre chose. Il n’y a pas de juste milieu »

 

. Quelles sont tes techniques pour « affronter » une nouvelle ou un roman, le poursuivre coûte que coûte et en venir à bout ?

Généralement, c’est l’histoire qui me talonne pour sortir et non l’inverse. Elle me hante et m’empêche de dormir tant que je ne l’écris pas. Alors autant céder le plus vite possible !

 

. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux… écrire dans la joie et l’apaisement, ou plutôt dans la pression et la souffrance ?

Dans la joie. La vie est trop courte pour souffrir inutilement. Cela dit, j’accepte volontiers de souffrir avec mes personnages.

 

. Ecrire est un plaisir demandant des contraintes. Comment trouver le juste milieu entre contrainte et plaisir ?

Je me le demande encore. Quand je n’écris pas, il me manque quelque chose. Quand j’écris, il me manque autre chose. Il n’y a pas de juste milieu. Chapeau à ceux qui y arrivent.

 

. As-tu tes propres tabous en matière d’écriture ? T’arrives-t-il de te censurer ?

Non. Mes éditeurs ont ces œillères, pas moi. Et j’espère ne jamais les avoir non plus. En même temps, je ne fais jamais très dark (juste un peu, dans le souci de l’histoire).

 

. De quoi t’inspires-tu pour écrire ? Simplement l’imaginaire, ou bien ta vie, celles des autres, les médias ?

De l’humain et du ressenti, c’est déjà un magnifique territoire d’exploration. C’est un amalgame de plein de choses en fait.

 

. On dit parfois que tout roman a un côté autobiographique. Ecrit-on pour exorciser un certain vécu, ou au contraire pour aller au-delà de soi ?

Non. Pourquoi se cantonner à écrire des trucs réels quand on peut vivre des tas de vies imaginées ?

 

. As-tu une idée du visage de ton lectorat ?

Pas vraiment. J’ai plus de filles que de garçons (si j’en juge par ceux qui m’écrivent), mais pour le reste, cela m’importe peu. Ce sont des gens qui ont envie de lire et de s’évader, et c’est le plus important.

 

. Est-il simple d’accorder cette vie forcément un peu sulfureuse avec une vie plus classique de famille ? Caches-tu cette activité littéraire à certains ?

C’est assez simple, oui. J’ai un pseudo pour éviter les dérapages, mais dans ma vie de tous les jours, je parle assez ouvertement de mes écrits (car j’écris aussi sous mon nom). Dans ma tête, je ne suis qu’une seule personne (enfin, presque). Cela dit, je préfère garder ce côté pour les proches, pour préserver ceux qui n’ont pas choisi de me suivre dans cette aventure et qui sont mal à l’aise avec elle.

 

. Soudain, ton dernier livre se vend à 10 millions d’exemplaires… indescriptible joie ou énorme angoisse ?

Un mélange des deux, probablement.

 

. Sur quoi travailles-tu actuellement ? Quelle sera ta prochaine sortie ?

Les deux questions sont tellement à l’opposée, puisqu’une sortie prend un temps considérable avant de paraître ! Du côté de la publication, il y a L’Amour fou qui vient juste d’arriver chez AdA (au Québec). Le numérique, lui, sera disponible partout jusqu’à l’arrivée du roman par bateau, en Europe, soit le 10 septembre. Et il est tout joli !

Sinon, je travaille sur une suite d’un roman qui ne sortira probablement jamais (je l’ai dit, c’est l’histoire qui mène, pas moi). Pour l’instant, c’est tout, mais j’ai des textes dans les tiroirs qu’il faudrait que je sorte.

 

. Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui t’y a mené ?

Choisit-on vraiment de mener cette vie ? Je ne sais pas. L’écriture est une drogue dont j’ai du mal à me passer. C’est probablement pourquoi je persiste à le faire. Sinon, je ferai autre chose !

 

. Es-tu auteur professionnel, si oui est-ce un métier difficile ? Ou bien es-tu plutôt amateur ou semi-pro ? (En ce cas : ta principale activité est-elle secrète?)

Je ne sais pas à quel moment on fait la distinction. Disons semi-pro, même si en art, je crois qu’on doit toujours redevenir un amateur à un certain moment, ne serait-ce que pour aller ailleurs dans ce terrain vague. Ma principale activité est en enseignement (et j’y suis à plein temps – et j’adore ça).

 

« Je ne suis pas sûre que l’érotisme se porte bien à l’écran. À choisir, je préférerais qu’on adapte mes autres romans. »

 

. Cet univers littéraire exige-t-il un pseudonyme, ou doit-on assumer ses écrits quitte à dévoiler son identité réelle ?

Ça, c’est une question intéressante. Je ne pense pas qu’il exige un pseudonyme, mais selon son milieu professionnel ou la bêtise des gens qui pensent que l’auteure est forcément la matière de ses romans, il vaut peut-être mieux en prendre un. Après, quand on publie sous deux noms, c’est deux fois plus de boulots à gérer, je ne le cache pas.

 

. Si tu pouvais étendre ta création favorite sur un autre support, que choisirais-tu? B.D., peinture, cinéma, téléfilm, série télé, histoire audio ?

Sans hésiter, le cinéma, ou alors le format court (pas nécessairement série ou téléfilm), mais capsules web, par exemple, avec des flashs du romans. Je trouve que le roman, a lui seul, est un univers difficile à reproduire. Il faut forcément faire des sacrifices et je ne veux pas m’aventurer dans ce domaine. Mais je ne suis pas sûre que l’érotisme se porte bien à l’écran. À choisir, je préférerais qu’on adapte mes autres romans.

 

À suivre…

 

En attendant, découvrez ici Sara Agnès L…

Entretien avec Françoise Rey, 3ème partie

Troisième et dernière partie du questionnaire de Françoise Rey, décidément très enrichissant…

 

. Que faire face à cette misère sexuelle touchant toutes les couches de la population ? Pourquoi tant de laissés pour compte ?

Je n’ai pas conscience de cette misère sexuelle. Maintenant, j’ai l’impression qu’on essaie de donner à tous une chance d’épanouissement, les handicapés, les vieillards, les homos, les trans, les bi, les gros, les moches, les cérébraux, les obsédés… On cherche juste, et c’est normal, les limites de la légalité.

 

« Une fille qu’on siffle dans la rue, à qui l’on dit « Charmante, mademoiselle ! », expliquez-moi pourquoi c’est du harcèlement »

 

. Le pouvoir et l’argent, formidables alliés sexuels : vérité dérangeante ou affreux cliché ?

Pour moi, ni l’un ni l’autre. C’est une vérité, elle existe, mais le pouvoir du riche, son pouvoir sexuel, c’est ses ‘’victimes’’ qui le lui donnent, et si le puissant parvient à ses fins, ce n’est pas toujours du viol. Il faut arrêter avec ces jérémiades. Et savoir ce que l’on veut. Si on a une morale élastique à 20 ans, on peut le regretter plus tard, mais porter plainte est une preuve de mauvaise foi, et (ou) de bas intérêt.

 

. Innombrables femmes harcelées au quotidien, un peu partout et depuis très longtemps : montée en épingle de cas isolés ou triste phénomène de société ?

J’ai déjà un peu répondu, non ? Une fille qu’on siffle dans la rue, à qui l’on dit « Charmante, mademoiselle ! », expliquez-moi pourquoi c’est du harcèlement. Le harcèlement, c’est une offense, une douleur, infligée répétitivement et par la même personne au fil des jours. L’inconnu qu’on croise et qui vous adresse un compliment, même balourd, ce n’est quand même pas intenable. S’il insiste pour avoir un numéro de téléphone, on s’en débarrasse avec un bobard et un sourire. Sa vanité est sauve, il n’a pas l’impression d’avoir été méprisé.

Pour les frotteurs du métro, c’est plus délicat. Il faut s’exercer à manipuler une aiguille à l’aveuglette. Mais ça peut devenir très drôle !

J’ai l’impression que les filles et les femmes n’ont pas assez de répondant. Elles se complaisent dans ce rôle de pauvres petites choses harcelées par d’infernales lubricités. Je me souviens d’une soirée où un gros bof avait fait un commentaire très trivial sur mon décolleté plongeant, en y avançant des mains qu’il croyait autorisées par mon exhibitionnisme. Je l’ai prévenu : « Je t’avertis, si tu te permets de me toucher, j’en aurai autant à ton service ! » Son sourire goguenard et son geste m’ont prouvé qu’il ne me croyait pas. Le mien lui a prouvé qu’il aurait dû. Je lui ai attrapé les bijoux de famille avec une emphase qui lui a arraché un cri effaré, mi-douleur, mi-indignation. « Houlà ! s’est-il exclamé en prenant un convive à témoin . Qu’est-ce que c’est que cette bonne femme ?

-La mienne ! » a répondu mon mari avec philosophie.

Du coup, c’est à lui que le goujat a présenté ses excuses. C’était là, pour moi, la vraie offense.

 

. Toujours passer par la séduction, la drague et la discussion pour en venir au sexe : hypocrisie à proscrire ou jeu charmant ?

Moi, j’aime bien. Séduction, drague, discussion, ce sont là les vrais préliminaires.

 

. Hypersexualisation, prostitution au collège, prédateurs : exagération ou enfants en danger ? Comment les protéger ?

Il faut beaucoup, beaucoup les avertir, beaucoup les écouter, les épier, les connaître, les deviner, et beaucoup les renseigner.

 

. Si vous pouviez faire passer une loi nationale liée au sexe, quelle serait-elle ?

L’abolition du serment de fidélité dans les règles du mariage.

 

. Pour vous, fidélité et exclusivité sexuelle ne doivent-elles faire qu’un ?

Bien sûr que non. La fidélité, ce n’est pas rester attaché. C’est toujours revenir.

 

« L’égalité, ce sera quand on jugera une personne sur ses capacités, physiques ou mentales, sur ses valeurs et non d’après son sexe »

 

. Avez-vous une opinion quant aux petits mouvements minoritaires orientés sur le polyamour ? Le matriarcat ?

Je suis pour toutes les formes de conquête de liberté sexuelle, et amoureuse.

 

. Pensez-vous qu’il pourrait y avoir une forme de divinité ayant créé l’univers ? Une vie après la mort ?

Oui, j’en suis sûre. Je dirais comme Voltaire : « Le monde m’étonne et je ne puis songer

Que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. »

Et puis je vis seule dans une grande maison peuplée d’âmes, mon mari, mort il y a 4 ans, est toujours près de moi.

 

. Qu’est-ce que pour vous l’égalité homme-femme ? Jusqu’où mener cette vision ?

L’égalité n’est pas la similitude. On ne sera jamais pareils, hommes et femmes. Je ne le déplore pas. Sauf quand j’aurais besoin de force physique, de muscles. Mais je me dis qu’il y a des hommes gringalets. L’égalité, ce sera quand on jugera une personne sur ses capacités, physiques ou mentales, sur ses valeurs et non d’après son sexe. Tiens, je vous livre un exemple qui m’énerve : d’après les normes de santé, un homme aurait droit à 2 verres de vin par jour, et une femme un seul. C’est pas de la discrimination sexuelle, ça ?

 

. Que faut-il à une femme pour être féminine ? A un homme pour être masculin ?

Mais pourquoi partir du principe qu’une femme doit être féminine pour séduire ? Et un homme, masculin ?

 

. De fortes envies de sexe au quotidien, cela s’explique-t-il par des goûts personnels ou la biologie ?

La biologie, l’éducation, la culture, l’écoute de son être profond…

 

. Au-delà, fait-on réellement le choix de sa sexualité ? Peut-on choisir d’être hétéro, homo, d’avoir une faible ou une grosse libido, être fidèle ou infidèle, sage ou frivole ?

Je ne crois pas. Quand j’étais toute jeune ado, les premiers rêves érotiques que j’ai faits mettaient en scène des filles, et du coup, j’ai commencé ma vie amoureuse et sexuelle avec une femme.

Après, le poids du jugement social m’a fait rentrer dans le « droit chemin ». J’ai eu beaucoup d’aventures et de rencontres masculines, mais sensuellement parlant, rien n’a jamais été pareil en intensité, ni désir, ni plaisir. Je crois que je suis profondément lesbienne, une lesbienne contrariée.

 

« Je déteste les mauvaises haleines. Et les baisers profonds. Et les caresses buccales en général »

 

. Est-il utile qu’il y ait un(e) dominant(e) et un(e) dominé(e) dans le sexe ? Si oui, pourquoi ?

Oui, quand les deux se rencontrent. L’un et l’autre versant de la domination, l’actif et le passif, ont du charme , il faut trouver sa « moitié d’orange » comme disent les espagnols.

 

. Après des années de vie sexuelle, comment continuer à se surprendre ?

Je ne vois pas en quoi se surprendre est indispensable… C’est si bon de connaître l’autre par cœur !

 

. Quelle est votre sexualité au quotidien ? Vie sage, de couple, abstinente, libertine ?

A présent, plaisir solitaire à peu près hebdomadaire, pour voir si ça marche toujours.

 

. Quelles sont vos exigences de séduction ?

Je déteste les mauvaises haleines. Et les baisers profonds. Et les caresses buccales en général. Et j’adore les mots, les fous, les crus, les audacieux .

 

. Êtes-vous du genre à réaliser vos fantasmes ?

Surtout pas ! Les fantasmes ne sont pas faits pour être réalisés . C’est paradoxal !

 

Retrouvez ici l’univers de Françoise Rey.

Entretien avec Françoise Rey, 2ème partie

Deuxième partie du questionnaire envoyé à Françoise Rey...

 

. Ce domaine souffre de deux idées reçues. On l’accuse : 1 – d’avoir un style pauvre et un vocabulaire répétitif pour des histoires très clichés 2 – d’être des livres uniquement faits pour exciter. Ces on-dits sont-ils injustifiés ? Justifiés en partie ?

Pour ce qui est de la littérature érotique en général, je n’en sais rien, je n’en lis presque pas. Pour ce qui est de la mienne, j’ai la fierté de prétendre que ces 2 idées sont totalement injustifiées.

 

. En quoi ces lectures peuvent-elles nous faire réfléchir ? Nous ouvrir au monde, aux autres ?

Elles nous ouvrent surtout et d’abord à nous-mêmes. Je sais par des sexologues que je fais partie de leurs recommandations auprès de leurs patients.

 

. Quels sont vos coups de coeur littéraires, que ce soit en érotique ou tout autre style ?

Colette, Giono, Zola, l’immense Hugo. Et avant tout le reste, le magnifique Cyrano de Bergerac, de Rostand. Pour moi le chef d’œuvre absolu.

 

. Dans un polar ou un livre d’horreur, on peut prendre plaisir à imaginer des choses que l’on n’aimerait pourtant jamais vivre. Est-ce également le cas en littérature érotique ? Quel est ce mystère ?

Moi, si je prends plaisir à une lecture érotique, c’est que le scénario me semble plausible et vivable. Sinon, pas de plaisir.

 

« Je n’aime pas la violence. Le sang, les coups, le « trash » comme on dit. Mais peut-il s’agir là de littérature érotique ? »

 

. Qu’aimez-vous lire en général et pourquoi ?

Je lis, comme j’écris, de moins en moins. J’ai du mal à me laisser embarquer, une sorte de déformation professionnelle me fait analyser chaque construction de phrase, regretter chaque répétition… C’est gênant.

 

. A une époque, bien des ados et même préados ont découvert l’érotisme via les pages de sexe cru de « S.A.S. ». Ces lectures peuvent-elles jouer sur l’éveil sexuel, avoir un aspect pédagogique ? Ou bien doit-on laisser cela impérativement aux plus de dix-huit ans ?

A 18 ans, on n’est pas tous mûrs de la même façon. Cette date limite est trop artificielle. Quoi qu’il en soit, La lecture, c’est bien pour les jeunes. Quand les textes sont bien écrits. Ce n’est pas le contenu qui peut pécher, mais le style, la construction, le vocabulaire.

 

. Quelle est la limite dans la littérature érotique ? Faut-il des tabous et des interdits, si oui lesquels ?

Les enfants. Il ne faut pas risquer de troubler le lecteur avec des histoires qui mettent en scène des gosses. Et puis moi, je n’aime pas la violence. Le sang, les coups, le « trash » comme on dit. Mais peut-il s’agir là de littérature érotique ?

 

. En quoi cette littérature résonne-t-elle avec la société actuelle, à l’heure entre autre d’un certain retour à l’obscurantisme religieux ?

La société actuelle est avide de bien-être, de plaisirs soignés, elle est soucieuse des corps et de leur épanouissement : engouement pour la gastronomie, la thalasso, tout ce qui apaise, ou exalte, fait vibrer, stimule un appétit, une gourmandise, une connaissance des sens, les siens propres, ceux des autres, un art de les séduire… N’est-ce pas là la définition de la littérature érotique ?

 

. De quelle façon le monde d’aujourd’hui influence-t-il votre écriture ?

Il ne l’influence pas. J’ai écrit il y a peu une nouvelle dont le héros était Macron. Voilà. Juste ça. Macro est-il à lui tout seul le monde d’aujourd’hui ?

 

. Que ressentez-vous par rapport à vos personnages ? Vous ressemblent-ils, vous sont-ils opposés ? Sont-ils des amis ?

Je suis souvent très amoureuse de mes personnages. D’ailleurs, ils ont leur propre vie, évoluent librement sans trop me demander mon avis. Lorsque je pense à eux, à certains d’entre eux, j’ai vraiment l’impression de les avoir connus (au sens biblique du terme, entre autres)

 

. Aimeriez-vous coucher avec eux, ou certains d’entre-eux ?

Je viens de vous le dire : c’est généralement fait, du moins c’est le souvenir que j’en garde.

 

. Injectez-vous de l’amour dans vos histoires ? Peut-on écrire du sexe sans un gramme d’amour ?

J’injecte beaucoup d’amour dans mes textes, mais on peut, bien sûr, écrire du sexe sans un gramme d’amour !

 

. Ecrivez-vous en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, ou bien avez-vous l’écriture plus intuitive ?

Mais écrire en fonction de ce que le lecteur pourrait aimer, c’est bien cela, une écriture intuitive !

 

« Je me rappelle une question d’un journaliste : « Vous vous caressez en écrivant ? » A quoi j’avais répondu : « Je ne peux pas, je suis droitière pour les 2 »

 

. Comment faites-vous pour mieux vendre, vous faire connaître, fidéliser le lecteur ?

Vendre et me faire connaître, ce n’est ni mon travail, ni ma responsabilité. C’est ceux de mes éditeurs, agents etc. Fidéliser, mon Dieu, j’essaie de ne pas démériter d’un livre à l’autre. De varier, de surprendre toujours, d’exciter. D’émouvoir. D’amuser. De faire que le lecteur ou la lectrice se reconnaisse un peu chaque fois dans les élans que je décris, les sentiments, les sensations, les doutes, les peurs, les plaisirs…

 

. Si votre œuvre totale pouvait se résumer en un message, quel serait-il ?

Il faut oser. Sans avoir peur de déplaire. Ceux qui vous aimaient continueront à vous aimer. Les autres, rien à perdre, on s’en fout !

 

. Ecrire peut-il vous provoquer une excitation sexuelle ? Et lire ? Rêver ? Imaginer ?

Je me rappelle une question d’un journaliste : « Vous vous caressez en écrivant ? » A quoi j’avais répondu : « Je ne peux pas, je suis droitière pour les 2 » C’était l’époque où j’écrivais encore au crayon. En fait, je suis rarement excitée quand j’écris. La lecture, oui, le rêve, les scénarios , les fantasmes, quoi ! Mais je vieillis. Tout s’use. Et attention, aucune mélancolie, tristesse, amertume là-dedans. J’aime bien vieillir, me regarder vieillir et noter les stades différents de cette énième métamorphose de ma personne.

 

« Je me rappelle une question d’un journaliste : « Vous vous caressez en écrivant ? » A quoi j’avais répondu : « Je ne peux pas, je suis droitière pour les 2 »

 

. Si la société d’aujourd’hui était réduite à un couple, quels seraient ses problèmes sexuels ?

Pas la jalousie, toujours !

 

. Familles recomposées, sites de rencontres, dénonciation du harcèlement, banalisation de la pornographie… en quelque décennies, notre image du sexe et de l’amour a été chamboulée. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Les deux mon colonel ! Progrès du côté de la banalisation de la pornographie, qui ne m’a jamais paru être une mauvaise chose, ouverture du concept du couple à l’idée de l’amour pluriel, ça, à mon avis, c’est un pas en avant, encore trop timide. Quant au fameux harcèlement, on y met tout et n’importe quoi. Quand j’entends certains témoignages, je me dis que j’ai été harcelée mille fois dans ma vie, sans jamais en être plus affectée que ça, et que j’ai été moi aussi une harceleuse, et personne ne s’est jamais plaint !

 

À suivre…

 

En attendant, retrouvez ici les ouvrages de  Françoise Rey...