Entretien avec l’auteur Nicolas Marssac

Cette semaine, je vous propose de découvrir Nicolas Marssac, auteur dont nous avons découvert le travail de l’épouse Marie Godard il y a peu, sur ce blog… 

Certaines de vos histoires mettent en scène des événements relativement peu probables dans la vie réelle, tel cette nouvelle où des infirmières cherchent à aguicher un jeune homme hospitalisé. De votre point de vue, êtes-vous dans l’irréalisme ou bien la réalité dépasse-t-elle en fait souvent la fiction ?

Grande question… à quel moment passe-t-on de la réalité à la fiction ? Et, en particulier dans le cas de cette infirmière — une cougar comme il en existe de nombreuses — qui décide de s’offrir un jeune garçon en pâture, pourquoi cela n’aurait-il pas existé, et ne se produirait-il pas de nos jours ? J’ai séjourné en clinique un certain nombre de fois, dont tout récemment, et je peux vous dire qu’à partir de certaines heures de la nuit, tout peut se produire. Quant au fait que des infirmières cherchent à aguicher un patient, je peux vous affirmer que je l’ai vécu, encore récemment. La plupart du temps, c’est un jeu, comme le fait d’échanger des regards avec une femme à la terrasse d’un café, ou de flirter avec la postière au guichet… Tous ces jeux auxquels se livrent les gens bien dans leur peau et qui ne mènent pas forcément et automatiquement à une conclusion… Un jeu… Pour oublier un instant la vie de tous les jours et se sentir différent, séduisant…

France, Asie, Canada… vous avez vécu en des contrées très différentes. De quelle façon vit-on sa sexualité dans tel ou tel pays ? (Tabous, difficulté de facilité de faire des rencontres, comportements…)

Quand j’ai quitté la France au début des années 70, les femmes étaient libres de leur corps grâce à la pilule et les contacts hommes/femmes étaient sans tabou particulier. En Afrique, où j’ai effectué de nombreuses missions, femmes et hommes vivaient depuis longtemps une sexualité libre et saine. En Asie, une région du monde où on aurait peu penser que les approches étaient subtiles et les comportements restreints, la différence de couleur de peau, qui faisait fantasmer les hommes, les asiatiques comme les occidentaux, entraînait des rencontres relativement aisées.

Certaines nouvelles semblent se dérouler il y a plusieurs décennies. Êtes-vous nostalgique des années soixante ou soixante dix ?

Je suis partagé : d’une part, je pense que les années 60 ou le sexe était — sous l’emprise d’une Eglise encore très présente — encore sujet à de nombreux tabous, étaient une époque ou l’érotisme était le plus fort. On ne parlait pas de sexe, peut-être, mais l’érotisme était présent dans la mode féminine, au cinéma avec des actrices superbes et sensuelles évoluaient dans des films dans des tenues et des situations qui suggéraient beaucoup, ou encore dans la littérature, domaine où les mots avaient une grande force. On montrait peu, mais on laissait une grande part aux fantasmes.

Mais, en contrepartie, dans les années 60, la pilule libératrice n’était pas encore répandue et l’on vivait, du moins les célibataires, dans la hantise d’une grossesse non voulue. Cela ne rendait pas le rapports faciles…

Les années 70, je l’ai dit plus haut, ont changé la donne. Mais on était encore loin de l’époque actuelle où tout est visible, ouvert, dès, ou même avant, l’adolescence, sans mystère, et sans grand fantasme. Il y avait une grande place pour l’érotisme, alors que maintenant…

Alors oui, dans une certaine mesure, je suis quelque peu nostalgique des années 60/70.

Votre épouse écrit et publie également des histoires érotiques. Comment se gère le quotidien de deux écrivains érotiques ? Comme un couple classique, ou différemment ?

Nous travaillons chacun de notre côté, chacun dans nos bureaux séparés l’un de l’autre, et notre écriture est très différente l’une de l’autre. Nous ne nous concertons donc pas. En revanche, nous faisons lire à l’autre le travail achevé, et nous sommes des critiques sans compromission vis à vis l’un de l’autre.

Evidemment, l’érotisme que nous écrivons peut-être parfois un stimulant, mais c’est très accessoire… et c’est une autre histoire…

Vous aimez décrire de façon crue, votre écriture a un côté érotique mais également pornographique. Pourquoi cherchez-vous à ce point le « détail salace » ?

Érotique, pornographique, où est la frontière ? Je pense que c’est un point de vue individuel. Quant au « détail salace », il m’est arrivé, au bout d’un long moment d’écriture, d’avoir envie d’aguicher ou de surprendre le lecteur — ou la lectrice, car le lectorat féminin est, je pense, supérieur en nombre au masculin — avec des détails plus crus qui vont trancher avec le reste du texte. Oui, je reconnais le caractère volontairement provocateur de certaines pages.

Le héros de vos nouvelles est souvent une héroïne. Vous mettez-vous dans son corps et son esprit, ou bien plutôt dans la peau de son partenaire ?

Quand je décris une situation avec une héroïne comme personnage central, j’essaie autant que possible de me mettre dans la peau de celle-ci. J’aime bien penser que les femmes sont, à notre époque, totalement maîtresses de leur vie amoureuse et que c’est très bien comme cela…

Vous êtes friand d’art tribal. Certaines créations de ce domaine sont particulièrement sexuelles. Une sexualité assumée serait-elle moins taboue en certains lieux et certaines époques ? Ou bien ne faut-il y avoir que des symboles de la fertilité ?

L’art tribal est essentiellement spirituel. On sculpte, depuis fort longtemps et partout dans le monde, des effigies qui ont pour but de protéger, d’ensorceler, de respecter les ancêtres, ou encore de favoriser la fertilité. L’évocation du sexe sur certaines statues est bien dans ce dernier but.

Quant à la sexualité d’une région du monde par rapport à celle d’une autre, il faudrait un livre fort épais et fort docte pour en traiter.

Votre métier, antiquaire, est plutôt « sage » par rapport à vos histoires. L’écriture est-elle un loisir supplémentaire, ou bien est-elle davantage que cela au centre de votre existence ?

Mon métier d’antiquaire constitue mon occupation centrale. Je me suis mis à l’écriture pour me distraire et aussi pour voir si je pouvais le faire. Quant à continuer… J’ai plusieurs idées en tête, mais ce ne sera vraisemblablement plus de l’érotisme.

Si vous comparez votre adolescence aux ados de 2017, quel est votre point de vue sur la jeunesse d’aujourd’hui ?

Peut-être ai-je un peu oublié, certainement même. Néanmoins, je pense que les adolescents de mon époque vivaient dans la vrai vie. Les contacts étaient plus faciles, les jeux de l’amour plus simples, plus vrais dans un certain sens, les distractions différentes. J’ai le sentiment que les ados actuels vivent dans un monde en partie virtuel, plus brutal, empreint de beaucoup de solitude, et en même temps avec un communautarisme très fort. Je trouve nos jeunes très attachants, mais très vulnérables, dans un monde qui a beaucoup changé mais auquel ils semblent s’adapter. Je l’espère pour eux.

Lire des extraits de ses ouvrages, les commander : https://www.amazon.fr/Nicolas-Marssac/e/B004MQEQYE/ref=dp_byline_cont_book_1

Entretien avec l’auteur Marie Godard, 2eme partie

Suite et fin de notre entretien avec l’auteur Marie Godard.

Dans la vision du polyamour, de la non-exclusivité, du ménage à plusieurs etc., qu’est-ce qui nous freine dans notre société actuelle ? Pourquoi est-ce donc si tabou, si rejeté ?

Je ne suis pas sociologue et n’ai pas la prétention de pouvoir porter un jugement sur notre société. Je ne peux que vous donner mon sentiment qui n’est que le fruit de mon expérience personnelle et de la vision que j’ai de ce qui m’entoure.

Je dirai donc que nous sommes dans une société encore très empreinte de ses racines judéo-chrétiennes et que même si nous sommes très nombreux à être non pratiquants, voire athées, il n’en reste pas moins que la notion de ce qui est bien et mal en est encore très imprégnée. Or quand on se mariait, il n’y a pas si longtemps encore, on se mariait pour la vie, qui était, je vous le rappelle, bien plus courte qu’elle ne l’est maintenant car quelqu’un qui avait 50 ans était vieux ! Ceci n’est plus le cas car il y a maintenant 45% des mariages en France qui finissent par un divorce bien que nous continuions d’adhérer à la règle de la monogamie (je ne parle pas ici de la loi mais de la pratique).

À cela s’ajoute le fait que dans notre société, la vie sexuelle est encore intimement associée à la vie amoureuse monogame, encore une fois, en raison de notre culture judéo-chrétienne : souvenez-vous que jadis, seules les relations sexuelles dans le but de procréer étaient autorisées par les lois de l’Église…

La conséquence de cela est que si notre partenaire s’aventure hors de sa relation de couple pour vivre des aventures sexuelles avec d’autres partenaires, la réaction de l’autre est de croire immédiatement que la relation amoureuse est menacée.

Petit à petit, certains arrivent à déconnecter le sexe de la relation affective exclusive mais nous sommes encore loin d’une règle générale. Ceux qui y sont arrivés peuvent alors vivre des aventures sexuelles avec d’autres partenaires sans que leur vie de couple n’en fasse les frais.

Et dans un petit nombre de cas, les partenaires d’un couple en arrivent même à accepter sereinement que l’on puisse aimer plus d’une personne à la fois, chacune étant unique, sans que cela mette en danger l’existence de ce couple. Les praticiens du polyamour pensent que les sentiments que l’on éprouve, la tendresse, l’affection, l’amour, l’attirance physique, ne sont pas des parts de gâteau disponibles en quantités limitées. Permettez moi d’illustrer mon propos : ainsi, ce n’est pas parce que l’on aime son premier enfant qu’on n’aimera pas le second au motif qu’on a déjà donné son amour au premier ! Il se pourrait qu’il en aille de même pour les relations amoureuses, en tout cas, chez certains couples…

À ce sujet, je me permets de vous conseiller la lecture des livres d’une amie, Françoise Simpère, auteur et journaliste, qui a beaucoup écrit sur le polyamour.

Vous sembler beaucoup lier le sexe et l’érotisme à l’amour, même lors des scènes les plus crues. Sexe et amour sont-ils pour vous indissociables ?

C’est sans doute parce que je suis toujours aussi amoureuse de mon mari que vous ressentez la présence de l’amour dans mes textes, mais je ne crois pas que cela soit absolument nécessaire. Une chose est certaine, c’est qu’il doit y avoir une vraie complicité entre les partenaires sexuels, une grande confiance qui permette l’abandon, sinon, à quoi bon ? Et lorsque cette complicité s’installe, la tendresse, l’affection ne sont pas loin derrière…

Quel effet sur vos lecteurs voudriez-vous qu’aient vos écrits ? Simple plaisir littéraire, une réflexion, un épanouissement ?

Comme je suis très cérébrale, j’espère que mes lecteurs trouvent dans mes romans et mes nouvelles une place pour LEUR vision érotique personnelle, contrairement aux films pornographiques qui imposent un cadre très précis qu’on ne peut pas modifier et qui excite, ou pas, ceux qui les regardent. Je crois que les romans érotiques doivent faire la part belle à l’imaginaire du lecteur et c’est ce que j’espère que font mes romans. J’ajoute que j’espère aussi que l’histoire soit suffisamment captivante, même si elle est excitante, pour que l’on ait envie d’en connaître la fin.

Vous avez également abordé le domaine de la soumission, ce qui ne ressort pourtant pas forcément dans les autres écrits. Pourquoi ce domaine vous tient-il à cœur ?

Ce domaine ne me « tient pas à cœur », c’est juste un autre jeu sexuel qui peut être amusant dans un contexte érotique. Je n’ai aucune disposition à la soumission et n’ai pas non plus de fantasmes de domination, mais j’aime les jeux sexuels et la soumission est l’un d’eux, mais comme vous avez dû le découvrir si vous avez lu « Soumise, vous avez dit soumise ? » ce jeu est plus complexe qu’il n’y paraît…

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Entretien avec l’auteur Marie Godard

Echanges épistolaires, échanges tout court, ménage à trois, soumission, domination… Marie explore de nombreux thèmes sulfureux avec son époux Nicolas. Une écriture intrigante m’ayant donné envie d’en savoir davantage sur chacun… (Comme on peut le voir, j’ai eu du mal à tout cerner vu mes deux premières questions pas totalement bien ciblées 🙂  )

Tout auteur a (je pense !) le fantasme que ses écrits séduisent au point de désirer de l’amour, du sexe… chez une lectrice ou un lecteur, que cela aboutisse sur une rencontre réelle ou non. L’écriture érotique peut-elle souvent séduire à ce point, ou cela tient-il de l’exception ?

Je ne suis pas certaine d’avoir bien compris votre question. Si vous me demandez si mes écrits érotiques peuvent donner envie aux lecteurs de me rencontrer, alors je vous dirai que cela est très souvent le cas. Lors de la parution d’un nouveau roman, je reçois soudainement plusieurs mails et messages, sur Facebook notamment, d’hommes qui me font des propositions diverses et variées, pensant sans doute que je fais tout ce que j’écris… Il ne s’agit donc pas d’un comportement exceptionnel.

Vous avez déjà écrit à quatre mains avec votre époux, lui aussi auteur érotique. Comment cela se déroule-t-il ?

Non, vous vous méprenez, Théo, nous n’avons jamais écrit à quatre mains. Nos premiers romans respectifs – « L’arrière-boutique » pour Nicolas et « Échanges virtuels » pour moi – ont été publiés sous la même couverture par France Loisirs mais nous n’avons jamais écrit ensemble et cela ne risque pas d’arriver car nos façons d’écrire sont tellement différentes que nous passerions tout notre temps à tenter, vainement, de les harmoniser.

Ainsi, Nicolas est beaucoup plus visuel que moi, qui suis très cérébrale. Mes descriptions sont beaucoup plus « cash », ou crues, si vous préférez, alors que les siennes sont plus nuancées, car ce sont celles d’un peintre, puisqu’il est également photographe et artiste peintre, ce qui affecte de façon évidente la façon dont il décrit les scènes et les personnages de ses livres.

Je vous invite d’ailleurs à visiter son site officiel d’artiste peintre, qui est, cette fois, sous son nom pour l’état civil, Jean-Claude Mauléon, et non pas sous son nom de plume, Nicolas Marssac.

https://www.artmajeur.com/jean-claude-mauleon/

Pour vos histoires, vous inspirez-vous surtout de votre passé, de votre quotidien… ou encore de celui des autres ?

Je vous répondrai d’abord par une boutade : Et si j’écrivais des polars ou des livres de science fiction, me demanderiez-vous si je m’inspire de mon passé ? C’est une question qu’on ne pose qu’aux auteurs de littérature érotique car cela fait, enfin je pense, fantasmer nos interlocuteurs d’imaginer que l’écrivain a vécu ce qu’il raconte.

Et bien, la plupart du temps, en tout cas pour ce qui me concerne, les histoires que je raconte sont le fruit de mon imagination. Mais ma réponse ne s’arrête pas là et je dois à la vérité de dire qu’il m’est arrivé, à quelques occasions, de m’inspirer d’un événement de ma vie.

Le plus important reste néanmoins le fait incontournable que je n’aurais pas le talent nécessaire pour décrire des activités érotiques qui n’auraient pas le potentiel de m’émouvoir, ou pire, qui me dégoûteraient. Deux exemples : la pédophilie ou la zoophilie, pour ne citer que ceux-là.

Écrire des histoires érotiques a-t-il tendance à créer en vous des émotions fortes, à vous mettre dans tous vos états ?

Pas au moment où je les écris, non, cela ne m’émeut pas du tout mais je sais que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne à ce propos. Lorsque j’écris, je suis concentrée en tout premier lieu sur l’histoire, la cohérence et la crédibilité du récit. Très importants aussi sont la façon de raconter l’histoire, son tempo, la chasse aux répétitions et aux incohérences  et la qualité du français. Ce que j’écris ne m’émeut donc pas pendant l’écriture, mais il n’est pas exclu qu’en me relisant, j’y sois plus sensible…

Vous semblez avoir une vision du couple assez libérée : amoureux, mais non lié par une exclusivité sexuelle. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

J’ai peu de choses à dire à ce sujet sinon que mon mari et moi sommes ensemble depuis maintenant 40 ans, que nous sommes tout l’un pour l’autre, – à la fois grand amour, meilleur ami, frère et sœur, et amant, bien sûr, – que rien ni personne ne peut nous séparer sauf la mort de l’un d’entre nous. Notre relation, comme celle de tous les couples, a beaucoup progressé au fil du temps et nous sommes convaincus que la jalousie est un sentiment dangereux qui ne protège pas de la souffrance celui qui la ressent et qui ne fait qu’étouffer celui qui la subit. Nous croyons au contraire qu’il n’est que naturel qu’on puisse de temps en temps avoir envie de varier les menus, et que cela ne peut que contribuer à nous rendre encore plus complices.

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Rendez-vous dans quelques jours pour la suite de cet entretien

Entretien avec l’auteur Arthur Vernon, partie 2

Suite de mon entretien avec l’auteur Arthur Vernon…

Tu parles du bonheur d’une façon quasi mathématique et mécanique. Peut-on à ce point quantifier, voire « calculer » une notion si abstraite et impalpable ?

Dans « La Vie, l’Amour, le Sexe », j’explique surtout que le bonheur est relatif. Je distingue les notions de bonheur « objectif » (perçu par la société) et bonheur « ressenti », qui est la vraie jauge du bonheur pour chaque individu. Les calculs hédonistes permettent de faire des choix pour favoriser le bonheur ressenti – tout l’objectif du livre est de donner des pistes pour faire les choix qui favoriseront notre bonheur.

« La vie est dure », bien sûr. Les épreuves et souffrances sont nombreuses. Pourtant, au regard de certains, ce dicton est aujourd’hui assez ringard. Ne trouve-t-on pas des gens vraiment zen et heureux dans chaque couche de la société, ne vivant globalement pas d’épreuves fort douloureuses et étant au contraire heureuses de chaque nouveau jour qui se lève ?

Je ne place pas mon propos dans l’air du temps, je me fiche de ce qui est ringard ou pas. J’explique scientifiquement que l’homme est un avatar de l’univers qui évolue donc dans un milieu qui lui est hostile. C’est un simple constat factuel, ce n’est ni l’avis personnel d’un type aigri et encore moins une philosophie de vie. Il ne faut pas se mentir pour prendre les bonnes décisions. C’est sur la base de ce constat que je peux faire des choix qui favoriseront mon bonheur. Cela ne m’empêche absolument pas de rejoindre ceux qui sont « zen » et « heureux de chaque nouveau jour qui se lève », ce qui constitue un état d’esprit.

Comme tu l’expliques de façon assez pertinente (comme l’explique également Frédéric Delavier dans ses vidéos sur Youtube), nous sommes bien plus dirigés par nos gènes que nous ne l’imaginons. Cependant, la nature de l’humain n’est-elle pas également de savoir transcender, du moins en partie, sa condition animale ?

Mon point de vue est que l’objectif est de rechercher le bonheur. Ceux qui s’ennuient des plaisirs de la vie trouveront peut-être plus de bonheur dans la transcendance et tant mieux pour eux. Réciproquement, je pense absurde d’imposer la transcendance pour tous. Elle doit relever d’un choix personnel. En ce qui me concerne, je pense qu’il y a suffisamment de plaisirs dans la vie (notamment de nature sexuelle) pour éviter les efforts artificiels liés à la transcendance.

Pour pallier à la crise du couple, certains recommandent une sexualité totalement libre, et pourquoi pas : des ménages à plusieurs / multi-parentalité / pouvoir être amoureux de plusieurs personnes à la fois (polyamour), etc. Qu’en penses-tu ?

Je suis totalement pour le fait que chacun réfléchisse sur la meilleure façon qui lui correspond de vivre sa sexualité et sa vie affective et amoureuse. Toutes les options peuvent être envisagées. Le plus important est d’en discuter avec son ou ses partenaires. L’exclusivité sexuelle est une aberration biologique – il est certes possible d’y trouver son bonheur, mais au prix d’un travail de l’esprit inaccessible à la plupart, et surtout, pas nécessaire.

Dans tes livres, tu parles entre autres de la misère sexuelle. Notre époque d’aujourd’hui, si elle reste relativement libérée sexuellement, n’est-elle pas particulièrement sans pitié pour les moches ? Les obèses ? Les introvertis ? Les pauvres ? (etc.) Précisons en donnant un exemple : que doit faire une obèse, veuve quinquagénaire, surendettée, au visage ingrat, pour espérer être sexuellement épanouie ?

D’abord, la misère sexuelle est principalement masculine. Beaucoup de femmes « moches » pourront avoir des relations sexuelles satisfaisantes – elles auront peut-être plus de difficultés sur le plan affectif et amoureux. Ensuite, le physique est vraiment loin d’être l’unique attrait, y compris en matière de sexualité. Et en dernier ressort, je suis pour la prostitution. On parle pudiquement « d’assistance sexuelle » pour les handicapés, ce qui est très stigmatisant pour tous ceux qui sont en misère sexuelle sans être handicapés. Si la société était vraiment libre sexuellement, il n’y aurait pas cette réglementation aberrante sur la sexualité, qui interdit indirectement à chacun d’utiliser son corps comme bon lui semble.

Comment vis-tu ta propre sexualité ? Ta relation à l’autre, à l’amour ? …Tu ne considères tout de même pas tes relations uniquement comme un processus chimique et biologique !… Si ?

Je me considère comme un amas moléculaire comme tout le monde. Savoir comment je fonctionne m’est d’une immense aide dans mes choix de vie. J’essaie d’avoir une sexualité ouverte et épanouie, idem pour mes relations aux autres. Ma principale limite, je la trouve dans mon environnement qui reste très influencé par les règles morales fixées par la société. C’est justement la raison pour laquelle j’essaie de repousser ces règles morales avec des livres, pièces de théâtre et films.

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Entretien avec l’auteur Arthur Vernon, partie 1

Es-tu résolument athée dans le sens où tu  serais persuadé de l’inexistence de Dieu ?

Les explications scientifiques expliquant la genèse du monde me semblent très convaincantes, et Dieu n’y a pas sa place. Je ne renierai pas l’existence de Dieu le jour où elle fera l’objet d’un consensus scientifique – je me considère donc aussi comme agnostique. A ce jour toutefois, on est très loin d’un début de piste évoquant l’existence d’un être supérieur, et il me semble infiniment plus raisonnable de vivre comme s’il n’existait pas – je vis donc comme un athée.

Tu parles de lois naturelles expliquant la naissance de l’homme… Certes, mais qu’en est-il en ce qui concerne la naissance initiale de tout ?

Notre intelligence apparaît parfois comme limitée, seuls des efforts d’abstraction importants permettent de concevoir l’origine du monde. La science n’est pas muette sur ce sujet avec notamment la théorie du big bang qui serait à l’origine de l’univers. Petite précision également : je ne parle pas de lois naturelles qui expliquent la naissance de l’homme. J’explique simplement qu’une accumulation de hasards et de circonstances particulières ont permis à la vie d’apparaître sur terre, ces hasards et circonstances font l’objet d’explications scientifiques qui me semblent crédibles et pertinentes. Dans un univers immense aux infinies possibilités, il n’y a rien d’exceptionnel à ce que l’une de ces infinies possibilités ait débouché sur la vie. L’homme est un avatar de l’univers – certainement l’un des constats les plus importants dans mon livre.

Certains bipèdes tiennent à tout, sauf à transmettre leurs gènes… Descendance, moi jamais. Ces personnes sont-elles paradoxales à tes yeux ?

Sauf cas exceptionnels, chaque être vivant a pour mission génétique de transmettre ses gènes. Je devine que tu fais références à certains humains qui n’auraient pas envie d’enfants. L’homme est un cas particulier car sa conscience lui permet des choix qui peuvent s’opposer à sa constitution biologique. Je n’y vois donc aucun paradoxe. Au contraire, dans « La Vie, l’Amour, le Sexe », le propos principal est de déjouer les illusions liées à notre dessein biologique pour privilégier notre bonheur.

Est-il naturel de ne pas du tout vouloir d’enfant ? Une personne seule et célibataire toute son existence ne peut–elle pas transmettre à l’humanité… d’autres choses tout aussi riches qu’une descendance ?

Que l’homme profite de son cerveau pour décider d’avoir ou non des enfants me semble très sain. En revanche, je ne pense pas que l’orgueil de vouloir absolument transmettre quelque chose de sa vie (que ce soit des enfants ou autre chose) soit le meilleur moteur d’une vie : je privilégie la recherche du bonheur, voire du plaisir, à la satisfaction de l’orgueil. Avoir un enfant et transmettre peuvent rentrer dans cette recherche du bonheur, mais ce n’est pas systématique, et cela dépend du parcours de chacun.

Quel était ton objectif avec ton film « Nus et célèbres » ? Un gros coup de buzz ou bien une réflexion sur la société ? Si oui, laquelle ?

« Nus et Célèbres » est une parodie d’émission de télé-réalité où les candidats doivent se séduire en se déshabillant. Je l’ai écrite en 2004, et le DVD de l’émission a en effet créé un gros buzz à sa sortie du fait que l’animatrice de l’émission était en parallèle animatrice de M6 Kids. M6 n’a pas apprécié et a donc viré son animatrice. L’objectif n’était pas de faire du buzz mais plutôt d’amuser et de faire réfléchir en confrontant une tendance de programme audiovisuel (la télé-réalité) aux mœurs contemporaines. Il est surtout amusant de constater que depuis environ 2/3 ans, ce style d’émission existe aujourd’hui dans de nombreux pays (notamment « Adam recherche Eve » diffusé sur D8 en 2015).

Tu préconises que chacun dispose d’une pilule mortelle, afin que la vie ne soit que choisie et optionnelle. Une personne possédant une arme aura davantage de risques de se suicider… Justement parce qu’elle dispose d’un moyen rapide, simple et radical en cas de gros désespoir. La difficulté matérielle de mettre fin à ses jours n’est-elle pas un garde fou ?

Cette pilule ne doit pas être imposée, mais libre à chacun de décider d’en avoir une sur soi ou pas (à titre personnel, je trouve cela très rassurant). De façon générale, je trouve qu’on survalorise la vie. Personne n’a choisi de vivre. Autant la vie doit être respectée de façon absolue (donc la peine de mort est inconcevable), autant chacun doit pouvoir librement décider d’arrêter cette expérience sans que cela soit socialement vécu comme un drame : c’est un choix respectable. Dès lors, pas besoin de mettre des gardes fous.

Suite de cet entretien dans quelques jours… En attendant, cliquez ici pour découvrir sa page sur le site des éditions Tabou.


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Entretien avec l’auteure June Summer

Poésie, prose poétique, écriture fine… J’ai beaucoup apprécié la plume de June Summer. Découvrons-la ensemble dès à présent. Après lecture de son livre, voici les questions que son style m’a inspiré…

Qui est la Claire de ton roman, est-ce toi ?

Comme beaucoup d’auteurs, je m’inspire de mon vécu dans mes livres, sans toutefois en préciser  les détails… Claire est un peu moi, et beaucoup de mes lectrices me confient s’y retrouver aussi. Je pense que c’est un « archétype », qu’elle incarne le vécu de nombreuses  femmes mariées en « voie de garage », qui suite à un déclic particulier, osent faire le pas de devenir « Elles », avec parfois un prix assez lourd à payer, mais dans le but de s’épanouir personnellement, amoureusement, sensuellement, et d’être libres !

Peux-tu nous dire quelques mots sur ce que tu fais dans la vie, ton quotidien, ta situation ?

J’ai la cinquantaine, je travaille dans le social, et après avoir élevé mes enfants, me suis passionnée pour l’écriture. J’aime écrire des histoires « érotiques-romantiques », des romans de femmes, des nouvelles fantastiques, et de la poésie Je me passionne toujours pour les relations humaines, les histoires d’amour.

J’aime décrire l’érotisme de manière élégante, poétique, esthétique, dans une vision d’épanouissement des êtres.

Je vis en Suisse, dans un cadre naturel, entourée d’amis, d’enfants, et d’animaux. J’ai un compagnon qui m’accompagne dans mes découvertes, et plaisirs de la vie.

Le sexe se vit-il différemment en Suisse qu’en France ou ailleurs ? Si oui, de quelle façon ?

Je ne crois pas qu’il y ait des grandes différences, nos amis français et nous, vivons leur sensualité un peu de la même façon, mais les Suisses étant plus réservés, nous n’en parlons pas autant, ce qui ne veut pas dire que nous le pratiquons moins ! J’ai connu des clubs et lieux de sorties particulièrement originaux que bien des Français nous envieraient ! (Je parle pour la partie francophone de la Suisse !)

Le cap d’Agde dont tu parles dans certains écrits est-il pour toi un fantasme, ou bien est-ce du vécu ?

J’ai été au Cap plusieurs fois en couple. J’ai vraiment observé tout ce que je raconte dans « Aventures libertines, le Cap ! Ce n’est pas un livre fantasmatique, comme d’autres de mes ouvrages qui sont moins axés sur la réalité. Dans ce livre, certains lecteurs relèvent la justesse de mes analyses, de mes explications sur le contexte local, que certains notent comme « sociologiques- érotiques ». Je suis fascinée par la vie de couple, et cet endroit est un révélateur extraordinaire ce tout ce qui peut se passer pendant ce genre de séjours… Comme toujours, je ne préciserai pas si  j’apparais dans le livre, et puis,mes lecteurs attentifs remarquent certains détails qui leur donnent des indices…

Dans « Les interdits de Claire », j’ai beaucoup aimé ta façon d’écrire. Sensible, poétique, une vraie romance…

Merci !!! Ca me fait plaisir, surtout venant d’un homme. Certains mecs n’apprécient pas toujours la poésie…

Et pourtant érotique… Cherches-tu à écrire avec poésie ? Comment te viennent les mots ?

Les « Interdits de Claire » est mon premier titre, totalement inspiré dans une folie d’écriture en feu continu, si j’ose dire. J’ai vraiment senti l’inspiration m’envahir, et les rimes et poèmes sortaient de ma souris comme par magie. Il faut dire que j’étais en état de passion amoureuse, totalement exalté… Mdr…  Je n’avais pas choisi d’écrire en poèmes, mais mes sentiments étaient si fort, si intenses, transcendants, que j’en ai éprouvé le besoin, l’évidence. J’ai écrit, et je le fais encore, en autodidacte complète. J’ai une bonne formation littéraire, j’ai énormément lu, et ma formation sociale m’a exercé à suivre le fil d’un raisonnement. Pour les mots, je laisse aller mes doigts sur le clavier, l’esprit relié à mon feeling. Je crois sincèrement être inspirée. J’ai écrit des poèmes dont je suis encore très fière actuellement, dont « la Vague », qui a une structure totalement originale inventée spontanément.  Actuellement, j’écris de manière plus rationnelle, car je maîtrise mieux les outils. J’intègre encore parfois des vers ou fragments de poésie dans mes textes. Je cite souvent des chansons et des références pour donner à mes lecteurs de quoi alimenter leur pensée. Mon érotisme est sensuel, ludique, instinctif, intelligent ! (Enfin, je l’espère…)

Toujours dans le même roman, j’ai un peu moins aimé le déroulement global : certes plaisant mais peu surprenant. Est-ce pour toi une critique censé ou injuste ?

Je l’admets volontiers, cela ne me dérange pas, c’est tout à fait juste.  En fait, Mon but premier avec ce livre n’était pas de créer le suspense, de construire une intrigue surprenante. Plutôt de décrire, magnifier les états amoureux, sensuels, romantiques, relationnels, d’inspirer les lecteurs pour vivre eux aussi de beaux moments intenses. Je voulais décrire ce que ressentait Claire, une femme qui se découvre… et se lâche pour devenir Soi…

Claire est une femme sage qui se découvre aventurière. Une sorte de métamorphose… est-ce selon toi le cas de beaucoup de femmes ? Une femme sage est-elle une libertine qui s’ignore ?

Claire a été un peu … boulimique d’expériences… Toutes ne le vivent pas ainsi follement…  Mais je pense que beaucoup de femmes passent une période sensible vers les 40-50 ans, comme les hommes d’ailleurs. De nombreux couples ronronnent dans une routine qui endort leurs êtres, et soudain, il y a un appel… vers l’amour, la sensualité, la Vie ! Il serait utile de le savoir, et d’en parler en couple avant que cela n’arrive, pour vivifier la sexualité entre les deux partenaires, au lieu de se voiler la face, de se croire à l’abri… Je transmets toutes ces idées.

 Ce personnage pense avoir oublié des éléments sulfureux de son existence… qui en fait étaient tout sauf oubliés. Est-ce un point de vue fataliste ? Sommes-nous, au fond, dans l’impossibilité d’oublier les expériences inachevées ?

Je ne sais pas… Question ouverte et fort intéressante… Je pourrais  y consacrer un jour un livre… Les démons intérieurs ne meurent jamais vraiment, non ?

 Les poèmes en rimes du roman sont-ils de toi ?

Bien sûr, je les revendique ! Je sais que les puristes littéraires pourraient ne pas apprécier, car je n’ai suivi aucune règle de construction de poèmes, seulement mon ressenti !

 Quelle peut être la place de la poésie dans la littérature érotique ?

Je ne suis pas la seule je crois, à avoir eu envie de transmettre les émotions et ressentis de cette jolie manière. Le souci est que le public n’apprécie pas forcément et peut en être rebuté. Ma première maison d’édition m’en a fait tout retirer, et j’ai du négocier pour en conserver des extraits.  Je pense aussi que parfois, on s’exalte dans ce genre d’écriture, et cela peut devenir agaçant à la lecture, il faut faire attention au dosage !

Souhaites-tu rester totalement indépendante, ou préfères-tu avoir tes écrits gérés par un éditeur classique ?

J’ai quitté un éditeur numérique pour justement pouvoir écrire comme je le sens, comme je le veux. La liberté est un merveilleux élixir qui me transporte, comme l’Amour et la Sensualité. D’ailleurs, ils vont très bien ensemble ! Mes trois ingrédients préférés !

Par contre, si je trouvais un jour une édition intéressée par ma démarche et respectueuse de mes désirs d’expression, je serais ravie ! Cela m’aiderait à me faire connaître et à diffuser mieux mes textes !

Qu’est-ce qui nous fait peur au quotidien ?

Grande question. Tu parles du couple je suppose ? Selon mon expérience, ce qui fait peur, c’est l’Inconnu. Quitter une sécurité rassurante pour quelque chose qui pourrait précipiter dans l’insécurité.  Alors certains restent en couple pour de mauvaises raisons : par peur, aveuglement, lâcheté, crainte, paresse, pour les enfants et la famille…  Ils taisent leurs aspirations, ils rétrécissent… Ou  vivent au ralenti, ou encore tombent parfois malades…

Qu’est-ce qui nous empêche de nous lâcher, de nous épanouir sexuellement ?

Plus j’écris de l’érotique, plus je réalise combien notre société est réductrice en ce qui concerne le plaisir, le corps, les jouissances. Il y a vraiment un grand carcan qui musèle les êtres, c’est assez fou. Et surtout le plaisir féminin, si mal connu, pourtant si intense, grandiose, transcendant.  Les femmes ne le savent pas bien, se connaissent peu, et on ne peut pas dire que ceci se développe actuellement si on observe les actualités politiques. Il y a aussi des peurs inconscientes liées à l’autorisation de se donner du bonheur, d’être libre… OSER se lâcher, c’est risqué, ou va-t-on ensuite ? La société perd ses repères traditionnels…

 Ressembles-tu à la photo de la page d’à propos de ton site ?

 C’est moi : (note de Théo : June a joint la photo ci-dessous à sa réponse)

Apparais-tu en personne en photo sur certaines de tes couvertures ? 

Cela m’arrive, j’ai aussi des ami-es qui ont participé à certaines photos. J’ai beaucoup de plaisir à concevoir moi-même mes couvertures ; elles ont toutes une histoire qui je crois se perçoit à la lecture de mes livres… Surtout elles transmettent exactement ce que je veux comme je le veux, dans cet esprit de liberté, sensualité, et d’esthétisme auquel je tiens.

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Entretien avec l’auteure Eva Delambre, seconde partie

Seconde partie de l’entretien passé en compagnie d’Eva Delambre…

La relation entre les deux protagonnistes est… très, très sexuelle (ce qui n’est pas incohérent dans un roman érotique 🙂  ). Y’a-t-il entre eux deux autre chose que le sexe, si oui quoi exactement ?

J’ai expliqué la récurrence du sexe dans Devenir Sienne un peu plus haut (Note de Théo : voir la 1ère partie de l’entretien). Les personnages tombent amoureux et font le choix de quitter leurs conjoins respectifs pour vivre ensemble leur histoire. Je répondrais donc que oui, il y a autre chose que le sexe. Des sentiments. Dans d’autres pages de mes romans j’ai exploré plusieurs déclinaisons de cet amour particulier qui naît entre Maître et soumise. On appelle cela le Lien. Ce sentiment humain est incroyablement fort.

 

Si amour il y a véritablement entre eux deux… d’où vient-il, au-delà de l’attirance physique et de l’entente sexuelle ?

Une part de ce sentiment vient naturellement, comme dans tous les couples qui tombent amoureux ! Il y a des choses qui ne se commandent pas et qui ne s’expliquent pas. Au début du livre Devenir Sienne, on comprend « qu’elle » est attirée par « lui » depuis longtemps, on apprend un peu plus tard, que lui aussi la désirait depuis le début. Ils travaillent ensemble et se connaissent depuis un moment. Rien de plus classique qu’un couple qui se rencontre sur leur lieu de travail. Les sentiments entre un maître et une soumise ont certainement une base commune avec ceux qu’un homme et une femme auront l’un pour l’autre. Après ce premier roman, j’ai rencontré Mon Maître, j’ai vécu dans ce monde. D’autres évidences sont apparues. À cet amour classique décrit dans Devenir Sienne, j’ai pu décrire plus en avant ce Lien qui unit Maître et soumise. Je dirais que ce sentiment est plus fort, plus extrême. Le Lien dans le BDSM est au-delà de l’amour, c’est plus complexe. En cela le Lien se vit, peut se raconter, ce que je tente de faire, mais il est plus difficile à définir. Cela en fait un mystère et cela le rend beau. La complicité et la confiance sont des choses bien plus fortes également dans le BDSM car certaines pratiques ou mises en situation l’exigent. 

Les rapports de l’héroïne restent-ils pleinement consentis, même lorsqu’elle affirme qu’elle a été prise de force par un autre à qui elle ne pouvait pas dire non ? Quelles sont les frontières du jeu ?

 

Je n’ai pas le souvenir d’avoir écrit la moindre scène ou « elle » se fait prendre de force ! Son consentement est toujours rappelé. Et même si elle est souvent prêtée elle est toujours dans l’envie. Encore une fois, pas de jeu dans mes romans. On vit sa condition, pas un moment de sexe « pimenté » d’une fessée ou d’une fellation yeux bandés. Les limites sont généralement fixées par la soumise, à partir des attentes de son dominant, mais sans se forcer. Si elles ne sont pas clairement établies, ce sera au Maître de lire en elle, de savoir jusqu’où il peut aller, et les limites à ne pas dépasser. Lorsqu’il comprend qu’il l’a vraiment blessée à un moment donné, il réajuste immédiatement sa façon de faire car le but n’est pas de briser celle qui s’offre, mais de la guider et éventuellement, l’amener à se dépasser, mais jamais par la force à proprement parler. 

Il semble que l’histoire considère une certaine interchangeabilité des rôles. Une soumise peut-elle réellement devenir parfois dominante ? Et vice versa ?

J’ai essayé d’aborder ce sujet en effet. Certaines personnes sont switch, c’est-à-dire qu’elles peuvent être soit dominantes, soit dominées. J’ignore si c’est très fréquent, mais j’avais envie d’en parler dans ce livre. Je sais en tout cas que la majorité des gens que je connais ne changeront jamais d’orientation.

As-tu demandé l’autorisation à ton maître pour écrire et publier « Devenir sienne », ou bien ne « dirige »-t-il que ta vie sexuelle ?

Comment pourrait-il être mon Maître s’il ne dirigeait que ma vie sexuelle ? Mon Maître est un guide puissant dans des domaines multiples. Je garde cela secret, mais je sais apprécier la chance que j’ai. Je souhaite à toutes les soumises de faire de telles rencontres. Elles sont un cadeau de la vie. Une Lumière. Les relations Maîtres/soumises sont bien plus riches et plus profondes qu’il n’y parait. C’est mon Maître qui m’a poussé à proposer Devenir Sienne à la publication. Je l’ai fait pour Lui, sans y croire. Depuis, Il m’encourage à poursuivre l’écriture et c’est ce que je fais. Il m’inspire dans ma vie d’auteure mais aussi de femme. Il est mon équilibre, me permettant de m’épanouir et de vivre toutes les facettes de ma personnalité. Après Devenir Sienne, j’ai écrit L’Esclave, puis une histoire en deux tomes : L’Éveil de l’Ange et L’Envol de l’Ange. Mon cinquième roman paraîtra au printemps 2017. Toujours chez Tabou Editions. Mon Maître est mon premier lecteur et correcteur, je ne publierai rien qu’Il n’apprécierait pas. Ses mots en pré ou post face de mes derniers romans, témoignent de son intérêt pour mon travail. Mon bonheur est lorsqu’Il me dit qu’Il est fier de moi et qu’Il aime. Son exigence me rassure et je sais que d’autres aimeront.

Retrouvez Eva Delambre sur son site officiel.

Entretien avec Philippe Lecaplain, 2eme partie

Suite et fin de notre entretien avec Philippe Lecaplain, auteur, journaliste et metteur en scène…

Penses-tu que de nombreux prêtres / sœurs / etc. cachent des activités sexuelles à leur hiérarchie, pour le meilleur et pour le pire ?

Oui ! Ceux qui, à mon sens, ont compris que le dogme étrangle leur humanité. Que l’on est un homme ou une femme avant d’être un soldat de Dieu obéissant aveuglément et stérilement à une doctrine qui, une fois de plus, n’est qu’une vue de l’esprit humain.

Peux-tu nous dire quelques mots de ton travail journalistique et radiophonique ?

Je suis présentateur dans une grande radio écoutée par 40 millions d’auditeurs de nationalité, de culture et de religion différentes. La radio est le média le plus exigeant qui soit car il ne sollicite qu’un sens. Le journalisme implique une ascèse dans l’écriture. Par exemple, je m’interdits d’utiliser des adjectifs qualificatifs quand je rapporte l’actualité. Qui plus est, je passe trois-quarts de mon temps à parler des malheurs du monde. Aussi, avec Ces Dames, j’ai éprouvé le besoin de parler de choses plus douces, joyeuses et jouissives. Ce, dans un style délié puisque chaque rencontre est narrée avec une écriture collant à la personnalité de chacune : constat d’adultère pour une huissier de justice, vieux français pour une héritière de la couronne de France, dictionnaire pour une amoureuse des lettres…

Quelles sont les réactions de l’entourage professionnel ? Cela a-t-il posé des soucis ? Ou au contraire occasionné des échanges et rencontres ?

Je savais déjà que la jalousie était un vilain défaut et j’ai pu le vérifier une fois de plus. Ecrire un livre est un fantasme pour beaucoup qui, par frustration de ne pas en publier, vous reproche sourdement votre aventure. Que dire quand, en plus, vous parler de cul ! Vous vous rendez alors compte du nombre de frustrés que vous côtoyez. Et puis cette frivolité ne correspond guère au sérieux dont doit faire montre un journaliste ! Bien évidemment, rien ne vous est dit par vos confrères mais vous sentez une sourde réprobation. Sans parler de ceux qui se moquent avec aplomb alors qu’ils n’ont pas lu une ligne oubliant sans vergogne de vérifier alors que cela doit tenir du réflexe professionnel.

Ton roman, tout en s’habillant d’érotisme, me semble avant tout sociologique. Le déroulement met en avant des psychés complexes. Que penses-tu du rapport à la sexualité de la société actuelle ?

Je suis ravi que vous ayez lu entre les lignes car on ne se refait pas. Oui, il y a un aspect documentaire quand je décris le harcèlement dont sont victimes des femmes dans l’armée, le milieu de la mode ou l’institution religieuse. Je pense que mon écrit est souvent féministe là où certains ne pourrait voir qu’un propos grivois d’un homme consommant des femmes (l’inverse est vrai). Un homme qui, au bout du compte, se perd dans cette frénésie de rencontres.

Ecris-tu actuellement, si oui quoi ?

J’aimerais bien avoir du temps mais surtout la ressource intellectuelle pour écrire. Mais le théâtre me prend tout celui dont je dispose quand je ne suis pas à la radio. Car il ne suffit pas de jouer. Comme je suis le moteur de cette aventure, il me revient de trouver une salle de théâtre, réaliser flyers et affiches pour les tracter et les coller, trouver des accessoires, convaincre ceux qui ont un doute, motiver pour continuer, etc. Comme Ces Dames de l’Annonce sont mises en œuvre par une structure associative, il faut se débrouiller et travailler comme un artisan. C’est chronophage et fatiguant mais passionnant.

Ta carrière est plutôt différente que celle d’un auteur de romans érotiques. Comment en es-tu venu à cela ?

J’ai toujours eu une grande curiosité et une imagination débordante. Pour que cela prenne forme, j’aime créer d’une manière ou d’une autre. C’est la raison pour laquelle je bricole, dessine, photographie et écrit. Ces Dames de l’Annonce est mon cinquième ouvrage, après deux livres sur la communication et deux recueils de mots d’enfants. Je suis bien trop éclectique et touche à tout pour n’être que un auteur érotique. Raconter est ce qui m’a amené au journalisme et il n’est pas étonnant qu’il me conduise désormais à la littérature et au théâtre. Ainsi, j’ai en tête de rédiger d’autres ouvrages mais chaque chose en son temps et pour l’heure, la priorité est de continuer à m’amuser au théâtre avec de nouvelles représentations au théâtre Clavel, les trois derniers jeudi du mois de mars. Vous pouvez d’ailleurs prendre connaissance des critiques très sympa des premières montées sur scène sur billetreduc.com. Venez, vous vous amuserez !

Ces dames de l’annonce : la pièce de théâtre / Le livre

Entretien avec l’auteure Eva Delambre

L’univers BDSM rebute, fascine, attire, fait fuir… ou laisse indifférent, mais plus rarement. En matière de littérature, le domaine est encore plus délicat à aborder. Rencontre avec une spécialiste du genre, en tout cas une fine connaisseuse…

L’héroïne de « Devenir sienne » a quelques attitudes nymphomaniques. Est-elle réellement nymphomane, ou son manque est-il simplement créé de toute pièce par son dominateur, qui s’arrange souvent pour la frustrer avant de la contenter ?

 

Lorsque j’ai écrit Devenir Sienne, ce n’était pas un livre à proprement parler. C’était juste une histoire que j’écrivais sur un blog, chaque post devait contenir une scène un peu chaude et c’est pour cela qu’il y a autant de sexe dans ce roman. D’un autre côté, il est vrai que ce personnage aime particulièrement le sexe, mais son appétence m’a semblé naturelle, peut-être ai-je projeté un peu de moi-même. Sourire.

 

Nous sommes dans une période de féminisme, parfois censée, parfois non. Nous sommes en tout cas dans une période de dénonciation de la dominance homme-femme. Est-il de ce fait plus compliqué de vivre de nos jours en tant que soumise ?

 

C’est compliqué justement parce que beaucoup d’amalgames sont faits et que les gens ne voient que ce qu’ils veulent voir. Je suis profondément contre la domination masculine « de principe », je suis contre la violence faite aux femmes et contre toute forme de soumission si celle-ci n’est pas pleinement consentie et désirée. Le BDSM est un choix de vie assumé. Ce n’est pas un asservissement conjugal. La femme décide de se soumettre, on ne lui impose pas. Elle ne se soumet pas au premier venu et se donne en pleine conscience à celui qu’elle estimera digne d’elle. Si cet engagement ne lui convient pas, elle reprendra sa liberté dès qu’elle le souhaitera. J’ignore s’il y a des périodes plus favorables ou non pour ce genre de choses. Ce type de relation a, il me semble, toujours trouvé une place dans la littérature, je pense au Marquis de Sade, à Pauline Réage, et bien d’autres encore. À l’heure d’Internet, tout va plus vite, tout est exposé, tout est facile d’accès. Certains tabous tombent, mais beaucoup de gens sont encore réfractaires, de façon générale, à tout ce qui n’est pas « leur vision des choses ». Si je voulais « choquer » un peu, je dirais que la soumission consentie, est un acte féministe extrême. Seule une femme libre, à l’écoute de son corps et de ses envies peut décider de prendre de la distance avec les consensus sociaux et la vision « normale » de la femme. Les soumises, comme moi-même sont des femmes libres et modernes.

 

 

Au fond, le terme de « soumise » n’est-il pas une simple image ? Presque un mot au second degré ? Car si on est soumis à son dieu, on peut quitter son « maître » comme bon nous semble… n’est-il pas ?

 

Certains se convertissent et changent de religion. Être soumise est un état d’esprit, un choix de vie. Certaines soumises auront plusieurs Maîtres dans leur vie et cela ne change rien au fait qu’elles soient soumises. Une relation entre un maître et une soumise n’est pas d’office « à la vie à la mort » ! Que la décision vienne de l’un ou de l’autre, chacun est libre d’entamer une autre histoire, ou d’y renoncer par convictions personnelles. 

 

 

On dit souvent que les déviances (ou tout du moins les tendances originales) apparaissant à l’âge adulte viennent toujours de blessures de jeunesse, si pas d’enfance. Mythe ou réalité ?

 

Je ne peux pas parler au nom de tout le monde, car je ne connais pas les histoires personnelles de chacun, même si de nombreuses lectrices me racontent souvent leur passé. De mon côté, je n’ai vécu aucun traumatisme dans mon enfance, et je connais d’autres soumises dans le même cas que moi. J’en connais aussi qui en ont subis. N’auraient-elles pas été soumises aujourd’hui sans cela ? Je l’ignore, je ne suis pas psy. Mais je n’aime pas cette idée de devoir forcément chercher une cause ou une blessure, comme si être soumise était le résultat de quelque chose de négatif, voire une déviance médicale. Je trouve cette idée très péjorative. Ne pas avoir les mêmes choix de vie que tout le monde, y compris dans ses préférences sexuelles ne devrait pas être stigmatisé de la sorte. C’est ce genre de message qui nuit au droit à la différence que je revendique.

 

De quelle façon écris-tu ? Spontanément, peu à peu, impulsivement ?

 

J’écris lorsque j’en ai envie et quand je suis inspirée. Parfois je commence, et je ne m’arrête plus, parfois, je sens que rien ne viendra et je n’écris pas pendant quelques jours. Il n’y a pas de règles. Sauf quand mon Maître m’impose un certain timing, bien sûr. 

 

Te sens-tu capable d’écrire sur d’autres domaines que la domination/soumission ? Le souhaites-tu ?

 

Oui bien sûr, je me sens capable d’écrire dans d’autres domaines. Et je pense que je le ferai par la suite. Pour le moment, j’aime ce que j’écris et je n’ai pas encore épuisé toutes mes sources d’inspiration. Alors je continue dans le registre du BDSM. C’est également ce que souhaite mon Maître. 

 

 

En dehors des jeux sexuels avec ton « maître », en quoi es-tu soumise ou insoumise dans la vie de tous les jours ?

 

Pour commencer, à mes yeux, il ne s’agit pas de « jeu ». Il s’agit de ma condition. Je ne « joue » pas. Je suis soumise à mon Maître en permanence, quelques soit les circonstances. Que je sois avec Lui ou non. Pour le reste, dans ma vie de tous les jours, je ne suis pas soumise. Il n’y a qu’à Lui que je me soumets, certainement pas à qui que ce soit d’autre. Une soumise, dans le BDSM, est soumise à son Maître, et en aucun cas à tout le monde. Quant à être insoumise, vis-à-vis de mon Maître n’est tout simplement pas envisageable. 

 

Ces jeux extrêmes répondent-ils à la « loi des contraires » ? Autrement dit : un patron dominateur aura-t-il tendance à être sexuellement soumis, et un stagiaire soumis souhaitera-t-il dominer sexuellement ?

 

Je crois qu’il n’y a pas de règles, pas de stéréotypes. Je pense qu’il faut arrêter de mettre les gens dans des cases.   

 

Retrouvez Eva Delambre sur son site officiel.

Entretien avec Philippe Lecaplain

Nouvel entretien, cette fois-ci avec un auteur multi-casquettes, et du reste pas seulement auteur car avant tout journaliste. Son principal texte érotique « Ces dames de l’annonce », a la particularité d’être également une pièce de théâtre de son cru…

Un homme passe une annonce plutôt chaude pour rencontrer des femmes et reçoit de nombreuses réponses. Sommes-nous dans une histoire de science-fiction déguisée ? Ou bien est-ce réellement possible selon toi ?

La rencontre par voie épistolaire a toujours été le moyen de se rencontrer car cela est prudent, anonyme et nécessite moins de courage que d’interpeller une femme qui vous subjugue dans la rue ou à une soirée de peur d’être jugé outrancier et d’être renvoyé vertement. Et puis le média qui diffuse une annonce offre une audience, un « marché » bien plus important que le hasard d’une bousculade dans le métro, la proximité d’une file d’attente au cinéma et même d’un anniversaire de copain.

Si l’annonce de rencontres en tant que telle a disparu des journaux ou des hebdos, elle existe toujours en prenant une forme plus moderne. Que sont les sites de rencontres comme Meetic ou Attractiveworld sinon des agences matrimoniales numériques proposant une manière nouvelle de s’offrir à l’autre et de trouver l’élue ?

Maintenant concernant l’idée que Ces Dames de l’Annonce serait une histoire de science-fiction déguisée, j’y devine LA question qui m’est systématiquement posée avec gourmandise et curiosité empreinte d’un peu de voyeurisme… Ce à quoi je renvoie à la page de garde où il est bien indiqué qu’il s’agit d’un roman et non d’une autobiographie.  Au demeurant, tout ce que j’ai écrit est vrai puisque je l’ai inventé !

Comment parvenir à retranscrire des descriptions sulfureuses au théâtre ?

C’est bien là un tour de force et tout l’intérêt de se lancer dans un pareil exercice afin de donner une nouvelle vie à Ces Dames. Un roman est  narratif et descriptif, servi par une écriture alors que le théâtre doit faire place au dialogue et à la parole, forcément moins littéraire. Il a fallu dire sur scène ce que le romain décrivait. Le spectateur a des yeux qui le renseigne et n’a point besoin que lui soit décrit la posture, la tenue, la moue, l’éloquence, le doute, etc.

La difficulté a été de suggérer ce qui ne peut pas être montré. Il s’agit d’assister à une pièce de théâtre et non à une performance de peepshow. C’est la raison pour laquelle il a fallu recourir à un jeu de marionnettes pour montrer la ferveur avec laquelle un couple transforme sa rencontre en étreinte torride. Même chose avec du tango ou encore de la magie. C’est ainsi qu’une simple corde symbolise une érection…

Comment as-tu choisi les comédiens, fomenté la mise en scène ?

L’idée de faire de Ces Dames de l’Annonce une pièce est due à une double coïncidence. D’une part, lors d’ateliers littéraires, il y eu la rencontre avec Julie-Anne de Sée qui publie chez le même éditeur que moi et à qui je demandais de me donner la réplique afin de donner vie et rythme à ma lecture. Nous nous sommes beaucoup amusés et le retour des visiteurs nous a encouragé à continuer. D’autre part, au même moment, Frédéric Navarro dont je venais faire connaissance m’envoie un sms me disant qu’à la lecture du roman, il a le sentiment d’être dans une pièce de théâtre, sachant qu’il a déjà une expérience théâtrale. Je me dis alors qu’il y avait quelque chose à faire… Trouver d’autres comédiennes a été compliqué, n’ayant aucune expérience de ce monde et sachant que le bénévolat dans l’association qu’il a fallu créer est la règle.

Un personnage de ton roman est une bonne sœur. Penses-tu que les femmes et hommes de religion vivent dans la frustration ? Quel point de vue as-tu sur leur obligation de chasteté ? (Note : je précise que cette obligation n’a pas cours dans tous les courants religieux).

La pire des choses en religion est la « coutume » c’est-à-dire l’interprétation des textes par les hommes qui dans leur manque de sagesse – et pour tout dire, bêtise – décident des choses qu’un Dieu, quel qu’il soit, n’a pas envisagé ; sans quoi, il l’aurait fait acter dans les textes qu’il a dictés. L’abstinence est une de ces erreurs car elle coupe de la réalité celui qui dispense la bonne parole et qui sert de conseil à autrui. Cela est d’autant plus dommageable qu’en religion, il est d’abord question d’amour. Pis, cette chasteté imposée crée, dans certains cas, une frustration telle qu’elle provoque des comportements déviants et criminels. L’interdit n’est jamais une solution.

Ces dames de l’annonce : la pièce de théâtre / Le livre

Rendez-vous dans quelques jours pour la seconde partie de cet entretien.

Entretien avec l’auteure Marie Grousset

Aujourd’hui, discutons un peu avec une auteure difficile à « classer » et aimant bien les personnages hors normes…
Estimez-vous pratiquer et publier de la littérature érotique, ou bien ce terme est-il trompeur ?
J’écris et publie de la littérature érotique. Mais surtout, j’écris et publie l’amour. Mes personnages sont généralement des gens très différents, des gens qui ont souffert, qui ont des problèmes, des traumatismes. Ils ont besoin de se rappeler qu’ils peuvent être aimés, qu’ils le méritent autant qu’un autre. Je veux que l’érotisme soit présent, oui, mais au service de l’amour, que ça soit quelque chose qui donne envie au lecteur de relire la nouvelle en se disant « eh, il n’y a pas que de la fesse là dedans ». Parce que soyons clairs, c’est ça l’érotisme. De la poésie. De la sensualité.
Vous semblez aimer écrire dans des genres très différents… Y’a-t-il des points communs entre vos styles, ou bien est-ce comme si une « autre personne » était derrière chaque genre d’histoires ?
Je plaide coupable, j’aime écrire aussi bien du fantastique que des thrillers ou des oeuvres plus poétiques. Le point commun, c’est que tous mes personnages peuvent être recentrés dans une seule histoire. Qui sait, je ferais peut être un crossover un jour ? Mis à part Trifin et son petit ami Timothy, qui viennent d’un comics à paraître, ils sont tous issus d’une ville imaginaire appelée Blackview. Ils se connaissent et c’est eux qui écrivent leurs propres aventures et ce aussi schizophrénique que cela puisse paraître. Je leur laisse le soin de narrer eux même leurs histoires. C’est pourquoi les nouvelles qui seront publiées à partir de maintenant seront généralement écrites à la première personne.
Certains auteurs (tels que moi 🙂  ) préfèrent signer un seul nom de plume pour un seul style, et signer d’un autre nom pour un autre type de fictions. D’autres auteurs, tels qu’Anne Bert ou vous-même, préfèrent signer, me semble-t-il, d’un seul et unique nom. Est-ce facile d’être un auteur officiellement multi-facettes ?
J’ai signé Sexy TV, ma première nouvelle érotique, du nom de Kitty Braem, et les autres avec mon vrai nom. A compter de 2017, mes nouvelles et mes comics seront signés Jason Crow afin de ne pas offenser certaines personnes de ma famille qui ont encore quelques à priori à propos de l’érotisme et surtout, des relations gays. Est-ce facile? Hm. Bonne question. J’aime mon travail, c’est ma vocation, mon oxygène. Que j’écrive des comics ou des nouvelles érotiques, je me sens à l’aise dans mon rôle. Ce qui est plus difficile, c’est de gérer tous ces personnages qui ne demandent qu’à s’exprimer, à vivre sur papier.
Y’a-t-il des messages particuliers que vous souhaitez faire passer dans vos ouvrages, et en particulier pour « Sugar Babes » et « Fantasmes multiples » ?
Ouh. Dans Sugar Babes, le message est porté sur la différence. On passe d’un tueur à une drag queen et dans Fantasmes Multiples, on a des fantômes, des personnages de livres inachevés… Je crois que le message est le suivant: soyez ce qui vous fait vous sentir bien. Je pense que les gens s’en rendent compte car ces deux ouvrages connaissent un certain succès auprès des lecteurs, ce qui me fait très plaisir bien sûr.
Jugez-vous vos écrits réalistes, ou bien sont-ils globalement peu souvent vécus par les citoyens « lambdas » ?
Hm… ça dépend. Je ne pense pas qu’ils soient très réalistes, non. Enfin. Pas dans le sens où on l’entend. Bien sûr, Jack est un fantôme, il ne compte pas mais Jonathan, Trifin, Cole sont des humains. Cependant, ils n’entrent pas dans les cases de notre société. Mais je ne sais pas écrire ce qui entre dans la norme. Si je suivais les idées de certains, mes écrits se limiteraient à « une femme, un homme, un lit, la position du missionnaire ». Bof. Je ne sais pas écrire ça. Je n’y arrive pas. Par contre, donnez moi un couple, gay, hétéro ou trans, donnez moi la possibilité de m’amuser un peu et là, je vais faire de mon mieux pour vous plaire.
Aime-t-on cet érotisme fantasmé, propre à la littérature érotique, simplement parce qu’il est truculent et peu banal, ou bien serait-ce encore mieux si nos sexualités étaient bien plus libérées, et donc à terme banalisées ?
C’est une excellente question. Tout ce qui est banal est par essence et pardonnez moi du terme, chiant. Pour autant, il serait bien que les moeurs changent un peu. Par exemple, je suis gay. J’ai un fiancé et une petite amie. Ça choque. Pourtant, mon fiancé et ma petite amie s’entendent très bien et je les aime de tout mon coeur. Mais il y aura toujours des gens pour dire « pouah ». Eh bien je leur dis pouah moi aussi. Chacun devrait être libre de vivre sa vie comme il l’entend du moment qu’il ne nuit à personne.
Sauriez-vous définir votre style ? Si vous deviez résumer votre univers ou votre approche en quelques mots, que vous viendrait-il à l’esprit ?
Erotico-gothique. Mon univers est assez inspiré de Batman, Tim Burton et même de contes de fées et de mangas! Mais je reste assez gothique sur le fond.
Y’a-t-il un livre érotique que vous avez tout particulièrement aimé lire ?
Il y en avait un qui racontait les aventures d’une jeune fille dans les années 30 mais j’ai oublié le titre. Shame on me.
De toutes vos histoires sensuelles, y’en a-t-il une que vous classeriez numéro Un, si oui pourquoi ?
Les deux nouvelles de Sugar Babes. Elles sont les plus poétiques et peut être celles que j’ai pris le plus de plaisir à écrire.
Comment tout cela a-t-il débuté ? Qu’est-ce qui a mis votre plume en action ?
Un pari stupide avec mon fiancé. Eh chérie, tu saurais écrire un livre érotique sur Secret Story ? Bien sûr mon amour. Et pouf, Sexy TV est né.

Entretien avec l’auteure Octavie Delvaux

Octavie renvoie une image à la fois classe et glamour, et par ailleurs un peu intello bourgeois-bohème… 🙂 Il est clair que la voir et l’entendre donne envie de la lire. Vous posez-vous mille questions sur cette auteure ? Ou bien ne la connaissez-vous pas encore mais êtes intrigué ? Pénétrons dans son antre…

Vous aimez écrire et décrire du sexe plutôt joyeux et ludique. Le sexe doit-il être pris avant tout comme un jeu ?

Un jeu entre adultes, oui, mais qui ne doit pas exclure le désir ni effacer la solennité de certains moments. Tous les rapports sexuels ne se ressemblent pas, certains sont plus ludiques que d’autres. Il me semble aussi que les sentiments peuvent apporter une dimension spirituelle supplémentaire qui éloigne l’acte du jeu pur et simple et le rend plus « grave ».

Votre style a une apparence assez spontanée : le narrateur s’exprime de façon lâchée, presque parlée, technique utilisée par des auteurs aussi différents que Céline ou Esparbec. Pourquoi être attachée à ce style en particulier ?

Pas vraiment, et d’ailleurs ce n’est pas toujours le cas. J’ai un style protéiforme. Mon éditeur lui-même trouve assez remarquable que parmi mes textes, aucun ne ressemble à l’autre. Si je choisis un point de vue de narration interne, le narrateur, qui s’exprime à la première personne « est » un personnage du récit. Par conséquent, je m’efforce d’adopter le style correspondant à l’âge, au milieu social, et à l’époque de ce dernier. Si c’est un jeune mec de 20 ans, mon style pourra paraître relâché. J’agis ainsi par souci de réalisme. Mais si j’opte pour le narrateur omniscient, je laisse davantage mon style naturel s’exprimer. Or ce dernier aurait tendance à être assez soutenu. Pour tout dire, je lutte en permanence contre ma fâcheuse tendance à adopter un style trop ampoulé (cet adjectif est ma bête noire).

Vos histoires sont très ancrées dans le quotidien : les éléments y ont un côté singulier, et pourtant forts réalistes. Est-ce pour vous un principe d’implanter vos personnages dans ce monde réel et à notre époque actuelle ?

Implanter mes personnages dans le monde réel : oui, c’est une intention de ma part. Même quand je me laisse aller à écrire des textes de science-fiction ou d’anticipation (ça m’est arrivé quelques fois, dans le cadre de nouvelles), j’aime introduire des éléments qui pourrait faire partie du quotidien du lecteur, des choses qui le ramènent à une certaine réalité. J’ai l’impression que par ce biais, le lecteur aura plus de facilité à s’identifier à mes personnages. Et, en matière d’érotisme, l’identification facilite nettement l’excitation.

En revanche, je ne tiens pas forcément à ancrer mes histoires dans l’époque actuelle. Il est vrai que c’est le cas de mes deux romans : Sex in the kitchen et Sex and the TV, en revanche, dans mon travail de nouvelliste, j’aime beaucoup visiter d’autres époques : le dix-septième siècle de Louis XIV, le dix-huitième, le far-west des cow-boys, la seconde guerre mondiale. D’ailleurs je suis en train de préparer un roman historique (à forte connotation érotique) qui se déroulera à la cour d’Henri III.

Comment jugez-vous l’époque actuelle ? Sommes-nous dans une ère de sexe plutôt facile et joyeux, ou bien dans une période de pauvreté sensuelle et sexuelle ?

J’ai l’impression que nous vivons dans une époque un peu schizophrène au niveau du sexe. D’un côté la représentation du sexe (à tout le moins d’une certaine sexualité) via la pornographie, n’a jamais été aussi accessible et consommée. De l’autre, la « vraie » sexualité des gens me semble beaucoup moins simple. Une amie sexologue m’exprimait récemment combien je serais étonnée d’entendre les jeunes femmes ou hommes dans son cabinet. Outre la méconnaissance de leur corps et des mécanismes de la jouissance, ils semblent encore très emprunts d’idées reçues, de tabous ancestraux, d’hésitations… Bref, c’est pas encore la fête du slip chez tout le monde.

À quoi pourrait ressembler un monde qui serait sexuellement plus ouvert, tolérant et partageur ?

Déjà ce serait un monde où la sexualité féminine serait mise au même niveau que la sexualité masculine. En somme un monde beaucoup moins phallocentrique.

Ce serait aussi un monde qui n’imposerait pas un schéma de sexualité comme « le bon » (le missionnaire et/ou la levrette au sein d’un couple hétéro), mais qui tolérerait joyeusement des orientations sexuelles et des fantasmes moins consensuels.

Youtube, réseaux sociaux, médias, Internet… à l’heure de la sur-communication et de la sur-consommation, que devient « l’écrivain-poète-introverti » qui ne sait pas bien promouvoir son image ? Doit-on avoir un « plan » pour devenir auteur et le rester ?

Celui qui ne sait pas promouvoir son image a plutôt intérêt à avoir le talent d’un Proust et un éditeur très investi dans la promotion de ses ouvrages autrement, je ne donne pas cher de sa peau.

Oui, je pense qu’il faut avoir un plan de communication et savoir promouvoir son image et son œuvre via Internet pour devenir auteur et se faire connaître.

Pour approfondir sur les médias actuels tels qu’Internet et les réseaux sociaux… A l’heure des « trolls », « haters » et du retour d’une certaine intolérance, est-il simple d’être une femme auteur d’écrits érotiques ?

Ma foi, oui. Jusqu’à présent, je n’ai jamais été trop importunée sur Internet ou les réseaux sociaux. Du moins pas plus qu’une femme au profil plus « classique ». Pour tout dire, je pense ne pas être la cible idéale pour les mauvais dragueurs, les harceleurs, les trolls, ou haters. Souvent, ces gens-là s’attaquent à des cibles faciles, or j’ai remarqué que les femmes qui assument publiquement une sexualité libre effraient beaucoup les hommes, du moins les manipulateurs, ceux qui ont de mauvaises intentions… Ils préféreront se rabattre sur des femmes plus faibles en apparence, moins sûres d’elles.

Est-ce dur de communiquer avec les médias tout en restant authentique ? Estimez-vous que l’on renvoie de vous une image fidèle à celle que vous êtes ?

Non, c’est assez simple pour moi car je ne sais pas trop mentir ou travestir la vérité. C’est peut-être même cela mon problème. Pour « briller » davantage aux yeux des médias, j’aurais peut-être intérêt à en faire trop, à raconter des anecdotes énormes et bidons, à fabriquer des buzz de toute pièce, mais je ne suis pas à l’aise avec ça.

Votre entourage et votre famille font-ils partie de vos lecteurs ? Qu’en pensent-ils ?

C’est assez partagé en fonction de mon degré de filiation et d’intimité avec les personnes. Mes meilleures amies sont mes lectrices, pas mes voisins, mêmes s’ils sont très sympas. Dans ma famille, j’ai quelques fans (dont ma grand-mère de 96 ans) mais d’autres membres, tout en connaissant mon activité, ne préfèrent pas me lire, ce que je peux comprendre.

Parvenez-vous à être en contact avec vos lectrices et lecteurs, si oui quels sont vos « rapports » avec eux ?

Oui, je parviens à être en contact avec mes lecteurs. Souvent c’est via Internet et les réseaux sociaux. Parfois je les rencontre en personne, lors de dédicaces. J’ai de très bons rapports avec eux. Je sais qu’un auteur n’est rien sans ses lecteurs, alors je pourrais passer ma vie à les remercier de me lire et de me faire confiance tant je reste ébahie par ce miracle. Donc voilà, je les adore, et si en retour ils veulent bien m’aimer un peu, je prends !

Par ailleurs j’ai remarqué quelque chose en dédicace : parfois, mes lecteurs me font des confidences, qui peuvent être très intimes (ce peut être sexuel, mais pas toujours). Je me demande si cela est dû à mon statut d’auteur « érotique » ou si c’est lié au lien auteur/lecteur, qui est en fait très intime puisque le lecteur pénètre un peu l’âme de l’auteur en le lisant… Peut-être y a-t-il un peu des deux… Il faudrait que j’interroge des auteurs de littérature plus généraliste pour savoir s’ils ont aussi le même ressenti.

Retrouvez ici tous les ouvrages d’Octavie Delvaux.

Entretien avec l’auteure Stella Tanagra, seconde partie

« Sexe Cité »… Le titre du recueil de nouvelles de Stella est trompeur. Pour ma part, au départ j’ai cru qu’il s’agissait de textes érotiques se déroulant tous dans des cités de quartiers 🙂 Mais si vous avez lu la première partie de cet entretien et dévorez ensuite cette seconde partie, cet écrivain atypique vous semblera moins mystérieux… Quoique ?

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Sexe à outrance, sexe compulsif, biture, fêtes, et même violence… une récurrence de tes personnages semble être une certaine tendance à la « dépravation ». Estimes-tu cela juste ? Pourquoi ce trait ?

« Sexe cité » est le recueil de l’éveil des sens, de la jeunesse et ses excès. Je l’ai écrit de mes 21 à 25 ans, une période emprunte d’expériences en tout genre ; ceci explique cela. J’aime questionner l’excès en ce qu’il est l’expression d’un mal-être auquel on trouve de mauvaises réponses. Je pense que c’est en descendant au plus profond de soi que l’on se rencontre vraiment, dans la souffrance et l’adversité. Mes personnages sont donc souvent très écorchés ; ils sont chacun l’illustration de maux qui m’ont tourmenté. Aller là où ça fait mal en l’écrivant, c’est c’en exorciser.

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Certains passages sont doux et tendre, d’autres très violents. Pourquoi explorer à ce point le thème de la brutalité dans les rapports ?

Il y a autant de tendresse que de haine en moi ; la cohabitation n’est pas toujours évidente !!! Pour moi il y a vraiment quelque chose qui se joue entre le sexe et le rapport de force notamment entre hommes et femmes. J’ai toujours été stupéfaite à l’idée que ma vie vulnérable ne tient pas à grand-chose si mon amant en décide ainsi. Si l’on en revient aux instincts primaires de l’Homme, je n’ai vraiment pas beaucoup de chances de survie, j’ai donc toujours été attirée par ce que de fort dégage l’homme bien que cette force rassurante peut aussi se retourner contre moi. Ce paradoxe est une source d’inspiration et d’excitation permanente d’autant plus exacerbée sachant que je suis aussi masculine que la fée clochette.

Tu aimes explorer certains sujets assez crus, voire tabous. Est-ce volontaire ? De quelle façon cela vient-il au cours de l’écriture ?

Je ne me suis posée aucune question en écrivant « Sexe Cité », seule la pulsion brute s’est exprimée au fil des histoires, comme si mon corps la réclamait. Je donne à lire de l’émotion sans filtre, une forme d’intelligence à mettre en corrélation avec l’instinct. Le rendu final est cru, ce qui n’était pas voulu mais qui est finalement logique vu que ce recueil est à l’image de mes pensées les plus intimes.

Ce que j’aime chez les artistes, c’est leur capacité à oser repousser les limites si tant est qu’ils en dégagent du sens et non de la provocation gratuite. Je pense notamment à l’écrivain Virginie Despentes et au réalisateur Gaspar Noé. Je m’ennuie vite dans le classicisme, j’ai besoin que l’on m’emmène ailleurs, qu’on me bouscule ainsi l’émotion et la réflexion sont toujours au rendez-vous. De la même manière, je fais partie des auteurs qu’on aime ou que l’on n’aime pas mais qui ne laissent pas indifférent.

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Tes histoires ont certains côtés poétiques ou sociaux, voire philosophiques, tout en ayant des passages et paroles très obscènes. Recherches-tu le mélange de genres ?

Tout ce que je sais, c’est que je suis inclassable, ce qui m’a valu les heurts de trouver un éditeur capable de croire en moi ! Je ne contrôle pas mon écriture car j’aime à penser que c’est l’expression la plus sincère et pure que je peux offrir, sans aucun formatage. Rares sont encore les espaces où l’on peut jouir de la liberté, l’écriture et la sexualité sont en ce sens mes meilleurs terrains de jeu !

Il me semble qu’il y a des notes de nostalgie dans tes chapitres, comme si à notre époque le sexe et la séduction étaient souvent tristes, limite un peu sordides, et que la littérature nous permet justement de transcender le réel. Qu’en est-il ?

Parler sexe, ce n’est pas seulement chercher à faire bander ou mouiller le/la lecteur(trice) ! J’aime utiliser le thème de la sexualité pour aborder des sujets plus graves tels que le rejet de la différence, la difficulté d’assumer sa sexualité face aux dictâtes, la bestialité des rapports humains ou encore la sexualité sous le prisme de la violence et du crime et la transgression de manière générale. J’écris librement, sans aucune censure pour mener ailleurs et plus loin encore, le lecteur. Je sème parfois le trouble mais c’est pour mieux questionner chacun sur sa condition. Etre à la marge est le fil conducteur de ma vie et il semblerait que ce soit dès lors ma marque de fabrique littéraire. On me dit parfois que je suis un ovni avec son lot de bonnes et de mauvaises surprises. Il n’est pas toujours facile de s’imposer quand on a un style hors norme mais quand ça marche, quelle victoire du spécimen sur le mouton !

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Une belle relation sexuelle, propre à tes écrits, est-elle celle où l’on a appris quelque chose de fondamental sur soi ? Est-ce réellement possible dans la réalité ?

Une belle relation sexuelle est une relation où l’on se révèle à soi-même et son/ses partenaire(s) aussi ; tel est le cas dans ma nouvelle « La sexualité est ailleurs ». Le titre image le fait que la sexualité n’est pas ce que le formatage social a fait d’elle dans nos esprits ; elle est ailleurs et c’est à chacun de la trouver en soi. Dans ce récit, le personnage féminin assume pour la première fois son désir le plus profond envers deux hommes qui dépassent pour la première fois, leurs préjugés misogynes en s’adonnant au triolisme avec elle… Douce utopie ? Ce texte est une image vers ce à quoi il faudrait tendre.

La réalité est néanmoins jonchée de belles surprises érotiques. Je fais partie de ceux qui ont touché le fond avant de voir la lumière. J’ai connu le pire et le meilleur de la sexualité, ce pourquoi je la savoure encore plus et à sa juste valeur. J’ai connu des hommes fous de désirs et de dévouements à mon seul et unique plaisir. J’ai vu l’amour et la passion dans leurs yeux et leurs gestes. La réalité affective peut-être belle si tant est que l’on est bien avec soi-même et clair avec ses désirs.

Y’a-t-il une vraie touche de fantastique dans « Mort Sûre », ou bien est-on plutôt dans l’allégorie ? (J’ai plutôt perçu un sens allégorique dans les dernières lignes, mais peut-être est-ce une erreur…)

« Mort sûre » est le premier texte de « Sexe cité » que j’ai écrit ; j’avais 21 ans. J’étais folle d’excitation en l’écrivant, je me suis d’ailleurs masturbée entre deux lignes ! Le physique de Victor, le frère de Wolverine a été ma source d’inspiration.

Tu vois juste, on est complètement dans l’allégorie. C’est tout le dilemme de ma vie ; cette passion parfois destructrice pour l’animalité masculine. J’ai beau avoir des traits féministes, il ne faut pas croire qu’ils sont incompatibles avec l’amour voire la vénération de l’image masculine. J’aime mettre en perspective les ambiguïtés et les contradictions masculines.

 

Entretien avec l’auteure Stella Tanagra

Elle aime écrire de la vraie littérature, apprécie les gens atypiques et certains sujets border lines… Sexe Cité, de Stella Tanagra, fut un vrai plaisir de lecture. En plus d’avoir une belle plume, Stella a une jolie frimousse et un beau corps, elle le sait et aime également en jouer… Avec elle, les amateurs de belles images sont tout aussi charmés que les amateurs de jolis textes.

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As-tu besoin de t’identifier aux personnages de tes histoires, si oui comment et à quel point ?

Je pense plutôt que je me cache derrière mes personnages. Ils sont par essence, l’expression de mes désirs et de mes tourments les plus indicibles. Chacun représente un idéal ou au contraire un modèle à ne pas suivre. Je créée des personnages que je trouve séduisants par leurs beautés brutes, leurs failles voire leurs perversions. La relation créée avec le personnage est encore plus forte dans l’écriture d’un roman que d’un recueil. J’ai vécu cette expérience il y a quelques mois et ai dû faire mon deuil quand j’ai marqué un point final à ce roman, me devant d’abandonner mon personnage principal. Je m’étais beaucoup attachée à elle car elle était le savant mélange de tout ce que j’aime et ce je déteste en la féminité ! Ce roman est un projet que je laisse en suspens, ma priorité étant la parution de mon prochain recueil érotique ô combien déroutant, prévue au 1er semestre 2017.

Je ressens une forme de tristesse et de révolte vis à vis du monde actuel, dans tes écrits… Quelle est selon toi la plus grande incompréhension actuelle entre hommes et femmes ?

Je suis assez critique ou lucide (?!) et comme tu l’as bien ciblé, les rapports de genres (homme/femme) me passionnent. La plus grande incompréhension qui réside entre nos deux sexes en matière de sexualité car c’est bien ce dont il s’agit dans mes récits, c’est la non acceptation de la qualité d’être sexué de la femme, par la gente masculine ! Généralement dégradées au rang d’objet sexuel, il ne faudrait pas occulter que nous sommes des êtres humains et non des objets de décoration ; l’intelligence, la sensibilité et donc le désir, font partie de nos attributs ; bref nous sommes vivantes et non des poupées gonflables.

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Je ressens cette fausseté d’interprétation des hommes envers les femmes, en tant qu’auteure mais aussi que modèle. Nombreux sont ceux qui m’abordent comme si j’étais une chienne en chaleur à dresser ou tout au mieux, une interlocutrice du téléphone rose. Les hommes associent trop souvent les femmes qui assument leur sexualité à des femmes qu’il ne faut pas respecter ! Et c’est bien dommage car les grands perdants, ce sont eux. Si nous n’étions pas aussi durement jugées, nous serions sans doute des amantes encore plus décomplexées ! Mon exemple n’est qu’une illustration d’un monde où les hommes rament encore à concevoir, d’une part la femme comme un être doué d’une libido parfois aussi (voire plus) démesurée que la leur et d’autre part la légitimité de la femme (tel que l’homme) d’avoir des désirs et donc de ne pas être perçue et traitée avec irrespect. Au final, il est toujours question de l’éternel inégalité de traitement entre hommes et femmes.

Vit-on selon toi dans un monde de misère sexuelle, ou au contraire doté d’une sexualité plus libérée ?

Nous vivons dans un monde où les extrêmes se côtoient (aussi bien la misère que la liberté sexuelle) et c’est sans doute le plus déstabilisant. La sexualité s’est libérée avec les effets bénéfiques et pervers qui en découlent. Pour jouir de la liberté encore faut-il avoir un cadre au sens d’une structure intellectuelle et émotionnelle construite. Autant dire que s’adonner sans limite à la sexualité lorsque l’on est fragile et je pense notamment aux adolescents comprend une forme de danger. Il vaut mieux se connaitre avant de se perdre ; la sexualité pouvant être amour comme destruction. Avec une structuration psychique mure et réfléchie, on peut profiter pleinement d’une sexualité libérée et sans tabou. C’est mon leitmotiv de femme à la sexualité assumée.

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Quant à la misère sexuelle, je t’avouerais que dans notre monde occidental en tout cas, je l’observe surtout chez les hommes. Je leur dédie d’ailleurs une nouvelle dans mon prochain recueil. Je compatie de cette triste réalité de l’offre et de la demande. Mais si les femmes ne sont pas forcément au rendez-vous comme les hommes le voudraient, c’est peut-être qu’elles ont été trop bridées pour ne pas dire bâillonnées dans leurs désirs par ces mêmes hommes. La frustration semble être le gage de l’homme obligé de composer avec la profusion de ses désirs qu’il ne peut pas toujours combler. Il est coutume de parler de la difficulté d’être une femme mais l’on oublie souvent de dire la difficulté d’être un homme dans cette société pas si moderne où il se doit de bander dur et de baiser bien ; éjectent les petits zizis et les EJP. Pas évident de se faire une place lorsque les femmes ont l’embarras du choix… Qui dit monde d’excès dit misère (privation, frustration…) vs liberté (profusion, consommation…) à chacun de s’en dégager en cassant ces codes auxquels personne n’a envie de se soumettre finalement…

Entre l’art de la rime et du jeu de mots, tu sembles avoir des influences poétiques… As-tu des références de chevet ? (Plutôt Baudelaire ou plutôt Canard enchaîné ? 🙂  )

Ma référence première, c’est mon père. Il est musicien et s’est toujours amusé de la musicalité des mots ; créant des jeux de mots subtiles en associant des termes à la mélodie commune pour leur donner du sens. Quant à ma mère, elle écrivait des poèmes et avait d’ailleurs été publiée. Elle m’a donné ce goût des mots dont on exacerbe l’impact émotionnel en créant des rimes et un rythme.

J’aime l’absurde de Vian et la mélancolie de Baudelaire par exemple. Je suis d’ailleurs étonnée que la poésie n’ait pas plus de succès dans un système où il faut faire le buzz dans l’immédiat car pour moi, c’est le propre de la poésie ; de l’émotion maintenant et tout de suite.

Certains auteurs (tels que moi) restent dans un parfait anonymat, d’autres se mettent beaucoup en avant… D’autres enfin sont je dirais un peu entre les deux, tels que toi : se montrer sans trop se montrer. Te reconnais-tu, ou bien est-ce erroné ? Cherches-tu à ne pas trop te dévoiler, ou au contraire à beaucoup en dire et en montrer ?

Mes textes et mes photos sont clairement érotiques et en matière de sexualité, j’aime frôler les limites. Je connais les dangers de ma double vie où Mme X (c’est ainsi qu’un de mes correspondants nomme ma face cachée) et Stella se rencontrent en mes clichés sexy mais il faut bien jouer, non ? Comme dirait l’un de mes fidèles lecteurs : « vivre, c’est prendre des risques » ! Je me dis que si un jour je suis démasquée, grand bien m’en fasse, il faudra bien que ce jour arrive et j’assumerai. En attendant, je joue avec le feu et je ne te cache pas que c’est très excitant d’être à la fois une girl next door discrète et un personnage à l‘image de la furie de mes désirs.

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À travers ton site, notamment, t’es-tu « construite » un personnage, ou bien es-tu toujours toi-même jusqu’au bout ?

Ce patronyme, je l’ai créé pour protéger mon anonymat mais avec le temps et qui plus est avec mon blog www.stellatanagra.com, Stella est devenue un personnage à part entière et ça m’a d’ailleurs un peu dépassé… Je me suis notamment heurtée à ce qu’il y a de plus graveleux en l’homme. Se montrer par bribe est une forme de protection et de pudeur au-delà d’être une manière de jouer avec le mystère et donc le fantasme des lecteurs. Stella est une partie de moi. Elle est celle qui me permet de dire tout haut ce que je pense tout bas. A travers Stella, je m’intéresse à la beauté du mot et de l’image. Disons que je suis le cerveau pensant dont Stella exécute les provocations tant qu’elles ont du sens.

Si tu pouvais d’un coup de baguette magique décupler l’une de ces carrières : celle de modèle ou celle de l’auteur… que choisirais-tu et pourquoi ?

La photo est un amusement là où écrire donne à ma vie, son sens. J’ai eu l’impression de sortir du coma le 6 juin 2015, jour où mon livre « Sexe Cité » est paru chez IS Edition. Il y a véritablement eu un avant et un après. Je suis née ce jour-là. Avant je n’étais que l’ombre de moi-même. Ecrire est ma seule vraie façon de m’exprimer et donc d’exister. Je pense que cela répond à ta question.

 

 La suite de cet entretien passionnant d’ici quelques jours ! (Publication le 19 février, qui peut donc être déjà en ligne selon le moment où vous lisez ce texte).

Entretien avec la blogueuse et web-éditrice Irina du Bois Sainte-Marie

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J’adore l’univers d’Irina. Un site glamour, littéraire, coquin, parfois légèrement pornographique, que j’estime résolument fin et de bon goût… Un site ressemblant au pseudonyme du personnage, Irina du Bois Sainte Marie. Après avoir régulièrement lu les histoires publiées sur Nouvelles Erotiques, après avoir eu le plaisir d’en avoir publié quelques unes chez elle (je lui en suis très reconnaissant), j’ai eu envie d’en savoir davantage sur elle, et sur l’aventure de son si joli site.

Comment l’histoire de Nouvelles-érotiques a-t-elle démarré ?

J’ai lancé le site fin 2012, peu après avoir démissionné de mon travail pour rejoindre l’entreprise fondée par mon mari. Il y a eu quelques mois de latence pendant lesquels j’étais un peu désœuvrée, et comment dire, je ne savais pas comment canaliser ma libido, donc j’étais presque devenue une obsédée sexuelle à cette époque-là de ma vie.Du coup, j’ai eu envie d’écrire des nouvelles érotiques et de trouver un bel écrin pour les publier. Étonnamment, tous les sites qui existaient étaient criards, vulgaires et saturés de publicité. Je trouvais que cela coupait toute l’excitation que l’on aurait pu ressentir à la lecture des récits publiés.J’ai donc eu envie de créer un beau site qui mettrait en valeur des textes choisis. J’ai été très sélective dès le début et ai commandé des illustrations correspondant aux nouvelles publiées. C’est ainsi que j’ai gagné la confiance de nombreux auteurs talentueux.

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N’est-il pas paradoxal d’avoir un avertissement pour mineurs à l’entrée de ton site, quand on songe aux sites de vidéos pornos n’ayant aucun avertissement ni restriction d’accès ?

N’est-ce pas une obligation légale que de mettre un avertissement sur un site qui publie du contenu pour adultes ? Quoi qu’il en soit, je pense que c’est une bonne chose de mettre en garde un jeune public contre des récits ou images qui pourraient le choquer.

Qu’une histoire te plaise est-il ton unique critère de sélection, ou bien as-tu des limites, comme par exemple certains sujets que tu te refuserais de publier ?

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Je ne suis pas une professionnelle du monde de l’édition, donc mes critères de sélection sont plutôt subjectifs. Je me fie à ce que je ressens à la lecture du récit. J’attache autant d’importance à la qualité littéraire du récit qu’aux scènes de sexe.D’ailleurs, si l’on ne m’envoie que des scènes de sexe, je les refuse, car je recherche avant tout de véritables histoires avec une intrigue, des personnages que l’on apprend à connaître, etc …J’essaie de ne pas me limiter à mes propres fantasmes et il m’est arrivé de publier des textes dont les fantasmes n’étaient pas du tout les miens en pensant qu’ils pourraient plaire à d’autres lecteurs.En revanche, si je tente de garder l’esprit ouvert, il y a des thèmes que je refuse d’aborder car ils me choquent comme le viol ou l’inceste par exemple.

Sans faire trop d’indiscrétions ou de révélations, ton existence est-elle sexuellement à peu près « sage », ou bien a-t-elle de nombreuses ressemblances avec les textes que tu publies ?

J’ai beaucoup de fantasmes, mais je suis en couple avec le même homme depuis 15 ans et nous avons fondé une famille de 4 enfants. Je lui suis fidèle, donc même si je suis très heureuse de ma vie sexuelle, elle est forcément beaucoup plus simple que tout ce que j’ai pu publier sur Nouvelles Érotiques.

L’érotisme est-il ton style principal de lectures littéraires, ou bien cela n’est-il que quelques lectures parmi d’autres ?

Je lis beaucoup, mais au final, la littérature érotique ne représente qu’une petite partie de mes lectures.

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D’où viennent les illustrations de ton site ?

J’ai commandé à un illustrateur les premières illustrations du site (une trentaine environ). Je lui décrivais rapidement l’histoire et il me proposait une illustration que nous retravaillions ensemble. Mais ce procédé est vite devenu trop onéreux pour un site entièrement gratuit. Désormais, j’illustre principalement mon site avec des photos publiées sur x-art.com

Que penses ton époux de tes activités Internet ? Y participe-t-il d’une façon ou d’une autre ? (choix des histoires…)

Il me laisse faire, s’amuse des anecdotes que je partage avec lui mais je ne crois pas qu’il le lise

Au-delà de ton époux qui je pense est au parfum, cette activité est-elle secrète dans ta vie ? Qui le sait autour de toi, et qui l’ignore ?

Oui, cette activité est complètement secrète. Je n’en ai parlé qu’à une copine autour de moi et même si parfois je suis tentée d’en parler plus librement car je suis fière de Nouvelles Érotiques et de son succès, je crains un peu les réactions et interrogations de mon entourage.

Irina du Bois Sainte Marie, pourquoi avoir choisi ce pseudonyme fortement bourgeois, voire noble… en tout cas fort précieux ?

Quand j’ai lancé le site, je pensais me construire un personnage de bourgeoise ayant grandi dans un pensionnat pour jeunes filles, qui n’aurait donc connu la sexualité que tardivement mais y aurait pris goût avec gourmandise. Au final, je n’ai jamais développé le personnage, mais le pseudo est resté.

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En matière de littérature érotique tout comme en matière de vidéos X, tu sembles rechercher du classieux et du précieux, comme ton article sur X-art. Que penses-tu du monde du X en général, et de celui de la littérature osée ?

Très honnêtement, je n’en suis pas une grand connaisseuse, mais ce dont je suis certaine, c’est que pour me plaire, un bon film X doit avant tout être un bon film tout court tout comme un bon livre érotique doit avant tout être un bon livre.Pour apprécier un film porno, j’ai donc besoin de décors soignés, d’un bon éclairage, etc … Il faut mettre dans la littérature et production audiovisuelle érotique et pornographique le même soin que pour les livres et films traitant de sujets plus généraux.

Merci à Irina. N’oubliez pas de visiter son site !

Entretien avec l’auteure Françoise Colliot, suite et fin

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Troisième et dernière partie de notre entretien avec Françoise Colliot. Où l’on en apprend encore davantage, entre autres, sur ce qu’est un « trouple »…

Comme tu me l’as dit, il peut arriver qu’un homme (par exemple) se sente mal à l’aise en lisant une séquence de lesbianisme, ou bien troublé en tant qu’hétérosexuel entre lisant une scène de sexe entre deux hommes. Comment interprètes-tu cela ?

Je pense qu’avec la pratique régulière de l’écriture érotique, je me suis dégagée du côté purement sexuel de la narration. Je sais que ce qui trouble les lecteurs hétérosexuels des scènes entre Pablito et Alexandre, c’est plus le lien affectif, psychologique entre eux que l’acte sexuel en lui-même et qu’ils ne ressentent aucune « violence » dans l’excitation que cette relation leur procure.

De même, je décris très peu mes personnages. Je suis touchée que des lecteurs de 30 ans les imaginent en avoir 30, que d’autres de 50 les imaginent en avoir 50 et que des plus vieux, les voient plus âgés.

Ce qui me conforte dans l’idée que somme toute, ce qui compte n’est pas tant les personnages en eux-mêmes que les relations qu’ils nouent entre eux.

Ces éventuels « troubles » et « gênes », est-ce notamment ce que tu cherches à provoquer ?

Pas exactement. Ce que j’aimerais partager, c’est que tout est permis à tout le monde, dans le cadre bien entendu, de relations consenties entre adultes, qu’il n’est pas besoin d’être une bombe de 20 ans super bien gaulée ou d’être un homme super bien bâti avec une queue comme celle d’un cheval pour pouvoir offrir et recevoir du plaisir.

Qu’il peut arriver de vivre une relation sexuelle très épanouissante alors qu’on se croyait exclu(e) « du circuit » parce que trop vieux (vieille), trop gros (se), trop mou.

Dans plusieurs de mes textes, les personnages ont du mal à bander, pour autant, ils offrent et prennent du plaisir. J’ai reçu des messages de lecteurs qui me demandaient « mais c’est vrai ? une femme ne se sent pas humiliée si un homme ne bande pas pour elle ? » et en les lisant, en leur répondant, je me suis sentie utile.

Parce que le jeunisme est une plaie pour les femmes à qui on refuse l’idée de vieillir, avec un corps modifié, mais son corollaire l’est tout autant ! Bien sûr qu’à 40 ou 50 ans un homme bande moins facilement, moins dur qu’à 20 ans, pour autant plus il est à l’aise avec cette réalité, meilleur amant il devient.

Je voudrais aussi faire partager aux lecteurs cette notion, qui me semble aller d’elle-même, que l’érotisme n’est en rien une compétition, que la seule chose qui importe c’est le plaisir qu’on y prend. Adolescente, j’avais été séduite par une phrase dans la chanson de Jacques Brel « les jardins du casino » j’en ai fait ma ligne de conduite, ne jamais chercher une performance quelconque dans une étreinte.

« Passent aussi, indifférents, quelques jeunes gens faméliques, qui sont encore confondant l’érotisme et la gymnastique »

Sans dévoiler ton identité ni ta vie intime, peux-tu nous dire quelques mots de ta situation ? (Travail, mari, enfants.. ?)

Je ne travaille plus depuis quelques années. Je suis mariée, mère de trois enfants, qui ont entre 30 et 17 ans.

Quand j’ai commencé à écrire des textes érotiques, la question s’est posée de faire un blog spécifique. Mais je ne considère pas le sexe, le plaisir sexuel comme une entité à part. Je veux dire que le sexe est un plaisir, comme écouter de la musique, en faire, comme partager un bon repas avec des amis. Il n’est ni supérieur, ni inférieur, juste une autre forme de plaisir. Surtout, il n’est pas honteux, à cacher sous le tapis.

Pour autant, si ma mère avait écrit des textes érotiques, je ne pense pas que j’aurais aimé les lire, encore moins tomber dessus par hasard.

Alors, j’ai décidé de ne faire qu’un blog et de prévenir mes enfants que j’écrivais des textes érotiques, qu’ils étaient accessibles sur mon blog, mais pour éviter le désagrément de les lire sans l’avoir voulu, ils apparaîtraient dans la rubrique « textes érotiques »… ça ne leur pose pas plus de problème que ça !

Il t’arrive de rebondir sur l’actualité, comme ton texte, pourtant érotique, lié aux attentats. Peux-tu nous conter… l’histoire de cette histoire ?

Tout au début du récit des aventures du trouple, le matin du 13 novembre 2016, j’ai écrit un texte très joyeux sur « la journée de la gentillesse » et j’ai posté ce texte en début d’après-midi.

Dans mon esprit, l’appartement où ils se rencontrent s’est toujours situé à la limite du Marais et du 11ème arrondissement. Quand les attentats ont eu lieu, je me suis demandé comment mon trouple les aurait vécus.

J’ai écrit le texte « le jour d’après » et il se trouve que parmi mes lecteurs beaucoup y ont trouvé la preuve qu’il ne servait à rien de « porter le deuil » ou de « ne pas poster des images, des textes à caractère érotique ».

J’avais poussé un coup de gueule à cause de celles et de ceux qui parlaient de décence en leur rappelant que jusqu’à preuve du contraire, l’indécence se situait dans le camp des assassins, pas dans celui de ceux qui prennent du plaisir et qu’agir ainsi c’était juste leur donner raison.

Dans tes textes, je crois percevoir de la poésie, de l’humour et quelques touches de pornographie. Qu’essayes-tu d’y mettre avant tout ?

Beaucoup de moi-même, de mes convictions profondes, de mes doutes aussi et cet amour infini de la vie, qui est somme toute assez récent, de l’amour d’autrui. J’ai compris que la vie est bien trop courte pour perdre du temps à n’en voir que les côtés négatifs. Sans les nier, je préfère m’attacher aux jolies choses qui émaillent ma vie.

Il est de bon ton de traiter ceux qui partagent ma façon de voir de « Bisounours », qui devient par le fait, une insulte. Grand bien leur fasse !

J’emploie souvent cette image pour expliquer ma « philosophie » si un matin, en entrant dans la cuisine, je marche pieds nus dans une flaque d’eau due à une fuite de mon lave-vaisselle, et qu’en même temps, je vois un joli rayon de soleil ou un moineau voleter devant la fenêtre. Je vais gueuler « merde, fait chier ce putain de lave-vaisselle ! » mais je ne garderais en mémoire que la lumière qui illuminait la pièce, que le vol du moineau.

 

Tu sembles évoquer (si j’ai bien compris) la rupture amoureuse réelle et vécue dans plusieurs écrits. L’écriture peut-elle ainsi libérer, ou être une sorte de thérapie ? Se sent-on mieux après avoir couché… sa souffrance sur papier ?

Oui, clairement l’écriture peut être une bonne thérapie. Parce qu’une fois les mots posés, ils ne m’appartiennent plus vraiment. Ils sont sortis de moi, je le sais, mais les donner à lire à d’autres m’offre la possibilité de mettre cette souffrance à distance.

Vous en voulez encore ? Visitez le site de Françoise Colliot et/ou relisez les trois parties de cet entretien.

Entretien avec l’auteure Françoise Colliot, partie 2

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Suite de notre entretien avec la blogueuse auteure Françoise Colliot. Mais en fait… plutôt blogueuse, plutôt auteure ou bien 50/50 ?

Pourquoi te centrer avant tout sur les textes courts ?

Je crois que ça vient de ma façon d’écrire. J’écris d’un jet, sans rien modifier ou presque quand une scène, vécue ou non, me vient à l’esprit.

Je n’ai plus la patience d’attendre un an pour voir le résultat final de mes récits. J’écris vite et publie dans la journée qui suit… je passe souvent plus de temps à trouver l’illustration du texte qu’à l’écrire.

As-tu des désirs éditoriaux, ou bien le blogging te convient-il ?

Je mentirais en affirmant que je n’ai que mépris pour l’édition, mais deux choses m’empêchent de contacter des éditeurs. La première est la crainte du refus, que je vivrais assez mal. La seconde est la peur de perdre ma liberté, je ne voudrais pas me sentir obligée de supprimer un chapitre, un personnage en fonction de l’avis d’une tierce personne, c’est certainement bien prétentieux, mais c’est ainsi. Et aussi, je ne voudrais pas me sentir tenue par les modes du moment, comme évoquer le BDSM sous prétexte que « 50 nuances de Grey » a eu beaucoup de succès. Avec le blogging, je reste maîtresse de ma « ligne éditoriale » et totalement responsable de mes erreurs et de mes faiblesses.

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Nous nous sommes croisés au Festival de la littérature érotique 2016 à Paris. Que retiens-tu de cet événement littéraire ?

Que des bons souvenirs ! Déjà, j’y ai retrouvé Charlie et Renaud qui habitent à Marseille, Manganimie qui en plus d’être une de mes auteures préférées est une amie très proche, Ève de Candaulie que j’aime beaucoup… et de voir d’autres auteures que je ne connaissais que par les lectures qu’en avait faites Charlie.

En plus, j’ai gagné plusieurs défis d’écriture, ce qui m’a un peu rassurée quant à mes capacités et enfin, j’ai remporté un pass VIP pour assister aux ateliers d’écriture « les écrits polissons » pendant un an ! J’en ai été plus qu’heureuse parce que j’avais très envie d’y participer, mais que je n’en avais pas les moyens financiers.

Il semble que certains de tes textes se développent davantage que tu ne l’avais prévu. Écris-tu donc sans plan particulier, en te fixant sur l’instant présent ?

Au départ, « les aventures érotiques » devaient s’intituler « 4 rendez-vous érotiques » et puis un texte en a entraîné un autre.

Quand une idée me vient en tête et qu’elle ne correspond à aucun des personnages, je créé une nouvelle série. Mais, mise à part la série « Entre deux », aucune n’est achevée et je ne sais pas si aucune d’elles le sera un jour.

Est-ce qu’écrire de l’érotisme entretient la libido, ou bien n’y-a-t-il pas de rapport direct ?

Bien sûr qu’écrire de l’érotisme entretient la libido ! Ça me permet aussi de donner corps à certains fantasmes, et à les vivre si je me sens prête à les assumer.

Tu m’as dis qu’aucune de tes séries n’était réellement achevée… Comment les vois-tu d’ici un an, ou quelques années ?

Je n’en ai pas la moindre idée ! Si je prends comme exemple « les aventures érotiques » au début de l’histoire les personnages (qui ne sont jamais nommés autrement que par leur surnom « Le Prince » qui devient « Alexandre » et « la douce » qui devient « la fée ») les personnages se rencontraient brièvement ou bien dans des lieux publics ou bien à l’hôtel. Rarement plus que quelques heures.

J’ai voulu voir ce qui se passerait s’ils passaient une ou plusieurs nuits ensemble, alors j’ai commencé à raconter leurs escapades à Londres, en Auvergne, à Haarlem, à Lisbonne, puis je me suis dit que je commençais à écrire une sorte de « Tour du Monde de deux amants » et l’exercice ne m’amusait pas plus que ça.

Mes amants ont continué à se retrouver dans des lieux publics. Puis m’est venue l’idée de l’appartement dont le Prince aurait hérité qui leur permettrait de se retrouver « au chaud », d’y passer une nuit ou quelques heures au gré de leurs envies et de leur disponibilité. Et puis, un troisième personnage a fait son apparition, le fameux Pablito.

Au départ, ce devait être une expérience unique, mais ce personnage à su s’imposer dans le couple comme dans mon esprit. C’est ainsi que du couple, je suis passée au trouple. Mais deux jours avant l’arrivée de ce troisième personnage, je n’avais pas idée qu’il existerait !

Vous en voulez encore ? Visitez dès à présent le site de Françoise Colliot, et/ou lisez la suite et fin de cet entretien (publication le 29/01/2017).

Entretien avec l’auteure Françoise Colliot

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Voici le portrait d’une auteur passionnée, très liée à ses lecteurs, qui a répondu à mes questions sans se limiter et qui a bien fait. Par conséquent, cet entretien fleuve sera diffusé en trois parties, dont voici la première.

As-tu commencé par l’écriture érotique, ou bien tes premiers écrits sont-ils situés dans d’autres genres ?

En 1992, j’ai participé, un peu par hasard, à un atelier d’écriture organisé dans ma ville. J’avais été surprise de ma facilité à inventer des histoires à partir de contraintes. L’expérience n’a pas été renouvelée par la commune l’année suivante, mais j’avais chopé le virus…

Petit à petit est née l’idée d’écrire une série de romans sur les capitales européennes, tout en m’imposant des contraintes. Les contraintes étaient : l’histoire devait se dérouler dans une capitale européenne, l’héroïne a entre 25 et 30 ans, elle s’accomplit dans cette capitale à chaque fois d’une manière différente, tous les romans débutaient par une citation d’une chanson de Charles Trénet et s’achevaient sur une citation biblique.

Je mettais environ un an à écrire chaque court roman. Il y en a eu trois (un à Berlin, un autre à Rome, le dernier à Londres), j’ai commencé un quatrième qui devait se passer à Madrid, mais j’ai arrêté d’écrire pour des raisons personnelles.

Ensuite, j’ai sombré dans la dépression, une vraie dépression avec traitement psy super lourd. Vers la fin de ma thérapie, j’ai réalisé qu’écrire me rendait profondément heureuse, que c’est ce que j’aimais vraiment faire. Mais j’avais un peu de mal à fixer mon attention.

Quand je me suis sentie capable d’écrire à nouveau, j’ai voulu reprendre la rédaction de l’histoire madrilène, mais je n’avais plus 30 ans, ce qui m’animait pour écrire ces romans n’était plus ce qui m’animait en 2013, je n’écrivais plus de la même façon… j’ai essayé de tricher en écrivant « à la mode de Françoise fin des années 90 », mais je n’y ai pris aucun plaisir. Absolument aucun. Et je ne me trouvais pas très honnête de faire ça. Malgré tout, j’ai voulu « laisser une trace » de ces écrits, j’ai donc créé un blog sur lequel j’ai posté ces textes.

Parallèlement, je me suis inscrite sur Twitter et j’ai cru qu’il fallait impérativement mettre le lien vers un blog dans nos données personnelles (comme quoi, il ne faut jamais faire les choses trop vite… ou pas !), j’ai donc mis le lien vers ce premier blog.

J’étais très fan d’un auteur-compositeur-dessinateur-chanteur, pour tout dire, c’est une de ses chansons qui m’a donné le déclic pour arrêter le traitement médicamenteux de ma dépression. Cet artiste s’appelait Hubert Mounier (aussi connu sous le pseudonyme Cleet Boris), il est malheureusement mort en mai 2016, mais l’année dernière j’ai trouvé le courage de lui envoyer le texte où j’évoque le lien particulier que j’ai avec cette chanson.

Bref, je suivais Hubert Mounier sur Twitter, et un de ses autres « followers » a été regarder mon blog, il m’a demandé pourquoi je ne postais pas de textes plus récents, je lui ai expliqué que je n’écrivais plus. Il a trouvé ça dommage.

Nous avons commencé à échanger très régulièrement, c’est un français qui vit à l’autre bout du monde. Il avait été surpris de ma présence sur Twitter à des heures où les gens dorment en France métropolitaine, je lui ai parlé de mes insomnies et des craintes que j’avais à propos de ces 3 semaines de vacances à New-York à cause du décalage horaire qui n’allait rien arranger. Il m’a conseillé (c’est sa version) / mise au défi (c’est la mienne) de profiter de ces insomnies pour écrire ce qui me passerait par la tête. C’est ainsi que tout a recommencé…

Tu sembles développer des contacts intenses avec tes lecteurs et lectrices… peux-tu nous en dire plus ?

Au départ, j’ai écrit pour cet inconnu, des textes un peu personnels, mais pas trop, puis j’ai eu envie de nous inventer une liaison. Que ferions-nous si… C’est de là que sont nées les « aventures érotiques »… Ce que je voulais retranscrire dans ces aventures, c’était des situations qui m’exciteraient avec des mots qui me conviendraient. Parce que je ne trouvais pas ce que je voulais dans la littérature érotique que je connaissais.

J’ai longtemps cru que mes textes érotiques n’excitaient que moi, ou éventuellement quelques femmes. Je ne pensais pas une seule seconde que mes textes si féminins pourraient plaire à des hommes. Ce en quoi je me trompais lourdement.

Quand j’ai eu les premiers retours de ces textes, ils émanaient d’hommes. Je passe sur ceux qui me demandaient des photos de moi nue, en m’envoyant des photos de leur sexe (et souvent, même pas le leur !), des propositions de rendez-vous. Parce que j’ai eu à peu près au même moment, des félicitations de lecteurs, qui se sentaient bien dans mes textes. Certains me parlaient de leurs complexes, de leurs fantasmes avec une confiance qui m’a énormément touchée. Pour les remercier, il m’est arrivé d’écrire un texte où j’évoquais ces fantasmes, ainsi ils pouvaient « les vivre » par procuration…

J’aime beaucoup faire plaisir à autrui, alors, j’ai gardé cette habitude d’offrir un texte à un lecteur (ou une lectrice) en lui demandant de me donner 3 mots que j’insère dans mon récit. Bien entendu, ces mots, ces situations restent le doux secret entre le (la) destinataire du texte et moi-même.

Ce qui revient, j’en ai parfaitement conscience, aux contraintes que j’avais lors de l’atelier d’écriture de 1992.

…

Vous en voulez encore ? Visitez le site de Françoise, et/ou lisez la seconde partie de cet entretien (publication : 21/01/2017).

Entretien avec Angélique Fontaine, suite et fin

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Suite de notre entretien avec l’auteur Angélique Fontaine…

Sans forcément entrer dans les détails (sauf si tu le souhaites), peut-on dire que tes écrits t’aident à avoir une sexualité plus épanouie ?

Il est très difficile de répondre à ça. Ce que je peux dire c’est que je ne transpose pas me propre désirs ou mes fantasmes. J’ai même, au départ, commencé à écrire pour la personne que j’aime, en essayant d’aller chercher non pas mes désirs mais les siens, pour la troubler, l’exciter même peut être.

Je tire donc de l’écriture un épanouissement intellectuel plus que physique. Est-ce que cela affecte mon moral et par là même contribue à mon épanouissement notamment sexuel ? Il ne faut pas l’exclure. Je poserai la question à la personne qui partage mon lit.

Aimes-tu endosser (littérairement et imaginairement parlant) le rôle d’un personnage opposé à toi (d’un autre sexe, ou bien d’un tout autre style) ? Ou bien préfères-tu des personnages te ressemblant au moins un peu ?

S’il faut considérer que je m’identifie à ma narratrice, puisque j’écris toujours à la première personne, alors je vais avoir du mal à soutenir que mon personnage ne me ressemble en rien. Elle a des traits que volontairement je suis allé chercher ailleurs mais elle doit surement contenir, dans son cœur ou dans son ventre, une part vivante de moi. Au final, est-ce que je me sens plus à l’aise avec la partie qui me ressemble ? Je crois que oui.

Le cocktail baise organisée + tourisme + complexe hôtelier a été exploré, sous une autre forme, par Michel Houellebecq. Si tu connais « Plateforme », le roman t’a-t-il rappelé ton histoire au moment de la lecture ? Si tu ne l’as pas lu, vois-tu des points communs entre le pitch et ton roman ?

C’est peut être paradoxal, mais je ne lis (presque) jamais de roman. Je n’ai donc pas lu ce Houellebecq. Je suis au moins certain de ne pas avoir été sous influence mais peut-être ai-je commis, en moins bien, ce qu’une grande plume avait avant moi réussi.

Les descriptifs riches, denses et crus de scènes sexuelles contrastent le début du roman, bien plus narratif et littéraire (à mon sens). Est-ce voulu ? (Nota Bene : j’ai vraiment bien aimé le style littéraire des premières pages, et ai un peu regretté qu’il ait été amoindri dans la continuité des chapitres).

Oui, c’est voulu, mais peut-être pas assez maîtrisé. Je voulais une progression crescendo dans l’érotisation du texte, et puis la première partie a été écrite à la fin, quand il a fallu lier toutes ces petites scènes et structurer une trame. Le chapitre introductif a donc été l’occasion d’un exercice à température plus basse, avec une plume en effet peut être plus riche.

Écris-tu en ce moment, si oui qu’écris-tu ?

Oui, j’écris en permanence. J’ai terminé un nouvel opus de la vie de ma narratrice où elle nous parle de ses jeunes années. L’encre n’est pas encore sèche et commence déjà à me trotter une autre aventure de la vie de mon héroïne, héroïne qui se confirme avoir une vie plutôt quelconque, mais pleine d’émotions et parfois de sensualité.

En savoir plus ? Lisez les premières pages de son livre sur le site de l’éditeur Dominique Roy.

Entretien avec l’auteure Angélique Fontaine

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Mais quel est cet étrange hôtel dans lequel un homme invite sa compagne à passer toute une semaine ? C’est la question que l’on se pose lors des premières pages du livre d’Angélique Fontaine. Puisons quelque peu dans l’âme de cette auteur et voyons ce qu’elle a à nous dire…

Le type d’hôtel que tu décris dans ton roman existe-t-il d’une façon ou d’une autre ? Si oui, l’histoire serait-elle donc en partie réaliste ? L’estimes-tu hautement improbable, parfaitement vraisemblable ? …Voire même en partie vécue ?

J’ignore si ce genre d’établissement peut exister, je n’en ai en tous cas aucune expérience personnelle. Mais relevons qu’il n’est pas à ce point singulier si ce n’est, peut-être, le fait que le salon de massage propose à la carte une ou deux prestations particulièrement relaxantes. Sauf cette petite coquinerie, je crois que nous avons là le profil d’un hôtel classique de bon standing, comme il doit pouvoir s’en rencontrer à des tarifs abordables sur l’ile Maurice, à Saint Domingues ou aux Seychelles.

Les milieux libertins réels sont souvent moins jeunes et B.C.B.G. qu’on ne le pense… Est-ce que ce récit idéalise ce domaine (belle jeune fille de dix huit ans, masseur beau gosse au sourire ravageur…), ou bien resterait-il proche de ce qui existe réellement ?

Mon éditeur a trouvé que l’hôtel était « libertin » ; ce n’est pourtant pas comme cela que je l’avais imaginé. Sauf l’épisode du massage, ce qu’il dégage de plus sensuel tient moins à ses prestations ou au comportement des clients, qu’à l’état d’esprit de la narratrice et à quelques dérapages auxquels elle se laisse aller à l’occasion de rencontres fortuites avec des vacanciers presque aussi innocents qu’elle. Cela me semble moins tenir de l’ambiance maîtrisée du club échangiste où se retrouvent des initiés, que des relations non programmées qui peuvent naître dans un contexte plage-cocktails, quand on est loin de la maison et que l’ambiance est amoureuse.

Est-ce selon toi une écriture plutôt érotique, ou bien plutôt pornographique ?

J’ignore où se situe la frontière. Je répugne aux termes grossiers et je ne parle jamais de « bite » ou de « chatte ». Pour autant, soyons clair : l’évocation de l’acte sexuel passe parfois dans mon texte par des indications anatomiques non ambiguës. Par référence cinématographique, je dirais donc que nous sommes ici dans un style qui se rapproche du  porno chic : c’est réservé aux adultes mais ça ne colle pas aux doigts.

En matière de nouvelles et de romans, l’érotisme serait-il fait pour tout le monde ? Ou bien davantage pour les hommes, les femmes, ou certaines tranches d’âges ?

Le style est trop spécifique pour pouvoir plaire à tout le monde. Mais le lecteur amateur d’érotisme ne se distingue pas selon moi par son âge ou son sexe. Pour ma part, quand j’écris, j’ai besoin d’imaginer un lecteur, ne serait-ce que pour qu’il soit capable de m’interrompre au milieux d’une phrase pour me taper sur l’épaule et me glisser à l’oreille que ce passage est trop long, que cette phrase manque de rythme ou que cette chute le laisse sur sa faim. Et tel que je l’imagine, mon lecteur a le profil de la narratrice : c’est forcément une femme, et elle a la bonne trentaine.

Maintenant, je pense que ce que j’écris doit trouver son public aussi chez les hommes.

Vous en voulez encore ? Retrouvez la suite de cet entretien le 07/01/2017. En attendant, lisez les premières pages de son livre sur le site des éditions Dominique Leroy.

Entretien avec l’auteure Eve de Candaulie… suite et fin

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 Vous vouliez tout savoir sur Eve de Candaulie ? Eh bien non, vous ne saurez pas tout non plus… 🙂 Mais vous allez tout de même en savoir bien plus sur cette auteur.
L’écriture des chapitres se fait-elle plutôt au retour de soirées, ou bien plutôt le dimanche après-midi dans un bon canapé ?
Elle se fait des mois après les événements. Il faut trouver le temps de faire le tri entre ce qui est important, intéressant à raconter et le reste. En revanche, a minima, quand je viens de vivre un moment intense, le lendemain je prends brièvement des notes. Et pour L’inf promise, j’ai également rédigé des passages sur le vif en écriture automatique pour retranscrite au plus juste les émotions ressenties.
L’héroïne semble ne regretter jamais rien… Peut-il y avoir malgré tout des expériences pouvant meurtrir ?
Bien sûr! Un deuil, par exemple, quel qu’il soit, laisse des traces. C’est vrai pour la mort d’un être cher, tout comme c’est vrai pour la fin d’une relation amant.e/amant.e que l’on a chérie.
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Quelle est ta définition de l’infidélité ? Une femme qui va voir d’autres personnes que son époux est-elle automatiquement une infidèle ?
Mon mari est candauliste : ça lui plaît, ça l’excite que je sois infidèle de corps et/ou de cœur. Ma vision de l’infidélité est qu’elle est bénéfique pour mon couple.
Plus largement, je trouve que l’on mélange souvent protection juridique et jugement moral sur les relations entre personnes majeures. Juridiquement, je ne vois plus l’interêt du divorce pour faute du fait d’une infidélité. Selon la loi, si vous vous inscrivez sur un site de rencontre alors que vous êtes mariés, c’est dejà vous mettre en faute. C’est logique, mais ça ne réduit pas le nombre de divorces. Tout le monde devrait avoir droit à une pension alimentaire en cas de perte de revenu. Ce serait plus simple et ce serait moins malsain que de traquer les infidèles.
Est-ce un livre autant écrit pour les hommes que pour les femmes ? Penses-tu que de nombreux lecteurs hommes puissent s’identifier à l’héroïne ?
Alors ça c’est la bonne surprise : ce livre plaît aux hommes comme il plaît aux femmes. Les retours que j’ai sont positifs : soit ce sont des personnes qui ont vécu un histoires d’amour entre amant.e et ça leur parle, ça exorcise en mettant des mots sur des maux. Soit ce sont des personnes qui voient en moi un femme libérée comme on en voit trop peu. Ou les deux. C’est très motivant.
Ecris-tu actuellement ? As-tu tout dit ou presque dans ce premier récit ou souhaites-tu raconter entre de nombreuses histoires ? Quel sera leur style ?
Je cherche le style de 2 futurs opus en ce moment : le premier sur le thème du voyage libertin, qui sera la fin de la trilogie libertaire commencée avec Mon mari est un homme formidable” (La Musardine, 2015) et “L’infidélité promise” (Tabou éditions, 2016). Je réfléchis par ailleurs à un autre livre plus personnel contre le diktat de “la maman et la putain”.
En libertinage, les hommes n’ont-ils pas bien plus de difficultés à franchir la barrière de l’homosexualité, là où ça n’a pas l’air si complexe pour les femmes ? Si oui, pour quelle raison ?
C’est une idée reçue. On assigne aux femmes une bisexualité de façade. On présuppose que les femmes sont bisexuelles, parce que deux femmes qui s’entrelacent, ça fait bander la majorité des hommes. Pour les hommes et les femmes, le combat est le même : affirmer sa personnalité, ses préférences sexuelles. Ne pas subir les normes sociales. Récemment, j’ai rencontré un jeune homme qui avait furieusement envie de lécher le sperme d’un autre homme que je venais de faire jouir avec ma bouche. Je l’ai laissé faire, sans jugement, juste parce qu’il en avait envie. Et c’est cool de rencontrer un mec comme ça qui sait ce qu’il veut, ce qui l’excite. C’est ça la clé : trouvez sa voie à soi, l’affirmer et trouver les bonnes personnes pour vous épanouir pleinement.
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Entretien avec l’auteure Eve de Candaulie

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Les entretiens d’auteurs sont de retour ! Et pour débuter cette nouvelle série d’interviews, j’ai le plaisir de vous présenter Eve de Candaulie, une vraie libertine, entière et assumée, aimant prendre la plume pour conter des histoires… romancées… ou bien réelles.
On pourrait croire à une histoire 100% autobiographique, mais le clin d’oeil du début au lecteur laisse plutôt penser à un mélange entre vécu et imaginé. Qu’en est-il ?
Le début du livre est sans équivoque : cette histoire est à 95% réelle. Les 5% restant correspondent à deux scènes de sexe rajoutées. C’est un roman d’inspiration autobiographique dans la mesure où j’ai pris le temps de scénariser le livre pour créer des tensions, pour que les récits soient plaisants et agréables à lire.
L’héroïne, bien que libertine, semble débuter par des pratiques qu’elle ne connait pas ou peu. Que devient la vie d’une libertine après avoir tout essayé ? Lassitude, ou défis sans cesse renouvelés ?
En fait, on n’a jamais tout essayé. On évolue pendant que le monde autour de nous évolue aussi. On n’a pas les mêmes émotions, sensations à des périodes différentes de notre vie. Comme tout le monde, j’ai des périodes de lassitude, mais je dirais que d’avoir eu plein d’expériences sexuelles, ça me donne plus de facilités pour trouver des moyens de positiver, de trouver de la joie de vivre seule ou à plusieurs.
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Quelle place le libertinage a-t-il dans ton existence ? Simple loisir, ou obsession ?
Ni l’un, ni l’autre. À bien y réfléchir, pour moi, c’est un chemin de développement personnel. C’est très enrichissant le libertinage. On rencontre plein de personnes, de tous les milieux sociaux, de toutes les catégories professionnelles. On se connecte, on échange, on vibre.
Que souhaites-tu offrir au lecteur ? Un plaisir intellectuel, une excitation sexuelle, une incitation à imiter les personnages ?
Je souhaite offrir une vision. J’offre à voir que la relation de couple peut être solide lorsqu’elle permet la non exclusivité sexuelle et sentimentale, et que l’on parle le langage de l’amour (de l’autre et de soi). Cela va à l’encontre des idées reçues.
Également en tant que femme libre, je fais un retour d’expérience sur le fait d’etre une femme libre, dans un monde qui ne l’est pas.
Je ne fais aucune préconisation dans mes livres. Je ne dis jamais “Vous devriez faire ça”. Je dis juste “Moi, j’ai vécu ça et ça valait le coup de le vivre”.
Pourquoi débuter le récit par une soirée orientée domination/soumission ?
J’ai trouvé ça drôle de me retrouver dans une soirée dark, habillée toute en blanc, à danser sur le thème de Blanche Neige. Ma description de la soirée BDSM se veut réaliste, on est très loin des clichés du genre, je m’interroge d’ailleurs tout au long du livre sur mon appétence pour les pratiques extrêmes. Le BDSM est vraiment un domaine d’activités et de compétences vaste et passionnant.
 Peut-on dire qu’il y a une forme d’évolution des personnages et de l’histoire, ou est-ce une sorte de journal de bord que l’on pourrait lire dans le désordre ?
L’infidélité promise est une chronique sur un an de ma vie. Chaque scène a un sens par rapport à la précédente. Je recommande plutôt de le lire “dans l’ordre” mais ça reste une question de feeling. Le lecteur ou la lectrice a bien le droit de prendre son plaisir comme il ou elle l’entend.
Comment conjuguer sexualité débridée et famille ? (Que ce soit : relationnel avec la famille, ou éventuellement enfants à s’occuper). Faut-il le cacher, si oui comment faire ?
Les libertin.e.s que je connais préfèrent ne pas en parler à leur famille. En revanche, côté polyamoureux, une jeune femme me disait que c’est important pour elle que ses proches connaissent ses relations plurielles. Dans les faits, chacun fait comme il peut. En ce qui me concerne, j’aimerais bien en parler librement, mais on n’a tellement pas l’habitude de parler de sexualité publiquement que tout est très vite très compliqué. L’essentiel dans ma vie, c’est que je reste moi, avec mes valeurs que ce soit avec ma famille, mes ami.e.s, mes amant.e.s. Je ne cherche pas à cacher, juste à ne pas choquer inutilement.
Vous en voulez encore ? Retrouvez la suite de cet entretien dans la seconde partie (publiée le 22/12/2016). Et en attendant, n’hésitez pas à visiter son site !

Entretien avec l’auteure Clarissa Rivière

Vous semblez faire relativement peu secret de votre identité… Vous apparaissez sous le masque mais celui-ci est léger. Craignez-vous que l’on puisse vous reconnaître ? Cela vous pose-t-il souci ?

 

J’écris sous un pseudo, je pense que mon identité est bien protégée au contraire (encore qu’un petit malin a mené une enquête poussée et a trouvé mon vrai nom grâce à une faille de mon blog, réparée depuis 😉 )

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Ma notoriété n’est pas si grande, les chances qu’une connaissance croise ma photo masquée sur le net sont quasi nulles à mon avis. C’est vrai que mes masques sont légers, je les vis plus comme un accessoire érotique, comme un symbole de l’anonymat, que comme un réel camouflage. Au début, je me « décapitais » carrément, mais j’en ai eu assez ;-), cela ne me paraissait pas de très bon augure !

Si jamais quelqu’un me reconnaissait, cela m’amuserait je pense, j’imagine déjà sa tête ! D’une manière générale, j’essaie de ne pas trop me préoccuper de ce que pensent les autres – j’ai assez souffert comme ça à l’adolescence-  Mes proches sont au courant de mes coupables activités, ils me lisent même à l’occasion, donc, pas de problème.

Vos photos personnelles révèlent une auteure franchement sexy et attirante, je suis certain que vous le savez et en jouez avec malice… 🙂 Jolie figure et joli corps sont-ils des avantages dans une vie d’auteure ? Dans la vie personnelle ?

 

Oh, merci pour les compliments ! Je vais rougir 😉 En même temps, ils m’embarrassent terriblement et me rendent confuse, car c’est très narcissique de jouer ainsi avec son image… En plus dans la vraie vie, je suis plutôt du genre souris à lunettes cherchant à se cacher dans un coin ! On s’est beaucoup amusé l’an dernier avec des défis photos lancés par Cassandra Maraval, auteure érotique aussi. On était toute un groupe d’amis à la suivre, et « coller » aux thèmes qu’elle nous proposait.

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J’ai des amis photographes qui ont pris de jolies photos de moi, alors que la plupart du temps, je me trouve affreuse sur les photos, alors c’est vrai, j’ai pris plaisir à les partager, mais elles ne me ressemblent pas tout à fait, ils me réussissent à me transformer en une autre personne d’un coup de baguette magique…

Je change aussi ma photo de profil à l’occasion de la parution d’un nouveau texte, cela fait partie des outils de promotion 😉 j’ai remarqué qu’une photo était plus souvent « vue » qu’un long article 😉 et en plus j’aime beaucoup me costumer… Par exemple, à l’occasion de la sortie d’Au frisson des jupons, co écrit avec Julie Derussy, j’ai mis une photo de profil évoquant le 19è. Bientôt, une nouvelle bdsm va paraître, Liens d’amitié, je vais tenter de trouver une photo assortie…

Comme auteur, je ne pense pas que cela soit un avantage. Si je me fie à mon expérience de lectrice, je choisis mes livres grâce au « bouche à oreille », au titre, à la photo couverture, ou encore en lisant la 4ème couverture, mais pas en voyant la tête de l’auteur !

Dans la vraie vie, je ne vous apprendrai rien je pense, ce peut être un avantage par contre, pour les filles comme pour les garçons, surtout si l’on veut devenir modèle, acteur 😉

Avez-vous été avant tout lectrice de livres érotiques ou sensuels, ou bien avez-vous directement débuté dans l’écriture sans « apport » particulier de lecture ?

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A l’adolescence, je lisais tout ce qui me passait entre les mains, des romans policiers, de science-fiction, des romances, des classiques… et des livres érotiques aussi. D’abord suite à une fouille en règle de la bibliothèque parentale, avant de les choisir toute seule dans les librairies. Je me souviens encore comme je tremblais au moment de passer à la caisse, je veillais toujours à cacher ces livres au milieu d’autres, plus sérieux. J’ai commencé par Histoire d’O, de Pauline Réage, les nouvelles d’Anaïs Nin et de Régine Desforges… Je me suis mise à écrire bien plus tard.

Pensez-vous que l’on ose davantage lire des récits érotiques qu’auparavant ? Pourquoi ? Les eBooks seraient-ils, par exemple, une sorte de solution de discrétion ?

 

            Il y a toujours eu des livres érotiques et des amateurs du genre. La différence principale c’est qu’aujourd’hui, ce n’est plus une activité « honteuse » que l’on garde secrète. Les livres se montrent, les lecteurs s’expriment. La sexualité n’est plus autant cachée qu’avant, ainsi des magasins de sextoys se sont lancés, la parole est libérée sur tous les médias, et la littérature suit le mouvement général, nous baignons dans une ambiance érotique que j’adore !

Oui, c’est très discret de lire sur une liseuse : pas de couverture embarrassante, de titre affiché en gros… Cependant, je préfère lire des récits érotiques dans mon salon, ou dans mon lit, car ils provoquent parfois des sensations qu’il serait frustrant d’éprouver dans un lieu public 😉

Avez-vous des tabous littéraires ? Sur quels sujets (s’il y en a) refuseriez-vous d’écrire ?

 

Oui, j’ai des tabous, un surtout, à propos du consentement. Je ne pourrais pas écrire des histoires de sexe dans lesquelles mes personnages ne soient pas consentants. J’ai commis une petite exception cependant, avec mon histoire Rase campagne dans Osez 20 histoires de faits divers sexuels, où je raconte un viol, qui finalement tourne plutôt bien… le viol, pourtant, c’est un vrai tabou. Parfois, mes héroïnes ne sont pas franchement partantes au départ, mais se laissent aller, s’abandonnent… j’aime les récits d’initiation. L’initiation sera d’ailleurs au cœur de ma prochaine nouvelle Liens d’amitié : comment une jeune fille bascule peu à peu sous la coupe d’un maître.

J’ai d’autres tabous aussi : tout ce qui concerne les enfants, ils n’ont rien à faire dans des récits érotiques. Parfois, je voudrais quand même mettre en scène des jeunes de 16 ans, pour évoquer l’éveil de la sexualité, ce ne sont plus des enfants ! Surtout quand l’histoire se déroule autrefois. Mais je n’ai pas osé descendre en dessous de la majorité.

La zoophilie, aussi, car il me semble que l’animal n’est jamais consentant lui ;-). Mais parfois, j’ai pu l’évoquer, comme ça, comme une provocation .

Enfin, je n’aime pas le sadisme, la torture, tous les sévices qui vont « trop loin », ou qui sont trop humiliants, même si j’explore les pratiques bdsm.

Vous vous inspirez de votre quotidien pour débuter nombre de vos histoires… Dans vos écrits polissons, quelle est la frontière entre fantasme et réalité ? Où commence et où finit la fiction ?

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            Oui, je m’inspire beaucoup d’anecdotes qui m’arrivent réellement. Certaines nouvelles sont même vraies à 100%, mais je ne vous dirais pas lesquelles ! Plusieurs de mes nouvelles se déroulent dans le cercle familial, sujet sulfureux s’il en est. (Mais je n’ai pas de tabous sur la famille 😉 ) Je pense à Beau-père dans le recueils Tabous, ou à Une semaine de vacances, dans Osez 20 histoires de coups de foudre sexuels.  Mes personnages sont tous inspirés d’un cousin, d’un neveu, qui existe, et qui m’ont donné des idées d’histoires. Le repas de famille est une source inépuisable de récits. J’ai tenté de me freiner un peu, car un jour, ChocolatCannelle a remarqué dans un article de son blog qu’ils revenaient souvent !

Ensuite, mon imagination s’emballe, et je m’éloigne tout à fait de la réalité. Et bien sûr, certaines nouvelles sont complètement inventées.

Les récits évoquant un « maître » et une « soumise » ou bien une « maîtresse » et un « soumis » sont devenus légions. En tant qu’auteure, vous ne semblez pas faire exception à la règle 🙂 D’où vient cette « mode », selon vous (pour peu qu’il s’agisse d’une mode) ? Pourquoi diable est-on attiré à ce point par cet univers ?

Cela ne me semble pas si nouveau que ça, la littérature SM existe depuis longtemps : Sade, Pauline Réage… pour ne citer qu’eux. Ce qui change c’est que désormais avec le désormais célèbres 50 nuances de Grey qu’on ne présente plus, le SM est passé dans la littérature « populaire », lisible par tous. Mais il s’agit d’un SM édulcoré, teinté de romance reprenant tous les codes : l’homme est riche et beau, la jeune étudiante fauchée et naïve etc… Quand succès il y a, que ce soit en fantastique (Harry Potter par exemple), ou en érotisme, il inspire aussitôt de nombreux auteurs qui écrivent leur propre version.

Le SM est banalisé et pimente les jeux de tous les couples à présent. Qui n’a pas ses menottes bordées de fourrure rose à la maison ? Je suis très heureuse de ce mouvement, il se traduit aussi dans les soirées, où j’ai souvent l’occasion de regarder de belles démonstrations de shibari.

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Quant à notre attraction pour ce thème, il m’est difficile de vous répondre en général. Il faudrait interroger un psychologue ou un spécialiste des archétypes et des mythes. En ce qui me concerne, plusieurs choses me fascinent : l’abnégation des soumis/es pour leurs maîtres/ses, leur don de soi total, leur envie de se dépasser, d’absolu, par amour et vénération, je trouve cela magnifique. Ensuite, il y a un côté « mise en scène » qui me plaît beaucoup aussi, l’esthétisme gothique, quasi religieux, qui entoure certaines « cérémonies » : chandeliers, caves voutées, mystère, masques…

Vous appréciez grandement la vie parisienne et ses sorties, notamment des sorties libertines… Allez-vous y puiser matière et inspiration pour vos écrits en cours et à venir ?

 

Oui, c’est vrai, j’aime beaucoup sortir ! J’ai de la chance, on me propose plein de soirées plus alléchantes les unes que les autres, je peux rarement aller à toutes malheureusement, à mon grand regret ! Il faut connaître son « terrain » afin d’en parler avec plus de crédibilité, vous ne trouvez pas ?  Et oui, cela me donne des idées aussi, ces soirées me servent de décor à l’occasion. Je pense par exemple au bal masqué auquel j’ai participé au Château de Versailles, et que j’ai repris dans ma nouvelle Cavalier, dans le recueil Etreintes masquées

Par ailleurs, je suis une blogueuse aussi, j’aime bien jouer au reporter, découvrir de nouvelles sorties, des films, des expos… et en parler sur mon blog : http://gouters.canalblog.com/

Entretien avec les auteurs Karine et William

Karine et William aiment écrire ensemble, bien qu’un certain nombre de kilomètres les sépare. Entrons un peu dans leur univers…

Théo – Votre série érotique « Lily » se veut à la fois légère et surprenante. Quelle évolution souhaitez-vous lui donner ? Avez-vous déjà prévu une fin fermée, ou bien garderez-vous la porte ouverte à de prochaines aventures ?

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K : Légère et surprenante, j’aime beaucoup ce descriptif !

Nous voulions une vraie histoire, moderne, légère, à l’intérieur de laquelle viendraient se greffer des passages érotiques. Nous souhaitions un ensemble harmonieux et réaliste pour que les lecteurs puissent s’identifier aux personnages et vivre à travers eux des situations originales. Il nous a fallu neuf épisodes (trois saisons de trois épisodes chacune) pour raconter l’histoire de Lily. Et nous tenions à ce que cette histoire ait une fin.

W : Mais aucune histoire n’est jamais totalement finie, et plusieurs personnages ont suscité l’intérêt des lecteurs, alors qui sait ?

 

Théo – Le personnage de « Lily », est-ce un peu vous ?

K : Il y a toujours un peu de l’auteur dans ses personnages, vous ne pensez-pas ? Si physiquement Lily est l’opposé de moi-même, je lui ressemble par certains traits de caractère, comme je ressemble à Déborah, l’autre personnage féminin majeur de la série, par d’autres aspects. Et les personnes qui connaissent  William vous diront que l’on retrouve une part plus ou moins approfondie de lui dans chaque personnage masculin !

Pour que les actions et les réactions de nos héros soient cohérentes, il faut puiser dans notre propre vécu et nos propres envies, angoisses, rêves… Et la fiction nous permet de varier le champ des possibles !

W : Ce n’est pas qu’une question de sexe. Lily me ressemble également beaucoup, notamment par sa curiosité et son ouverture d’esprit.

Théo – Vous vivez éloignés l’un de l’autre, est-ce contraignant ? Douloureux ? Comment gérez-vous cela ?

K : Il s’agit d’un choix commun qui, de ce fait, ne pose aucun problème et ne provoque aucune souffrance. Il s’agit juste d’une manière différente de concevoir le couple et la notion de vie à deux.

Pour ce qui est de l’écriture, travailler à quatre mains est déjà une gageure. Surtout quand on connaît mon mauvais caractère ! Dans notre cas, la distance serait donc plutôt un avantage. Elle nous permet de bien travailler chacun de notre côté, de réfléchir plus tranquillement et d’exposer nos idées sans que l’autre auteur ne viennent perturber, si je puis-dire, le fil de ses réflexions.

W : Et il y a surtout que nous ne travaillons pas de la même manière. Karine est capable d’écrire dans n’importe quel environnement, faisant une abstraction totale de ce qui l’entoure. Ce qui n’est pas tout à fait mon cas.

Théo – Et comment procédez-vous pour écrire à 4 mains ?

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K : La plupart du temps, l’idée de départ émane de William. Je lui dis souvent qu’il est « une vraie boîte à idées », ça l’amuse, mais c’est exactement ce qu’il est !

De cette idée naissent quantité de possibilités, chacun de nous développant oralement ce qu’elle lui évoque, y ajoutant sa touche, des détails, etc… et l’histoire avance petit à petit, jusqu’à ce que la trame nous séduise tous les deux. Ces discussions ont souvent lieu dans des endroits insolites, hall de gare, bistro, plage, et peuvent durer des heures ! Parfois l’idée ne mène à rien, parfois elle ressurgit six mois plus tard et parfois elles débouchent sur un livre.

Pour écrire l’histoire, nous procédons de la même manière. William commence et m’envoie le fichier, puis je continue, modifie, ajoute mes propres idées, et petit à petit, l’histoire se construit en suivant plus ou moins la trame fixée au départ.

Travailler à deux est très enrichissant. J’aime ces échanges passionnés, ces discussions jusqu’au bout de la nuit, et ce qui en découle. J’apprécie tellement tout cela que parfois je m’oblige à écrire un texte seule, histoire de vérifier que je suis encore capable d’inventer une histoire sans l’aide de ma « boîte à idées » !

W : Nous avons essayé plusieurs méthodes, jusqu’à écrire en même temps sur le même texte (merci la technologie) mais aucune ne marchait réellement bien. On a donc laissé l’équilibre se faire naturellement pour aboutir sur notre technique actuelle qui fonctionne parfaitement.

 

Théo – Polar et suspense font partie de votre univers littéraire. La tension sexuelle que l’on peut ressentir dans un livre est-elle comparable à la tension liée à une énigme policière ?

 

W : Le désir, l’excitation, le plaisir, la joie, mais aussi la peur, l’angoisse, la tristesse, la déception, sont des sentiments profonds qui nous bouleversent.

Quelle que soit l’histoire, on aime la fébrilité qui s’empare de nous à l’approche d’un passage particulièrement riche en émotions. Car ce sont ces moments-là qui nous font nous sentir vivants et qui nous donnent envie d’aller plus loin dans l’aventure.

N’oublions pas que derrière chaque écrivain se cache un lecteur, je dirais même doit se cacher un lecteur, car ce n’est qu’à la condition d’avoir soi-même vécu ce sentiment de passion qui nous attache à un livre que l’auteur est à même de le recréer le moment venu.

K : Je n’aurais pas dit mieux.

Théo – Est-il préférable pour vous de donner de nombreux détails crus, ou bien plutôt laisser sous-entendre sans tout décrire, afin de laisser le lecteur imaginer ?

K : Avec William, nous avons longuement discuté d’érotisme, de pornographie, de sensualité avant de choisir dans quel registre nous souhaitions nous situer. Je dirais que le terme qui définit le mieux notre style est « porno-soft ». Au risque de choquer, l’érotisme plan-plan m’ennuie. Mais le porno peut se révéler grossier, trop cru, voire écœurant.

W : Nous nous situons donc entre les deux, sur une ligne imaginaire à la frontière de la pornographie. Nous aimons entrer dans les détails, raconter les sensations, les détails intimes, pour que le lecteur ait en tête des images précises, comme s’il regardait un film X. Mais nous le faisons avec sensualité, finesse et sans vulgarité.

Théo – Partez-vous plutôt d’une idée très « sexuelle » afin d’en bâtir une histoire, ou bien partez-vous d’une trame plus « classique » afin d’en faire un déroulement affriolant ?

K : La vie ne se construit pas autour du sexe. Le sexe naît de la vie.

W : Donc, nous imaginons d’abord la trame de fond, qui n’est pas forcément classique d’ailleurs. Il nous arrive même souvent de construire mentalement toute la vie d’un personnage qui ne sera que secondaire et de ne lui attribuer une sexualité qu’en dernier lieu.

 

Théo – Pour vous, l’époque actuelle témoigne-t-elle d’une société dans la frustration et la misère sexuelle, ou bien plutôt d’une société libérée ? Dans un cas comme dans l’autre… pourquoi donc ?


K : Et pourquoi pas les deux ensemble ? Je trouve notre société particulièrement libérée et je pense que c’est de là que proviennent la frustration et la misère sexuelle actuelle.

À l’heure où il suffit à n’importe quel adolescent de taper « fellation » sur son clavier d’ordinateur pour voir apparaître une succession de sites porno  proposant toutes les fellations possibles et imaginables, ou inimaginables d’ailleurs, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de misère sexuelle ? Car les sites versent dans la surenchère et leur contenu est de plus en plus trash. Et que dire de l’image de la femme ? Qu’elle n’a pas évolué depuis trente ans ? Non. Elle a empiré. Les actrices porno sont de plus en plus violentées, soumises, humiliées, et le spectateur souvent jeune, s’imagine que c’est ça, la femme d’aujourd’hui. Alors oui, il s’agit d’un film, oui, elles sont consentantes, et oui, ce sont des actrices. Mais allez expliquer ça à un puceau de dix-sept ans qui ne sait même pas à quoi ça ressemble, une vraie fellation, faite avec désir et passion par une vraie femme amoureuse.

Car celle que j’appelle la femme d’aujourd’hui est une femme libérée des diktats que la société patriarcale imposait il y n’y a encore qu’une vingtaine d’années. Elle assume sa vie, mais aussi son désir et sa sexualité. Elle veut aimer et être aimée, et ne se soumet que si c’est son choix. Et elle s’attend à ce que l’homme comprenne tout cela et la respecte.

La misère sexuelle que vous évoquez est donc bien d’actualité. Les hommes sont dépités de ne pas avoir dans leur lit une femme prête à tout pour les faire jouir, et préfèrent regarder une vidéo sur Youporn, fantasmer tranquille et prendre leur pied, et les femmes se sentent délaissées, incomprises, et frustrées… C’est une question que je trouve particulièrement intéressante. Mais je m’emporte facilement si on m’entraine sur ce sujet. Je suis féministe, paraît-il !

W : À trop avoir, on finit par ne plus apprécier les choses à leur juste valeur.

Théo – Dans le monde très foisonnant de l’édition et de l’auto-édition, votre existence en tant qu’auteur est-elle… simple, plaisante, compliquée ?

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K : Simple. Je ne me pose pas de questions. J’écris surtout pour être lue, vendre est le bonus. D’où les livres gratuits mis à disposition sur ma page Iggybook ou sur nos Facebook.

Quant aux rapports que nous entretenons avec nos deux maisons d’éditons, ils sont des plus classiques. Nous envoyons nos textes, ils sont acceptés (pour l’instant nous n’avons eu qu’un seul refus, et il était parfaitement justifié) et voilà !

W : Vaste sujet que celui du monde de l’édition, que ce soit en tant qu’auteur ou de lecteur d’ailleurs. Nous pourrions en parler des heures durant. Mais pour résumer mon ressenti, l’édition numérique a encore beaucoup de mal à prendre son envol et à acquérir ses lettres de noblesse. Les lecteurs restent encore très attachés au livre papier traditionnel. Peut-être que le livre numérique devrait évoluer pour offrir quelque chose que le papier ne peut pas offrir. Je pense à un fichier audio, par exemple.

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Théo – Est-ce qu’écrire des histoires sensuelles vous « excite » en un sens, ou bien n’est-ce qu’un exercice purement intellectuel et littéraire ?

K : Pour être honnête, il m’est arrivé quelques fois d’être excitée par une scène que j’étais en train d’écrire parce qu’elle correspondait à mes goûts personnels ou à un fantasme précis. Au même titre qu’une scène particulièrement émouvante peut me mettre la larme à l’œil car je partage les émotions de mes héros.

Ceci dit, raconter un meurtre sanglant ne me donne pas envie d’aller décapiter mon voisin !

W : Quoique, par moment, la tentation soit bien forte !

K : Tu plaisantes ? Oui, il plaisante !

Entretien avec l’auteur Jean Darmen

7ème partie de notre série d’entretien avec des auteurs dont la plume est teintée d’érotisme et de sensualité. Cette semaine, faisons connaissance avec Jean Darmen.

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THÉO KOSMA – Qu’avez-vous pensé de mai 68, et des mouvements politiques des années 70 ? Pour certains, le combat était utopique et a mené le pays à la ruine. Pour d’autres, les progrès sociaux qui en ont découlé sont indéniables…

JEAN DARMEN – À peu près rien, encéphalogramme plat pour ma part.
À part que ça n’a débouché que sur moins que rien. Les évolutions, économiques, politiques, sociales auraient eu lieu malgré tout. Probablement.
Mai 68 a été contre-productif, mais, heureusement pour nous, s’est arrêté assez vite (en mai) et n’a pas été la catastrophe de 1789/93.
Un de mes fantasmes serait d’en avoir une belle (révolution) en 2017/2020. Mais il ne faut pas rêver !

THÉO KOSMA – Certains écrits érotiques classiques ne seraient jamais édités aujourd’hui, tels que « Trois filles de leur mère », de Pierre Louys, (publié notamment par La Bourdonnaye), décrivant des séquences sexuelles très clairement pédophiles. Selon vous, la liberté d’expression et surtout d’édition doit-elle être totale, ou a-t-elle des limites ?

JEAN DARMEN – Je n’ai pas lu l’intégrale de Pierre Louys, mais je la lirai.
Je pratique l’autocensure. J’ai été censuré par un éditeur qui m’a clairement refusé une nouvelle sous le prétexte qu’on pouvait supposé que les protagonistes étaient mineures. Ça ne m’avait personnellement pas choqué, mais aujourd’hui, mes héroïnes ont vieillies et ont toutes 18 ans révolus quand cette nouvelle paraîtra.
La liberté d’expression n’a de limite que par ce qu’impose la société dans laquelle nous visons. J’ai vécu un an en pays musulman (socialiste soviétique à vrai dire) où la censure était bien présente sur des sujets qui reviennent d’actualité aujourd’hui bizarrement.

Pourquoi ne pas s’adapter ? Dans un autre lieu à un autre moment, vous pourrez vous exprimer. Ça n’a aucune importance si certains sujets deviennent tabous, il y a tellement de manière de dire les choses.

THÉO KOSMA – Que pensez-vous de cette littérature sensuelle « ancienne » comparée à la littérature érotique contemporaine ?

JEAN DARMEN – Je n’ai pas assez lu pour en parler savamment. Mais ce que j’en ai lu me ravit. J’ai commencé à aborder ce genre de texte que depuis que j’en écris moi-même.

THÉO KOSMA – L’angle de la S.F. est souvent utilisé pour faire passer des messages politiques et/ou philosophiques. Est-ce votre cas ?

JEAN DARMEN – C’est une facilité que j’ai utilisée dans « P900 », je dis bien une facilité. Les suites de « P900 » amplifient bien cette tendance.

Dans « Clara et ses amours de robots », qui n’est que de l’anticipation, ce n’est plus une facilité, c’est une tentative de réponse à une des questions suivantes « vers quoi nous dirigeons-nous ?

THÉO KOSMA – Votre parcours semble dénoter à la fois un rejet et une affection du système. Une sorte d’amour-haine… Qu’en est-il ?

JEAN DARMEN – Ni l’un ni l’autre. Je suis bien obligé de vivre en 2016, et je l’espère jusqu’en 2040 pour donner une date repère. Je ne rejette pas “le système” ni l’affectionne particulièrement ; d’ailleurs de quel système parlez-vous ? De l’économie et du politique d’aujourd’hui qui n’est pas très différent depuis, disons 1914, pour rester dans des références historiques courtes. Donc dans une période d’apparente démocratie dévoyée par l’oligarchie en dictature douce, et dans une ambiance de fin d’empire romain (il a mis combien de temps avant de s’écrouler ?) avec invasions barbares, périodes chaotiques de guerres et de dictatures et quelques rémissions.

THÉO KOSMA – D’une façon générale, que pensez-vous de l’époque actuelle ? Vers quoi nous dirigeons-nous ? Comment voyez-vous le monde dans dix, vingt ou cinquante ans ?

JEAN DARMEN – L’époque actuelle n’est ni meilleure ni pire qu’une autre. J’ai assez d’archives familiales pour apprécier ce que mes ancêtres pensaient de leur propre époque. Pour l’avenir, j’ai complètement et volontairement cassé ma boule de cristal, comme j’ai mangé mes grenouilles pour la météo. J’explore des possibles sans les souhaiter particulièrement. J’ai exploré deux univers, celui de “P900”, une dictature douce ou sévère selon que l’on est puissant ou misérable, celui de “Clara” où les robots et humanoïdes toujours soumis aux rares humains des classes supérieures, s’activent pour leur compte sans que l’on sache qui va dominer réellement.

THÉO KOSMA – Un écrit érotique doit-il être subversif ? Si oui, qu’est-ce que pour vous un écrit subversif ?

JEAN DARMEN – Si l’on s’accorde à la définition de détruire ou bouleverser les institutions, un écrit érotique n’est plus très subversif, au contraire il contribue à réaliser la remarque d’Aldous Huxley “Lorsque les libertés politiques et économiques diminuent, la liberté sexuelle a tendance à s’accroître en proportion. Et le dictateur se trouvera bien d’encourager cette liberté.”

Un écrit littéraire pourrait être subversif s’il encourageait à appeler les choses par leurs noms, sortir des concepts foireux et de la novlangue du marketing politique, rétablir des définitions claires et simples, préconiser le bon sens et retrouver toutes les libertés. Vaste programme.

THÉO KOSMA – Vos écrits s’opposent-ils à certains dogmes “moraux” (religion, traditions…) ou “cohabitent” — t-ils sans l’ombre d’une mésentente ?

JEAN DARMEN – Je n’ai pas cette impression de m’opposer à des dogmes moraux. Enfin la morale est relative (Vérité en deçà des Pyrénées, etc.). L’érotisme n’est que le moyen utilisé par mes personnages pour atteindre le plaisir et plus si affinité. Si la recherche du plaisir et de la joie est immoral, ce sont des écrits immoraux.

THÉO KOSMA – Écrivez-vous actuellement ? Si oui, quels écrits sont en route ?

JEAN DARMEN – Oui beaucoup.
Une saga de l’an 1000 (1030 probablement) dont le titre provisoire est “Amours des quatre royaumes” où quelques princesses passent d’agréables moments dans leurs royaumes pourris situés à l’est de l’Europe entre les menaces Vikings, celles de Rome et de Constantinople sous le regard tutélaire des dieux anciens et modernes.

Une série de nouvelles érotiques dont les intrigues se déroulent de nos jours sur le thème de la “rencontre aimable” et une série de nouvelles sur des petits sujets de société, généralement loufoques et sans aucune importance ni sociale, ni économique, ni politique, mais toujours érotique en diable.
Ces trois chantiers là sont presque terminés.

J’ai une romance historique (1900/2050) en cours également.
C’est tout.
Et puis, peut-être que j’écrirai encore quelques nouvelles.

Pour en savoir plus sur l’auteur, visitez sa page sur Babelio.

Entretien avec l’auteure Noann Lyne

6ème partie de notre série d’entretiens avec des auteurs d’écrits sensuels. Cette semaine, faisons connaissance avec Noann Lyne.

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THÉO KOSMA – On sent dans certains de vos textes érotiques une certaine nostalgie… auriez-vous aimé vivre dans un autre temps… ou bien dans d’autres contrées, voire même d’autres dimensions ? Si oui, qu’auriez-vous désiré y vivre ?

NOANN LYNE – Carrément, mais aucune époque passée ne m’attire, ne fût-ce que pour le confort de vie actuel, dont il serait difficile de se passer. J’aimerais tout refaire, tout revoir, créer une dimension nouvelle faite d’amour, de paix et de bonté. Le plus décevant, c’est que ce monde est possible dès maintenant, mais tout va dans le mauvais sens. L’être humain a le pouvoir de créer une humanité de paix et d’amour, au lieu de quoi il choisit toujours le conflit.

THÉO KOSMA – Vous avez coutume de faire partie de la collection « 20 histoires de… » aux éditions de la Musardine. Écrivez-vous spécialement pour eux, ou bien trouvez-vous toujours un écrit correspondant à la thématique en cours ?

NOANN LYNE – Oui c’est exact. J’ai envoyé un texte il y a deux ans, qui a été accepté. Je ne savais pas dans quoi je mettais le doigt. Il est difficile de sortir de cette addiction qui consiste à écrire les bizarreries que l’on a au fond de soi et de vouloir les faire lire à tout prix. Il faudra que je consulte… Je n’ai pas toujours un écrit qui correspond au thème demandé, et parfois je cale. Tout ce qui est soumission et pouvoir, par exemple, ne me convient pas trop. Je tourne l’histoire en relation amoureuse et me retrouve hors sujet.

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THÉO KOSMA – Quels thèmes de cette collection vous inspirent-ils le plus ? Si vous dirigiez cette collection, quels seraient les prochains thèmes ?

NOANN LYNE – Tant de choses ont déjà été écrites… Je pencherais peut-être pour la bisexualité, un thème qui me plaît et qui est souvent marginalisé. On préfère les relation gays ou lesbiennes. Pourtant il y a matière à réflexion. Ne sommes-nous tous pas un peu bi ? La masturbation, c’est l’amour avec soi-même, donc avec un être du même sexe…

THÉO KOSMA – Il me semble que selon vous, les récits très crus peuvent parfois rimer avec la dimension amoureuse. Quels peuvent être, à votre sens, les différences et les points communs entre ces deux univers, d’apparence si opposés ?

NOANN LYNE – Je ne pense pas que les deux soient forcément opposés. Certains couples vivent une sexualité débridée en étant très amoureux. D’un autre côté, il est possible d’avoir une sexualité intense avec quelqu’un sans éprouver de véritables sentiments. Tout cela est assez complexe. Je prendrais bien un joker…
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THÉO KOSMA – Certaines personnes, de tout âge (légal), vivent aujourd’hui une sexualité très libérée. Je dirais que vos écrits « prônent » (j’ignore si c’est bien le terme exact) le fait qu’une sexualité très libérée puisse valoriser le corps autant que l’esprit. Pourtant, à contrario, bien des hommes et femmes n’ayant pas eu assez de considération se réfugient dans le sexe à outrance. Qu’en pensez-vous ? Est-ce un paradoxe ?

NOANN LYNE – Je prône en effet dans mes écrits une sensualité libérée. L’écriture érotique appelle ce genre de prise de position je pense, ou alors il ne faut écrire que de la romance édulcorée, ce qui n’est pas mon genre, car comme disait Gide : “C’est avec les bonnes pensées qu’on fait de la mauvaise littérature.”

Nombre de personnes trouvent refuge dans une sexualité à outrance et débridée. Le sexe est une façon de se mettre en valeur, car il est valorisant d’être accepté, dorloté, caressé, aimé… Même si ceci reste purement physique. Nous avons besoin de contact, de toucher, d’enlacer, et besoin de personnes qui ont envie de nous. C’est pourquoi, je pense, certains trouvent dans le sexe une sorte de réconfort. Les clubs libertins sont remplis de gens qui veulent se prouver quelque chose, qui sont en recherche non seulement de bien-être mais aussi d’estime, d’un regard positif des autres, fût-ce dans la débauche.

En réalité, le nirvana ne réside pas dans l’acte lui-même, mais dans l’union conjuguée des corps et des esprits.

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THÉO KOSMA – Je distingue un côté sombre dans votre plume. Estimez-vous que ce soit le cas ? Si oui, d’où vient donc ce côté obscur ?

NOANN LYNE – Peut-être est-ce le résultat de ma sensibilité… Je vois le monde comme une entité tragique (dont je m’échappe dès que je le peux, par la pensée). Il laisse des traces cependant. On ne sort pas indemne d’un monde aussi violent, à moins d’être violent soi-même.

THÉO KOSMA – Vos idées vous viennent-elles de façon un peu « magique », comme tombées du ciel, ou bien vous inspirez-vous de ce que vous voyez/vivez au quotidien ?

NOANN LYNE – Je ne crois pas que j’invente beaucoup, d’ailleurs je n’ai aucun don pour la fiction. Je m’inspire donc de ce que j’ai vécu, vu et entendu… Je traficote cela dit, une histoire d’amour avortée autrefois devient, par la force des mots, une belle aventure croustillante. C’est ce qui est gai dans l’écriture, érotique en particulier, cette possibilité de pouvoir travestir et réinventer.

Pour en savoir plus sur l’auteure, visitez son site : http://www.noann.fr/

Entretien avec l’auteure Marie Laurent

5ème partie de notre série d’entretiens avec des auteurs portés sur l’écriture érotique. Cette semaine, découvrons ensemble l’univers de Jacqueline Dumas, du nom de plume Marie Laurent.

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THÉO KOSMA – Vos œuvres traitent de sujets très différents… Bien qu’il soit courant de signer d’un nom d’auteur différent pour chaque style exploité, vous n’avez qu’un seul nom de plume. Pourquoi ? Est-ce difficile à gérer ?

MARIE LAURENT – Oui, je sais, c’est courant de changer de nom en changeant de genre, mais dans mon cas, je n’ai pas jugé bon de le faire. La flemme ? Oui, peut-être, mais surtout le désir – inconscient ou non – de ne pas cloisonner. Je pratique le mélange des genres et malgré les apparences, l’univers reste le même d’un texte à l’autre. Bien que l’écart paraisse grand entre « Le maître de jet » (érotique au vocabulaire cru paru chez Dominique Leroy) et « Les deux visages de l’amour » (romance historique au niveau de langage plus relevé), on y retrouve des thèmes identiques : quête d’identité, préoccupations sociétales. Mes personnages se demandent toujours quelle est leur place dans la société.

Mais un seul nom pour des genres aussi différents peut produire un effet de brouillage chez les lecteurs. Certains ont avoué être déconcertés par mes écrits érotiques après avoir lu mes premières histoires plutôt soft. Il faut quand même souligner une progression dans le hot ces dernières années : l’effet Fifty. Je me souviens de la réaction limite choquée de la directrice de collection Amorosa à la lecture d’une scène explicite (qui semblerait aujourd’hui bien anodine) de ma romance Time travel « Ensorcelante Margarita. »

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THÉO KOSMA – Votre roman parodique « Deux nuances de brocoli » est-il une sorte d’hommage à « Fifty shades of Grey », ou plutôt une critique ? Qu’avez-vous pensé du livre ?

MARIE LAURENT – Hommage ou critique ? Au début, je ne me suis pas posé la question. Tout est parti d’une déconnade entre copines en messagerie instantanée Facebook, genre Tu paries que j’écris une parodie de Deux nuances ? Si ce jour-là mon homme n’avait pas ramené un brocoli pour le dîner, l’histoire se serait appelée « Deux nuances de chou-fleur » ou « Deux nuances de concombre. »

Quelqu’un a qualifié « Deux nuances de brocoli » de roman féministe. Oui, dans la mesure où l’héroïne finit par se prendre en main et à mettre fin à une relation toxique, mais ce n’était pas le but premier. Les personnages m’ont totalement échappé, d’où la dernière partie plus sombre.

Je n’ai pas lu « Fifty shades of Grey », seulement des passages. Le bouquin s’empoussière dans ma bibliothèque. L’ouvrirai-je un jour ? Pas sûr, ces scénarios de soumission-domination ne me branchent pas trop, sauf pour les tourner en ridicule. J’ai d’ailleurs récidivé dans « L’enfer sous les jupons », une novella érotique et historique.

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THÉO KOSMA – Comment voyez-vous la lecture de « Deux nuances de brocoli »… l’idée est-elle plutôt de faire sourire, ou bien de mettre les sens en éveil ?

MARIE LAURENT – Clairement, le but est de faire rire, pas d’émoustiller. Pour cela, il aurait fallu des scènes hot plus détaillées et traitées moins légèrement. Celle du cuni bio a dégoûté une chroniqueuse qui l’a prise au pied de la lettre. Selon elle, c’était dommage de galvauder mon style en écrivant des bêtises pareilles. Cette fille n’a pas le sens de l’humour, tant pis !

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THÉO KOSMA – Quels types d’écrits aimeriez-vous développer dans les prochains mois et prochaines années ?

MARIE LAURENT – Mon échec récent au concours de manuscrits historiques des Editions Charleston a mis un frein à pas mal de projets de ce type, dont l’écriture d’une suite, celle d’une romance érotique et historique gay (sérieuse !!! ) ayant pour héros l’un des personnages secondaires du roman. J’ai passé de longues semaines à me morfondre et à me demander si je n’allais pas laisser tomber l’écriture. À part peaufiner et ajouter des passages à des textes publiés sur Wattpad, je me sentais incapable de démarrer quelque chose de nouveau. Et puis, l’idée m’est venue d’un roman de plage satirique autour d’une certaine conception de l’édition. Depuis, j’ai retrouvé le goût, et un peu de contemporain ne fait pas de mal après tant de mois à recréer des époques révolues.

Concernant les prochaines années, on verra bien ; je n’ai pas de plan de carrière, pas de visées bien précises. Donner une suite au « Maître de jet » ? À « Deux nuances de brocoli » ? Ou terminer les romances historiques en cours ? Impossible de répondre, je me concentre pour le moment sur ma nouvelle histoire.

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THÉO KOSMA – Selon vous, la littérature érotique peut-elle embellir la libido, et aider à avoir de plus belles relations sexuelles ?

MARIE LAURENT – Oui, elle le peut, mais mes textes ne sont pas le meilleur incitatif, à mon avis ; de par leur caractère un brin ironique et caricatural. Sexe et humour sont-ils compatibles ? Vaste sujet de polémique.

THÉO KOSMA – La littérature érotique est-elle un « style » en soi, ou bien plutôt quelques éléments au cœur d’une histoire qui peut être classique ?

MARIE LAURENT – Il ne suffit pas de quelques éléments pour qualifier un écrit d’érotique. Les scènes à caractère sexuel doivent dominer, sans exclure pour autant une véritable intrigue. Par exemple, « Le maître de jet » (encore lui !) ne se réduit pas à un enchaînement de scènes de cul. Idem pour mon dernier érotique « Mets-moi en émoi », une romance gay inédite, postée par épisodes sur Wattpad.

Par contre, mon roman de plage ne pourra pas être classé dans ce genre, vu le nombre limité de scènes chaudes. J’hésite pour ma parodie d’After, « Butcher », où sexe et histoire s’équilibrent.

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THÉO KOSMA – Vous semblez particulièrement apprécier le mélange de genre, en mêlant l’écriture érotique à d’autres styles… L’érotisme peut-il se marier avec tout style littéraire, ou seulement certains ?

MARIE LAURENT – L’érotisme peut se marier à tous les styles : polar, historique, contemporain (Chick lit et New adult), Fantasy, Fantastique. À l’appui, je citerai le collectif « Fantastiques amours » (Artalys) où figure ma nouvelle « Éros et Thanatos. »

THÉO KOSMA – Comment votre plume appréhende-t-elle les descriptions sexuelles ? Est-il par exemple aisé ou compliqué de décrire une « mécanique » sans trop répéter les mêmes termes, ou sans lasser ?

MARIE LAURENT – Certaines descriptions viennent avec facilité (la partouze dans le Maître de jet) alors que d’autres me donnent du fil à retordre (le final de « Mets-moi en émoi.) J’essaie de ne pas tomber dans le piège de la « mécanique » et de miser sur les sens, le décor et la psychologie des héros. Également, varier les points de vue et le registre de langage.

THÉO KOSMA – Y a-t-il une part de vécu dans vos écrits, ou cela vient-il surtout de votre imaginaire ?

MARIE LAURENT – Les deux, je pense. Un auteur s’implique dans ses écrits de toute manière. Par le biais de l’imaginaire, il transcende ses propres expériences. Dans le cas de l’érotique, il se paie le luxe de réaliser certains fantasmes par personnage interposé.

Pour en savoir plus sur l’auteure, visitez sa page sur Babelio.

Entretien avec l’auteure Corpus Delecta

4ème partie de notre série d’entretien avec des auteurs portés sur l’érotisme littéraire. Cette semaine, partons à la rencontre de Corpus Delecta.

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CORPUS DELECTA – Bonjour ! Et merci de vous intéresser à moi. J’adore qu’on s’intéresse à moi ! Les interviews sont un exercice que j’adore, si je puis me permettre ce petit préambule. Contrairement aux réseaux sociaux, où vous ne me trouverez guère. Histoire de vanité je présume. Écrire sans être sûre qu’on sera lue… Quel intérêt !

Bon, allons-y ! Voyons voir ce que vous aimeriez savoir de moi, quels petits secrets vous allez tenter de me faire dévoiler.

THÉO KOSMA – Vous semblez avoir beaucoup voyagé dès l’enfance… Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Est-ce que toutes ces vadrouilles vous ont « formé », en un sens, à la sensualité ?

CORPUS DELECTA – Mes voyages et mes vadrouilles, donc. Une formation à la sensualité ? Certainement, oui. Pas forcément dans le sens « charnel » du terme. Mais dès que vous voyagez, vous vous enrichissez d’images, d’odeurs, de sons, et de sensations, aussi, que vous n’auriez pas connus en restant chez vous. Lors de mon dernier voyage p.e., j’ai volé dans un ciel d’un bleu éclatant, et puis l’avion a traversé une couche épaisse d’épais nuages, d’un blanc parfait. Cette vision d’un gros tapis de nuages, p.e., fait partie des choses que je trouve délicieusement sensuelles (ah ! cette envie d’y plonger comme dans une couette douillette!) et que je ne risque pas de vivre en circulant sur mon vélo!

Sensualité aussi dans ce que l’on peut ressentir dans des ambiances inconnues. Je me suis p.e. retrouvée un soir dans un petit concert intime, patio, musique légère, et petite brise après une journée de grosse chaleur… J’ai eu l’impression que ma peau vibrait avec la musique, c’était exquis. D’une manière générale, vadrouiller vous ouvre à tellement de découvertes ! Ceci-dit, il m’arrive aussi de vivre des moments sensuels en restant chez moi. Une lumière, une odeur, un coucher de soleil au-dessus des toits… Je voyage beaucoup dans ma tête, aussi !

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THÉO KOSMA – Voyagez-vous toujours aujourd’hui ? De façon touristique, ou davantage pour des raisons professionnelles ?

CORPUS DELECTA – Les deux ! Même si, professionnellement, je me retrouve un peu toujours dans les mêmes endroits. Et plus dans la routine que dans la découverte, en fait. Même si la routine peut parfois être interrompue, et se renouveler ! En privé je voyage plusieurs fois par an, j’essaie de faire aussi bien des petits voyages que des séjours plus lointains, plus longs. En réalité, j’adore voyager. Sortir de chez moi avec ma valise et mon sac à mains me donne l’impression – puérile ! – de partir à l’aventure. Voyager fait partie de ces choses qui me font me sentir vivante.

THÉO KOSMA – Comment considérez-vous l’amour et le sexe à travers les pays et continents ? Se séduit-on et fait-on vraiment l’amour différemment en telle ou telle contrée ?

CORPUS DELECTA – Je n’ai – hélas ! – pas d’expérience empirique à vous proposer ! Juste une très modeste expérience. Mais d’après ce que j’en sais, oui, on séduit différemment, et on fait l’amour différemment selon sa culture. Bon, je ne nommerais personne ! Mais disons qu’il y a des pays où l’approche est plus directe, moins délicate, qu’en France. Ce qui peut avoir des avantages, mais moi, personnellement, j’apprécie un peu moins. Même si j’expérimente toujours avec plaisir toute forme d’approche ! J’ai aussi vécu des nuits d’amour plus proches de la performance olympique que d’un partage sensuel et là aussi : parfois, ça peut être amusant, innovant, mais ce n’est pas ce que je préfère !

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THÉO KOSMA – Votre activité principale est-elle la littérature érotique ou bien le journalisme avant tout ? Pouvez-vous nous parler de votre activité de journaliste ?

CORPUS DELECTA – Non, la littérature érotique n’est pas mon activité principale, d’une part parce que c’est déjà très difficile de vivre de l’écriture, alors l’érotique en version e-book… Je ne pense pas qu’on puisse s’offrir autre chose que du champagne avec ses droits d’auteur. Ceci-dit, le champagne, c’est toujours mieux que l’eau fraîche ! Non, l’érotisme est vraiment une écriture de plaisir. Pour moi, et pour ceux qui me lisent, j’espère. Quant à vous parler de mon activité de journaliste… Désolée de vous décevoir, moi qui n’aime pas décevoir ! Mais non, je ne vous en parlerai pas. Disons que pour moi, être journaliste, c’est plus qu’une écriture. C’est un regard que l’on porte sur le monde, une façon d’être à la fois dedans, immergé dans la réalité, et dehors, avec un certain recul, une analyse, ou plutôt une interprétation.

THÉO KOSMA – Vous n’hésitez pas à évoquer la sensualité liée à l’enfance… (thème qui m’est cher). Peut-on vraiment vivre des expériences amoureuses ou sensuelles en étant enfant ? Comment s’assurer que les enfants puissent les vivre sainement et sans danger ?

CORPUS DELECTA – La meilleure façon de permettre aux enfants de vivre sainement leur propre sensualité, tout comme leur ressenti amoureux, est de s’assurer que leurs expériences se déroulent uniquement entre enfants. L’enfant est certes un être sensuel, mais sa sensualité n’est pas celle de l’adulte. J’avoue frémir à chaque fois des adultes évoquent cette sensualité enfantine pour justifier des actes injustifiables. Adolescente, j’ai vécu à chaque fois comme une agression, répugnante, les approches de « vieux » qui pensaient devoir m’imposer leur vision de la sensualité.

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THÉO KOSMA – Comment définiriez-vous votre livre « Shéhérazade 2.0 » ? Une version moderne et réactualisée des Milles et une nuits, un pastiche, un ouvrage complémentaire ?

CORPUS DELECTA – Tiens ! Encore Shéhérazade ! Dire que j’ai publié je ne sais combien d’ouvrages, depuis celui-là ! C’est amusant que vous m’en parliez. Le côté exotique, voyage je présume. En réalité ma Shéhérazade est juste un délire, offert à un homme que je désirais, follement. J’ai glissé des petits clins d’œil que lui seul pouvait comprendre. A la limite, on peut prendre cette histoire pour une sorte d’allégorie : pour séduire, je me fais parfois moi-même Shéhérazade. J’adore offrir des histoires érotiques aux hommes que je désire.

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THÉO KOSMA – Si vous pouviez vivre dans le réel un fantasme littéraire érotique plus ou moins irréalisable, quel serait-il ?

CORPUS DELECTA – J’adorerais avoir un harem rempli d’amants du monde entier, tous fous de moi, dont le seul objectif serait mon plaisir !

THÉO KOSMA – L’écriture vous « enferme »-t-elle parfois un peu dans une bulle, ou au contraire vous ouvre-t-elle au monde ? Comment gérez-vous cela ?

CORPUS DELECTA – Parfois je m’enferme, pour écrire, et parfois je sors, et j’écris à l’extérieur. C’est un échange, une sorte de fluctuation entre les deux, dirais-je. Je me nourris du monde, je le digère, je le laisse décanter en moi, pour ainsi dire. Et puis j’en donne mon « interprétation », je le convertis en histoire… et je créé de nouveaux mondes, imaginaires.

Pour en savoir davantage sur Corpus Delecta cliquez ici pour découvrir sa page aux éditions Dominique Leroy, et ici pour la découvrir aux éditions de l’Harlequin.

Entretien avec l’auteure Isabelle Loredan

3ème partie de notre série d’entretiens avec différents auteurs portés sur l’érotisme littéraire. Cette semaine, faisons connaissance avec Isabelle Loredan.

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THÉO KOSMA – Il me semble que vous aimez « jouer » avec le lecteur, en entretenant l’ambiguïté quant à la véracité, supposée ou avérée de certains de vos écrits. Pourquoi donc ?… Et surtout… qu’en est-il au juste ? 🙂

ISABELLE LOREDAN – Je n’ai pas choisi cela, je l’ai adopté après avoir essuyé un nombre incalculable de fois la question récurrente des journalistes : ce que vous écrivez est-il le reflet de votre vie ? Il semble qu’avec la littérature érotique, il y a un besoin d’identifier l’auteur à ses écrits. Est-ce là une dérive de la télé-réalité qui déborderait sur la littérature ? On retrouve ce questionnement dans le dernier roman de Delphine de Vigan « D’après une histoire vraie ». En quoi un texte est-il meilleur s’il est issu de la réalité ? En rien… C’est, de mon point de vue, une curiosité relativement malsaine dont jouent certains auteurs qui revendiquent clairement cette réalité dans leurs quatrième de couverture.
Et puis soyons clairs, demande-t-on à un auteur de polars si il a déjà assassiné quelqu’un ? C’est ridicule.
Pour conclure, je suis auteure et ne suis pas prête à me prostituer pour vendre des bouquins. Un bon texte n’a pas besoin de cela pour trouver son public.

THÉO KOSMA – Que pensez-vous des écrits « blockbusters » modernes, qu’ils soient partiellement ou totalement orientés érotisme ?

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ISABELLE LOREDAN – Je suppose que vous voulez parler des romances épicées qui envahissent tout depuis le succès des 50 nuances de… Je n’aurais rien contre si elles n’aboutissaient pas à la disparition quasi totale de littérature réellement érotique des rayons des librairies. J’ai fait le constat récemment, on ne trouve plus que cela et du Harlequin (notez que je n’ai rien contre cette maison, j’ai moi-même eu un texte édité en numérique chez HQN). Ce qui m’irrite, c’est l’uniformisation qui s’installe, le sirupeux qui englue la littérature. Et puis l’appauvrissement des sujets, puisque toutes ces romances reprennent peu ou prou le même schéma de la jeune fille pure et naïve et du riche milliardaire… On est très loin de la traditionnelle transgression que véhiculaient les classiques du registre érotique.

THÉO KOSMA – Le sexe a un côté beau et poétique, mais également un côté souvent bien moins appétissant (sueur, écoulements…). Bien des auteurs font l’impasse sur ce réalisme pour ne conserver que le côté glamour. Quelle est votre préférence ?

ISABELLE LOREDAN – Je n’ai pas de préférence, tout dépend du contexte. Ce ne doit pas être gratuit, mais nécessaire à l’histoire. J’ai, par exemple, parlé d’urolagnie dans Que la chair exulte, qui comporte une scène de ce genre. En matière de sexualité, rien n’est sale du moment que c’est fait dans le respect et pour le plaisir. Et puis, mon roman actuellement en cours d’écriture abordera la face sombre d’une obsession sexuelle, et de fait, on y retrouvera des choses pas très glamour. J’ai fait ce choix parce que c’est beaucoup plus intéressant d’aller explorer cela plutôt que de tourner en rond dans le « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

THÉO KOSMA – Préféreriez-vous écrire uniquement au format papier, uniquement au format eBook… ou bien cela est-il sans importance ?

ISABELLE LOREDAN – J’ai démarré avec du papier chez Blanche et à la Musardine, mais l’essentiel de mes écrits est en numérique. Un livre est un livre, quelque soit sa forme. Après, on ne peut nier que le numérique est frustrant, dans la mesure où l’on ne peut être présents sur les salons pour dédicacer. Le mépris des médias n’aide pas non plus. Combien de fois j’ai entendu « Revenez quand vous aurez un VRAI livre », en réponse à mes envois de dossiers de presse ! Même le Centre Régional du Livre me l’a dit -depuis, il a un peu revu son jugement. Une chose est certaine aujourd’hui, sans parution préalable en numérique, je n’aurais pas aujourd’hui de livres papier.

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THÉO KOSMA – Quel serait selon vous le schéma de société qui serait le plus sexuellement épanoui ? (Matriarcat, patriarcat… avec religions, sans ?)

ISABELLE LOREDAN – Une société matriarcale ou patriarcale ne me fait pas rêver du tout. Ce que je souhaite vraiment, c’est une société humaniste. C’est cela qui permettrait aux individus de s’épanouir à tous les niveaux, y compris sexuellement. Quant aux religions, franchement on ne peut pas dire qu’il y en ait une qui ne réprime pas la sexualité, qui ne la réduise pas à la nécessité de procréation uniquement. Alors je pense que leur disparition ne pourrait qu’être une bénédiction pour les pauvres humains que nous sommes.

THÉO KOSMA – Voyez-vous une différence entre écrits érotiques et écrits pornographiques, si oui laquelle ?

ISABELLE LOREDAN – En effet, le pornographique va aller plus dans les détails anatomiques et crus, quitte à être souvent répétitive. Esparbec est pour moi un auteur plus pornographique qu’érotique. Pour moi, un livre pornographique est celui que l’on lit à une main, alors que l’érotique fera plus appel à l’imaginaire, provoquera un plaisir cérébral plus que physique. Après, c’est quelque chose de totalement subjectif. Ce qui paraîtra pornographique à l’un, sera sans doute érotique pour l’autre et réciproquement.

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THÉO KOSMA – À l’heure des Gaypride et du libertinage, mais également à l’heure des scandales provoqués par certains écrits et comportements (Cohn Bendit, Frédéric Mitterand…), au fond, sommes-nous à l’heure des tabous ou à l’heure d’une liberté sexuelle ?

ISABELLE LOREDAN – En matière de littérature érotique, tout devrait pouvoir être écrit, sans censure ou auto-censure. Après tout, ne vaut-il pas mieux coucher des fantasmes malsains sur le papier que de passer à l’acte (ça renvoie à ce qu’écrivait Sade quand il disait ne pas avoir fait le millième de ce qu’il a écrit). Plus j’avance en écriture et moins je me censure au moment de la création. Après, au niveau sociétal, je constate chaque jour un peu plus le recul de la liberté sexuelle. Il faut rester dans « les clous », être dans la norme bien pensante, ne pas choquer. Je ne suis pas sûre que Florence Dugas pourrait encore être éditée aujourd’hui, ou que Françoise Rey pourrait publier sous son nom sans générer un tollé chez les parents d’élèves…

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THÉO KOSMA – Sur votre blog, vous vous exprimez fréquemment sur des sujets sociétaux. Quelle est votre position sur les débats actuels qui n’en finissent plus de créer la polémique ? (Sanction ou non de la prostitution, G.P.A., changement de sexe, sexe neutre…)

ISABELLE LOREDAN – Je m’emporte pour ce qui m’importe, disait Daniel Balavoine. Eh bien moi aussi. Vouloir sanctionner les clients de la prostitution ou interdire celle-ci est absurde. Ce sont les réseaux mafieux qui font la traite d’êtres humains qu’ils faut pourchasser, mais en quoi est-il plus répréhensible ou moins respectable de vendre son corps pour du sexe que de le louer à un patron qui vous fait bosser sur une chaîne de production ? On nous dit que le commerce du corps humain est immoral, mais chaque jour des clubs de foot vendent des joueurs pour des sommes astronomiques, sous les bravos des foules… Cherchez l’erreur ! Bizarrement, quand on parle de prostitution, on n’évoque jamais les prostitués masculins, c’est toujours pour dénoncer les femmes qui en sont toujours victimes. Je suis favorable à une vraie réglementation en faveur des travailleurs du sexe, qui sont aujourd’hui marginalisés et poussés à la précarité. On ne peut d’un côté revendiquer une égalité homme-femme et d’un autre dire qu’une femme ne peut décider de travailler dans le milieu du sexe.

Que chacun puisse vivre selon ce qu’il est au plus profond de lui-même, c’est me semble-t-il une revendication normale. Alors oui, les transgenres ou les intersexués doivent pouvoir avoir une identité conforme à ce qu’il sont, opérés ou pas, et sans avoir à renoncer à une vie sexuelle à cause de castrations chimiques. Ce sont des individus, pas des bêtes de foire. Il y a encore beaucoup à faire en la matière.

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THÉO KOSMA – De quelle façon construisez-vous une histoire ? Établissez-vous un schéma clair, êtes-vous plus intuitive ?

 

ISABELLE LOREDAN – Je ne construis pas d’histoire, en fait l’histoire s’impose à moi d’elle-même, et souvent dans son intégralité… Je n’ai jamais su faire de plan, même au lycée où l’on en exigeait pourtant pour les dissertations. J’écris au feeling, en partant de la trame qui est dans ma tête. Souvent, l’idée me vient en dormant, ou alors après avoir observé quelque chose ou quelqu’un. Je me nourris de ce qui m’entoure, mais aussi de ce que je lis. Je crois qu’un auteur est une éponge qui s’imprègne de son entourage pour restituer cela sous une forme artistique. Et c’est cela qui donne de la force et du réalisme au texte, même s’il n’est qu’une fiction (renvoi à la première question).

Pour en savoir plus sur l’auteure, cliquez ici afin de visiter son blog.

Entretien avec l’auteur Jean-Claude Thibaud

Poursuivons notre série d’entretien. Cette semaine, faisons connaissance avec Jean-Claude Thibaud, un auteur dont les écrits érotiques sont minoritaires comparés au reste de son oeuvre, mais sur lesquels nous allons tout de même nous pencher davantage…

« L’auteur vit ses passions à Dublin: écritures, musique, aquarelle. A écrit 40 nouvelles, 10 pièces de théâtre et de nombreux autres textes. Anime chaque mois des Soirées musicales dans un club d’art dublinois, où il partage sa passion pour la musique classique et celles du monde. On peut le retrouver sur son site: www.eparses.org « 

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THÉO KOSMA – Vous vouliez nous dire quelques mots, en préambule…

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Mes réponses seront assez détaillées, même trop ? Pourquoi détaillées ? Parce que je suis bavard, que je vis en Irlande, que mes contacts avec les français d’ici sont rares, que ma langue me manque, que je cherche également un lectorat au travers de mes écrits, d’un livre auto publié comportant un certain nombre de nouvelles. Parce que, également, dans son façonnage, l’écriture s’améliore, le style se fait davantage jour. Ecrire, quel que soit le sujet.

Tout d’abord se définir, non pas par rapport à une suggestion d’éditeur de répondre à des questions mais par rapport à ce qui a été écrit jusqu’à ce jour : 40 nouvelles (+ 7 en cours), 4 nouvelles érotiques (dont une n’est pas encore publiée) et 10 pièces de théâtre. Vous voyez que les nouvelles érotiques sont minoritaires sur cet ensemble d’écritures.

Ce qui est dommage, dommageable aussi, est d’être questionné sur ces seules nouvelles érotiques là où j’aimerais, je préférerais que deux ou trois de mes pièces soient montées (Simone Veil, ancien ministre, Jean Piat, m’avaient il y a quelques années, encouragé à le faire ; un rêve, car à partir de Dublin et à mon âge, je ne vois pas comment je pourrais le faire).

Mais le sexe se vend, même des livres qui n’ont aucun mérite. J’en ai acheté assez récemment, ai lu quelques pages puis jeté aux ordures. Il n’y a rien. C’est l’Idée qui manque. L’IDEE. Comme chez nos politiciens. Pas de vision, pas d’idée.
Ce qui a été dit sur ces nouvelles érotiques est assez agréable à lire : « Vous êtes un Ovni dans cette littérature », « Ce texte m’a arraché des larmes tant il est beau… » etc.. ; Jean Piat, qui a lu certaines choses de moi (il se fait vieux actuellement et je pense que le lien est perdu du fait de sa santé défaillante) m’avait encouragé à écrire pour le théâtre : « Votre écriture est faite pour le théâtre » ; il avait aimé une nouvelle envoyée vers 1996 : « Votre « Grand-père » m’a touché en plein cœur, pouvons-nous nous voir… »

THÉO KOSMA – Est-ce un exercice complexe de s’incarner dans la peau d’un personnage féminin ? (Et même plusieurs…). Par quel cheminement cela se fait-il ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Partons de l’idée du fantasme si l’on ne connaît rien sur ce genre d’amours. Nous touchons là à l’intime, je ne dévoilerai rien, sauf que vous aurez la réponse à la lecture de : « L’oiseau des pluies » lettre à Isa-Belle du 4 août. C’est d’une simplicité ! Pour avoir la réponse à l’idée que je me faisais, j’ai contacté des femmes aimant les femmes. Pas de téléphone, rien de rien, je veux seulement savoir de vous si j’ai touché au but ? « Oui, vous avez parfaitement compris ce que nous désirons vivre. » L’intime (n’en faites pas mention surtout !) c’est la réponse faite à une femme qui aime le fantasme et pour laquelle j’ai écrit ce texte.

Ensuite vous avez tout ce qui nourrit le fantasme, avec ou hors d’une femme connue ou aimée. « Chevauchements » Chapitre 7, Pétra, « La résidante du palais » partie 3.

THÉO KOSMA – Vous aimez le langage poétique, recherché, ce qui est peu courant dans l’écriture contemporaine et plus habituel dans des romans érotiques plus anciens. Comment avez-vous développé cela ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Je suis tombé dans la marmite de la musique classique quand j’avais 9, 10 ans. Ne pouvant en faire un métier, j’écris comme je ressens la musique que j’aime et qui m’a accompagné toute ma vie. Davantage : j’ai découvert un jour que ma phrase suivait les anciennes règles de la versification, utilisation sans que je le veuille de l’alexandrin, de sa moitié, de l’octosyllabe…spondée, anapeste, dactyle…etc..1 + 2 ou 2 + 3, 2 + 4…La musique est ma respiration.

Dans l’un de mes derniers textes, (4 nouvelles de ce genre en 12 jours depuis notre retour du Camino de Compostelle fin mai) vous avez par exemple des détails comme les nom et prénom : « Le professeur Andrea Molinari » >> soit 3 + 4 ; j’y sens une musique. Si je choisis : Theo Molinari, il y a moins de musique : 2 + 4. Le « T » est plus dur que le « A ». Si c’est une sifflante c’est encore plus accentué. Pas de longues recherches ! Je le « sens », c’est tout.

Une pause. Ce que je dis là est sans prétention. Je joue. Je suis un passionné de puzzles. Les plus compliqués, blanc/noir, etc… Je trouve dans l’écriture le même fonctionnement que dans un puzzle. J’ai l’idée. La vie même est un puzzle. Parfois des morceaux manquent, ou que l’on ne trouve pas…Je n’ai pas toujours la fin de l’histoire que je démarre. J’ai l’idée et je la développe. Attention aux doublons, aux auxiliaires (pas facile toujours !). Mon maître en musique c’est Schubert. Je l’aime d’amour. Humilité, bonté, sens aigu de l’amitié, tendresse. Il est mon maître dans la conduite de ma vie, pas très facile cette vie, mal commode souvent…Mais !

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THÉO KOSMA – L’écriture théâtrale est-elle plus complexe que la littérature ? Ces deux univers ont-ils des points communs ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Jean Piat : « Essayez-vous au théâtre ! Mais choisissez peu de personnages, les théâtres n’ont pas d’argent. C’est très difficile d’écrire pour le théâtre ! » J’ai renoncé après ce verdict, attendu 8 ans avant d’écrire ma 1ère pièce (saluée par Simone Veil et qui a failli être lue au Mémorial de la Shoah avant d’être montée…Restrictions de budget…Terminé, rangé.) 8 personnages !

Difficile ? Un jeu d’enfant. Ce que j’appelle une pure jouissance. Un plaisir charnel. Ce que j’ai pu m’amuser ! Evidemment j’ai continué ! Point commun ? Je ne sais pas. Je passe de l’un à l’autre sans me poser ce genre de question. J’essaie (j’arrive peut-être ?) à ce que mon écriture bouge d’un texte à un autre. Est-ce le même auteur ici ou là ? Cela, ce serait un bonheur si j’entendais une telle réflexion !

THÉO KOSMA – À quoi ressemble la vie dublinoise (rencontres, état d’esprit…) par rapport à la vie française ?

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JEAN-CLAUDE THIBAUD – L’Irlande : c’est un beau pays. Ma dernière nouvelle érotique prend l’Irlande comme cadre, une nouvelle érotico-poético-touristique. Après cette lecture je suppose que ceux qui l’auront lue voudront venir voir sur place ! Les irlandais : chaleureux, on peut se faire des connaissances, des amis, à la pelle. Mais j’ai cette chance (humblement dite) : j’adore la musique et j’offre une fois par mois, dans une salle d’arts, une soirée musicale, très suivie par une bonne trentaine, quarantaine de personnes : Musique russe/Musique soviétique/Negro spiritual depuis ses origines/Latino-América/Musique espagnole depuis ses origines/Musique juive depuis ses origines/Jazz depuis ses origines/Histoire de la chanson « Lili Marlène »/Chanson française/Paris en chansons /Schubert/Debussy/etc…

Et donc je recommande la visite ! Pas de déception et puis les irlandais ont montré avec leurs matchs en foot qu’ils savent se comporter en vrais gentlemen !

La différence avec la France : les irlandais sont dépourvus d’un défaut français : ils n’ont, pour ce que j’en connais, pas d’arrières pensées. Naïveté sans doute. Ils nous aiment vraiment et nous leur rendons. Ce qui manque ici : la bouffe française. Dans ses grandes largeurs.

THÉO KOSMA – Avez-vous déjà pratiqué ce que l’on nomme l’auto-censure ? Y’a-t-il des choses que vous aimeriez publier mais que vous vous interdisez ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Non, je ne sais pas ce que c’est. Si j’ai l’idée de dénoncer, de me révolter, je le fais ou le ferai, par la nouvelle érotique ou par la nouvelle tout court.

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THÉO KOSMA – Est-il facile de mener de front une existence d’auteur d’écrits sensuels avec une existence plus classique (travail, conjoint, enfants, repas familiaux, vie publique…) ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Il n’y a pas de combat entre les deux. Evidemment, si j’en reste à l’IDEE, le nombre de nouvelles érotiques n’ira pas à la hausse. J’ai déjà dit à l’éditeur qu’il n’y en aurait pas 4 et j’ai menti puisqu’il y en a 4, la dernière…on attend le feu vert. La sensualité c’était lorsque j’étais jeune ! Aujourd’hui je suis un « jeune-vieux ». Si je m’arrête de fonctionner, d’élucubrer, je vais devenir un vieux, un vieux con. Alors j’avance, passe de l’écriture aux soirées musicales, de l’aquarelle au puzzle, des enfants aux vieux Alzheimer à l’hôpital proche (les aider à manger), à …La crise cardiaque viendra, je pense, à ce rythme !

THÉO KOSMA – On remarque souvent que les auteurs d’histoires d’horreurs sont des gens très doux, ou que les auteurs de polar ne sont pas obnubilés par les faits divers sanglants. Suivant cela, un auteur est-il souvent d’autant plus sage dans son existence que ses écrits sont crus ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Oui, très calme et très lyrique (vous vous en apercevez) bavard mais taiseux aussi car je ne veux pas faire chier les gens « avec ma musique » comme ça m’a été répété toute ma vie ! J’écris, dans mon coin, ma compagne (irlandaise) à mes côtés, devant son ordi et moi devant le mien. Elle, à ses lettres aux amis, à la famille et moi à mes textes.

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THÉO KOSMA – Voyez-vous plutôt la lecture érotique comme une activité solitaire, de couple… ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Oui. Ici, chez moi, devant nos ordis, je peux écrire ce que je veux, quand je veux. Ailleurs, en France, chez une cousine, des amis, je ne peux pas. Blocage. J’ai besoin d’un cadre, de musique avant (je dis « avant », jamais pendant)

THÉO KOSMA – Une conclusion ?

JEAN-CLAUDE THIBAUD – Je répète : je manque de lecteurs, j’ai besoin d’un lectorat qui analyse et non qui dise « c’est bien », « c’est beau », c’est…J’ai auto édité un livre dont Babelio fait état, « La maison près de la mer » que je vends à 12 euros parce que je ne souhaite pas gagner de l’argent mais faire connaître mes idées, mes nouvelles, mes pièces de théâtre. Tous les exemplaires ayant été vendus, j’ai fait refaire un autre tirage, avec ISBN et tout le confort. Mais trop compliqué pour le vendre au travers de la Fnac ou Amazon…Je reste un auteur, pas un vendeur !

Pour en savoir plus sur l’auteur, cliquez ici pour voir sa page sur le site de l’éditeur Dominique Leroy.